Un petit air d’hiver (5) : Entre Deux

« Dans l’interminable

Ennui de la plaine,

La neige incertaine

Luit comme du sable.

 

Le ciel est de cuivre

Sans lueur aucune,

On croirait voir vivre

Et mourir la lune.

 

Comme des nuées

Flottent gris les chênes

Des forêts prochaines

Parmi les buées.

 

Le ciel est de cuivre

Sans lueur aucune.

On croirait voir vivre

Et mourir la lune. »

 

Verlaine

*

Photo m. Christine Grimard

.

Dans l’inimitable

Beauté du couchant

Les chênes engourdis

Tendent vers un ciel rouge

Leurs désirs d’infini

.

Entre hiver et printemps

La vie attend son tour

Entre jour et nuit blanche

La mort attend son heure

.

Dans l’irrémédiable

Fuite éperdue du temps

L’esprit choisit le vent

Et dans un rire d’enfant

S’envole sous la lune

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Photo du jour : apprends 

« Tu as tout à apprendre, tout ce qui ne s’apprend pas : la solitude, l’indifférence, la patience, le silence. « Georges Perec

Photo mcgrimard


Il te reste tant à apprendre 

La couleur des mots 

Le parfum des sons 

Le goût de la vérité 

La musique des caresses 

La douceur des partages 

La chaleur des regards 

L’âpreté des regrets 

L’amertume des remords 

La blancheur des matins 

La saveur de l’amour 

La brièveté de la vie 

La fuite du temps 

La surprise de l’ultime seconde 

La couleur du lendemain 

La beauté du premier battement de coeur 

Il me reste tant à apprendre 

Journal : Des(espoir)

Coup de fil :

  • Bonsoir, madame, ici le médecin de la maison où réside votre père…
  • Bonsoir…
  • Je voulais vous prévenir qu’il ne va pas bien du tout, il est très encombré et on ne peut plus l’alimenter depuis deux jours. On est assez inquiets, je voulais que vous le sachiez. On va le mettre en perfusion pour le réhydrater et sous antibiotiques.
  • Merci de m’avertir. Je vais venir le voir dès que possible. J’aimerais que vous le soulagiez mais sans hospitalisation ni acharnement…
  • Très bien, je le note. Mais son état est très préoccupant. Je voulais que vous le sachiez.
  • Merci beaucoup de m’avoir appelée et pour vos soins…

Raccrocher, et s’accrocher aux souvenirs pour oublier le présent et effacer l’échéance annoncée.

Ne plus penser, ne plus craindre, espérer que la délivrance soit proche, et que ce corps fatigué délivre son âme de son incapacité à vivre. 

Espérer que le désespoir qui emprisonne cette âme, se dissipe au petit matin, qu’elle prenne son envol, enfin.

Demander à celle qui l’a précédé de l’autre côté du miroir, de lui prendre la main pour le rassurer sur le chemin.

Être exaucé à peine le temps d’un souffle plus tard, et le regarder s’envoler vers sa liberté…

Photo M christine Grimard

Poème : Au fil de l’eau

« L’important n’est pas ce que l’on regarde mais ce que l’on voit. »

H.D. Thoreau

*

iphone oct 103

Photo M. Christine Grimard

*

Au fil de ton eau

Donne-moi ta fraîcheur

Au fil de tes mots

Donne-moi ta douceur

*

Au fil de tes heures

Donne-moi ta douceur

Au fil de ta peau

Donne-moi ta vigueur

*

Au fil de ton chant

Donne-moi tes couleurs

Au fil de ton sang

Donne-moi ta chaleur

*

Au fil de nos jours

Donne-moi ton amour

Au fil de l’instant  

Efface les tourments

*

Au fil de ma vie

Donne-moi tes envies

Au fil de la mort

Délivre-moi de mon corps

*

 

Journal : Bout de l’an 

 

photo M.Christine Grimard

Un an est passé, si court et si long à la fois. Chaque jour, l’absence se fait plus lourde alors qu’elle devrait se faire plus légère.

Pourtant chaque anniversaire, chaque fête écoulée, aide à s’installer dans de nouvelles habitudes en acceptant l’absence. Toutes ces premières fois sans toi, seront paraît-il plus faciles à vivre quand elles seront secondes ou n-ièmes sur la liste. La force de l’habitude…

Pour le moment, je n’ai pas encore réussi à m’installer dans cette habitude.

Je n’ai pas réussi à oublier les derniers instants, à occulter les regrets de mots ou de gestes qui ont pu te manquer.

Je n’ai pas encore réussi à faire disparaître les objets des derniers jours, ni à vider ta dernière valise. En fait, lorsque j’ai tenté de l’ouvrir, ton parfum m’a sauté à la gorge, et je l’ai refermée…

Je n’ai pas encore réussi à écouter ce message que tu avais déposé sur mon téléphone portable un jour où j’étais indisponible. Je ne sais pas quand j’aurais la force d’entendre de nouveau ta voix…

Pourtant j’ai rangé les photos, parce qu’elles me ramenaient à l’âge heureux. J’ai réussi à relire ton écriture, à ouvrir ton livre de recettes et à sourire de nouveau devant toutes tes annotations. Ton écriture si bien formée, je l’ai admirée encore une fois, sans craindre mon émotion.

J’ai fait beaucoup de progrès en un an, beaucoup !

Tu serais fière de moi.

J’ai réussi à aider ceux qui avaient perdu un proche à exprimer leur chagrin sans que le mien n’éclate.  J’ai même réussi à leur offrir mon sourire.

J’ai réussi à faire avec, ou plutôt sans…  Sans le montrer, sans le crier, sans le pleurer. La plupart du temps.

Un an c’est si court et pourtant si long. Le premier est le plus dur, paraît-il.  Il vient de s’achever.

Le second commence. Et dehors, dans ce rayon de soleil, il me reste ma vie…

Lendemain qui pleure 

  
Se réveiller et brutalement se souvenir…

Tout est vraiment arrivé, ce sang versé, ce regard froid de robots qui avancent l’arme au poing et qui fauchent froidement tant de jeunes vies, ces recherches désespérées de tant de visages souriants à la vie, ces larmes, cette sidération devant l’incroyable, l’indicible.

Comment se relever de toute cette horreur, comment continuer à avancer dans le froid et la peur ?

Peut être en faisant corps contre la barbarie, en prenant les mains qui se tendent, en distribuant de l’amour là où il n’y en a plus, en soignant les plaies et en pansant les cœurs. 

Il n’y a plus de différence ni de couleur ni de conviction ni de culture ni d’habitudes, il n’y a que des humains face à des barbares (robots décérébrés, fanatisés, programmés…). Les choses ont changé,  la liberté, la joie de vivre, l’insouciance,  le plaisir du partage sont  pris pour cible. 

La conviction intime qui m’habite, que l’amour peut changer le monde,  vacille comme cette flamme de bougie posée sur ma fenêtre dans le vent glacial de novembre. J’ai soudain froid et peur que rien n’arrête la barbarie, jusqu’à la mort du dernier barbare. 

Dent pour dent ? Œil pour œil, jusqu’à ce que nous soyons tous aveugles ?

Nous restera-t-il assez d’humanisme et d’amour à opposer à ces forces de destruction ?

Nous restera-t-il assez de force pour continuer à avancer vers la lumière ?

  
« Vous voulez la paix : créez l’amour. »

Victor Hugo