Photo du jour: Silence

« Silence is a source of Great Strength.”
Lao Tzu

20140530-222452-80692808.jpg

Jour de clameur.
Bal des apparences
Danse de la peur.

Nuit de douceur.
Refuge de l’espérance.
Moment d’apesanteur.

D’où viens-tu ?
Où seras-tu demain ?
Qui seras-tu au matin ?
Sur quel chemin marcheras-tu ?
Vers quelle chimère voleras-tu ?

Reste immobile devant la splendeur
De toutes les couleurs du silence
Admire les et Oublie tes peurs

Jusqu’à la dernière de tes heures,
Être vivant, Savoure ta chance,
Et d’Amour, laisse battre ton cœur .

Laisse-toi bercer par ce silence,
Laisse-toi habiller de douceur,
Laisse-toi aller vers l’insouciance.

Publicités

Les Filles de la Lune (Partie 4)

393916_293930480714573_1347637087_n

Une fois chez elle, Lina déposa son carton sur la table du salon, et se fit un chocolat chaud. Avant tout, elle avait besoin de laisser décanter les évènements de ces dernières heures. Le liquide chaud et onctueux la réconforta jusqu’à l’âme. Elle se laissa quelques minutes de répit, puis ouvrit le carton où elle avait entreposé les carnets.

Chacun d’eux comportait une date manuscrite sur la couverture de cuir, difficile à déchiffrer, tant la poussière avait obscurci les lettres. L’écriture était soignée, finement déliée, à la mode ancienne. En regardant de plus près, les carnets avaient été écrits de la même main, contrairement à ce qu’elle avait cru en les parcourant dans le grenier. L’écriture s’était affermie au fil des pages. Sur chaque couverture, à côté de la date, était dessiné un prénom féminin en caractère majuscule gothique, que Lina eut du mal à lire.

Elle en choisit un au hasard, et en lustra la couverture jusqu’à ce que l’inscription soit lisible. Il était écrit :

Moona ou Mouna (1875)

Elle l’ouvrit précautionneusement, les pages fines semblaient fragiles et craquaient lorsqu’on les touchait. Elles étaient couvertes de cette écriture soignée, penchée et ronde, certains mots étant à peine lisibles, l’encre commençant à s’effacer. Le récit débutait ainsi :

 

« Je consigne ici l’histoire des femmes de ma lignée, du moins, de celles dont on m’a raconté l’histoire et dont je me souviens encore.

Ces femmes sont mes ancêtres, et je les décrirai du mieux que je pourrai le faire, avec les maigres souvenirs qui me restent, et dans le temps qui me restera.

Ces carnets seront notre mémoire.

Je relate ici les faits que ma mère et ma grand-mère m’ont relaté, afin que le souvenir de ce qu’elles étaient ne s’envole pas dans l’oubli, et qu’ils éclairent les pas de mes filles.

Leur combat fut souvent incompris et parfois réprimé avec violence, mais je sais qu’il ne sera pas vain, puisque d’autres femmes se lèveront pour le poursuivre.

A travers moi, qui ai tenté d’être digne de leur courage, je souhaite que leur lumière éclaire notre postérité, comme elle a illuminé mon présent. »

 

Sur la page suivante, un dessin à la plume représentait un paysage forestier au clair de lune. Un chêne monumental s’élevait au milieu d’une clairière, le sommet de ses branches fièrement dressées, était illuminé par une lune pleine et éclatante. Lina admira le talent de l’artiste qui avait rendu le relief et la lumière de cette scène, en quelques traits d’encre noire. Elle se demandait comment ce chêne stylisé pouvait sembler aussi vivant, comme s’il allait jaillir du carnet.

Elle resta de longues minutes à contempler cet arbre fascinant, avec la sensation de l’avoir déjà vu, sans doute sur une gravure ancienne. Elle avait l’impression d’être debout dans cette clairière, de sentir le vent soulever les branches et lui caresser ses cheveux, d’entendre le souffle de la nuit la bercer de sa mélopée. Elle croyait en voir les feuilles frémir sous la brise.

 

18230_474083935975628_565404499_n

Elle reposa le carnet devant elle.

Il fallait qu’elle redescende sur terre. Ce dessin avait un effet hypnotique sur elle, c’était sûrement la fatigue qui lui jouait des tours. Elle passa le doigt sur les branchages pour s’assurer qu’ils étaient immobiles, et la sensation de flottement qui l’envahissait, disparut dans l’instant.

Décidément, il fallait qu’elle aille se reposer. Après une bonne nuit de sommeil, elle continuerait sa lecture demain et n’aurait plus d’hallucination.

Mais, dans un dernier sursaut de curiosité, Lina jeta un coup d’œil à la page suivante, où un poème était reproduit.

 

Fille de la Lune et du vent

Oublie ta peur

Suis la lumière de ta mère

Dans sa force, puise ta sève de vie

Poursuis ta route au-delà de la mort et du temps

De sa magie, de sa beauté, sois fière

Au-delà les tourments, vaincra la vie.

 

Lina récita le poème à voix haute, écoutant chanter les syllabes, avec un sourire, et quand elle se tut, un courant d’air parcourut la pièce, faisant claquer la porte, tournant la page du carnet posé sur la table.

 

Elle resta figée devant l’image qui suivait. C’était une reproduction de la statuette qui se balançait entre ses seins. Machinalement elle baissa les yeux vers elle, effectivement, la ressemblance était frappante. Cependant, un détail supplémentaire apparaissait dans le dessin. L’artiste avait ajouté un cœur à la statuette.

Elle détacha la statuette de sa chainette, et la posa sur la table devant elle. Aucune trace de cœur sur le bois, aucune aspérité visible, la forme était lisse et ronde, comme si des centaines de mains l’avaient effleurée avant les siennes. S’il elle avait eu un visage autrefois, il n’y en avait plus trace. Quelques ombres dans les veines du bois suggéraient l’emplacement d’une bouche mais aucun regard ni expression humaine n’était plus visible. Elle la détaillerait mieux à la lumière du jour. La gravure montrait une femme vêtue d’une tunique retenue par une simple ceinture, aux bras alignés le long du corps, mains ouvertes vers l’extérieur, au visage serein et souriant respirant la bonté. Mais rien de tout cela n’apparaissait sur la statuette, qui ressemblait plus à un morceau de bois qu’à une œuvre d’art, dans la pénombre de la pièce.

 

Elle abandonna la statuette, et poursuivit sa lecture. L’auteur indiquait que les trois premiers carnets seraient dédiés à ses ancêtres, et que dans le dernier, elle relaterait sa propre histoire.

Lina avait des difficultés à déchiffrer son écriture serrée à la lueur de la lampe, et commençait à trouver que tout ce charabia était bien fatigant. Elle parlait des «Filles de la Déesse », de femmes devant accomplir leur destin, marquées d’un croissant, apparaissant toutes les sept générations de cette lignée féminine. Suivait tout un passage ésotérique, où certains mots semblaient effacés, parlant de solstices, phases lunaires, cycles solaires, ce qui finit de décourager Lina.

Elle décida de ne pas poursuivre son exploration plus avant et d’aller se coucher. Demain, elle se plongerait dans ces cinq carnets en suivant l’ordre chronologique. Elle les étala sur la table mais ne parvint pas à déchiffrer les dates et les prénoms sur les couvertures. Elle en lustra le cuir craquelé, avec patience, un à un, jusqu’à ce que l’inscription soit lisible, puis les rangea par date. Quatre prénoms étaient apparus :

Luna (1455)

Diane (1595)

Selena (1735)

Mouna (1875)

 

Le cinquième carnet était un peu différent, il semblait presque neuf, les pages étaient blanches. Elle ne parvint pas à voir ce qui était manuscrit sur la couverture. Elle le tourna et le retourna, l’examinant à jour frisant, sans parvenir à ses fins.

Épuisée par sa journée trop riche en émotions, elle sentit le découragement la gagner. Elle alla se coucher, en se disant qu’elle verrait mieux l’inscription au grand jour. Elle sombra dans un sommeil pénible, peuplé de toiles d’araignées, de bibliothécaires centenaires, de livres poussiéreux, et de ciels tourmentés où la lune se battait avec des nuages de tempête.

 

46169_403391023079060_395995196_n

 

Lina se réveille brutalement et se redresse, en sueur, le cœur battant.

La pièce est d’un noir d’encre.

Soudain, la Lune sort de derrière les nuages, et inonde sa chambre d’une lueur argentée.

Un des rayons se pose sur le plateau où elle est posée la statuette, l’illuminant à contre-jour.

Lina distingue distinctement la forme d’un cœur aux reflets de rubis qui semble illuminer la statuette, de l’intérieur.

Elle retint son souffle, terrorisée.

Pourquoi a-t-elle récupéré tous ces objets qui lui font peur ?

Elle n’a plus qu’une idée, celle de les enfermer de nouveau dans cette armoire et de ne plus en entendre parler.

Mais en un instant, les nuages passent de nouveau devant la lune et la statuette redevient sombre et muette.

Lina soupire, crispée. Elle a mal à la tête, et la nausée. C’est probablement dû à ce réveil brutal. Elle se sent contractée, son corps tout entier lui semble lourd. Des milliers d’aiguilles lui labourent le front, et son avant-bras gauche la brûle. Machinalement, elle éclaire et remonte sa manche pour frotter l’endroit douloureux. Il n’y a que sa tache de naissance, même si elle semble plus rouge que d’habitude. Ce n’est rien. Elle masse doucement, la peau devient écarlate, et la brûlure insupportable. Lina se lève et va mettre son avant-bras sous l’eau froide, la douleur s’apaise, mais la tâche est presque violette. Stupéfaite, elle la regarde comme si elle la voyait pour la première fois, elle se détache nettement de la blancheur de son bras et dessine un croissant de lune.

Lina reste pétrifiée devant cette image évidente, qu’elle porte depuis toujours, sans l’avoir jamais remarquée.

Elle se retourne vers la statuette, qui semble de nouveau inerte. Que lui réserve-t-elle encore comme mauvaise surprise ?

A côté de la statuette, le dernier carnet attire son attention. Que lui cache-t-il aussi entre ses pages vierges ? Lina sait qu’elle ne pourra pas échapper à la vérité, autant l’affronter tout de suite !

Elle a soudain une intuition et se met à chercher fébrilement de quoi la suivre. Elle trouve un citron, qu’elle presse, et dont elle imbibe un chiffon de coton. Elle s’approche du carnet, et hésite un instant, puis se décide.

Elle frotte doucement la couverture, en petits mouvements circulaires. Le jus de citron éclaircit progressivement la couleur du cuir qui passe du noir au bordeaux. Lina voit se dessiner peu à peu quelques lettres penchées. La première est un L aux volutes aériennes. Elle poursuit sa tâche patiemment. Quelques secondes suffisent pour découvrir un cinquième prénom et une date.

 

Lina tremble de tous ses membres et ne peut détacher son regard de cette inscription :

Lina (2015)

 

 

Photo du jour: Jachère

« Lorsque l’avenir est laissé en jachère intellectuelle ce sont les peurs plutôt que les désirs qui l’investissent ». Étienne Klein

Laisserons-nous notre monde en jachère.
Nous avons construit tant de splendeurs , nous avons détruit tant de merveilles.
Nous avons bâti des pyramides, des cathédrales, des tours de Babel.
Tant de défis à notre condition humaine, tant de remparts pour notre insignifiance.

Nous avons érigé des civilisations, nous avons découvert des continents, nous avons écrit des religions.
Nous avons chanté des poèmes, nous avons dessiné des chefs-d’œuvre qui ont défié le temps et la raison.

Saurons-nous continuer, ou laisserons-nous ce monde en jachère?

Et pendant tout ce temps, les galaxies tournaient autour d’un axe inconnu, les étoiles implosaient, les trous noirs se concentraient.
Prêts pour la suite du concert ?
Le chef d’orchestre est là, tout près, tout prêt, baguette levée, il se concentre.
Le concert va commencer …

Serons-nous là pour l’écouter ?

20140529-084622-31582623.jpg

Photo du jour : nocturne

La brume danse,
Le jour s’apaise,
La nuit se pose,
Les vents se taisent,
Dans le miroir immense,
La lune est rose,
Tombe le silence.

Par la fenêtre grande ouverte
De la maison sur le port,
S’élève un chant mystérieux,
Tandis que la vie s’endort,
Dans la douceur inerte,
De ce soir silencieux.

Notes en cascade
De velours
Nocturne balade
Tours et Détours
Harmonieuse sérénade
Partage d’Amour.

20140528-222439-80679544.jpg

Photo du jour: plumes

Ce soir un ange est passé

Mais personne ne l’a entendu.

.

Si on avait baissé la voix,

On aurait entendu

Un souffle léger,

Balayer les nuages,

Dans un bruissement d’ailes.

.

Ce soir un ange est passé,

Mais personne ne l’a vu.

.

Si on avait levé les yeux

On aurait aperçu

Un envol de plumes blanches

Dans les rayons vermeils

Du soleil couchant.

.

Ce soir un ange est passé

Mais personne ne l’a senti.

.

Si on avait laissé nos peurs

Si on avait ouvert nos cœurs

Si on avait oublié l’heure.

.

On aurait admiré

Son sourire,

On aurait échangé

Nos regards.

On aurait savouré
Un peu de légèreté,

On aurait partagé

Une once de douceur.

On aurait engrangé

Quelques grammes d’espoir,

On aurait pu goûter

A cette humanité,

Que l’ange nous a laissé,

Et cette lueur d’espoir,

Pour écairer le soir.

20140526-222556-80756952.jpg

Les filles de la Lune (Partie 3)

iphone mai 2014 240

Le lendemain matin, lorsque le téléphone sonna à l’aube, Lina sut qu’une page de sa vie était tournée, avant même de décrocher.

Elle hésita, puis prit le combiné, le cœur battant. Une voix douce et jeune lui annonça en hésitant que sa mère s’était endormie paisiblement la vieille, mais ne s’était pas réveillée ce matin. Un long silence suivit, Lina n’arrivant pas à admettre que ce qu’elle redoutait était arrivé, et se disant à la fois qu’elle avait toujours su que cela se produirait. Après quelques minutes, la jeune femme s’inquiéta :

– Madame, avez-vous besoin d’aide ?

– Je … Non, Merci, répondit enfin Lina. Ne vous inquiétez pas, je vais venir tout de suite.

– Au contraire, prenez votre temps de vous remettre avant de prendre la route. Nous préparerons les démarches administratives, il faudrait que quelqu’un vous accompagne.

– Oui, vous avez raison. Je viendrai dans la matinée.

Lina posa le combiné, puis s’assit, abasourdie, avec la sensation que son monde venait de s’écrouler….

 

Lina vécut les jours suivants comme on traverse une tempête, ballotée de part en part par les vagues de chagrin, confrontée aux absurdités de l’administration, à l’indifférence, aux tracasseries en tout genre. Elle émergea de cette période, comme un noyé qui se réveille sur le sable de l’estran, sonné et fourbu.

Lorsqu’elle se retrouva seule, la famille qui était venue la soutenir lors des obsèques de sa mère étant rentrée chez elle, elle comprit qu’elle ne pouvait plus repousser le moment de déménager la maison de ses parents.

Déménager n’était pas le mot approprié, il s’agissait plutôt de la démanteler, de vider tous ses souvenirs et de les mettre au rebut. Elle ne parvenait pas à accepter cette idée. Le dimanche suivant, elle décida de faire un premier tri, pour évaluer l’ampleur de la tâche. En ouvrant la porte vitrée de l’entrée, une odeur de jasmin vint lui chatouiller les narines, le parfum de sa mère. Elle ferma les yeux, l’imaginant sortant de la cuisine pour l’accueillir avec son sourire éclatant. Mais il n’y eut que le silence. Elle sut alors que la tâche ne serait pas facile, et hésita un instant entre continuer ou rebrousser chemin.

Elle rassembla son courage, et commença à vider les armoires de linges, en essayant de ne pas réveiller ses souvenirs, de plier les costumes de son père sans évoquer les jours où il les portait. Deux heures après, elle avait fini et ne garderait que la robe de mariée de sa mère et le « trousseau » de sa grand-mère, des draps de baptiste qu’elle avait patiemment brodés à son chiffre, qu’elle n’utiliserait jamais, mais qui gardaient encore l’odeur des sachets de lavande fraîche que sa mère disposait sur les rayons à chaque récolte automnale, des mouchoirs fins comme des ailes de papillons, et des services de table centenaires.

Épuisée, elle s’assit dans le salon, regardant la lumière décliner sur les tableaux, celui que son père avait offert à sa mère au moment de leurs fiançailles représentant le canal traversant son village, qu’elle quittait pour l’épouser et dont elle était restée nostalgique toute sa vie, les portraits de ses ancêtres, et le sien, dessiné au fusain par un jeune artiste de Montmartre alors qu’elle avait quinze ans. Tout ceci ne pouvait être vendu, elle les emballa soigneusement pour qu’ils supportent un séjour prolongé dans sa cave. Les murs vides devenus impersonnels, il lui serait plus facile de poursuivre sa tâche.

Le jour suivant elle déménagea la vaisselle, sans réussir à se décider à s’en défaire, puis le bureau de son père, jetant la plupart des papiers administratifs, et gardant la correspondance et les photos, qu’elle se promit de trier plus tard. Sa cave commençait à être pleine de cartons, mais peu à peu les meubles et les placards se vidaient. Bientôt la maison serait vide, et elle pourrait la louer meublée ou mettre des annonces pour vendre les meubles. Cette étape était une épreuve supplémentaire et elle se donnerait quelques jours pour y réfléchir.

Le dernier jour, elle contemplait les pièces vides où ses pas résonnaient, fière, malgré tout d’être parvenue au bout de sa tâche sans trop de chagrin, lorsqu’elle réalisa qu’elle avait oublié le grenier. Cette contrariété fut la goutte d’eau, et elle s’écroula sur le canapé du salon, en larmes. L’impression de vide qu’elle ressentait soudain, l’envahit toute entière, comme si elle était seule, désormais, et pour l’éternité, sans savoir où le chemin la mènerait, ni si elle y parviendrait seule. Sa mère avait toujours été là pour la guider dans ses choix, et son absence se faisait lourde, brutalement. Elle essaya de se remémorer ses dernières paroles à propos des vieilleries qui se trouvaient dans ce grenier. Elle voulait qu’elle les trie et qu’elle garde ce qui était le souvenir de sa lignée maternelle.

 

iphone mai 2014 055

Lina, se ressaisit, il fallait en finir. Elle allait jeter un coup d’œil et elle reviendrait dans la semaine si cela en valait la peine. Après tout, si c’était la dernière volonté de sa mère, elle pouvait bien encore faire cet effort.

Elle monta péniblement l’étroit escalier de bois qui menait au grenier, chaque marche grinçant sous ses pas. Elle poussa la porte qui s’ouvrit en gémissant, comme si elle regrettait de laisser passer une visiteuse indésirable. Lina fut submergée par l’odeur de vieille poussière qui régnait dans la pièce. Elle traversa le grenier pour ouvrir le fenestron et en poussant le volet de bois, laissa le soleil couchant pénétrer dans le réduis. Quelques cartons étaient disposés le long des murs, elle décida de les descendre dans le salon pour mieux en trier le contenu dans la semaine. Dans le coin opposé de la pièce, une grande armoire de bois occupait tout le mur. Elle appartenait à la mère de sa grand-mère, et avait été fabriquée par son arrière-grand-père. C’était un meuble monumental, en bois ouvragé, magnifique, et Lina se promit de lui donner une place de choix dans son appartement, si toutefois, elle parvenait à le glisser sous son plafond ! Elle avait oublié l’existence de cette armoire, qui était dans le bureau de son père dans sa petite enfance, et que l’on avait relégué dans ce grenier, lorsque son père avait acheté un meuble plus moderne pour y conserver ses papiers administratifs. Elle laissa glisser ses doigts sur les volutes de bois entourant les serrures, avec l’impression que le bois se réchauffait sous ses mains. Lorsqu’elle effleura la serrure, la porte s’entrouvrit, libérant un parfum de jasmin. Lina reconnu celui de sa grand-mère, et sourit à l’évocation de son regard si doux qu’elle avait connu seulement une dizaine d’années. Elle eut alors la surprise de découvrir une bibliothèque entièrement remplie de livres brochés ou gainés de cuir. Elle n’avait jamais su que ce grenier recélait de telles merveilles. Des livres d’auteurs majeurs côtoyaient ceux d’illustres inconnus, que Lina ouvrit précautionneusement, craignant de les voir tomber en poussière. Mais l’armoire de bois les avait bien protégés, et certains semblaient presque neufs.

Sur l’étagère la plus haute étaient alignés une demi-douzaine de carnets, que Lina prit d’abord pour les carnets de sa mère, mais lorsqu’elle les parcourut, elle découvrit qu’ils étaient couverts d’écritures différentes et inconnues. Plusieurs auteurs semblaient avoir soigneusement consigné des évènements dont ils souhaitaient garder le souvenir, et Lina remarqua   qu’ils avaient été écrits à des époques différentes.

Sans savoir exactement ce dont il s’agissait, elle comprit que c’était là l’héritage dont sa mère parlait. Elle rangea soigneusement ce trésor de famille dans un carton, et y ajouta les fameux carnets de sa mère qu’elle trouva derrière la seconde porte de l’armoire, se promettant de les lire attentivement, en essayant d’en reconstituer la chronologie à tête reposée.

Elle allait quitter la pièce, lorsqu’elle remarqua une statuette qui brillait dans le soleil couchant, sur une étagère de coin. Elle était éclairée obliquement par les derniers rayons. Il s’agissait d’une silhouette d’allure féminine, tellement usée et polie, qu’on ne distinguait plus son visage, mais à l’endroit où devait se trouver son cœur, la lumière dessinait une flaque rouge scintillante. Lina s’approcha, fascinée par cette lumière qui battait comme un cœur, sans oser la toucher. Ce devait être la représentation d’une divinité féminine, mais elle ne ressemblait pas aux statuettes de la vierge qu’elle connaissait. Elle tendit la main pour la saisir, et dans l’instant, la lumière se fit plus vive, semblant inonder toute la pièce, ce qui la fit hésiter. Mais le cœur palpitant sous cette fine couche de bois, l’attirait inexorablement, et lorsqu’elle s’en empara, elle sentit une douce chaleur l’envahir, qui l’apaisa. Une curieuse impression s’imposa à elle, comme si elle était enfin rentrée chez elle, alors qu’elle mettait la touche finale au démantèlement de sa maison d’enfance!  La statuette était montée sur une chaîne d’or. Pour ne pas la faire tomber, Lina la passa autour de son cou. Elle ressentit de nouveau cette douce chaleur, plaisante. Elle se laissa porter par la certitude apaisante qu’elle aurait bientôt les réponses à ses questions, pris son carton sous le bras, puis referma le grenier et redescendit les marches.

Arrivée au bas de l’escalier, elle crut entendre de nouveau la voix de sa mère qui lui disait :

« …les objets qu’il contient n’étaient pas les miens au sens propre, mais ils font partie de notre héritage, celui de la lignée des femmes de ma famille. Ils sont ton héritage, et ils te reviennent de droit. Tu comprendras de quoi je parle en les voyant. »

Elle se retourna brusquement, mais il n’y avait personne. Décidément le chagrin la rendrait folle, si elle n’y prêtait pas attention.

Machinalement, elle posa la main sur la statuette qui se balançait entre ses seins. Celle-ci était chaude, et semblait battre au rythme de son propre cœur. Cela ne l’effrayait pas, au contraire, sans qu’elle comprenne pourquoi, elle qui avait toujours détesté les histoires ésotériques.

Il était temps de quitter cette maison, elle rassembla les différents objets qu’elle avait sélectionnés, et les emporta dans sa voiture. Elle leur ferait une place dans sa vie, en souvenir de ses parents, mais elle savait déjà que sa plus importante richesse, serait la lecture de ces mystérieux carnets. Elle espérait qu’ils lui révèleraient les secrets de cette statuette, bien qu’elle les pressente déjà sans bien comprendre pourquoi.

En reprenant la route de son appartement, il lui sembla évident qu’elle venait de tourner une page de sa vie.

Elle serait différente désormais, comme si elle venait de quitter son innocence, et que cette mue donnait naissance à une personne inconnue, celle qu’elle avait toujours été sans le savoir.

Elle se demandait si cette nouvelle personne serait son amie, ou si elle devrait en avoir peur.

 

iphone mai 2014 014

Photo du jour: Eloge de la Différence

iphone mai 2014 543

 

Petit pavé deviendra grand.

Petit pavé deviendra rouge

Rouge de colère

Rouge de tourments.

 

Ecoutez-le crier:

« Le système est devenu mauvais.
Je refuse de suivre la ligne.

Je me démarquerai.

Si personne ne donne l’alarme, tout continuera inexorablement.

Il faut bien que quelqu’un commence  à parler, à dévier, à soulever la question !

 

Je me lève, je sors de la ligne.

Regardez-moi tous, Ecoutez-moi.

Oui, c’est moi qui parle… « le Rouge »

Là ! Juste devant vos yeux!

 

Ecoutez!

Levez-vous avec moi, et partons, tous ensemble, en courant, pendant que personne ne nous regarde!

Tous les robots qui décident pour nous, se retrouverons seuls, au fond de leurs bureaux aseptisés, à ne gouverner plus que du vent, à pondre leurs lois mille-feuilles pour des fantômes, à décider de tout, jusqu’à ce qu’ils étouffent sous leurs certitudes.

Suivez-moi, on part ….

La plage .. c’est par là ! »