Variations et vibrations : Un rien de Temps 

« Il est plus difficile d’accorder les philosophes que les pendules. » Sénèque

Citation tirée du livre « Perles de vie » 

de René de Obaldia 

p 57 

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Photo M.Christine Grimard


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Le Temps d’une vie humaine est si court.

Quel est notre place dans l’univers ?

Pourquoi avons-nous prospéré sur cette terre, perdue comme un vaisseau fantôme dans l’univers ?

Est-ce la réalité qui nous est donnée, sous forme d’une infime parcelle d’éternité ?

Est-ce une illusion, sommes-nous les personnages du rêve éveillé d’un Dieu à l’imagination débridée ?

La liberté de vivre nous est-elle donnée ou l’avons-nous attrapée au vol comme le pompon d’un manège qui tourne et jamais ne s’arrête ?

Pourquoi nous accorder juste le temps infime de goûter à une vie aussitôt achevée ?

Dans chacune de nos cellules, trouve-t-on la structure miniature de l’univers tout entier ?

Sommes-nous des entités indispensables à la marche du monde où sommes-nous des accidents de parcours ?

Que restera-t-il de nous lorsque nous rendrons à la terre, la poussière de l’étoile qui nous a enfantés ?

Messieurs les philosophes, vous qui avez une question pour chacune de vos réponses, auriez-vous l’amabilité d’apporter des réponses à chacune de mes questions ?

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Un été en bandoulière (34)

“Sous les vagues, la mer est dressée, on dirait qu’elle est au ciel, Qu’elle touche et arrose les nuages qui couvrent tout. ”

Ovide

Les Métamorphoses.  Livre XI 

Photo m. Christine grimard

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Je suis retournée ce matin à l’endroit précis où j’ai pris cette photo en 2012, depuis la plage à été transformée par les tempêtes, les grandes marées, l’érosion, le vent et le temps qui s’allient pour sculpter l’estran selon leurs désirs. 

D’autres voiles se déploient à l’horizon, d’autres marins suivent d’autres caps, d’autres goélands chevauchent la crête des nuages.

L’océan, indifférent au tumulte de la vie des hommes, poursuit son va et vient. 

Les vagues tirent sur le vert, la marée  aplanît les bancs de sables comme il y a cinq ans mais la configuration de la plage est bien diffferente de celle de ce jour-là.

Cette image de 2012, aussi belle soit-elle, ne reviendra jamais. Cette femme qui parcourt l’estran, est bien différente de celle qui prit cette photographie. Bien des vagues ont balayé ce sable, bien des pas ont traversé cette plage. Bien des évènements se sont produits dans ma vie et dans ce monde depuis ce jour-là…

Que sont devenus tous ces gens ? 

Que suis-je devenue ?

Et vous , qu’avez-vous vécu durant ces cinq années ?

Un été en bandoulière (9)

« Quand ils voient un miracle, la plupart ferment les yeux. »

Christian Bobin

(l’homme-joie)

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Photo mcgrimard

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Cette vie est miracle

Miracle ordinaire de deux cellules qui se rencontrent pour former un ensemble nouveau, contenant tous les possibles, à l’origine de tous les espoirs.

Cette planète est miracle.

Miracle d’une formation hasardeuse à partir de quelques kilos de poussières d’étoile, placée idéalement sur l’orbite de son soleil pour permettre à la vie de trouver sa place dans l’univers.

Ce corps est miracle.

Miracle que d’être vivant, de respirer, de goûter la saveur de vivre, de voir et d’entendre, de rencontrer d’autres regards, de sentir la chaleur du soleil sur sa peau ou la fraîcheur de la pluie sur son visage.

Ce monde est miracle

Miracle que la rencontre de la terre et de l’océan, unies sur la grève en un ballet d’écume. Leur danse est si belle que le soleil en est jaloux et qu’il plonge dans les flaques de l’estran pour qu’on ne l’oublie pas sur la photo…

Cette vie est miracle.

Miracle que l’empreinte de ce pied humain si petit à côté du reflet du soleil immense.

Miracle que de la poussière de cette étoile-mère soit née la vie.

Miracle que dans chaque des cellules vivantes on trouve un monde aussi complexe que l’est l’univers tout entier.

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Mais que tout ceci ne vous donne pas le vertige…

Variations et vibrations : le manque. 

« On peut donner bien des choses à ceux que l’on aime. Des paroles, un repos, du plaisir.

Tu m’as donné le plus précieux de tout: le manque.

Il m’était impossible de me passer de toi, même quand je te voyais tu me manquais encore.

Ma maison mentale, ma maison de cœur était fermée à double tour.

Tu as cassé les vitres et depuis l’air s’y engouffre, le glacé, le brûlant, et toutes sortes de clartés. »

Christian Bobin

(La plus que vive)

Photo m.christine grimard

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Le manque. Le plus beau cadeau que l’on puisse offrir à ceux que l’on aime. L’occasion de se poser et de penser à l’autre.
L’occasion de penser à soi. De faire silence pour écouter vibrer son âme dans la fraîcheur du petit matin.

D’oublier le vacarme et la fureur pour se recentrer sur l’essentiel.

Quelle est cette quête permanente, ces besoins perpétuellement insatisfaits ? Pourquoi et de quoi le monde est-il insatiable ?

Quel est ce besoin d’exister seulement dans le regard des autres ?

Quel est ce besoin d’écraser l’autre pour mieux exister ?

Toujours plus haut, toujours plus fort.

Toujours plus vite.

Moi d’abord ! Il me faut tout, tout de suite ! Regardez-moi ! Répondez-moi !

Réagir plus vite que son ombre, répondre à toutes les sollicitations si possible sans réfléchir, à l’instinct, sur l’instant. Dans l’urgence permanente.

Être sur tous les fronts, de toutes les urgences, de tous les combats, suivre toutes les modes ou mieux les précéder, les initier ! S’acharner sur la dernière trouvaille médiatique et hurler avec les loups sans se poser de question, du moment qu’on est dans l’air du temps. Ne plus voir que l’on est manipulé, que l’on n’est qu’une marionnette parmi d’autres.

Donner de soi l’image qui vous flatte, se regarder dans le miroir de ses propres « selfies », exister seulement dans le portrait que l’autre se fait de vous. Etre tel que l’on vous imagine. Ressembler à ses « tweets » ou finir par croire que l’image que l’on dessine du bout des doigts, est plus vraie que nature.

Oublier qui l’on est derrière l’image que l’on donne de soi.

Se perdre dans l’illusion d’un monde factice.

Se suivre à la trace. Laisser ses empreintes partout pour avoir l’illusion de vivre.

Il est temps de couper les ficelles de la marionnette. Il est temps d’être de nouveau.

Je veux exister pour ce que je suis, et non pour ce que l’on imagine de moi. Je veux laisser le temps au temps qui me porte. Je veux être imparfaite et différente, rebelle et libre  de mes choix. Je veux assumer mes erreurs et mes succès, tranquillement, et m’appuyer sur eux pour aller plus loin sur le chemin de ma vie.

Je veux apprendre chaque jour quelque chose de quelqu’un. Je veux être utile chaque jour pour quelqu’un. Je veux m’oublier pour l’aider. Je veux donner plutôt que prendre. Je veux aimer chaque jour de ma vie et pouvoir en sourire chaque nuit.

Je veux avoir le temps d’exister, sentir le soleil glisser sur mon visage et la vie couler sur ma peau. Je veux croiser ton regard et goûter à ton souffle. Je veux entendre battre ton cœur dans le silence de la nuit. Je veux caresser ton regard et le laisser m’envelopper de sa douceur.

Je veux qu’aux petits matins frais, la vie qui me saute au visage, soit chaque jour un nouvel enchantement.

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Photo mcgrimard

Photo du jour : Hello Mars 

Photo M.Christine Grimard

Pour célébrer la naissance de mars, le groseillier à fleurs s’est brusquement réveillé ce matin. 

Seule tache de couleur dans le paysage encore sombre, il déploie ses corolles déclinées dans toutes les nuances du rose. L’éclosion soudaine de ces grappes de petites trompettes me remplit de joie, bêtement. Il me semble les entendre tintinnabuler dans la douceur de ce premier matin de mars, pour convaincre le printemps de sortir de son hibernation.

Espérons qu’elles seront entendues. Cet hiver a été si long, si froid, si gris…

Je n’ai pas vu le temps passer depuis le premier janvier. Tout va si vite, l’hiver s’en va,  l’air sent déjà le printemps. Et cette douceur fait tant de bien. 

Février est mort, vive Mars !

Photo du jour : jour de tri 

Jour de rangements où l’on fait disparaître les ombres et les lumières du passé, par strates successives, en vidant tiroirs et placards.

Jour d’émotions, portées le cœur en bandoulière, devant chaque note griffonnée de l’écriture soignée de ma mère ou des lettres ogivales de mon père.

Faire table rase.

Sourire bêtement devant une petite caisse enregistreuse en métal rouge étiquetée en centimes de francs, puis pleurer devant un album de photos jaunies d’une période oubliée où l’on voit sa mère sourire comme une gamine à la vie qu’elle imagine.

Se sentir aussi fragile qu’une feuille morte dans un souffle de tempête.

Se sentir moins que rien. 

Rentrer épuisée et se coucher un moment pour ne plus sentir ce poids qui écrase le cœur.

Ouvrir les yeux  quand une éclaircie soudaine traverse mes paupières. 

Rester bouche bée devant le magnifique spectacle offert par la lumière du couchant. Se laisser éblouir. Ne plus penser. Se laisser porter par la vie qui va.

Et se réjouir de continuer la route…

Photo M.Christine Grimard

Variations et vibrations : Promenade d’hiver

« Ce que j’appelle réfléchir :

je dévisse ma tête,

je la mets sur une étagère et je sors faire une promenade.

A mon retour, la tête est allumée.

La promenade dure une heure ou un an. »

Christian Bobin

(La grande vie)

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Photo M Ch Grimard

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Comme Christian Bobin, je suis une adepte des promenades, dans les prés, dans les bois, sur les plages en hiver, sur la lande, dans les livres aussi.
Souvent en marchant, me viennent des phrases, des histoires, il suffit de regarder autour de soi pour que l’inspiration vous saute à la gorge. En rentrant, il faut laisser décanter et puis saisir les mots avant qu’ils ne s’envolent. Ne pas laisser retomber l’écume…
Lorsque je lis Christian Bobin, j’entends ses mots germer dans mon esprit comme si je les avais pensés.
Évidemment, je n’ai pas l’outrecuidance de croire que je pourrais écrire comme lui. Mais je ressens ce qu’il écrit comme né de ma propre sensibilité. Prendre un de ses livres et l’ouvrir à n’importe quelle page, est souvent un des moyens que j’utilise pour m’apaiser.
Chaque phrase est surprenante et pourtant elle prend pied au plus profond de la réalité. Ce paradoxe me surprend à chaque fois que j’ouvre une de ses pages. Je saisis sa phrase et la fais tourner comme je le ferais d’un bonbon au miel autour de ma langue.
La poésie se nourrit de cela, nul besoin de phrases redondantes et incompréhensibles si chères à certains auteurs. Je ne vois pas l’intérêt d’écrire ce que personne ne comprend. Il suffit de laisser couler les mots au fond de son âme, comme on sirote un bon vin.
La poésie, ce sont des mots qui caressent, aussi sensuellement qu’une main glissant au creux des reins.
Je suis une primaire, bêtement sensible à la musique des mots de tous les jours comme à la chaleur qui court dans mes veines.
J’ai besoin, en refermant le livre, de sentir encore le frisson des phrases couler sous ma peau.
Ce rapport charnel aux écrits, je le revendique et le cultive.
J’espère qu’au dernier matin, j’aurai gardé un cerveau capable de l’aimer encore.
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