Un été bleu outre-mer (10)

« Un lit de lumière, une chaise de silence, une table en bois d’espérance, rien d’autre : telle est la petite chambre dont l’âme est locataire. »

Ressusciter (2001)

Christian Bobin

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Photo M. Christine Grimard

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Que faut-il de plus

À un vacancier

Que quelques chaises longues

À l’ombre d’un arbre

Pour rêver sans dormir

À tout ce qu’il aurait dû faire

S’il n’était pas

En vacances !

(Nb : pour ceux que cela intrigue, la jolie « sablaise » déguisée en chaise longue provient

De la boutique « Le beau bazard de Marcelline »

Aux Sables d’olonne)

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Un été bleu outre-mer (9)

« L’infini n’est autre

Que le va-et-vient

Entre ce qui s’offre

Et ce qui se cherche

Va-et-vient sans fin

Entre arbre et oiseau,

Entre source et nuage. »

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A l’orient de tout (2005)

François Cheng

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Photo M.ChristineGrimard

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Debout

Juste à la verticale

De tout

Ce bleu

.

Le cœur

Juste en dessous

De tout

Ce ciel

.

Les yeux

Juste au-dessus

De tout

Ce sable

.

Le corps

Juste bercé

Par tout

Ce vent

.

Si petite

Juste au milieu

De ce tout

Si grand

.

Ne suis

Qu’ un petit rien

Juste au milieu

De l’infini

Un été bleu outre-mer (8)

« Lorsque les grands oiseaux prennent leur vol pour toujours, ils partent sans un cri et le ciel strié ne résonne plus de leur appel. Ils passent au dessus des lacs, des marais fertiles, leurs ailes écartent les nuages trop langoureux. »

André Breton

Photo M.Christine Grimard

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Lorsque le soir descend

Juste au bord des marais

La lumière prend son bain

Avant que la nuit vienne

Et que les goélands

Qui pèchent au soir tombant

Ne reviennent du large

Pour nourrir leurs enfants

.

Elle s’étire alanguie

Dégustant en silence

Son plaisir solitaire

Éclatante et ravie

En Traçant de l’index

Gerbes d’étincelles

Et volutes d’argent

.

J’admire son talent

Immobile et muette

De peur de l’interrompre

Couchée dans les roseaux

Jusqu’à la nuit tombée.

Un été bleu outre-mer (7)

« Rien n’est moins effrayant que cette douce et perfide invasion de la marée montante. »

Les ailes du courage

George Sand

Photo m Christine Grimard

Photo m Christine Grimard

Terre sèche ou terre mouillée

Selon le bon vouloir

De la mer sa voisine

.

Terre balayée de vent

Alourdie de sel

Submergée d’océan

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Terre d’azur ou de miel

Sable cent fois roulé

Imbibé d’iode et de soleil

.

Terre de marais

Terre de saline

Terre marine

.

Terre baignée de marée

Bercée de flux et de reflux

Que j’aime ton parfum de sel et de vent

.

Photo m, Christine Grimard

Un été bleu outre-mer (5)

« Hutte répétait qu’au fond, nous sommes tous des hommes des plages et que le sable – je cite ses propres termes – ne garde que quelques secondes, l’empreinte de nos pas, »

Rue des boutiques obscures

Patrick Modiano

Photo M. Christine Grimard

..

Quelques empreintes effacées par la marée

Quelques pas sur le sable balayé par les vagues

Quelques paroles emportées par le vent

Quelques heures de plaisirs maritimes

Quelques jours de vacances au soleil

Quelques amours aussi vites envolées

Quelques passants désœuvrés et blasés

Quelques oiseaux dérangés par les cris

Et puis au bout de la jetée

Le roulement des galets

La chanson des vagues

Le parfum de l’océan

Le vol des goélands

Et le vent qui passe en emportant le temps

Un été bleu outre-mer (4)

« J’écrivais des silences, des nuits

Je notais l’inexprimable,

Je fixais des vertiges. »

Une saison en enfer

(Éditions alliance typographique, 1873)

Arthur Rimbaud

Vidéo M.Christine Grimard

..

Vertige

D’être tout simplement en vie

Petit point insignifiant sur le globe immense

Poussière d’étoile, fille du vent de l’espace

Minuscule amas de cellules

Vertige

De se mouvoir en liberté

Bien que femme dans un monde d’hommes

De s’accomplir selon ses propres choix

De laisser libre cours à ses désirs

….

Vertiges

De pouvoir admirer le ciel

De suivre des yeux les oiseaux bravant les nuages

De s’émerveiller d’un peu de bleu au milieu des nuées

D’être un atome existant au milieu de tout ça

Un été bleu outre-mer (3)

« Regarde mes jardins où les jardiniers vont dans l’Aube pour créer le printemps, ils ne discutent point sur les pistils ni les corolles : ils sèment des graines. »

Citadelle (1948)

Antoine de Saint-Exupéry

Photo M. Christine Grimard

…31 juillet 1944…

Antoine de Saint-Exupéry disparaît au large de Marseille à bord de son avion monoplace.

Ses écrits lui survivent et nous nourrissent.

Combien d’autres phrases merveilleuses aurait-il pu écrire encore ?

Combien de graines d’écrivains a-t-il semées derrière lui ?

Le mystère de sa disparition sera levé de nombreuses années plus tard lorsqu’un plongeur retrouvera sa gourmette, devenue mythique.

Qu’il soit remercié pour son immense talent et tout le plaisir de lecture qu’il m’a donné.

Je les imagine assis tous les deux sur l’astéroïde B612, admirant un des nombreux couchers de soleil et discutant de ce que sont devenus les hommes sur cette terre à mille miles de toute civilisation….