Photo du jour: Dernier jour

départ2

Photo M.Christine Grimard

 

***

Le dernier jour pointe sur les monts,

Dernière aube, dernières heures de lumière,

Dernier bateau sur la rivière,

Dernier avion à l’horizon.

*

L’année file en catimini,

Habillée de brumes et de glaces.

Que laissera-t-elle comme traces

Dans nos souvenirs, dans nos vies ?

*

Quels chagrins dans nos cœurs de pierre ?

Quelles joies dans nos âmes légères ?

Quelles attentes déçues ?

Quelles surprises vécues ?

*

Peut importe … elle est finie !

***

Une image…une histoire: Conte de Noël (2/4)

20140921-153720-56240683.jpg

Photo by Jenn

 

A l’évocation du visage de maman, si flou dans ses souvenirs, deux grosses larmes perlèrent au coin de ses yeux, qu’elle chassa d’un revers de main. Une vieille femme qui passait s’arrêta près d’elle, la regardant fixement, et lui tendit son mouchoir en disant :

« Ma petite, Noël n’est pas fait pour remplir les yeux de larmes, mais plutôt les visages de sourires. Que vous arrive-t-il de si grave ? »

« Rien. Merci beaucoup pour votre mouchoir, mais j’ai seulement pris un courant d’air dans les yeux… »

« Oui, bien sûr, répondit la vieille femme, et moi, je vais aller passer le réveillon au Crillon. Ne vous a-t-on jamais dit que le jour de Noël, les mensonges étaient proscrits. »

« Je vous assure… » Commença-t-elle

« N’en rajoutez-pas, mon enfant. J’étais institutrice dans ma jeunesse, poursuivit la dame, j’ai appris à lire le mensonge dans les yeux de mes élèves, et ça m’a bien servi dans la vie. Pour votre peine, vous allez m’accompagner à Saint-Eustache. J’avais besoin d’un peu d’aide pour faire le trajet, avec ces trottoirs givrés glissants, et ma femme de ménage qui m’accompagne d’habitude, est rentrée dans sa famille ce soir. Ça vous fera beaucoup de bien de vous asseoir un peu au chaud dans cette église et de réfléchir sur la valeur de la franchise. Vous pouvez garder mon mouchoir ! Mon prénom est Camille.» Conclut-elle d’une voix autoritaire.

Il n’y avait pas à discuter, après tout, cet intermède l’amusait. Mary avait l’habitude des patients au caractère difficile, et cette vieille dame semblait attachante. Elle n’allait pas la décevoir, de toute manière, elle avait terminé ses achats et n’avait rien de mieux à faire avant le réveillon. Elle glissa son bras sous le sien, lui emboîta le pas, et répondit:

« Enchantée Camille, je suis Mary, je vous accompagne jusqu’à l’église, mais n’aurais pas le temps d’y entrer avec vous. je suis attendue pour le réveillon. »

Tout au long du trajet, la vieille dame lui décrivit chaque commerçant du boulevard en détail. Elle connaissait tout le monde, vivant dans le quartier depuis son enfance, saluant par leur prénom les passants qu’elle croisait. Ses anecdotes étaient autant de perles que Mary prenait grand plaisir à entendre. Elle lui suggéra d’écrire tous ses souvenirs avant de les oublier ce qui fit beaucoup rire la vielle dame, qui déclara :

« Vous savez, je tiens une sorte de journal depuis l’âge de treize ans où j’ai consigné un tas de détails inutiles, et nombres d’histoires relatives à ce quartier. Je pense que ça n’intéresserait pas grand monde, mais c’est assez bien écrit tout-de-même. J’étais très à-cheval sur l’orthographe quand j’étais institutrice, je ne tolérais aucune faute d’accord. Enfin, à notre époque, tout est permis… »

Elle semblait désabusée et resta perdue dans ses pensées quelques instants, jusqu’à ce qu’elles atteignent le parvis de Saint-Eustache. Elle commença à monter les marches en s’appuyant sur le bras de Mary en la regardant du coin de l’œil et demanda :

« Entrerez-vous avec moi ? »

Mary leva les yeux vers les statues qui encadraient le tympan de l’église. Elles semblaient surveiller les fidèles, mais ce qui l’impressionnait c’était la hauteur de l’édifice. Elle avait toujours trouvé de bâtiment écrasant, même si elle en aimait l’architecture ouvragée et le cadran solaire autour de sa rosace. La vieille dame semblait désirer qu’elle l’accompagne, elle la fixait, attendant qu’elle se décide avec son air d’institutrice attendant le silence pour commencer son cours.

« Voilà bien longtemps que je ne suis entrée dans une église, commença Mary en hésitant. Je ne sais pas trop ce que je pourrais y faire… »

« Vous ne saurez jamais si vous n’essayez pas, interrompit brutalement la vieille dame. Il n’est jamais trop tard, pour tenter des expériences intéressantes. Foi de Camille ! Suivez-moi, vous ne le regretterez pas. La veillée de Noël est chantée durant l’après-midi désormais et la messe de minuit est donnée à vingt heures, pour laisser aux gens le temps de réveillonner en famille après. Cela m’arrange, finalement, mes vieux os n’aimant pas les journées trop longues depuis quelques années…»

Elle attrapa Mary par le bras et monta les marches deux à deux, ayant soudain retrouvé sa souplesse.

Devant le regard incrédule de Mary, elle ajouta :

« Ne vous a-t-on jamais appris à ne pas vous fier aux apparences, mon petit ?, Allons-y, nous allons rater Douce nuit, et c’est mon cantique préféré ! »

—> A suivre <—

Une image…une histoire: Conte de Noël (1/4)

iphone chris 2962

 

Le dernier vrai Noël dont elle se souvenait, remontait à une dizaine d’années.

C’était juste avant que sa vie bascule dans ce néant épuisant qui remplissait son temps désormais. Depuis dix ans, elle prenait toutes les gardes des jours fériés, et surtout celle du soir de Noël, ses collègues s’étaient habituées à cette aubaine, et ne l’en remerciaient même plus. Elles avaient fini par trouver cela normal, après tout, elle n’avait pas d’enfants, pas de mari et sans doute pas de famille non plus. En fait, elle n’en parlait jamais, et peu à peu on avait cessé de l’interroger. Elle était là, voilà tout, et cela arrangeait tout le monde.

Elle préférait travailler, ce qui lui avait fourni un bon prétexte pour éviter la fête familiale. Depuis trois ans, sa belle-mère ne prenait plus la peine de l’inviter sachant qu’elle refuserait. Si maman était encore là, les choses auraient été bien différentes, sans doute. De toute manière, elle ne pourrait oublier qu’il avait choisi ce soir-là, pour leur annoncer son départ, lançant à la cantonade, à minuit pile, lorsque chacun levait sa coupe de champagne :

« Je lève mon verre à ma nouvelle nomination, demain je serai à Bamako. J’ai signé pour trois ans, félicitez-moi, ce poste n’a pas été facile à obtenir ! »

Lorsqu’ils avaient tous applaudi, elle était restée muette, son verre à la main, les yeux pleins de larmes. Il avait regardé son visage défait puis avait tourné la tête et trinqué avec son meilleur ami en éclatant d’un rire qui résonnait encore à ses oreilles. Son monde s’effondrait, emportant ses espoirs dans le fleuve de l’amertume. Elle avait cru que leurs vies étaient liées, mais ce n’était qu’illusion, elle était montée seule dans cette barque finalement…

Quelques jours plus tard, à l’aéroport où elle l’avait accompagné en espérant qu’il changerait d’avis au dernier moment, elle avait vraiment réalisé son erreur, lorsqu’il avait dit que l’Afrique lui offrirait cette liberté sans laquelle il ne pouvait pas vivre. Elle n’avait pas parlé de son secret, et elle avait bien fait puisque quelques jours de chagrin avaient suffi à le dissoudre dans le néant.

Elle avait tourné la page, depuis si longtemps, du moins le pensait-elle. Mais il suffisait que cette période des fêtes revienne pour que la plaie se remette à saigner. Ce qui aurait pu être, et qui n’était pas lui brisait le cœur. Elle avait beau se répéter que les regrets étaient stériles, elle ne parvenait pas à l’oublier. Pourtant, elle avait essayé, allant de déceptions en désillusions.

Cette année, elle avait renoncé à se faire du mal. Elle n’avait pas pris la garde de Noël, irait à la soirée donnée par sa belle-mère, elle affronterait ses vieux démons avec le sourire, et tournerait la page. Forte de ses bonnes résolutions, elle avait posé sa semaine de vacances, en essayant de ne pas remarquer l’air interrogatif de sa supérieure.

Elle allait se donner l’illusion d’un « vrai Noël », elle ferait tout ce qu’il fallait pour entrer dans le moule, à commencer par courir les magasins des grands boulevards à la recherche du cadeau idéal pour des gens qu’elle n’avait pas vu depuis des lustres et dont elle ne connaissait pas les goûts actuels. La foule qui se pressait sur les trottoirs lui donnait le vertige. Elle s’arrêta contre une vitrine pour reprendre son souffle, où tournait un train électrique. Son trajet circulaire parcourait une campagne enneigée où des animaux en peluche côtoyaient des poupées fabuleuses, et des automates sortis tout droit d’un conte de Dickens. Elle était fascinée par la scène, qui la replongeait trente ans en arrière lorsqu’elle était venue voir les vitrines de Noël pour la première fois. Son visage arrivant à peine à la hauteur de la vitrine, papa avait dû la prendre dans ses bras, tandis que maman lui détaillait le nom de chaque personnage.

A l’évocation du visage de maman, si flou dans ses souvenirs, deux grosses larmes perlèrent au coin de ses yeux, qu’elle chassa d’un revers de main. Une vieille femme qui passait s’arrêta près d’elle, la regardant fixement, et lui tendit son mouchoir en disant :

« Ma petite, Noël n’est pas fait pour remplir les yeux de larmes, mais plutôt les visages de sourires. Que vous arrive-t-il de si grave ? »

–> A suivre <–

Clichés 18 : Joyeux Noël

NOEL 2013 028

Photo M. Christine Grimard

 *

Plaisirs scintillants

*

neol8

Plaisirs gourmands

*

Caprice
Honteux et
Onctueux qu’on
Croque à l’
Occasion avec
Légèreté
Amour et
Tendresse

= CHOCOLAT

*

Noel3

Photo M. Christine Grimard

*

Jour de partages

Aux Santons  généreux

*

noel5

Photo M. Christine Grimard

*

Nuit d’espoir donnée

Par un enfant nouveau-né

*

noel6

Photo M. Christine Grimard

*

noel7

Photo M. Christine Grimard Santons Fouque (Aix)

*

Nuit Rouge

*

Noel1

Photo M. Christine Grimard

*

Nuit de Lumière et de Paix

*

noel2

Photo M. Christine Grimard

*

Que votre Nuit étincelle de joies échangées

Et que ce jour qui porte l’espoir d’un monde en paix

Vous laisse au fond du cœur un goût  d’Amour partagé

*

 Celtic Woman: Silent Night

Confessions Intimes 6: Nikita

iphone mai 2014 104

Photo: Craloskhu

 

Elle m’a installé devant la fenêtre. J’ai eu de la chance. Katy la girafe, elle, a échoué sur la console de l’entrée, où l’air glacé vous transperce, dès que quelqu’un ouvre la porte. A mon âge, je n’aurais pas pu le supporter longtemps. Ma fourrure a disparu depuis longtemps, à force de se serrer contre moi, on me l’a usée jusqu’à la trame.

Je n’avais pas compris pourquoi elle nous a tous ressortis du carton où l’on dormait depuis quarante ans. J’ai cru qu’elle allait faire des travaux de rénovation dans le grenier, qui en aurait bien besoin, entre nous soit dit. Elle nous a répartis dans toute la maison, comme si elle avait besoin de compagnie. Ce que j’ai eu du mal à supporter, c’est le silence. J’étais habitué à des cris, des rires, des chansons hurlées joyeusement et faux, à tous les étages. Mais durant les années où je m’étais endormi dans ce carton, tout avait changé dans la maison. Il m’a fallu quelques jours pour réaliser que ce qui m’oppressait, c’était ce silence.

Parfois, elle allumait la télévision, et là c’était pire encore. Une avalanche de bruits, de phrases prononcées par des voix inconnues, de musiques tonitruantes, d’éclairs de lumière. Si j’avais pu, j’aurais collé mes pattes sur mes oreilles. Nicolas faisait toujours ça quand quelque chose l’effrayait, il commençait par me boucher les oreilles, ce qui le rassurait aussi. Il était tranquille, lorsque je l’étais aussi, joyeux ou triste à l’unisson de mes émotions. Lui et moi, on était en parfaite symbiose. Cet enfant a toujours eu un cœur d’or. Je crois que c’est lui qui me manque le plus.

Elle est souvent triste depuis leur départ, même si elle ne le dit jamais. Elle ne se plaint jamais de rien d’ailleurs. Elle a toujours été courageuse. Mais quand elle a appelé son amie, l’autre jour, j’ai bien entendu qu’elle était très heureuse de leur venue pour la période de Noël. Elle expliquait la manière dont elle voulait décorer la maison pour lui donner un air de fête, comme elle le faisait quand ils étaient petits. Elle souriait en expliquant qu’elle avait retrouvé leurs jouets préférés, qu’elle avait disposés dans la maison pour qu’ils aient le plaisir de les voir dès leur arrivée.

J’ai bien vu qu’elle avait les larmes aux yeux quand elle m’a regardé en parlant de Nicolas. Elle lui a expliqué de nouveau pourquoi il m’avait prénommé Nikita, l’année où ce président russe s’était fait remarquer avec sa chaussure. Il trouvait que ce prénom était drôle et doux, comme moi. Pour un peu j’en ai presque pleuré aussi, voilà si longtemps que je n’avais pas entendu cette histoire. J’ai eu l’impression de faire un bond vers le passé.

Les jours suivants, elle a retrouvé les « décorations de Noël », elle en a trois cartons entiers. Celles que je préfère, ce sont les boules en verre décorées de volutes dorées. Je les ai tout de suite reconnues lorsqu’elle les a libérées de leur protection de soie. Elles étaient toutes intactes et belles comme au premier jour. Elle a décoré son sapin en fredonnant des chants de Noël, comme au bon vieux temps. Lorsque le sapin fut entièrement pavoisé de rouge et d’or, elle a ajouté sa fameuse guirlande électrique, célèbre dans tout le quartier, parce que c’était la première capable de scintiller sur le rythme de « Jingle Bells », ayant un haut-parleur intégré dans son transformateur. Son mari l’avait rapportée de Boston lors d’un de ses voyages d’affaire, et tous les voisins avaient défilé pour l’entendre, cette année-là. Il ne restait plus qu’à ajouter la touche finale, et c’est avec un large sourire qu’elle disposa au pied du sapin, les paquets qu’elle avait soigneusement empaquetés pour chacun.

Ils allaient arriver ce soir, quelques heures avant le réveillon. Elle était de plus en plus nerveuse et je commençais à l’être autant qu’elle. Je scrutais le ciel derrière la baie vitrée, espérant que ces gros nuages gris n’apporteraient pas la neige. Les routes n’étaient pas très bonnes par ici et l’on avait déjà vu des tempêtes de neige venir gâcher les fêtes familiales plus d’une fois !

Dans l’après-midi, une odeur de cannelle est venue chatouiller mes narines. Elle avait pensé à tout. Les petits sablés de Noël occuperaient la desserte quand ils arriveraient, entourés des treize desserts qu’elle avait disposés, selon leur tradition familiale.

Elle se cala dans son fauteuil tourné en direction de la porte d’entrée. Il lui restait quelques minutes avant que ses invités n’arrivent. Je la vis arborer un magnifique sourire lorsqu’elle se tourna vers moi et me dit :

« Voilà tout était prêt. Ils peuvent arriver, réveille-moi lorsque tu verras leur voiture entrer dans la contre-allée, Nikita… »