Un été bleu horizon (17)

« Le moment présent est comme la proue d’un navire qui fonce dans l’océan du temps et transforme le futur incertain en un présent devenant sitôt après un passé immuable. Ce passé contient tout ce que je connais de l’histoire. Tout ce que je sais du temps, c’est que je suis dans le temps. »

Hubert Reeves

Interview Tant de temps , Propos recueillis par Anne-Sophie Novel

Photo Marie-Christine Grimard

.

Dans quelques jours il faudra quitter ce rivage en emportant au fond du cœur un peu de cette lumière.

Alors engrangeons les souvenirs

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Un peu de soleil

De sable

Et d’eau

Et une pincée de sel

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Juste le plaisir des vagues

Pour bercer les rêves

Des terriens

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Et le chant de l’océan

Comme la litanie étincelante

De milliers de diamants dansant

À la crête des vagues

.

À déguster sans modération en cliquant sur ce lien

Un été bleu horizon (16)

« L’amour est une étoffe tissée par la nature et brodée par l’imagination. »

François Marie Arouet, dit Voltaire

.

Les champs de tournesol 🌻 m’ont souvent inspiré des petites histoires.

Celui rencontré hier sur les chemins de Vendée mériterait aussi que l’on raconte son histoire.

Photo Marie-Christine Grimard

Il à y quelques années, un de ses cousins au grand cœur m’avait raconté la sienne.

Son nom était Hélios.

Écoutez-la de nouveau en mémoire de lui.

Photo Massimo Daddi

.

Au début de l’été, j’ai déployé mes nervures sous un ciel bleu sans nuages. J’ai tout de suite senti que je serai heureux ici. Cette terre était la mienne, balayée d’embruns et de vent salé.

Le champ où j’ai grandi est situé sur une colline aux courbes douces exposée à l’ouest. C’est un lieu caressé par la brume de l’océan au petit matin, où le bruit des vagues berce le temps. Je me demandais ce que j’entendais le premier jour, quel était ce grondement sourd, cette respiration entrecoupée de soupirs, et un de mes frères nous a expliqué qu’il s’agissait de la chanson du sable glissant sous les rouleaux de l’océan. Chaque jour, je l’écoute pour m’endormir, et chaque jour il me réveille à l’aube.

Notre champ domine la campagne alentour. Il est bordé par un sentier de terre battue, où passent les touristes en vélo durant l’été. Ils arrivent, essoufflés d’avoir monté la côte contre le vent, et s’arrêtent près de nous, immanquablement. Il faut dire que nous sommes beaux, spectaculaires même ! Notre couronne couleur soleil contraste avec notre cœur sombre, tel un œil noir brillant sous les rayons du soleil. Lui, notre père nourricier, nous le suivons des yeux du matin au soir quitte à nous en tordre le cou. Certains de ces humains munis d’appareil photo, nous vouent un grand intérêt et nous immortalisent sur toutes les coutures. Je me demande bien ce qu’ils font de notre image une fois rentrés chez eux.

Autour de moi, d’autres graines ont germé, poussant à la verticale plus vite que moi. J’ai toujours été un rêveur, et j’oubliais de puiser mon énergie préférant admirer la course des nuages et le vol des oiseaux des marais. Bientôt, mes voisins ont fini par me cacher le soleil, ce qui était un comble pour un tournesol, alors j’ai compris que je devais arrêter de me prélasser, sous peine de ne plus voir le ciel, rapidement. Alors, j’ai fait un effort. J’ai puisé mes forces dans ce sol rocailleux au goût de goémon et de noisette. La pluie des nuits m’a fortifié, le soleil des jours m’a forgé un caractère de feu. Je suis devenu grand, fort et beau. Beau comme un soleil !

J’ai tellement grandi qu’un jour, j’ai pu apercevoir la mer, là-bas vers l’horizon, et je suis resté émerveillé devant cette dentelle étincelante qui ondulait sous la lumière. Je n’oublierai jamais ce moment de pure magie. Je suis sûr que de mémoire de tournesol, personne n’avait jamais vécu un moment pareil avant moi.

C’est à ce moment-là qu’elle m’a remarqué. Pourtant, nous étions côte à côte depuis le premier jour, mais elle ne regardait que le soleil et elle ne m’avait jamais vu. C’est incroyable ce que les filles peuvent être distraites parfois !

J’ai bien vu qu’elle tentait de se tourner vers moi, je suivais son regard et elle suivait mon regard. Mais il est difficile de lutter contre sa nature. Un tournesol se tourne vers le Soleil, comme son nom l’indique. Inutile d’essayer de le nier. Ce fut difficile, mais rien n’est impossible quand on le désire vraiment, et à force de résister, nous avons réussi à nous rapprocher l’un de l’autre, imperceptiblement. Semaines après semaines, tandis que les autres laissaient tourner d’est en ouest leurs minutes solaires, nous luttions pour rester plein sud. Peu à peu, notre obstination a payé, et j’ai pu me tourner vers l’est, tandis qu’elle se tournait vers l’ouest, et nous sommes restés là, à nous contempler !

Ainsi, depuis une semaine, le temps s’est arrêté. Elle a de si beaux yeux noirs et brillants, et ses pétales sont les plus lumineux du champ tout entier. Je suis subjugué et je remercie le ciel de nous avoir plantés l’un contre l’autre. Ma vie aussi courte soit-elle aura été magnifique près d’elle. Je veux profiter de chaque instant qui nous reste. Je sais que nos jours sont comptés. Hier des hommes sont venus pour nous examiner, et ils ont décidé que la grande faucheuse passerait dans la semaine pour récolter nos graines. Il paraît que le miel qui coulera de nos têtes, sera aussi précieux que l’or. Cela ne m’étonne pas puisque nous nous sommes nourris de l’or du soleil. Qu’y-a-t-il de plus précieux que cette lumière-là !

Ce matin, j’ai entendu la faucheuse monter le sentier, elle semble poussive mais ses crocs sont acérés et si aiguisés qu’elle ne fera qu’une bouchée de nos têtes. Telle qu’elle est placée désormais, ma douce ne peut pas la voir. Je ne lui dirai rien, et me contenterai de la couver de mon tendre regard. Elle sera si heureuse qu’elle n’entendra rien venir, et quand les mâchoires de la moissonneuse se refermeront sur nous, nous nous envolerons ensemble vers le soleil.

Elle se réveille…

« Mon amour, regarde-moi. Ce jour sera le plus beau, il est inondé de soleil. Approche-toi encore plus près et regarde-moi au fond des yeux… »

 

Texte : Marie-Christine Grimard

Photo : Massimo Daddi

Un été bleu horizon (15)

« Si je ne la vois pas, je l’imagine et je suis fort comme les arbres hauts. Mais si je la vois je tremble, et je ne sais de quoi se compose ce que j’éprouve en son absence.

Je suis tout entier une force qui m’abandonne.

Toute la réalité me regarde ainsi qu’un tournesol dont le cœur serait son visage. »

Fernando Pessoa

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Dans la plaine écrasée de soleil

Les tournesols baissent la tête

La sécheresse a eu raison de leurs belles couleurs

Ils ont « mûri » trop vite

Ont dirait qu’ils sont morts

Au champ d’honneur de l’été

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Un seul d’entre eux survit

Fier, et droit devant la solitude

Il résiste au vent et au soleil implacables

Offrant son plus beau sourire au jour qui vient

.

Seul…

Vraiment seul ?

Peut-être pas

Derrière lui, un ami sourit

.

Parfois il suffit de se retourner pour que le ciel s’éclaircisse…

Photo Marie-Christine Grimard

Un été bleu horizon (14)

« La pluie cesse, et il en reste, un instant, une poussière de diamants minuscules, comme si, de là-haut, on secouait des miettes d’une grande nappe azurée. »

Le livre de l’intranquillite –

Fernando Pessoa

Photo Marie-Christine Grimard

.

Jour de crachin

Léger crachin d’été

Qui entoure les arbres d’un halo salé

Laissant sur le visage un voile insistant

L’air colle à la peau

Sur la langue, un goût d’algues et de sel

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Luminosité d’orage

Les couleurs se métamorphosent

Ravivées et assombries à la fois

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Le jardin revient à la vie.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Sur la dune, les graminées tremblent et se serrent les unes contre les autres

Survolées de goélands chevauchant le vent

.

Un été bleu horizon (12)

« Rien n’est moins effrayant que cette douce et perfide invasion de la marée montante. »

Les ailes de courage

George Sand

.

Marée montante

Photo Marie-Christine Grimard

.

Marcher

Respirer

Se laisser caresser par les vagues

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Admirer

La beauté des franges d’écume

Dentelées de lumière

.

.

S’asseoir

Attendre que la marée monte

Sur le banc de sable

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Profiter

De la beauté des vagues

Pour le temps qu’il me reste

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Compter

Les minutes qui s’écouleront

Jusqu’au recouvrement de la dune

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Admirer

Le courage des sternes

Indifférentes au courant qui les cerne

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Se dire

Qu’il y a toujours plus fou que soi

Et reculer jusqu’au banc de sable le plus proche

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Quand on n’a pas d’ailes

Avoir des jambes et s’en servir

À la vitesse d’un cheval au galop !

.

Un été bleu horizon (11)

« Être dans la nature ainsi qu’un arbre humain,

Étendre ses désirs comme un profond feuillage,

Et sentir, par la nuit paisible et par l’orage,

La sève universelle affluer dans ses mains ! »

La vie profonde

Anna de Noailles

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Parfois, l’été se fâche

Et l’océan passe du vert au bleu nuit

Chacun retient son souffle

Un grain s’approche

Il faut rentrer

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Alors, le vent se lève

Ridant la surface de l’eau

Les vagues enflent et claquent sur le sable

Les nuages s’étirent vers la forêt

Les mouettes remontant au vent,

Nous paraissent immobiles.

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Parfois, l’horizon s’habille de noir

Même si la lumière tente

De percer les nuages

Dessinant arc de couleurs

Et cercle d’espoir

Parfois, l’océan s’emporte

Et enlève les marins

.

Photo Marie-Christine Grimard

Hommage aux marins de la SNSM et au pêcheur disparus au large des Sables-d’Olonne durant l’hiver dernier.

La beauté de l’océan et du ciel ne doit pas nous faire oublier que nous ne sommes que des grains de sables sur cette terre.

Souvenons-nous de notre insignifiance par rapport à la force des éléments et respectons cette terre qui nous accueille et nous nourrit.

.

Un été bleu horizon (8)

« Le ciel est, par-dessus le toit,

Si bleu, si calme!

Un arbre, par-dessus le toit,

Berce sa palme. »

Sagesse (1874),

Paul Verlaine

Photo m Christine Grimard

.

Impossible d’ajouter un seul mot à ceux du poète

Surtout CE poète

A travers le balancement de ses mots on voit les palmes danser, même si par-dessus le toit, aujourd’hui le ciel n’est ni bleu, ni calme!

Oui rien à ajouter, vraiment ….

Ou alors, ceci :

Vidéo M Christine Grimard

Un été bleu horizon (7)

« Les gitans, les chats errants et les roses trémières savent quelque chose sur l’éternel que nous ne savons plus. »

L’homme-joie (2012) de Christian Bobin

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Côte Atlantique :

Terre de roses trémières.

Elles s’y trouvent bien, faut-il croire.

Elles aiment la difficulté.

Il leur faut seulement quelques pincées de terre mêlée de sable, avec suffisamment de lumière, de sel et de vent pour avoir envie de grandir, et suffisamment d’aridité pour être libre et pousser sans concurrence.

.

Photo Marie-Christine Grimard

.

Elles aiment être libres.

Libres de coloniser les bordures des étiers

Libres de s’abriter au cœur des marais

Là où rien d’autre ne pousse

Que les salicornes que le sel ne rebute pas

Là où le soleil est omniprésent

Jouant avec ses reflets sur les œillets salins

Là où les grues sont les seules à pouvoir les admirer, le matin, au lever du soleil, quand elles déploient leurs couleurs irisées sous les ailes du vent.

.

Photo Marie-Christine Grimard