La ronde de mars : « Dialogue(s) »

Ronde du 15  mars 2018 autour des Dialogues.

Entrons dans cette nouvelle ronde dont je vous rappelle le principe retranscrit ici depuis le blog de Dominique Autrou:

«La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle, sur une idée d’Hélène Verdierle promeneurquotiriens et Dominique Autrou à l’automne 2012. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite. Pour chaque échange, un thème, un simple mot. Prétexte à un travail d’écriture pouvant prendre la forme d’un récit, une fiction, un poème, une page de carnet…»

Selon l’ordre de cette ronde, je publie le texte de Dominique Autrou et le mien est publié chez Giovanni Merloni .

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde de septembre, dont le thème est : «Dialogue(s)».

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant, par ordre du tirage au sort (un clic sur le lien de son blog libère le nom de l’auteur) :

Jacques  chez
Elise chez
Céline chez
Voici le texte de Dominique
***

Le principe de l’exercice, pour cette vingt-septième ronde, est d’isoler une seule phrase dans chacun des textes des participants des dix premières rondes, chronologiquement depuis décembre 2012 à novembre 2014, de la conserver telle quelle, en respectant les capitales, les majuscules et la ponctuation, et de retranscrire le tout dans le bon ordre, en dix paragraphes.

Il en résulte un cut-up qui, tiré par les cheveux, certes, compose comme un dialogue entre les premiers textes de la ronde. Ce cut-up peut d’ailleurs lui-même se lire comme un dialogue.

Le choix de se limiter aux dix premières rondes est motivé par le souhait de ne pas être trop envahissant dans un seul billet. Il n’est pas exclu de répéter l’exercice une prochaine fois avec les rondes ultérieures, si le thème s’y prête, bien sûr…

*

Mon visage fait partie du décor.
— c’est mieux au fond que tu n’aies pas pris l’image des tableaux, avec le temps ils prennent en toi
une importance qui est celle de tous les souvenirs
Oh, rien de nouveau dans tout cela,
C’est juste une méthode
.
Je n’aime pas les départs, ce que j’aime ce sont les arrivées.
Un long voyage, des dangers.
À l’épaule un sac d’osier pris la veille au grenier.
Vais-je prendre le bon ?
Il serait plus judicieux de simplement se laisser aller, se perdre dans ces yeux.
Sur cette route, elle posait des repères, adoptait des arbres qui lui faisaient une autre famille,
imaginaire, dans le silence du voyage.
Je n’étais pourtant pas avare de douceur, d’écoute, de caresses aussi.
.
On a fini par trouver, au vrai c’était un coin paumé.
À 21 heures je franchis le seuil baigné d’une lumière chaude, carnet à la main, appareil photo en
bandoulière.
Elle m’attend sur le seuil.
Des lumières rouges clignotent le long de notre descente et la chaleur se fait plus épaisse.
Elle a devant elle une journée à passer.
Et puis ce n’est pas un roman.
.
Une occasion pareille ne se présente qu’une seule fois dans la vie.
« Je vous montre la nuque ? »
Une soif inextinguible.
Curieusement, la cuisine est faite à l’huile d’olive.
.
Hep ! mon p’tit poussin ! Viens par ici que je te caliborgne, te reluque, te mate, te zieute… !
Instant figé des passants en arrêt devant sa mine déconfite.
Il dit que tout va bien et que c’est juste une question de regard.
C’était se moquer de la force des images.
Le regard se dirige quelque part, observe à l’extérieur de soi.
Deux squelettes se disputant un hareng.
— Jusqu’à vous submerger.
S’éloigner pour quelques jours.
Au retour, fiévreux, j’ai dormi trois jours de suite.
.
Je ne vois presque plus rien que la lumière,
— La lumière est un roseau…
C’est le feu du Soleil d’un astre la brillance
— si on parlait de vive-mort
au-delà des barreaux, une fin
un mariage réussi
À quoi bon s’entêter ?
Les chants cessent, la peur fait battre les cœurs dans les poitrines et les oreilles.
J’ai oublié
.
Je sens sur mes épaules une armée minuscule au garde-à-vous, puis cette envie de rugir, de courir,
de rire.
— Embrasse ce qui t’entoure
et que ça devrait frémir au-dedans
Dès mon retour à la maison je suis allé au jardin.
Mais, à cause de la pluie, elle n’y était pas descendue ce jour-là.
Le chat, peut-être, saurait.
Et ce fut long d’écrire toutes ces pages.
— Tu ne crois pas aux miracles ?
.
Les pieds nus plantés dans l’herbe folle
Elle ferme les yeux.
à tire-d’aile ils vont par-delà les frontières
Ce tableau-là fit jaillir les larmes retenues en silence.
l’eau suit son cours, un nuage s’effiloche,
Que craignez-vous ?
Je voulais contempler l’azur
.
Il est des villes où toujours on revient.
La première n’était pas parfaite.
Les métropoles sont des nécessités capitales, destinées au repos, à la toilette, à l’amour des
voyageurs.
Dans la rue des odeurs de kebab
Une femme nue implore le ciel
Hélios est de plomb
On pousse la porte avec respect
Devions achever l’acte en quittant ta demeure
.
Les dimanches d’hiver, la route devenait périlleuse sous la tourmente.
Treize ans déjà,
Nous voici à trois jours de notre mariage et, une fois de plus, je ne suis pas au rendez-vous.
Seul au milieu d’un tourbillon de mots
Et mon oeil batifole avec les feuilles
Froissées comme un visage
La plus vieille forêt là-bas s’y développe
mais je ne suis pas sûr
Tu entends, là ?

Texte et Photo Dominique Autrou

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La ronde : Paysages (2)

Pour ceux qui auraient envie de relire mon texte de la ronde janvier ….

*

Paysage

Doux et sage

Pour oiseaux sans cage

Nageant au milieu des nuages

Paysage d’ombre et de lumière aux mille visages

Photo M.Christine Grimard

**

Pays sage

Comme une image

Paysage libre et sauvage

Comme les courbes d’un sillage

Paysage paisible, doux et sage

Comme la fin d’un beau voyage

Photo M.christine Grimard

***

Paysage si sage

Comme ton regard sur mon visage

Paysage si doux

Comme ton souffle sur mon cou

Paysage si sage

Comme ta main dans mon corsage

Paysage si fou

Comme la vie quand elle dit nous

Paysage pas sage

Comme il est primordial à notre âge

La ronde de Janvier : Paysages

Ronde du 15  Janvier 2018 autour des Paysages.

Entrons dans cette nouvelle ronde dont je vous rappelle le principe retranscrit ici depuis le blog de Dominique Autrou:

«La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle, sur une idée d’Hélène Verdierle promeneurquotiriens et Dominique Autrou à l’automne 2012. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite. Pour chaque échange, un thème, un simple mot. Prétexte à un travail d’écriture pouvant prendre la forme d’un récit, une fiction, un poème, une page de carnet…»

Selon l’ordre de cette ronde, je publie le texte de Marie-Noëlle Bertrand et le mien est publié chez Dominique Hasselmann .

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde de septembre, dont le thème est : «Paysages».

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant, par ordre du tirage au sort (un clic sur le lien de son blog libère le nom de l’auteur) :

Jean-Pierre Boureux
chez …
Noël Bernard
chez
Giovanni Merloni
chez
Franck
chez
Jacques
chez
Hélène Verdier
chez
Dominique Autrou
chez
Guy Deflaux
chez
Marie-Noëlle Bertrand
chez
Marie-Christine Grimard 

chez
Dominique Hasselmann
chez Jean-Pierre etc..

Voici le texte de Marie-Noëlle :

**

 

Paysage(s)

.

intérieur, paysage

extérieur, paysage

travelling, plan fixe

plan large, zoom, focale

.

espaces

projection de l’état de mon âme

supports, surfaces

écho de saisons révolues

aspiration à des temps meilleurs

.

impression, mémoire

expression, sentiment

.

plans, séquences,

Le doux souvenir d’enfance

éclos parmi les pâquerettes printanières

Le regard abîmé entre ciel et mer

dessine l’horizon d’un autre été

L’espoir de l’embellie

flamboie dans les couleurs de l’automne

La cicatrice de douleurs oubliées

affleure dans les sillons noirs de l’hiver

.

Quoi reflète ?

.

 

Textes et photos : Marie-Noëlle Bertrand

***

La ronde de Novembre : Lettres (2)

Pour ceux qui souhaiteraient relire mon texte écrit à l’occasion de la ronde du 15 novembre, je le publie de nouveau ce matin. Merci pour vos lectures fidèles et commentaires qui font le sel de ce blog !

 

***

Amour,

Voilà bien longtemps que je n’ai utilisé cette écriture manuscrite. Par facilité ou manque de temps peut-être. Par timidité aussi…

Maintenant, que les claviers ont pris la main sur notre écriture, c’est une mise à nue que d’offrir ainsi ses mots manuscrits. J’en suis toute intimidée et trace ces lettres en rougissant comme si j’avais encore quinze ans.

J’aimais recevoir des cartes postales. C’était une belle surprise qui arrivait dans la boite aux lettres avec ses odeurs exotiques et ses timbres colorés. Des petits cadeaux venus du monde entier. Mais voilà bien longtemps que les mails les ont remplacés, et la boite où je les collectionnais ne sera jamais pleine.

Mais je m’égare, pardonne mon bavardage…

Je voulais simplement te faire le cadeau de mes mots pour qu’ils caressent ton âme aussi tendrement que le feraient mes doigts. Que leur douceur s’insinue sous ta peau jusqu’au frisson. J’imagine ton regard sur mes phrases comme s’il se posait sur moi, et mon cœur s’envole vers le tien en un battement de cils. Tu pourras relire ces phrases lorsque je serai partie et imaginer toutes celles que je n’ai pu écrire, puisqu’elles sont impuissantes à décrire ce que nous sommes. Aucun mot n’est assez pastel, sucré, tendre, aimant, charmant, câlin, soyeux, suave, pour peindre ce qui nous relie. Je te laisse les inventer pour nous. Remercions la vie de nous avoir permis de naître dans le même siècle, et de nous rencontrer. La terre est si vaste et le temps est si long, il aurait été si facile de ne jamais se croiser.

J’ai toujours pensé que les rencontres importantes étaient programmées depuis toujours et qu’elles ne pouvaient que se produire. Je remercie le ciel de t’avoir inventé et de m’avoir conduite jusqu’à toi.

Au plus profond de mes souvenirs, je savais que tu étais là.

Amour, souviens toi de nous.

                                                                                     Chris

                                                                                     Lyon, le 11 septembre 2058

***

Photo M.Christine Grimard

*

 

***

 

La ronde du 15 Novembre : Lettres

Le 15  Novembre 2017, la ronde autour des Lettres.

Participant depuis un an à la ronde à la demande de Dominique Autrou,  je remercie tous les participants de leur partages amicaux et vous rappelle le principe retranscrit ici depuis le blog de Dominique : «La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle, sur une idée d’Hélène Verdierle promeneurquotiriens et Dominique Autrou à l’automne 2012. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite. Pour chaque échange, un thème, un simple mot. Prétexte à un travail d’écriture pouvant prendre la forme d’un récit, une fiction, un poème, une page de carnet…»

Selon l’ordre de cette ronde, je publie le texte de Dominique Hasselmann  et le mien est publié chez Marie-Noëlle Bertrand.

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde de septembre, dont le thème est : «Lettres».

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant, par ordre du tirage au sort (un clic sur le lien de son blog libère le nom de l’auteur) :

chez Dominique Autrou  chez Hélène Verdier  chez Jacques   chez Franck  chez Giovanni Merloni  chez Noël Bernard  chez Jean-Pierre Boureux  chez DH, etc.
 
Bonne lecture à tous au fil de la ronde !
 
**

Lettres ou pas lettres

 

Ces jambages s’incrustaient sur les murs et maintenant sur les gens. Les traces de rouge, de bleu, de jaune, de vert striaient les surfaces urbaines et les piétons peu précautionneux. Il suffisait de sortir dans la rue pour que des tirs de « paint-balls » maculent les passants. Le prétexte invoqué par la Brigade des tireurs à blanc (BDTAB) : « Habituer les habitants des villes aux attentats futurs sans leur faire de mal ».

Le projet, contre lequel les forces de police avaient été mobilisées, mais jusqu’à présent inutilement et sans résultats, avait d’abord envahi la capitale. Les tags qui s’étalaient sur les palissades de chantiers ou sur les murs longeant les voies de chemins de fer ne retenaient plus l’attention de quiconque. Le « street art » était remplacé désormais par le « Dead body art ». Les teinturiers gagnaient soudain beaucoup d’argent, même si les boutiques de capsules de peinture étaient étroitement surveillées.

On écrivait sur les corps des passants : les terrasses de café étaient visées – l’exemple historique du 13 novembre 2015 à Paris demeurait toujours présent dans les mémoires – et les tireurs agissaient depuis des scooters plus aptes que les voitures à déjouer les pièges de la circulation et ses encombrements.

Le préfet de police avait fait rédiger une lettre adressée à tous les Parisiens par la Poste soudain redynamisée. Le paragraphe principal était celui-ci :

« À l’heure grave où des petits malins ont décidé de faire régner un « terrorisme » de mauvais goût, il est indispensable que chacun prenne ses responsabilités. Je vous demande donc de signaler tout comportement suspect, en premier lieu dans votre entourage (famille, amis, connaissances proches ou lointaines) ou dans vos relations (collègues de travail, voisins d’immeubles, commerçants, clients, artisans, employés, fonctionnaires, etc.) qui pourraient participer à ces jeux macabres. Vous enverrez, par la Poste uniquement, pour éviter toute interception, dans le style « hacking » sur Internet, une lettre détaillant les noms et coordonnées des suspects que vous auriez pu détecter.

Une récompense de 10 000 euros sera attribuée pour chaque nom inscrit, une fois prouvée après enquête la véracité de la dénonciation.

Il s’agit d’une entreprise de salut public à laquelle vous aurez contribué et dont l’État saura non seulement vous remercier pécuniairement mais également honorifiquement grâce au nouveau statut donné à l’attribution de la Légion d’honneur. »

Si les lettres commençaient à s’empiler dans les boîtes ad hoc (on avait dû en installer de nouvelles, peintes en rouge, dans les rues alors qu’on était justement en train, comme pour les cabines téléphoniques, de les faire disparaître), c’est parce que tout le monde surveillait tout le monde. L’idée panoptique d’un Bentham, limitée à la prison, avait pris une dimension urbaine et quotidienne. Chacun était devenu lui-même, dans son existence, une caméra de vidéo-surveillance (ou de « vidéo-protection »).

Les citoyens récalcitrants à cette délation généralisée étaient immédiatement couchés sur le papier, et il n’était pas nécessaire, comme sous l’Occupation allemande, de signer les lettres envoyées à la préfecture de police. Les forces de l’ordre préféraient faire chou blanc et obtenir un taux de réussite de 2% plutôt que d’aller cultiver des carottes ailleurs.

Dans cette atmosphère de suspicion généralisée, l’idée même de démocratie ou d’opinions différentes, s’affrontant tranquillement au sein du Parlement, avait régressé puis disparu peu à peu. Le consensus était la version « soft » d’un nouveau totalitarisme. On s’étonnait que des jets de peinture aient produit un tel effet : l’attentat coloré avait pris même plus d’ampleur que les mitraillages, hélas bien réels, que le pays avait connus et subis.

Ainsi, le flot des missives adressées aux autorités grossissait inexorablement, ce qui n’empêchait pourtant pas les actions du BDTAB de se poursuivre. Ce moyen « littéraire » de résistance était-il le mieux adapté à la nouvelle situation ? « Lettres ou pas lettres », c’était la question.

Au sommet de l’État, on envisageait déjà, d’après certains journalistes bien en cour, des mesures plus radicales que même un George Orwell n’aurait sans doute jamais imaginées.

 

 

texte et photo : Dominique Hasselmann

 

 

La ronde de septembre : Accents (2)

Pour ceux qui n’auraient pas lu mon texte paru dans le cadre de « La ronde » sur les accents du 15 septembre, je le publie de nouveau ce jour. Profitez-en pour suivre le lien et relire les autres textes qui ont rendu hommage à tous les accents du monde…

 

photo M Ch Grimard

 

 

 

 

Accents

 

Parfois les rêves se réalisent, parfois ils restent inaccessibles.

Paul ne le sait que trop bien. Malgré les efforts consentis pour se départir de son accent, il lui revient toujours comme un boomerang lorsqu’il se laisse déborder par ses émotions. Son rêve d’intégrer le théâtre français est resté au point mort à cause de son accent albigeois, il ne compte plus les auditions où on lui a ri au nez à la fin de ses tirades…

Ce soir, c’est son dernier espoir de jouer Tartuffe. Le jury est composé de cinq hommes et une femme entourant le metteur en scène tchèque qui monte le Tartuffe pour le prochain festival de Rocamadour.

Il se lance :

 

« Ah ! pour être Dévot, je n’en suis pas moins homme

Et lorsqu’on vient à voir vos célestes appas,

Un cœur se laisse prendre, et ne raisonne pas.

Je sais qu’un tel discours de moi paraît étrange

Mais, Madame, après tout, je ne suis pas un ange… »

 

Il a dérapé sur « étrrrrannnge » et sur « annnge », rattrapé par son émotion et son accent. Une fois encore !

Le metteur en scène lève le bras, les doigts écartés en signe de réprobation. Il a déjà vu tant de mains se lever ainsi pour interrompre ses tirades. Il craque, s’avance au bord de la scène et déclame :

« Accent circonflexe heureux d’être complexe

Accent grave aux airs de dilettante à la rondeur lascive et concave

Accent aigu flottant sur son e comme un pont suspendu

Accent québécois trempant ses syllabes dans le sirop d’érable

Accent tonique écrasant la rhétorique à s’en écorcher les oreilles

Accent du midi chantant et caressant les mots de sa nonchalance

Accent ch’ti mystérieusement nébuleux comme le brouillard du Nord

Accent lyonnais de Guignol et de Gnafron, à l’intonation éternellement étonnée

Accent marseillais épicé aux saveurs de Méditerranée

Accent toulousain roulant son torrent rouge brique

Accent méridional au parfum de cigales

Accent albigeois qui alourdit ma voix

Accent de n’importe-où, accents d’ailleurs et de partout

Avoir l’accent de son pays c’est transporter avec soi le souvenir de la terre qui vous a enfanté, c’est laisser l’émotion sortir de sa coquille, c’est reprendre sa liberté, c’est réveiller l’enfant qui dormait derrière la cascade. »

 

Le metteur en scène a baissé le bras, le jury est toute ouïe, figé dans un silence absolu. On n’entend que le grincement des planches sous ses pieds. Paul lève les yeux vers les cintres, met les mains en portevoix et crie aux limbes :

 « L’accent, c’est pas dans la gorge des uns, c’est dans l’oreille des autres ! » a dit Plume Latraverse

 

Silence dans la salle. Les yeux des membres du jury sont fixés sur lui. Pas un cil ne bouge.

Paul finit sa tirade, d’une voix pâle, monocorde, sans aucun accent.

 « Peu m’importe que vous refusiez ma différence, peu m’importe que vous n’entendiez pas la Garonne qui roule sur ma langue, peu m’importe que vous préfériez le mensonge d’une voix formatée à la vérité de mon accent. »

 

Silence.

Le metteur en scène se lève. Paul, du coin de l’œil, le voit faire le tour de la table.

Il tombe à genoux et reprend son accent pour hurler :

« Même si vous ne m’entendez pas, je crierai mes mots sur les toits, j’irai les cracher sur vos tombes. Malgré vous, je donnerai à ma vie des accents de joie ! »

 

Silence.

Un ange passe sous ses paupières closes.

On entendrait un accent circonflexe tomber de la cime dans l’abîme.

Paul se relève, les paupières baissées il attend le verdict négatif tant de fois entendu.

Deux mains saisissent les siennes, le metteur en scène lui tape sur l’épaule, tout sourire, et dit :

 

« J’aime l’originalité de votre approche !

Parfait, les répétitions commencent demain à 7 heure, je compte sur vous pour apporter un peu de sang frais à ce vieux Tartuffe ! ».

texte et photo Marie-Christine Grimard

 

La ronde de septembre : Accents (1)

Le 15  septembre 2017, la ronde autour des accents.

Participant depuis un an à la ronde à la demande de Dominique Autrou,  je remercie tous les participants de leur partages amicaux et vous rappelle le principe retranscris ici depuis le blog de Dominique: «La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle, sur une idée d’Hélène Verdierle promeneurquotiriens et Dominique Autrou à l’automne 2012. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite. Pour chaque échange, un thème, un simple mot. Prétexte à un travail d’écriture pouvant prendre la forme d’un récit, une fiction, un poème, une page de carnet…»

J’ai le plaisir d’accueillir Marie-Noëlle  et mon texte est publié chez Franck (à l’envi) 

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde de septembre, dont le thème est : «Accents».

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant, par ordre du tirage au sort (un clic sur le lien de son blog libère le nom de l’auteur) :

 
Bonne lecture à tous au fil de la ronde !
 
**

 

Tempeste dans un verre d’eau

 

Quand Dominique m’a invitée à entrer dans cette ronde sur le thème des accents, je n’ai pensé qu’à celui de ma région d’origine, la Bourgogne, avec son r roulé, la seule de ses caractéristiques encore évoquée aujourd’hui. Puis, dans l’après-midi, une étincelle et le chapeau de la cime tombait dans l’abîme. Fidèle au rendez-vous du hasard objectif, je ne suis pas étonnée que RFI, le soir même, rediffuse « La danse des mots», la très belle émission d’Yvan Amar, consacrée à un entretien avec Michel Feltin-Palas sur le thème : L’accent, un enjeu de pouvoir et qu’ils évoquent ensemble les deux sens de ce mot.

 

Ce fameux r, la génération de mes grands-parents voir celle de mes parents le roulaient plus ou moins comme au fil des saisons les rivières le faisaient avec les graviers. Ce r roulé était aussi celui des immigrés venus de Pologne, parfois de leurs enfants, qui l’avaient plus ou moins ; j’ignore si cela dépendait de leur région d’origine ou de leur niveau d’assimilation.

 

Cet accent-là l’ai-je jamais eu, l’ai-je encore ou l’ai-je perdu ?

Je me souviens d’une douloureuse séance de lecture à haute voix en classe de CM2. Il y était question de chapeau pointu que je persévérais à prononcer \pwɛty\ bien que l’institutrice s’obstinât en vain à me répéter que je ne disais pas \fwɛ\ mais \fwɛ\ et à me faire rabâcher la phrase.

Je le retrouve, peut-être moins l’accent que le parler avec ses mots, ses expressions et sa syntaxe dont il est généralement indissociable. Ce vocabulaire imagé et affectif aiguillonne les inflexions de la pensée et de la phrase, mêlant des alluvions du Charolais et du Morvan d’où étaient originaires une partie de ma famille à un parler montcellien.

Quand, avec ma mère, nous parlions de son cousin, jamais nous ne le nommions Claude. C’était le Glaude, prononciation rendue célèbre par le film «  La Soupe aux choux  » qui se déroule dans le Bourbonnais, pas si lointain.

Aujourd’hui encore, il m’arrive souvent de dire « être en feuille » pour « être en arrêt maladie », expression d’abord employée par les mineurs mais dont l’usage s’était répandu. Alors, il ne me viendrai jamais sur la langue de dire \fœj\, c’est toujours \føj\ qui germe.

 

De mes études universitaires, je ne me rappelle pas les leçons qui décryptaient les nuances et les glissements de prononciation et de sens de ce parler par rapport au français dit standard. Mais, je me souviens que cet accent, celui qu’enfants nous appelions chapeau et qui justement n’en porte pas, était comme la cicatrice dans l’écriture d’un s qui s’était abîmé en chemin. Je n’aime pas que la réforme de l’orthographe roule la langue en la dépossédant de ses accents et des traces de son histoire. Mais cela n’est sans doute que tempeste dans un verre d’eau.

Il y a également l’accent sur la deuxième partie mon prénom, Noëlle, dont j’ai dû demander à la professeure de dactylo comment le réaliser afin de l’écrire sur la feuille de renseignements. C’était lors de la première leçon que j’aurai assurément oubliée sans cet embarras fondateur.

Je n’abandonnerai pas les accents, ils sont le sel de la langue, ils sont le sel sur ma langue !

*

 Texte et Image : Marie-Noëlle Bertrand


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