Nostalgie d’automne (10) : Le sacre de l’automne 

 » J’ai tendu des cordes de clocher à clocher  

des guirlandes de fenêtre à fenêtre  

des chaînes d’or d’étoile à étoile

 et je danse .  »

Rimbaud

Photo m. Christine Grimard

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Avançons 

Dépêchons 

Prenez place 

Les plus petits devant 

Les plus grands derrière 

Le spectacle va commencer 

Les danseurs s’échauffent en coulisse 

On ajuste les derniers projecteurs 

Installez-vous 

Cessez de gigoter 

Arrêtez de secouer vos branches 

Pensez à ceux qui sont derrière vous 

Éteignez vos téléphones portables 

Le spectacle va commencer 

Retenez votre souffle 

Un, deux, trois 

Lumières 

Rideau !

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Photo m Christine Grimard

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Nostalgie d’automne (9) : Symphonie inachevée

 

“L’automne est un andante mélancolique et gracieux qui prépare admirablement le solennel adagio de l’hiver.”
George Sand  (François le Champi)
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Photo M. Christine Grimard

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A la grand messe de l’automne

Les vermillons donnent le « La »

Les roux se mettent au diapason

Pour que la mélodie soit bonne

Le ballet pourpre va crescendo

Hymne aux  nuances de l’automne

Aucune note dissonante

Chacun suivant la partition

En harmonie de coralline

Tout est dans la cadence

Pour que la symphonie rubis

Soit à jamais inachevée

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La ronde du 15 Novembre : Lettres

Le 15  Novembre 2017, la ronde autour des Lettres.

Participant depuis un an à la ronde à la demande de Dominique Autrou,  je remercie tous les participants de leur partages amicaux et vous rappelle le principe retranscrit ici depuis le blog de Dominique : «La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle, sur une idée d’Hélène Verdierle promeneurquotiriens et Dominique Autrou à l’automne 2012. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite. Pour chaque échange, un thème, un simple mot. Prétexte à un travail d’écriture pouvant prendre la forme d’un récit, une fiction, un poème, une page de carnet…»

Selon l’ordre de cette ronde, je publie le texte de Dominique Hasselmann  et le mien est publié chez Marie-Noëlle Bertrand.

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde de septembre, dont le thème est : «Lettres».

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant, par ordre du tirage au sort (un clic sur le lien de son blog libère le nom de l’auteur) :

chez Dominique Autrou  chez Hélène Verdier  chez Jacques   chez Franck  chez Giovanni Merloni  chez Noël Bernard  chez Jean-Pierre Boureux  chez DH, etc.
 
Bonne lecture à tous au fil de la ronde !
 
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Lettres ou pas lettres

 

Ces jambages s’incrustaient sur les murs et maintenant sur les gens. Les traces de rouge, de bleu, de jaune, de vert striaient les surfaces urbaines et les piétons peu précautionneux. Il suffisait de sortir dans la rue pour que des tirs de « paint-balls » maculent les passants. Le prétexte invoqué par la Brigade des tireurs à blanc (BDTAB) : « Habituer les habitants des villes aux attentats futurs sans leur faire de mal ».

Le projet, contre lequel les forces de police avaient été mobilisées, mais jusqu’à présent inutilement et sans résultats, avait d’abord envahi la capitale. Les tags qui s’étalaient sur les palissades de chantiers ou sur les murs longeant les voies de chemins de fer ne retenaient plus l’attention de quiconque. Le « street art » était remplacé désormais par le « Dead body art ». Les teinturiers gagnaient soudain beaucoup d’argent, même si les boutiques de capsules de peinture étaient étroitement surveillées.

On écrivait sur les corps des passants : les terrasses de café étaient visées – l’exemple historique du 13 novembre 2015 à Paris demeurait toujours présent dans les mémoires – et les tireurs agissaient depuis des scooters plus aptes que les voitures à déjouer les pièges de la circulation et ses encombrements.

Le préfet de police avait fait rédiger une lettre adressée à tous les Parisiens par la Poste soudain redynamisée. Le paragraphe principal était celui-ci :

« À l’heure grave où des petits malins ont décidé de faire régner un « terrorisme » de mauvais goût, il est indispensable que chacun prenne ses responsabilités. Je vous demande donc de signaler tout comportement suspect, en premier lieu dans votre entourage (famille, amis, connaissances proches ou lointaines) ou dans vos relations (collègues de travail, voisins d’immeubles, commerçants, clients, artisans, employés, fonctionnaires, etc.) qui pourraient participer à ces jeux macabres. Vous enverrez, par la Poste uniquement, pour éviter toute interception, dans le style « hacking » sur Internet, une lettre détaillant les noms et coordonnées des suspects que vous auriez pu détecter.

Une récompense de 10 000 euros sera attribuée pour chaque nom inscrit, une fois prouvée après enquête la véracité de la dénonciation.

Il s’agit d’une entreprise de salut public à laquelle vous aurez contribué et dont l’État saura non seulement vous remercier pécuniairement mais également honorifiquement grâce au nouveau statut donné à l’attribution de la Légion d’honneur. »

Si les lettres commençaient à s’empiler dans les boîtes ad hoc (on avait dû en installer de nouvelles, peintes en rouge, dans les rues alors qu’on était justement en train, comme pour les cabines téléphoniques, de les faire disparaître), c’est parce que tout le monde surveillait tout le monde. L’idée panoptique d’un Bentham, limitée à la prison, avait pris une dimension urbaine et quotidienne. Chacun était devenu lui-même, dans son existence, une caméra de vidéo-surveillance (ou de « vidéo-protection »).

Les citoyens récalcitrants à cette délation généralisée étaient immédiatement couchés sur le papier, et il n’était pas nécessaire, comme sous l’Occupation allemande, de signer les lettres envoyées à la préfecture de police. Les forces de l’ordre préféraient faire chou blanc et obtenir un taux de réussite de 2% plutôt que d’aller cultiver des carottes ailleurs.

Dans cette atmosphère de suspicion généralisée, l’idée même de démocratie ou d’opinions différentes, s’affrontant tranquillement au sein du Parlement, avait régressé puis disparu peu à peu. Le consensus était la version « soft » d’un nouveau totalitarisme. On s’étonnait que des jets de peinture aient produit un tel effet : l’attentat coloré avait pris même plus d’ampleur que les mitraillages, hélas bien réels, que le pays avait connus et subis.

Ainsi, le flot des missives adressées aux autorités grossissait inexorablement, ce qui n’empêchait pourtant pas les actions du BDTAB de se poursuivre. Ce moyen « littéraire » de résistance était-il le mieux adapté à la nouvelle situation ? « Lettres ou pas lettres », c’était la question.

Au sommet de l’État, on envisageait déjà, d’après certains journalistes bien en cour, des mesures plus radicales que même un George Orwell n’aurait sans doute jamais imaginées.

 

 

texte et photo : Dominique Hasselmann

 

 

To Do List 46 : La tête dans les nuages

“L’élève Hamlet : être ou ne pas être dans les nuages !”
 Jacques Prévert  (Paroles)
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Photo M.Christine Grimard

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  • Oublier les contraintes et décider d’aller prendre l’air 
  • S’inscrire à l’aéro-club le plus proche pour apprendre à chevaucher les nuages 
  • Retrouver le DVD de « Cloud Atlas » et le regarder en boucle jusqu’au matin 
  • Se souvenir que derrière les nuages, il y a toujours du ciel bleu
  • Se moquer de passer pour une illuminée et se convaincre que vivre la tête dans les nuages, conserve les neurones au frais !

 

Nostalgie d’automne (8) : la pluie pour seul (bleu) horizon 

« C’est de l’intérieur de soi que vient la défaite. Dans le monde extérieur il n’y a pas de défaite.

La nature, le ciel, la nuit, la pluie, les vents ne sont qu’un long triomphe aveugle. »

Pascal Quignard

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Photo m. Christine Grimard

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Novembre dévoile son véritable caractère, humide et dissuasif.

Le ciel s’habille de gouttes de grisaille, à l’unisson des cérémonies du souvenir de la souffrance des hommes. La guerre laisse son empreinte de larmes et de sang sur les pays qu’elle traverse, chaque famille est en deuil de l’un de ses enfants. Et cent ans après, on compte les jours les séparant de la fin de leur calvaire. On réalise qu’ils avaient encore un an à souffrir, ces jeunes ayant l’âge de mes enfants, au fond de ce bourbier dégoulinant de terreur, sous cette pluie de novembre, en attendant le pire…

Il est peut-être plus facile de se souvenir de l’horreur dans le froid, de cette armée de jeunes visages alignés derrière chaque croix, vêtus de bleu horizon. Autant de regards perdus dans la brume des champs de bataille, autant de vies brisées avant que d’être vécues.

Le ciel s’habille de larmes pour nous rappeler que la guerre est toujours une défaite, celle de l’humanité face à ses démons.

L’horizon n’a de bleu que le nom.

Un vrai temps de Novembre.