Photo du jour : cascade verbale

« Je ne trempe pas ma plume dans un encrier mais dans la vie. »

Blaise Cendrars

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Photo Marie-Christine Grimard

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Le poète trempe sa plume dans la vie

La vie nourrit son âme de lumière

La lumière naît du fond de l’espace

L’espace habille sa nuit de mystère

Le mystère tend vers l’infini

L’infini inspire le poète

Le poète anéantit le néant

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Photo du jour : course en ciel

Photo Marie-Christine Grimard

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« On y va, les gars !

On ne reste pas là

Au-dessus de ces fous

Dépêchons

On part vers le sud

Jusqu’à la mer

En un tour de mistral

On y sera

À nous les alizés et les vahinés »

Entend l’enfant à sa fenêtre

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Photo Marie-Christine Grimard

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« Où courez-vous nuages ?

Vers quels cieux plus cléments ?

Ne partez pas au loin

Ne m’abandonnez pas

Sans vous, le ciel est si vide

Sans vous, la terre est si seule

Restez encore un peu avec moi ! »

Crie l’enfant derrière sa fenêtre

Photo du jour : aube d’hiver

« Il est plus intelligent d’allumer une toute petite lampe, que de se plaindre de l’obscurité. » Lao Tseu.

Photo Marie-Christine Grimard

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Il y a des matins où l’on n’a pas envie de sortir pour affronter l’hiver.

Pluie mêlée de givre, vent glacial.

L’extérieur n’est pas très accueillant.

Pourquoi faut-il que je sorte alors que tant de gens sont encore au chaud sous leurs couettes ?

Chacun sa route …

Mon chemin est parfois bien pénible !

Monter dans sa voiture glaciale tient de la gageure, pare-brise givré, ciel en berne.

Attendre que le chauffage daigne se réveiller avant de démarrer,

Et puis, miracle, le soleil pointe son nez entre les gouttes.

Une seconde seulement.

Vite effacée par les nuages.

Juste un petit coup de projecteurs en guise d’encouragement.

Un petit coup de pouce lumineux.

Allez on y va : moteur !

Photo du jour : Rideau !

« La vie est terrible mais comment lui en vouloir ? Je lui souris comme la fleur fleurit et comme le nuage passe : pour rien. Pour l’amour du très précieux et très noble rien … »

Christian Bobin

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Photo Marie-Christine Grimard

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Arrêt sur l’image

On retient son souffle devant le spectacle offert

Le soir fait silence comme s’il voulait éviter de perturber le peintre

Le décor est en place

Lever de rideau

Tout le monde est prêt

Quelle chance d’avoir pu obtenir un ticket

Les privilégiés sont assis

On ouvre grand les yeux

Attention :

Coucher du soleil !

Photo du jour : Nature vous avez dit nature ?

« La nature me repayse. »

Inquiétudes d’un biologiste

Jean Rostand

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Photo Marie-Christine Grimard

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Nature

Que faisons-nous de toi ?

Tu nous as créés

Et nous te détruisons !

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Si rien n’est dû au hasard

Sur cette terre

Quel rôle est le nôtre ?

Quelle est notre finalité ?

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Sommes-nous des entités négatives

Des parasites

Des destructeurs

Des robots avides et inutiles ?

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Sommes-nous là pour piller

S’approprier, profiter, amasser

Récolter, accumuler,

Manger, boire, s’empiffrer, de saouler ?

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Quel dieu distrait nous a-t-il fait éclore

Dépité de constater notre évolution négative

Ne sait plus comment se débarrasser

De notre désastreuse influence ?

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Saurons-nous retrouver notre raison première

Partager l’essentiel, laisser fleurir la paix

Rendre leur liberté aux espèces alentour

Et laisser respirer notre terre adorée ?

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Julia Roberts l’exprime mieux que moi.

Écoutons là

Une image…une histoire : la vie est dans les détails

« Les esprits analytiques ne voient pratiquement que les défauts : plus la lentille est forte, plus imparfait nous apparaît l’objet observé. Le détail est toujours fâcheux. »

Fernando Pessoa

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Photo Marie-Christine grimard

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Parfois certains jours sont sans intérêt.

En avançant le long de la voie ferrée dans la grisaille du petit matin, elle se demande ce qu’elle fait là. Elle sait d’avance que ce ne sera pas le meilleur moment de la journée.

Elle ajuste son écharpe et remonte le col de son manteau, histoire de bloquer ce courant d’air glacé qui s’engouffre le long de son dos.

Un vélo la double dans le brouillard, elle l’entend s’éloigner dans un grincement de chaîne rouillée. Elle préfère encore être à pied, avec ce verglas, c’est un jour à déraper devant le capot d’une voiture.

Il ne manquerait plus que cela.

Enfin, un petit séjour à l’hôpital avec un pied dans le plâtre, lui permettrait de se reposer un peu. Elle hausse les épaules, honteuse d’avoir des idées pareilles. Elle arrive au bout de l’avenue et traverse sans regarder. À cette heure ci, les voitures sont rares.

Une main attrape son manteau par le col et la tire en arrière au moment où passe une voiture électrique qu’elle n’a pas entendu arriver. Elle tombe en arrière, et se retrouve assise au bord du trottoir. La voiture disparaît au carrefour, le chauffeur semble n’avoir rien vu.

Elle se retourne pour remercier celui qui l’a retenue en lui évitant un choc fatal.

Il n’y a personne. La rue est vide et silencieuse.

Elle se retourne, se demandant si elle n’a pas rêvé.

Derrière elle, le soleil se lève, faisant briller la clôture qui longe la gare. Elle s’approche des buissons qui lui cachent la voie ferrée. Les arbustes sont décharnés par l’hiver. Seuls quelques fils d’argent ondulent dans la brise, étincelants à jour frisant dans la lumière pâle du petit matin. On dirait des guirlandes de Noël. En les regardant, elle se retrouve trente ans auparavant, demandant à sa mère pourquoi il y avait des pompons dorés dans les buissons autour de leur maison.

« Ce sont les fées qui tissent des fleurs d’hiver pour remplacer celles que l’été a emporté avec lui. Lui dit sa mère. Ainsi les oiseaux trouvent encore de quoi manger quand il fait froid. Du moins, c’est ce que me racontait ma grand-mère.

En fait, moi je pense que ce sont les cheveux que les anges-gardiens ont perdu en s’envolant le matin après avoir veillé sur nous toute la nuit. Une fois, j’en ai vu un en me réveillant, le jour où la tempête avait fait tomber le grand cèdre à quelques centimètre de la maison. Je m’en souviendrai toute la vie tant il était beau ! »

Elle se souvient du regard émerveillé de sa mère lui racontant cette histoire.

Comment à-t -elle pu oublier ça ?

Elle s’approche de la clôture pour poser la main sur un des fils d’argent. Il tombe en poussière sous la chaleur de ses doigts. Un rire cristallin raisonne au-dessus de sa tête sorti de nulle part. Elle recule, un peu effrayée.

Sur la voie ferrée en contre-bas, arrive le TER de 7h 30. Si elle ne se dépêche pas, elle va rater son train. Elle descend les marches menant aux quais en courant, et monte dans le wagon juste au moment où les portes se ferment.

Il n’aurait plus manqué qu’elle rate son train après avoir failli se faire écraser. Quelle journée !

Au moment où le train démarre, elle lève les yeux vers la rue où elle se trouvait quelques minutes auparavant. Le vent fait onduler les cheveux d’anges du buisson, en douceur, comme si une main les effleurait. Un sentiment d’harmonie et de sérénité l’envahit.

Elle reste pétrifiée. Derrière l’ombre du buisson, le soleil dessine une silhouette lumineuse qui semble agiter le bras en guise d’au-revoir…

Photo du jour : Libre escadrille

« Les oiseaux sont-ils libres des chaînes des cieux ?

Personne n’est libre, même les oiseaux sont enchaînés au ciel. »

(paroles de la chanson Ballad In Plain D)

« Are birds free from the chains of the skyway ?

No one is free, even the birds are chained to the sky. »

Bob Dylan

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Photo Marie-Christine Grimard

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Dans le lointain

Une escadrille d’échassiers

Barre l’horizon.

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Ballerines anthracites

Ils balaient les nuages,

Nettoyant le ciel

De leurs ailes,

En suivant le rythme

Des vagues.

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Leurs cris aigus

Résonnent dans le vent

Comme des rires d’enfants

Heureux de retrouver leur liberté

En sortant de l’école.

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Jusqu’où voleront-ils

En suivant les alizés ?

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Feront-ils le tour de la terre

Ou de la mer ?

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Reviendront-ils

Avec dans les yeux

Ce parfum d’un ailleurs

Où vivent les rêveurs ?