Bonne année à tous 

J’espère que  ce dernier jour de 2015 vous aura conduit en douceur vers l’espoir d’une année nouvelle pleine de joie et de paix.

Si nous l’espérons tous ensemble, elle sera telle qu’en nos rêves.

Belle soirée  à vous mes amis où que vous soyez et qu’à minuit s’ouvre une nouvelle page où chacun inscrira ce qu’il souhaite de beau à tous les autres.

Merci pour vos présences qui me sont très précieuses et pour vos partages chaque jour de l’année.

✨Que votre route jusqu’à 2016 soit paisible et que la dernière étape soit lumineuse✨

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Confessions intimes 16 : Oliveiro

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Photo M.Christine Grimard

*

J’ai toujours été ce que les gens appellent un « bon vivant ». Cela se voit sur ma figure.

Je suis un petit homme trapu, jovial, joufflu. La nature m’a doté de belles pommettes rouges qui éclairent mon visage. Mon sourire est souligné par une moustache frisée brune, mes cheveux bruns disciplinés sous mon chapeau de paille ont toujours beaucoup plu aux belles provençales, et même aux arlésiennes, qui comme chacun sait sont plus difficiles…

J’ai parcouru tous les chemins de notre belle Provence, de la Fontaine de Vaucluse jusqu’aux rivages de la Bonne Mère. J’étais fils de potier, mais à cette époque la concurrence était rude. Les pots de mon père ne se vendaient plus, alors j’ai eu l’idée de les remplir pour mieux les vendre. J’ai pris la route pour proposer mes pots vernissés contenant du vin, des olives, du miel ou la tapenade noire de ma mère. Alors quand les oliviers ont gelé et que l’huile se fit rare, on s’est arraché mes pots à prix d’or. Mon père et ma mère étaient très fiers de moi, cette année-là.

En quelques années, ma réputation fut faite. On m’attendait dans les mas de Tarascon jusqu’à Fréjus. Les belles entendaient le grincement de ma carriole et venaient à ma rencontre, flattant mon cheval, et m’offrant leur sourire. J’avais toujours une plaisanterie à partager, surtout les jours où les nuages étaient restés accrochés à la montagne. Un peu de rire offert n’a jamais nuit au commerce, et je n’étais pas avare de bons mots. La Provence toute entière me connaissait et on avait fini par m’appeler « Maître Oliveiro ». Parfois je m’attardais quelques jours quand le soleil était chaud dans certains mas où l’on avait besoin d’un petit coup de main…

*

Mais la route était longue et parfois périlleuse en ce temps-là dans l’arrière-pays. Le jour où la roue de ma charrette se brisa sur un rocher du « Gué de Reculon », j’ai bien cru que j’allais perdre toute ma cargaison. Mon cheval me regardait d’un air navré en secouant la tête, bien qu’il n’y soit pour rien. M’énerver n’aurait servi à rien, mon cheval étant d’un naturel inquiet, je me contentais d’évaluer les dégâts sans me lamenter. Au loin j’entendais l’orage gronder et le cheval devenait de plus en plus nerveux. Je me demandais comment j’allais rapatrier ma marchandise quand je vis une carriole bringuebalante remonter le gué, venant à ma rencontre. Aux rennes il y avait un homme approximativement de mon âge, affable, qui s’arrêta près de moi et me proposa ses services :

  • C’est un mauvais endroit pour faire la pause, la pluie est tombée sur la montagne et le gué va monter rapidement. Il faut dételer et reculer la carriole, dit l’homme.
  • Impossible, la roue est brisée. Ma marchandise sera perdue, me lamentais-je.
  • Je vais m’occuper du cheval, répliqua l’homme en descendant de sa charrette, récupérez votre cargaison et mettez-la dans ma carriole !

Sans attendre mon approbation, il détela mon cheval qui le regardait d’un air surpris mais le suivit docilement et l’attacha aux côtés du sien. Les deux bêtes se jaugèrent puis s’acceptèrent. Ensuite il vint m’aider à vider ma cargaison et à la transférer dans sa carriole. Il transportait quelques grosses masses informes enveloppées dans des linges humides. Quand tout fut accompli, il remonta dans son charriot en m’indiquant la place à côté de lui et dit :

  • Je retourne à Aix, où vous rendiez-vous ?
  • Je faisais la tournée des villages du Coté de Saint-Michel, mais je ne peux le faire sans ma carriole. Je vais rentrer à Eguilles, et trouver de quoi réparer. Je vous remercie de m’aider, sans vous j’aurais perdu tout mon travail.

*

Durant tout le trajet de retour, j’eus le temps d’apprécier la compagnie de cet homme. J’appris qu’il était santonnier. Il était venu d’approvisionner en argile et rapportait à Aix assez de matière pour travailler tout l’hiver. Son père était santonnier et il entretenait la tradition, mais ce qu’il aimait c’était inventer de nouveaux personnages. Il disait que la crèche traditionnelle comportait trop peu de santons, et que son rêve était de la peupler de tous les humains qu’il rencontrait. Tous les hommes et les femmes de bonne-volonté avaient leur place dans la crèche auprès de l’Enfant-Dieu. C’était un homme très attachant que je pris grand plaisir à entendre, aussi la route me parut très courte. Nous arrivâmes à Aix en début de soirée et il me proposa de m’héberger pour la nuit. J’acceptais avec soulagement et l’aidais à décharger ses pains d’argiles ainsi que mes poteries pour les mettre à l’abri pour la nuit. Il fut très intéressé par ma marchandise et je lui fis goûter le fruité de mon huile et de mon vin en partageant le repas avec sa famille ce soir-là. La soirée fut des plus agréables.

Le lendemain, il me proposa de me raccompagner à Eguilles, mais je refusais, ne souhaitant pas perturber son travail plus longtemps. Je lui donnais plusieurs pots d’huile et de tapenade pour le remercier de son hospitalité, et lui remerciais de garder ma marchandise en attendant que je revienne avec une nouvelle charrette pour l’en débarrasser, tout en disposant un certain nombre de pots autour de mon cou pour le voyage. Il accepta, et me demanda s’il pouvait faire un croquis de moi avant mon départ ainsi paré, pour garder un souvenir de notre rencontre. J’acceptais bien sûr et lui fit cadeau de mon plus beau sourire pour son dessin.

Trois jours plus tard, je revins pour récupérer mes pots. Il était en plein travail, une armée de santons d’argile alignés devant lui attendant d’être peints. J’examinais la finesse de son travail et la sûreté de ses gestes. Il sourit de mon intérêt, et installa le santon qu’il venait de peindre sur le rebord de la fenêtre de son atelier pour qu’il sèche. Il y en avait des dizaines, représentant tous les villageois, depuis le maire avec son écharpe tricolore et le curé avec sa soutane noire, jusqu’au Ravi, les deux bras levés vers le ciel en chemise et bonnet de nuit rayés. J’admirais ce peuple miniature, bouche bée devant tant de détails patiemment reproduits.

Souriant de plus belle, il se leva, et me dit :

  • J’ai une surprise pour vous. Je vous présente Maître Oliveiro.

En prononçant ces mots, il se tourna vers une armoire de bois, en ouvrit la porte massive et me demanda d’approcher d’un geste de la main. Je m’exécutais.

La surprise me cloua sur place. J’en resta muet pendant plusieurs minutes, moi qui avait la plus grande répartie de toute la garrigue !

J’étais là, en plusieurs exemplaires bien sagement rangés sur les étagères de l’armoire. C’était mon sourire, ma moustache, mon chapeau de paille, et ma veste rouge. J’étais là, bien droit, avec mes pots vernissés de vert autour du cou. J’avais mon santon.

Il prit un des petits personnages dans sa main rugueuse et me le tendit en disant :

  • S’il vous plaît je l’ajouterai dans la crèche cette année. Qu’en dites-vous ?
  • C’est extraordinaire. C’est fou, c’est incroyable…

La surprise et l’émotion me faisaient perdre mon assurance habituelle et voilà que je me mis à bégayer. Son sourire s’accentua, il était ravi que sa surprise eut si bien fonctionné.

Je balbutiais :

  • Je ne sais comment vous remercier pour toute cette générosité…
  • Votre visage vient de le faire pour vous, répondit-il. Et en me laissant vous ajouter à mon village, vous m’avez fait le plus beau cadeau qui soit.

Je ne savais plus quoi répondre. Comprenant mon émotion, il me raccompagna et m’aida à installer ma marchandise dans mon nouveau charriot. Je le remerciais chaleureusement et le serrais dans mes bras avant de monter sur mon siège.

Il me regarda fixement, des larmes au coin de l’œil, et me glissa dans la main, un exemplaire de « mon santon » en disant :

  • Faites bonne route, et prenez bien soin l’un de l’autre. Et surtout : Bon Nouvè* !

*

Texte et photo M. Christine Grimard

*Bon Noël.

Une image…une histoire : L’esprit de Noël (1/3)

houx

Photo d’auteur inconnu

*

Il ne comprenait pas pourquoi il était tellement énervé depuis quelques temps. Le travail était plutôt moins prenant, la météo était plutôt clémente, les finances en hausse, et sa sœur ne l’avait pas appelé depuis longtemps avec ses jérémiades habituelles. Et pourtant, plus les jours passaient, plus il s’énervait pour chaque détail et l’ambiance devenait de plus en plus pesante pour ses collègues de travail.

Ce matin-là, Françoise, sa collègue de bureau finit par craquer:

  • Pierre, si vous continuez comme ça, je change de bureau ! Je ne sais pas ce que vous couvez, mais il faudrait que vous alliez consulter avant que je…
  • Que vous quoi ? répliqua Pierre sèchement sans la regarder.
  • Que je perde mon sang-froid ! Dit-elle en prenant son dossier sous le bras, avant de quitter la pièce en claquant la porte.

C’était chaque fois la même chose, cette fille n’avait aucune patience !

Il prit son déjeuner et décida d’aller le manger dans le parc. Le fait qu’il gèle n’avait pas d’importance, du moment qu’il allait pouvoir s’aérer ailleurs. L’atmosphère ici devenait trop lourde. Et dire que ce soir, il y aurait « l’apéritif de Noël » au bureau. Il n’avait aucune envie de faire des heures supplémentaires pour manger quatre petits fours et sourire à la cantonade.

Noël… pfff…

Il n’en n’avait plus rien à faire de Noël. Depuis que pour le Noël de ses six ans, sa sœur avait ri de lui en lui expliquant que le Père Noël était une arnaque inventée par les parents pour obliger les enfants à être sages toute l’année…

Ce jour-là, il s’en souvenait comme si c’était hier. Il avait eu l’impression que le ciel lui tombait sur la tête, que le sapin avait perdu toutes ses aiguilles d’un seul coup, et que l’enfant de la crèche était le roi des menteurs. Lorsqu’il vit sa mère placer sous le sapin un verre de lait et un sablé de Noël en disant que le Père Noël aurait besoin de forces pour finir sa tournée, il avait été horrifié qu’elle puisse participer ainsi au mensonge, et était parti en pleurant dans sa chambre. Cette année-là rien n’avait pu le consoler, ni les explications embarrassées de sa mère, ni les cadeaux, ni la neige arrivée le soir du réveillon et qu’il adorait pourtant. Ce jour-là, on lui avait volé son enfance.

Depuis, la vie s’était chargée de lui faire perdre peu à peu le reste de ses illusions. Celles qu’il avait nourries des contes de son enfance, ses illusions sur les amitiés adolescentes, sur les histoires d’amour, sur l’équité au travail, sur l’honnêteté. Enfin, sur tout !

Et il faudrait qu’il ne soit pas énervé ! Cette vie était un leurre, où qu’il se tourne, tout n’était que déception et illusion. Ce monde n’était qu’hostilité, violence et mensonge. Il savait bien ce qui l’énervait, c’était Noël, le jour où l’on feint de croire que le monde changera, que l’espoir gagnera.

Le jour où on célèbre le mensonge tout autour du monde !

Il avançait en maugréant, en frappant du pied les amas de feuilles sur le trottoir, le visage fermé et les yeux braqués sur le bout de ses chaussures. Plusieurs passants se retournèrent sur lui, le regard hostile. Il s’en fichait totalement. S’ils n’étaient pas contents, ils n’avaient qu’à regarder ailleurs. Il arriva aux portes du parc et se fraya un chemin au milieu d’un groupe d’adolescents qui plaisantaient affublés de bonnets de Père Noël. Il les ignora et poursuivit son chemin à grandes enjambées jusqu’au bord du lac où il se laissa tomber  sur le premier banc libre. Il allait pouvoir déguster tranquillement son sandwich sans que personne ne vienne l’ennuyer. Il jeta un coup d’œil autour de lui, à part quelques canards, il n’y avait pas grand monde dans la parc. Un peu plus loin, les marchands du temple avaient élu domicile, ces fleuristes ambulants et autres vendeurs à la sauvette qui proposaient aux promeneurs des décorations pailletées d’étoiles factices et de colifichets fabriqués à Taïwan. Il tourna la tête vers le lac pour ne pas les voir, lorsqu’une vieille femme portant une boîte en carton contenant des petits bouquets de houx, vint s’asseoir à côté de lui. Il la dévisagea, un peu contrarié. Elle aurait pu trouver un autre banc, pour une fois qu’il avait la paix !

Il sortit son déjeuner et commença à déplier l’emballage de son sandwich sous le regard de sa voisine. Il sentait son regard peser sur lui, ce qui le rendait mal à l’aise. Il se demandait si cette femme avait déjeuné et ce qu’elle faisait là. Il l’observa à la dérobée, elle avait entrepris de disposer en épi ses petits bouquets à l’intérieur de la boîte pour tenter de la refermer sans les  écraser. Quand elle eut terminé, elle se tourna vers lui de nouveau, fixant son sandwich d’un air d’envie. Pierre sentant monter son agacement, interrompit son repas et lui demanda d’un ton peu affable si elle avait déjeuné. La vieille femme sourit, et lui répondit qu’à son âge, on avait plus besoin de manger tous les jours. Pierre, se demandant si cette réponse ironique était une boutade, leva enfin les yeux vers elle. Il fut subjugué par son regard mêlant une grande douceur et une volonté de fer. Il resta muet, soudain intimidé, ne sachant plus comment poursuivre la conversation. Elle se contenta d’accentuer son sourire, détourna le regard et se plongea dans la contemplation de la surface du lac. N’y tenant plus, Pierre partagea son sandwich et lui tendit la moitié intacte, en disant :

  • Tenez, si vous vouliez m’aider à finir ça m’arrangerait. Je crois que je n’ai plus faim. J’espère que cela vous plaira, poursuivit-il en se levant pour reprendre sa promenade.

La vieille femme sourit de plus belle en regardant le sandwich posé dans sa main. Elle posa la main sur sa manche pour l’arrêter en disant :

  • Ne filez pas si vite, je veux vous remercier. Attendez une minute. Tenez c’est pour vous, dit -elle en lui tendant un de ses bouquets de houx entouré d’un ruban écossais.
  • Je vous remercie répondit Pierre sèchement, mais gardez votre bouquet, je ne suis pas très doué avec les fleurs.  Et en plus, je dois retourner au bureau, conclut-il comme pour atténuer son refus.

Elle le regardait fixement sans se départir de son sourire, et ajouta :

  • En effet, vous ne semblez pas très doué avec les fleurs. Ce petit bouquet étant composé uniquement de feuilles et de fruits, je pense que vous parviendrez à vous en occuper pour qu’il ne sèche pas avant la fin de l’année. Il vous suffira de le mettre dans un verre d’eau. Je vous l’offre pour qu’il vous porte chance, ce genre de cadeau sincère ne se refuse pas.

Le ton était plutôt autoritaire, appuyé d’un regard insistant et Pierre n’osa pas refuser une seconde fois. Il tendit la main vers celle de la femme qui ajouta en lui tendant le petit bouquet:

  • Savoir accepter un cadeau est une manière de faire plaisir, autant que de savoir donner. Beaucoup de gens ont oublié cela. Peu importe d’où vient le cadeau, qu’il soit rare ou cher ou insignifiant. Ce qui compte dans un cadeau, c’est la sincérité avec laquelle on le donne, et celle en retour avec laquelle on reçoit. Ce qui est important dans un cadeau, c’est l’échange d’amour qu’il représente. Peu importe que le cadeau soit maladroit ou très recherché, la seule chose qu’il représente est cet échange d’amour. C’est cela la magie de Noël. Trop de gens l’ont oubliée.

Pierre baissa les yeux et serra les dents. Il ne voulait pas se lancer dans une discussion sans fin avec cette inconnue. Pour lui la magie de Noël avait disparu le jour de ses six ans, par la brutalité de sa sœur, et il ne voulait pas revenir là-dessus. Il grommela un « merci » presque inaudible et tourna les talons, lorsqu’il entendit la voix de la femme derrière lui qui murmurait :

  • Les gens qui dénigrent la magie de Noël sont ceux qui ont perdu leur âme d’enfant, et ils en sont bien malheureux. Elle se montre seulement à ceux qui y croient. Il faut parfois réapprendre à écouter son cœur et ouvrir les yeux pour qu’elle accepte d’entrer dans une maison…

Il n’allait pas écouter les divagations de cette femme plus longtemps. Il avança sur le chemin, lorsqu’il entendit tomber un objet. Il se retourna, la vieille femme avait disparu. Balayant le jardin du regard, il ne la vit nulle part. La surface du lac était étale. Aucune trace de cette femme aux alentours. Elle semblait ne jamais avoir existé, et Pierre aurait douté de la réalité de cette rencontre s’il n’y avait cette boîte de carton restée sur le banc. Il rebroussa chemin et s’en approcha, le couvercle avait disparu et elle était vide.

–>  A suivre <–

25 décembre : Bon Noël 

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Noël est souvent la seule occasion annuelle de partager un peu de temps avec ceux qui vivent au loin. Chaque Noël nourrit les souvenirs et les émotions plus que les estomacs.

Je crois aux miracles et à l’esprit de Noël, je me nourris de la magie dormante derrière mon quotidien et mon plaisir est de partager cela avec ceux que j’aime ou que je côtoie.

Je ne veux garder que la lumière des regards croisés dans ma mémoire. Avec ou sans repas, je garderai le souvenir du partage.

Ce jour est le jour du partage, et c’est cela le miracle de Noël.

Quant aux absents, ils vivent encore dans le cœur de ceux qui restent, on ne meurt vraiment que quand tout le monde vous a oublié.

Bon Noël à tous et profitez bien de ceux qui seront encore autour de la table.

Photo du jour : Préparer la fête

Photo M. Christine Grimard

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Recette des Sablés de Noël :

Avant de se lancer, rassembler patiemment tous les ingrédients.

Trouver des enfants impatients que le jour de Noël arrive.

Choisir une belle farine de froment et la tamiser pour éviter les grumeaux.

Se procurer des beaux œufs frais au jaune éclatant.

Mélanger soigneusement du sucre semoule blanc, et du sucre roux, les mélanges rendant la vie plus savoureuse.

Malaxer le  beurre ramolli à température ambiante avec le sucre.

Ajouter les œufs et deux cuillères à café de vanille des îles, pour un zeste d’exotisme.

Ne pas oublier la levure et une pincée de sel pour donner à votre pâte le goût de la vie.

Mettre la pâte obtenue au réfrigérateur au moins une heure pour lui apprendre la patience.

Préchauffer le four  et pour ne pas perdre de temps, étaler la pâte sur une surface légèrement farinée.

Laisser les enfants donner libre cours à leur imagination pour découper des formes évocatrices de Noël dans la pâte.

Ajouter des décorations, boules, paillettes de chocolat ou glaçage, dans la pure tradition de Noël.

Faire cuire à feu doux, bien expliquer au four qu’il doit éviter de griller vos sablés qui doivent rester moelleux à l’intérieur et légèrement dorés sur les bords.

Les sortir du four après six minutes de cuisson et attendre qu’ils soient froids pour se jeter dessus.

Essayer de ne pas tous les manger avant le jour de Noël…

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(Ces sablés ont été confectionnés par ma fille que je remercie pour sa constance à nourrir notre gourmandise… toute l’année !)

PS: Bon Noël à tous les gourmands de la terre.

 

Confessions intimes 15 : Pila

DEC 2015 002

Photo M. Christine Grimard

Mon temps est revenu.

Celui des cris d’enfant, celui des paillettes et des guirlandes étincelantes. Celui des longues nuits et des jours de givre. Celui où l’air est chargé d’espoir. Je l’ai toujours su, mais sans bien comprendre ce qui se passe autour de moi.

Je sais simplement que décembre est le temps des espoirs, je l’ai entendu si souvent…

C’est mon temps aussi. Chaque année durant un petit mois, on m’exhibe. J’ai le droit d’exister après de longs mois de silence et d’obscurité. J’ai le droit de sentir sur moi le regard pétillant des enfants.

C’est magnifique, le regard émerveillé d’un enfant. C’est unique.

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Chaque année, des mains me ressortent de ma prison de soie. Des mains lisses parfois, des mains fripées d’autres fois. Des mains de tous âges. J’aime sentir ces mains douces et chaudes se poser sur moi, elles me réchauffent le cœur. J’aime sentir le regard des enfants sur moi, ils me réveillent l’âme. La première fois, c’était il y bien longtemps, près d’un siècle. C’était un regard bleu, profond, presque turquoise. Sa mère venait de nous acheter, moi et mes sœurs et il avait ouvert la boîte où nous étions toutes rangées soigneusement ; soudain son regard s’est chargé d’étincelles et il m’a prise dans petite main. Sa mère lui a recommandé de faire bien attention, lui expliquant que j’étais faite d’une pâte de verre très fine recouverte d’un peu de peinture et de quelques paillettes, et que j’étais très fragile. Il a fait très attention, et chaque année en janvier il m’a rangée dans ma petite case bien protégée dans ma gaine de soie pour me ressortir en décembre. Je l’ai vu grandir peu à peu, mais son regard a toujours gardé le même éclat quand il me regardait.

C’est magnifique, le regard émerveillé d’un enfant. C’est unique.

*

 

Puis un autre petit garçon qui lui ressemblait beaucoup a pris la relève, il avait le regard grave des enfants soucieux mais il a pris grand soin de moi comme lui a recommandé sa mère. J’aurais bien voulu que ce regard s’éclaire, alors j’essayais de briller de mille feux mais je crois que je ne l’ai jamais vu sourire. Pourtant je suis faite seulement pour cela, pour faire sourire les enfants…

C’est magnifique, le regard émerveillé d’un enfant. C’est unique.

*

 

Durant les années suivantes, on ne m’a plus sortie de ma boîte. J’interrogeais mes sœurs qui ne comprenaient pas plus que moi pourquoi on nous laissait dans le noir. Même l’ange de la crèche qui était sur l’étagère du haut était incapable de nous dire ce qu’il se passait. Pourtant, il était dans les secrets du ciel !

Cela a duré plusieurs décennies il me semble, et un jour on nous a déménagées. Il m’a semblé que le voyage était très long. Au loin on entendait gronder les canons. Nous avons été ballotées sur des routes cabossées, nous avons été maltraitées. Après de nombreuses heures de ce régime difficile, notre boîte est tombée au milieu d’un amas d’ustensiles et de valises. Plusieurs de mes sœurs n’y ont pas résisté. Moi, j’ai tenu le choc en m’accrochant à ma soie protectrice. Elle et moi on a survécu. Mais désormais nous étions seules, mes sœurs étaient réduites en éclats de cristal. Je pensais que mon heure avait sonné, mais une petite fille aux boucles brunes m’a retrouvée. Je reverrai toujours son regard quand elle a déplié ma gaine de soie, en criant à sa mère qu’elle avait trouvé une boule intacte. En un instant, son sourire m’a fait oublier toutes les frayeurs que je venais de vivre.

C’est magnifique, le regard émerveillé d’un enfant. C’est unique.

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Puis la petite fille a grandi et d’autres sont venues la remplacer. Le temps des humains passe si vite.

Mais générations après générations, je reconnais leur regard bleu pétillant de plaisir, le même regard que celui du petit garçon qui m’a appris comment briller et tenir mon rang au milieu de ces branchages. Il faut dire que sans moi, ils seraient bien tristes et d’un vert affligeant ces sapins avec leurs aiguilles dégoulinantes de résine !

C’est magnifique, le regard émerveillé d’un enfant. C’est unique.

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Demain, ils ressortiront ma boîte et je reverrai la lumière de ce nouvel hiver. Je le sais, parce l’odeur du sapin a envahi mon espace. La roue a tourné une année de plus.

Mon temps est revenu.

Je me demande quelle sera la petite main qui me sortira de ma cachette cette année. J’aime avoir la surprise. Un petit garçon au regard malicieux, une petite fille au regard curieux, peu m’importe, je serai heureuse de les voir me contempler. Je serai heureuse de faire naître leur sourire. Je serai heureuse de partager leur espoir.

Il faut que je me prépare pour être la plus belle lorsqu’ils écarteront mon écharpe de soie et qu’ils s’émerveilleront de ma couleur. Il faudra que je me prépare au nouveau choc de me voir briller dans leurs yeux. J’aime tant ces regards d’enfants heureux.

C’est magnifique, le regard émerveillé d’un enfant. C’est unique.

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Texte et photo de M. Christine Grimard