Photo du jour: Changement d’heure

« Le monde appartient à ceux qui se lèvent de bonne heure, jusqu’à l’heure où les autres se lèvent. » Jules Renard

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Photo d’un auteur inconnu

Changement d’heure: deux fois par an, on se recadre sur le soleil depuis que notre monde occidental a survécu au « premier choc pétrolier »…

Difficile pour chacun de se décaler, pendant la première semaine.

Une fois dans un sens, une fois dans l’autre…

La sensation que l’hiver arrive d’un seul coup en novembre, ou que les journées n’en finissent plus en mars.

Il semble que ce soit pour la bonne cause, que cela permette d’économiser l’énergie nécessaire à éclairer une ville comme Le Havre …

Les chroniqueurs de tous les médias se font pédagogues, pour nous expliquer que ces petits désagréments individuels, entraînent de grands bénéfices pour la collectivité.

Chacun acceptera, ça et le reste. Il faut bien accepter les contraintes d’une vie en société.

Il y en a tant d’autres, souvent pour la mauvaise cause, celle du plus grand nombre qui écrase l’homme en tant qu’individu.

Il y a tant de couleuvres à avaler, mois après mois. Tant de mensonges, tant de manipulations !

On payera une nouvelle commission pour étudier le « bénéfice » d’une telle mesure, et son utilité effective actuelle, où Internet ne s’arrête jamais, où nombre d’entreprises travaillent 24 heures sur 24, et où les économies de « lumière » sont obsolètes.  On débattra sur le désarrois passager des enfants de classe maternelle et des vaches perturbées par le décalage de l’heure de la traite, sur les questions que se posent les malades devant prendre leur traitement à heure fixe. Après tout, les voyageurs sont bien plus perturbés par les décalages horaires, et ils survivent…

Enfin, après avoir rempli les gazettes pendant quelques jours, on s’habituera, et on oubliera … Jusqu’au prochain changement d’heure…

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Photo du jour : à venir ?

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Restera-t-il une trace
De nos belles certitudes
Quand notre terre sera lasse
De nos vicissitudes
Et se sera débarrassée
De notre encombrante multitude
Par diverses calamités ?

Quel souvenir laisserons-nous
Quelle désolation noire
Quelle empreinte de feu
Quel sombre désespoir
Quel soulagement pour ceux
Qui survivrons après nous ?

Je voudrais qu’il repousse
Des fleurs sur la mousse
Et que la lumière efface
Nos ombres et nos traces
Pour qu’au matin du dernier jour
Ne subsiste que l’Amour.

Clichés 33 : Santiago (2)

Ville construite autour d’une sépulture, ce n’est pas seulement le but du chemin, c’est aussi un rêve de pierre.

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Photo M. Christine Grimard

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Les rues qui naissent ou débouchent sur la cathédrale ont été construites il y a 900 ans.

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Photo M. Christine Grimard

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Photo M. Christine Grimard

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Le cloître que l’on atteint en visitant le musée de la cathédrale, et de style renaissance, et nous plonge brutalement dans le ciel de Santiago.

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Photo M. Christine Grimard

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La tour de l’horloge haute de 75 mètres, baroque, est richement sculptée.

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Photo M. Christine Grimard

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1000 ans d’histoire et l’œuvre vivante de centaines de sculpteurs

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Photo M. Christine Grimard

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Et  suivre la route des coquilles

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Photo M. Christine Grimard

Photo du jour : Choc

« C’est bien la pire folie que de vouloir être sage dans un monde de fous. »

Érasme

 

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Photo M.Christine Grimard

 

Le monde est en feu.

Ce monde dans lequel je vis, est-il devenu fou ?

La vie humaine n’a-t-elle plus aucune valeur pour que tout le reste ait plus d’importance que de la préserver ?

On tue au nom de tout et n’importe quoi.

De quel droit, quiconque prend-t-il la vie d’une autre humain ?

Au nom de qui ? En vertu de quelle folie ?

Aucun prétexte ne permet cela.

Les hommes ont eu la chance d’apparaître sur terre, mais ils ont oublié ce privilège.

Ils passent si peu de temps ici, pourtant. Ils trouvent cela normal. Si normal, qu’ils s’octroient le droit de s’étaler sans vergogne. Ils prennent la place de toutes les autres espèces. Ils se servent, et ils rejettent le reste. Peu importe, s’ils ne laissent derrière eux que mort et désolation.

De quel droit ?

Qu’est devenu ce monde qui était le mien ?

Pourquoi ?

Pourquoi autant d’égoïsmes, d’intolérances, de violences, de manque de compassion, de mauvaise volonté, de meurtres, de guerres, de massacres ?

Je m’efforce chaque jour, de trouver un instant de paix, un moment de magie, une once de plaisir, une seconde de paix.

Je me focalise sur les mots des porteurs de lumière.

Simplement pour survivre.

Juste pour garder les yeux rivés sur la lumière.

Pour pouvoir avancer plus loin.

Mais certains jours, il est difficile de garder un peu d’espoir en l’humanité …

Clichés 32: Santiago (1)

Aller à Santiago de Compostella, pour la Foi, pour le partage ou pour le dépassement de soi.

Chacun y trouvera sa motivation personnelle.

C’est choisir d’accomplir un voyage vers soi-même pour la plupart des pèlerins.

Plus que le but, c’est le chemin qui est important.

Pour moi ce fut un chemin vers l’émotion et l’amitié.

Le chemin du partage et de l’amour.

J’en choisis quelques images pour vous.

Marchons ensemble…

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Photo M. Christine Grimard

 

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Photo M. Christine Grimard

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Photo M. Christine Grimard

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Photo M. Christine Grimard

….A suivre….

Vases communicants de mars : Dans l’ombre de Cézanne

Je reprends aujourd’hui  le texte partagé lors des Vases communicants de mars avec Danielle Masson sur son blog, écrit à partir d’une de ses photos. J’espère que ceux qui n’ont pas eu l’occasion de le lire, seront heureux de le faire aujourd’hui.

 

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Dans l’ombre de Cézanne

Cette maison lui avait plu d’emblée, il l’avait visitée un jour où le soleil provençal inondait la façade. Le prix demandé dépassait de beaucoup ses possibilités mais il s’était débrouillé pour réunir la somme et voilà trois mois qu’il profitait de cette lumière. Elle avait besoin d’un sérieux rafraîchissement, mais il n’avait plus les moyens de faire réaliser les travaux. Qu’à cela ne tienne, il les ferait seul, petit à petit.

Il était revenu dans la région où il passait une partie de ses vacances durant son enfance. Sa mère qui l’avait élevé seule, ne prenait jamais de vacances. Elle l’envoyait chez une vieille tante, veuve de guerre, qui n’avait jamais eu d’enfant et qui le gâtait outrageusement à chaque séjour. Il en gardait des souvenirs au goût de miel et de lavande. Avant-guerre, elle tenait une confiserie, et elle ne le laissait «remonter à Paris» sans une provision de calissons dans ses valises, pour «ne pas manquer de soleil jusqu’à la Noël ». Il entendait encore son accent chantant, et lorsqu’il mangeait ses calissons en fermant les yeux, il revoyait immédiatement son sourire chaleureux et l’éclat plein de bonté de son regard aussi bleu que le ciel Aixois.

Alors, au vu de cette maison donnant sur la montagne sainte Victoire, il n’avait pu résister. C’était ce qu’il cherchait sans le savoir depuis si longtemps. L’occasion de quitter la grisaille parisienne et de démarrer une nouvelle vie, à l’ombre des Oliviers. Son rêve de s’installer dans la campagne aixoise et de finir ses jours là où tant d’artistes avaient choisi d’installer leurs dernières œuvres, allait finalement se réaliser. Il était peintre à ses heures, mais faute de succès, ses toiles ne décoraient que les murs de sa maison et de celle de ses amis. Elle était bien finie sa vie passée derrière un guichet, il pourrait donner enfin libre cours à ses élans créatifs. Il deviendrait artisan potier, exposerait ses réalisations dans son jardin et en vendrait peut-être quelques-unes. Peu importe, il ferait enfin quelque chose qui le rendrait heureux. Se réveiller chaque matin sous ce ciel incomparable, et admirer la majesté de la montagne Sainte-Victoire en ouvrant ses persiennes, était un luxe qu’il n’aurait jamais osé espérer.

Les villageois l’avaient d’abord regardé avec méfiance, puis très vite l’avaient accepté malgré ses particularités, en raison de son grand cœur et de sa gentillesse. Il était toujours prêt à rendre service à ses voisins, pour tous les papiers et les tracasseries administratives puisqu’il avait fait ça toute sa vie. Quand il avait parlé de sa tante, dont la réputation avait traversé les mémoires, il avait définitivement été intégré comme un enfant du pays, et ils avaient cessé de l’appeler « Le Fada ».

Son voisin Jacques lui avait proposé deux plans de lauriers roses, pour garnir les premiers pots qu’il avait vernissés de vert et décorés de mosaïques ocres et bleues. Il l’avait aidé à les planter et à les installer sur la terrasse. Depuis ce jour, ils avaient pris l’habitude de faire ensemble une promenade chaque soir, sur les sentiers qui couraient à flanc de colline. Jacques, qui n’était plus de la première jeunesse, appelait cela «faire courir le chien», Titus, un sympathique bâtard de quinze ans, aux oreilles pendantes et au regard doux, qui débusquait les lapins pour le plaisir de les voir détaler, assis sur son derrière, puisqu’il n’avait plus le courage de les suivre. Il lui racontait les histoires du village et amplifiait les légendes qui couraient dans le voisinage, pour l’impressionner ou pour le plaisir d’enjoliver son récit.

Un soir, la lumière rasante était si belle, qu’ils évoquèrent la mémoire de Cézanne. Jacques lui expliqua qu’il parcourait ses sentiers avec ses carnets et ses pinceaux sous le bras. Il ajouta que parfois, quand le temps était doux, certains avaient cru apercevoir son grand chapeau et sa blouse tourner au coin du bois de pins, juste au bout du chemin. Les gens du village pensaient qu’il avait tant aimé ce pays que son âme ne l’avait pas quittée et que lorsque la lumière était belle, il venait encore peindre pour décorer le paradis des artistes.

Il sourit de cette histoire, hocha la tête et la garda dans un coin de son esprit comme un trésor. En esprit cartésien, il avait toujours relégué les légendes au rayon des objets perdus, mais son voisin était si persuasif qu’il avait bien envie de s’imprégner de celles de cette terre ocre qu’il avait choisie.

En rentrant, il montra à Jacques ses persiennes bleu roi, qu’il souhaitait repeindre en blanc pour accrocher la lumière. Il lui expliqua qu’il aurait souhaité être peintre dans ses rêves les plus fous, mais que faute de talent, il se contenterait de rénover ses huisseries dans un premier temps. Jacques s’éloigna en plaisantant sur le fait que Cézanne pourrait avoir envie de venir l’aider mais que pour cela il aurait dû acheter des pots de couleur plutôt que de blanc.

En se couchant ce soir-là, il ne ferma pas ses persiennes, voulant profiter des dernières gouttes de lumière en rêvant au peintre qui l’avait précédé sur ces chemins.

Le lendemain, il fut réveillé par la voix profonde de Titus qui aboyait à n’en plus finir devant sa terrasse. Il s’était échappé et était en arrêt devant ses pots de laurier, le poil hérissé sur le dos et les oreilles pointées. Il sauta du lit et se précipita dehors, au moment où son voisin arrivait de la rue, en criant le nom de son chien. Ils parvinrent tous les deux en même temps sur la terrasse et restèrent interdits devant la persienne devant laquelle le chien était en arrêt. Une silhouette blanche se détachait sur la couleur bleue, campée sur ses deux pieds, les mains dans les poches, semblant contempler le sommet de la montagne. Les deux hommes se regardèrent d’un air incrédule, s’interrogeant du regard sur la provenance de l’ombre peinte.

Il posa les doigts sur le volet, la peinture était encore fraîche, mais aucune trace de pinceau ni de pot de peinture, ceux qu’il avait achetés étaient encore intacts.

Quand ils eurent repris leurs esprits, Jacques sourit et lui dit :

– Il semble que le Maître t’accueille en son pays ! C’est un grand honneur, j’espère que tu le comprends… »

– Je crois en effet que je ne pouvais rêver plus bel accueil ! » répondit-il.

En se tournant vers la Montagne Sainte-Victoire qui habillait ses flancs de rose sous les premiers rayons de l’aube, il ajouta :

– En l’honneur du Maître, j’ai enfin trouvé comment baptiser ma maisonnette. Je vais l’appeler :

«Dans l’ombre de Cézanne».

Titus aboya joyeusement, pour approuver ce choix. Il se retourna vers le portillon qui grinça en se fermant tout seul, aboya de nouveau plus posément, puis suivit les deux hommes qui s’installèrent dans la cuisine autour d’un café matinal.

Photo: Danielle Masson

Texte : M. Christine Grimard