Journal : Des(espoir)

Coup de fil :

  • Bonsoir, madame, ici le médecin de la maison où réside votre père…
  • Bonsoir…
  • Je voulais vous prévenir qu’il ne va pas bien du tout, il est très encombré et on ne peut plus l’alimenter depuis deux jours. On est assez inquiets, je voulais que vous le sachiez. On va le mettre en perfusion pour le réhydrater et sous antibiotiques.
  • Merci de m’avertir. Je vais venir le voir dès que possible. J’aimerais que vous le soulagiez mais sans hospitalisation ni acharnement…
  • Très bien, je le note. Mais son état est très préoccupant. Je voulais que vous le sachiez.
  • Merci beaucoup de m’avoir appelée et pour vos soins…

Raccrocher, et s’accrocher aux souvenirs pour oublier le présent et effacer l’échéance annoncée.

Ne plus penser, ne plus craindre, espérer que la délivrance soit proche, et que ce corps fatigué délivre son âme de son incapacité à vivre. 

Espérer que le désespoir qui emprisonne cette âme, se dissipe au petit matin, qu’elle prenne son envol, enfin.

Demander à celle qui l’a précédé de l’autre côté du miroir, de lui prendre la main pour le rassurer sur le chemin.

Être exaucé à peine le temps d’un souffle plus tard, et le regarder s’envoler vers sa liberté…

Photo M christine Grimard

Phrases 17 : Mots d’espoir et de désespoirs maritimes

“La mer joint les régions qu’elle sépare.”

Alexander Pope

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AOUT 3 2015 119

Photo M.Christine Grimard

  • Quand la mer est calme, il paraît si facile de la traverser en savourant le bercement des vagues et la caresse du suroît, pour découvrir des rivages accueillants de l’autre côté de l’horizon, après quelques jours de navigations et quelques nuits d’émerveillements sous les étoiles.
  • Quand la mer est démontée, elle devient un obstacle infranchissable, monstrueuse de colère à grands renforts de Noroît, où le plus calme des courants se métamorphose en océan austral rugissant, où plus rien ne compte pour survivre que le courage et la solidarité des marins face au déchaînement des éléments.
  • Quand la mer sépare les hommes au lieu de les réunir, qu’ils se replient sur leurs rivages de part et d’autre d’un mur hostile, qu’ils se regardent en ennemis repliés dans leurs certitudes et leurs traditions, qu’ils ne s’écoutent plus, pourquoi s’étonnent-ils qu’elle devienne un cimetière immense où le corps de leurs enfants flottera à jamais dans leurs mémoires ensanglantées ?