Photo du jour : bonjour 

Photo m ch grimard

.

Un peu de lumière en guise d’encouragement pour ce lundi matin pour qui en a besoin pour affronter cette semaine de canicule.

Période d’examens, de résultats, d’incertitudes, de nouveautés, de questions…

Alors qu’on ne rêverait que de limonade et de parasol sur une plage océanique…

Bonne semaine à tous !

Journal : Bonne fête aux papas

Photo M Christine Grimard

*

Bonne fête aux papas

Passés, présents et à venir

Bonne fête à ceux que j’aime

Et à tous ceux que je ne connais pas

Bonne fête aux passionnés et aux comtemplatifs

Le mien était astronome et pêcheur et rêveur et bavard

Bonne fête aussi à lui qui reste attentif à ceux qu’il aimait sur terre

Bonne fête à tous ceux qui veillent encore sur leurs enfants et les aiment plus que leur vie

 

La ronde de Juin : Parfums

Le 15  juin 2017, la ronde autour des parfums.

Participant pour la troisième fois à la ronde à la demande de Dominique Autrou,  je remercie tous les participants de leur partages amicaux et vous rappelle le principe retranscris ci-dessous depuis le blog de Dominique:

«La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle, sur une idée d’Hélène Verdierle promeneurquotiriens et Dominique Autrou à l’automne 2012. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite.

Pour chaque échange, un thème, un simple mot. Prétexte à un travail d’écriture pouvant prendre la forme d’un récit, une fiction, un poème, une page de carnet…»

J’ai le grand plaisir d’accueillir Franck (à l’envi) et mon texte est publié chez Guy (Emaux et gemmes des mots que j’aime )

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde, dont le thème du mois est : «Parfum».

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant, par ordre du tirage au sort (un clic sur le lien de son blog libère le nom de l’auteur) :

Bonne lecture à tous au fil de la ronde !
**

 

Le parfum de Sainte Marthe

Le parfum est ce qui reste de la course des odeurs. Une empreinte discrète, un souvenir patient qui réveille, en une fraction de seconde, une foule d’images tapies dans le grenier du cerveau. La cage d’escalier aux murs de crépi beige part du sous-sol et monte, par paliers ajourés, jusqu’au quatrième étage. Durant cette ascension, l’odeur m’attend à chaque palier. Des molécules libérées par de pauvres fleurs séchées dans les talus plus bas, mêlées aux odeurs d’une savonnerie proche, montent à ma rencontre sous l’effet de la chaleur accablante. L’émulsion prégnante des odeurs surchauffées est venue tapisser pour toujours un recoin de ma grotte limbique et, chaque fois que je suis retourné dans cette cage d’escalier, ranimer la cascade d’images initiées dans cet immeuble modeste de la SNCF, chemin de Sainte Marthe, dans la banlieue nord de Marseille où vivait mon grand-père.

Ascension longue et prometteuse, famille à la queue leu leu, dans un dernier effort après la longue route, le départ la veille au soir et l’arrivée en fin de matinée sous un soleil accablant. A chaque étage, une courte halte, un léger vertige, un autre encouragement. L’arrivée enfin au plus haut, l’escalier terminé par un muret et sa grille peinte en vert foncé au-dessus de laquelle on se penche pour regarder le talus sec, en bas. Les portes des appartements, quatre par étage, celui en face de la sortie de l’escalier des Taddéi qu’il faudra aller visiter vite, aller au fond du couloir sombre boire une limonade Pschitt, assis sur la chaise en lino tressé dans la cuisine aux volets tirés, sans trop faire de bruit pour ne pas réveiller la petite fille qui dort et qui est anormale, et « peuchère qu’il a grandit !… reprend de la limonade mon chéri, alors tu es venu voir ton pépé ? ». La sonnette, l’attente devant la porte close, à l’affût du mouvement dans l’appartement, le bruit des verrous qu’on active et enfin le sourire large et les exclamations et les embrassades, le contact humide des joues en sueur déjà, la chemisette en synthétique beige aussi sur le maillot de corps en coton ajouré, le short et les sandales, la peau blanche des cuisses, le vieux corps que l’on suit, dans la pénombre d’une cage aux volets fermés et aux fenêtres ouvertes pour créer le moindre courant d’air au prix du vacarme incessant du trafic qui envahit l’espace saturé, asphyxiant malgré les efforts futiles du ventilateur qui ne brasse qu’un air chaud en tranches lourdes. Intérieur de blockhaus sombre exposé aux radiations brûlantes d’un extérieur blanc de fournaise, un décor en noir et blanc camusien.

En veuf professionnel, tout est à sa place, briqué comme un sou neuf, la vieille gazinière à l’émail immaculé, le coca glaçons en grands verres en plastique transparent ; sur l’étagère, au-dessus de l’évier, le pot à eau en forme de visage grotesque dont j’évite de croiser le regard moqueur, la télé enfin qui trône en face du canapé-lit et du fauteuil inclinable, séparés de l’écran par le lac réfléchissant du plateau de la table à manger. L’unique chambre au grand lit est occupée entièrement par une immense armoire en lamellé collé vernie et il faut se faufiler pour accéder à la porte fenêtre ouverte sur des volets en fer toujours fermés donnant sur un petit balcon poussiéreux. Au mur, la reproduction d’un visage torturé d’après Greuze, intitulé l’esclave, exécutée au crayon par le fils ainé, l’oncle, quand il était adolescent. Il y a aussi, dans le couloir, la porte des WC, cagibi surchargé dont la chasse d’eau est une chaînette que l’on tire au dernier moment, la main déjà sur le loquet de la porte pour s’enfuir avant qu’elle ne déclenche la cataracte bruyante venue du réservoir en fonte accroché au-dessus de la cuvette. Derrière la cuvette, il y a le trésor. A chaque visite, ma soeur demande la permission de l’extraire de sa cache et de vider, sur la table, le contenu du baril de lessive en plastique si pesant que j’ai du mal à porter. Et c’est une à une que l’on extrait du goulot étroit les pièces en argent de 5 francs accumulées au fil des ans, que l’on empile en paquets de 10 sur la nappe qui protège la table à manger depuis que nous sommes arrivés. Ce trésor gigantesque disparu dans l’héritage dont il ne reste que le parfum de fleur séchée et de savon de la cage d’escalier extérieur du petit immeuble de la SNCF, chemin de Sainte Marthe dans les quartiers nord de Marseille.

texte Franck Bladou