Journal : Hommage à Simone Veil

« Venus de tous les continents, croyants et non croyants, nous appartenons tous à la même planète, à la communauté des hommes.

Nous devons être vigilants et la défendre non seulement contre les forces de la nature qui la menacent, mais encore davantage contre la folie des hommes. »

Simone Veil

Crédit photo inconnu


Madame Simone Veil a quitté cette terre hier 30 juin 2017, elle aurait eu 90 ans le 13 juillet prochain.

Les hommages se multiplient pour cette femme extraordinaire, auquel je veux ajouter le mien ce matin.

J’ai toujours admiré son humanisme et son intelligence. Elle a fait avancer la communauté des hommes vers le meilleur, bien que la vie ne l’ait guère épargnée. J’ai admiré sa persévérance et son caractère dans de nombreuses circonstances, la moindre n’étant pas la bataille qu’elle a mené devant une Assemblée nationale entièrement masculine pour imposer sa loi sur l’IVG a une société où les droits des femmes n’étaient qu’anecdote. 

Elle était une grande dame à tous points de vue, la vie l’ayant écorchée vive, elle n’a pas perdu espoir en l’humanité alors qu’elle en avait subi le pire dès sa jeunesse. C’était une juste aux Temps où l’humanisme et la justice était étranglés. Traverser les années de camps d’extermination en se tournant vers l’espoir et non vers la haine, tout en ne pardonnant pas aux donneurs de mort pour ne jamais oublier, lui a donné une force de caractère hors du commun. Cette énergie elle l’a mise au service de la communauté des hommes, pour faire avancer la société, française et européenne. 

Merci Madame Veil pour ce que vous avez fait pour nous toutes et tous. 

Il est des vies qui comptent pour celle des autres. 

«Les erreurs ne se regrettent pas, elles s’assument!

La peur ne se fuit pas, elle se surmonte.

L’amour ne se crie pas, il se prouve.»

Simone Veil

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So long Léonard Cohen

*

Show me the place

Where you are going to go

Show me your heart

Show me your way

Show me the place

Where you fly away your words

Show me your soul

Which is shining in your songs

Show me your voice

Thank you for giving us your heart

Thank you for being you

So long Léonard

So long

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Show me the place

Leonard Cohen

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Journal : Bout de l’an 

 

photo M.Christine Grimard

Un an est passé, si court et si long à la fois. Chaque jour, l’absence se fait plus lourde alors qu’elle devrait se faire plus légère.

Pourtant chaque anniversaire, chaque fête écoulée, aide à s’installer dans de nouvelles habitudes en acceptant l’absence. Toutes ces premières fois sans toi, seront paraît-il plus faciles à vivre quand elles seront secondes ou n-ièmes sur la liste. La force de l’habitude…

Pour le moment, je n’ai pas encore réussi à m’installer dans cette habitude.

Je n’ai pas réussi à oublier les derniers instants, à occulter les regrets de mots ou de gestes qui ont pu te manquer.

Je n’ai pas encore réussi à faire disparaître les objets des derniers jours, ni à vider ta dernière valise. En fait, lorsque j’ai tenté de l’ouvrir, ton parfum m’a sauté à la gorge, et je l’ai refermée…

Je n’ai pas encore réussi à écouter ce message que tu avais déposé sur mon téléphone portable un jour où j’étais indisponible. Je ne sais pas quand j’aurais la force d’entendre de nouveau ta voix…

Pourtant j’ai rangé les photos, parce qu’elles me ramenaient à l’âge heureux. J’ai réussi à relire ton écriture, à ouvrir ton livre de recettes et à sourire de nouveau devant toutes tes annotations. Ton écriture si bien formée, je l’ai admirée encore une fois, sans craindre mon émotion.

J’ai fait beaucoup de progrès en un an, beaucoup !

Tu serais fière de moi.

J’ai réussi à aider ceux qui avaient perdu un proche à exprimer leur chagrin sans que le mien n’éclate.  J’ai même réussi à leur offrir mon sourire.

J’ai réussi à faire avec, ou plutôt sans…  Sans le montrer, sans le crier, sans le pleurer. La plupart du temps.

Un an c’est si court et pourtant si long. Le premier est le plus dur, paraît-il.  Il vient de s’achever.

Le second commence. Et dehors, dans ce rayon de soleil, il me reste ma vie…

Confessions intimes 14 : Candela

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Je dormais paisiblement dans ce placard poussiéreux depuis des lustres. Elle est venue le fouiller ce soir-là, fébrilement, je me demandais ce qu’elle cherchait. J’étais retranchée derrière un rempart de vieux pulls, bien au chaud et à l’abri de la lumière du jour depuis que sa mère m’avait rangée là, quelques jours après Noël. Mais je ne me souviens plus en quelle année…

Peu importe l’année et la durée de mon silence. Voilà que je reprends du service !

Elle m’a installée sur le rebord de la fenêtre.

Je suis gelée !

Passer brutalement de la chaleur de mes vieux pulls, à l’air extérieur en ce soir de novembre. Elle aurait pu attendre un peu que je m’acclimate !

Enfin, je vais faire mon travail quand même. Eclairer la nuit et résister à ce vent glacial, jusqu’à ma dernière goutte de cire translucide.

J’ai de l’énergie à revendre, je l’ai contenue durant si longtemps. Ma flamme monte dans le ciel noir, vacille, se contorsionne, épouse les volutes du vent. Nous dansons ensemble sur un air de valse. C’est bon, je suis heureuse de me dégourdir un peu les braises. Une mèche est faite pour brûler et je m’engourdissais au fond de ce placard !

Dès que la nuit est tombée, je les ai vus défiler devant mon appui de fenêtre. Ils étaient vêtus de sombre, le visage tendu, le regard inquiet. Je ne comprenais pas pourquoi ils étaient si nombreux. Un flot continu de gens de toute taille, de tous âges, de toutes couleurs. Ils avançaient par petits groupes, ou solitaires, se dirigeant tous vers le même point.

Quelques dizaines, puis des centaines.

Je les voyais marcher, sans comprendre ce qu’il se passait mais je sentais bien que quelque chose d’important était arrivé qui fédérait tous les gens dans un même élan. Ce manège durait déjà depuis de longues minutes quand un jeune garçon, tenant dans la main un lumignon éteint me désigna du doigt à sa mère.

  • Regarde maman, je pourrais allumer mon lumignon avec la bougie qui est là sur la fenêtre ?
  • Oui, mon petit, répondit la mère, en jetant un coup d’œil dans ma direction, je ne pense pas que les propriétaires te refusent un peu de feu.

L’enfant s’approcha de moi, un peu timide, me fixant de ses yeux clairs. Il tendit la main vers ma flamme en hésitant un peu, brandissant la mèche de son lumignon comme une supplique. J’eus soudain peur de le brûler. Je penchai mon flambeau tremblant vers ses doigts fins profitant d’un léger souffle de vent pour embrasser sa courte mèche. Son visage s’éclaira soudain à la lueur de son minuscule foyer, et le sourire qu’il m’offrit illumina la nuit alentour. Il me fixa droit dans les yeux, les siens emplis de reconnaissance, et dit dans un souffle :

  • Merci petite flamme, j’emmène ta sœur là-bas…

Je me demandais où pouvait être ce « là-bas » quand un groupe de jeunes gens imita le petit garçon, venant éclairer d’autres bougies à ma flamme. Me penchant un peu vers la rue, j’aperçus près du carrefour, un morceau de trottoir où avaient été déposés des centaines de lumignons semblables. Quelque chose d’important se déroulait et une petite partie de moi allait y participer. Je me sentais fière de mes filles, sans trop comprendre pourquoi.

Et je sus alors que la minuscule étincelle qui m’habitait était plus vaste que le monde, en écoutant la mère du jeune garçon lui expliquer :

  • Il y a longtemps, un homme très sage que l’on appelait Bouddha a dit : « On peut allumer des milliers de bougies à partir d’une seule bougie sans en abréger la vie. On ne diminue jamais le bonheur en le partageant. » Tu vois, ton lumignon est une partie de cette chaîne et tous ceux qui le regarderont briller, comprendront l’amour qui brûlait dans ton cœur en ce jour.