To Do List 53 : Fin Mars enfin

Photo M.Christine Grimard

  • Marcher résolument les yeux dans les cieux, histoire de se prendre pour un oiseau.
  • Confier ses espoirs aux nuages pour qu’ils les portent le plus loin possible.
  • Souhaiter qu’il fasse beau cette année à l’extérieur et à l’intérieur.
  • Oublier les brumes de l’hiver pour se tourner vers la lumière d’un nouveau cycle.
  • Retrouver chaque année avec le même plaisir, ce vert tendre qui n’existe qu’au début du printemps.
  • Prendre la ferme résolution de laisser germer ce petit grain de folie qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue.
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Un petit air d’hiver (10) : Attente

« Le sentiment d’attente ne s’ajuste qu’au seul printemps.

Avant lui, après lui nous escomptons la moisson, nous supputons la vendange, nous espérons le dégel. On n’attend pas l’été, il s’impose; on redoute l’hiver. »

L’Etoile Vesper (1946)

Colette

Photo m Christine Grimard

..

Attente

À jour frisant

À fleur de ciel

À court de patience

Apparaît un pâle soleil de printemps

..

En catimini

Entre chien et loup

Enrubanné d’espoir vermeil

Élégamment écharpé de brume

Entre en scène un dernier matin d’hiver

..

Ils se regardent

Intrigués d’autant d’audace

Inconscients de leur propre beauté

Insouciants du temps qui les séparera

Impatients de goûter la douceur du jour qui viendra

..

Offrande réciproque

Odeurs des premières violettes

Ondulant sous les branches encore nues

Ombrageux peupliers aux bourgeons impatients

Oubliant que le gel pourrait les noircir d’un retour de flamme

Attente

Espérance

Impatience

Obsession

Dis maman, il arrive quand, le printemps ?

..

Un petit air d’hiver (9) : liste d’attente

Stephen Hawking :

« Be curious. And, however difficult life may seem, there is always something you can do and succeed at. It matters that you don’t just give up. »

.

Photo m Christine Grimard

Ne pas se laisser engloutir par le manque de lumière.

Apprécier les ciels d’orage comme on le ferait d’un spectacle de jazz où le batteur se croit seul au monde.

Tendre ses branches vers le ciel pour capter la moindre parcelle de lumière comme on prendrait sa douche sous une cascade tropicale.

Se réchauffer du pâle soleil de mars aussi gris au zénith qu’au petit matin, en occultant les quelques flocons qui tourbillonnent autour de son tronc.

Prendre solidement appui sur ses racines pour résister aux violentes rafales de mars, leur tourner résolument le dos, le regard tourné vers l’été qui viendra.

Ne jamais se décourager et ne garder que le meilleur de la vie qui va, laissant derrière soi l’inutile et le mauvais.

Rêver au monde tel qu’il devrait être et s’en souvenir au matin, pour en bâtir un petit morceau chaque jour.

Un petit air d’hiver (8) : Eau d’ici, eau d’ailleurs

« Il n’y a, en fait d’infini, que le ciel qui le soit à cause de ses étoiles, la mer à cause de ses gouttes d’eau, et le cœur à cause de ses larmes. Par là seul il est grand, tout le reste est petit. »

Correspondance: A Louise Colet 9 août 1846

Gustave Flaubert

Photo m.christine Grimard

..

D’où vient-elle

L’eau de là

Où va-t-elle

L’eau là-bas

Vers quelle rivière

Ruissèlera-t-elle

Vers quel estuaire

Glissera-t-elle

….

Dans quel corps

A-t-elle vécu

Sur quelles joues

A-t-elle coulé

…..

De quels chagrins

Se souvient-elle

Vers quels espoirs

Affluera-t-elle

…….

Où vit-elle

L’eau de là

D’Où vient-elle

De l’au-delà

.

La ronde de mars : « Dialogue(s) »

Ronde du 15  mars 2018 autour des Dialogues.

Entrons dans cette nouvelle ronde dont je vous rappelle le principe retranscrit ici depuis le blog de Dominique Autrou:

«La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle, sur une idée d’Hélène Verdierle promeneurquotiriens et Dominique Autrou à l’automne 2012. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite. Pour chaque échange, un thème, un simple mot. Prétexte à un travail d’écriture pouvant prendre la forme d’un récit, une fiction, un poème, une page de carnet…»

Selon l’ordre de cette ronde, je publie le texte de Dominique Autrou et le mien est publié chez Giovanni Merloni .

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde de septembre, dont le thème est : «Dialogue(s)».

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant, par ordre du tirage au sort (un clic sur le lien de son blog libère le nom de l’auteur) :

Jacques  chez
Elise chez
Céline chez
Voici le texte de Dominique
***

Le principe de l’exercice, pour cette vingt-septième ronde, est d’isoler une seule phrase dans chacun des textes des participants des dix premières rondes, chronologiquement depuis décembre 2012 à novembre 2014, de la conserver telle quelle, en respectant les capitales, les majuscules et la ponctuation, et de retranscrire le tout dans le bon ordre, en dix paragraphes.

Il en résulte un cut-up qui, tiré par les cheveux, certes, compose comme un dialogue entre les premiers textes de la ronde. Ce cut-up peut d’ailleurs lui-même se lire comme un dialogue.

Le choix de se limiter aux dix premières rondes est motivé par le souhait de ne pas être trop envahissant dans un seul billet. Il n’est pas exclu de répéter l’exercice une prochaine fois avec les rondes ultérieures, si le thème s’y prête, bien sûr…

*

Mon visage fait partie du décor.
— c’est mieux au fond que tu n’aies pas pris l’image des tableaux, avec le temps ils prennent en toi
une importance qui est celle de tous les souvenirs
Oh, rien de nouveau dans tout cela,
C’est juste une méthode
.
Je n’aime pas les départs, ce que j’aime ce sont les arrivées.
Un long voyage, des dangers.
À l’épaule un sac d’osier pris la veille au grenier.
Vais-je prendre le bon ?
Il serait plus judicieux de simplement se laisser aller, se perdre dans ces yeux.
Sur cette route, elle posait des repères, adoptait des arbres qui lui faisaient une autre famille,
imaginaire, dans le silence du voyage.
Je n’étais pourtant pas avare de douceur, d’écoute, de caresses aussi.
.
On a fini par trouver, au vrai c’était un coin paumé.
À 21 heures je franchis le seuil baigné d’une lumière chaude, carnet à la main, appareil photo en
bandoulière.
Elle m’attend sur le seuil.
Des lumières rouges clignotent le long de notre descente et la chaleur se fait plus épaisse.
Elle a devant elle une journée à passer.
Et puis ce n’est pas un roman.
.
Une occasion pareille ne se présente qu’une seule fois dans la vie.
« Je vous montre la nuque ? »
Une soif inextinguible.
Curieusement, la cuisine est faite à l’huile d’olive.
.
Hep ! mon p’tit poussin ! Viens par ici que je te caliborgne, te reluque, te mate, te zieute… !
Instant figé des passants en arrêt devant sa mine déconfite.
Il dit que tout va bien et que c’est juste une question de regard.
C’était se moquer de la force des images.
Le regard se dirige quelque part, observe à l’extérieur de soi.
Deux squelettes se disputant un hareng.
— Jusqu’à vous submerger.
S’éloigner pour quelques jours.
Au retour, fiévreux, j’ai dormi trois jours de suite.
.
Je ne vois presque plus rien que la lumière,
— La lumière est un roseau…
C’est le feu du Soleil d’un astre la brillance
— si on parlait de vive-mort
au-delà des barreaux, une fin
un mariage réussi
À quoi bon s’entêter ?
Les chants cessent, la peur fait battre les cœurs dans les poitrines et les oreilles.
J’ai oublié
.
Je sens sur mes épaules une armée minuscule au garde-à-vous, puis cette envie de rugir, de courir,
de rire.
— Embrasse ce qui t’entoure
et que ça devrait frémir au-dedans
Dès mon retour à la maison je suis allé au jardin.
Mais, à cause de la pluie, elle n’y était pas descendue ce jour-là.
Le chat, peut-être, saurait.
Et ce fut long d’écrire toutes ces pages.
— Tu ne crois pas aux miracles ?
.
Les pieds nus plantés dans l’herbe folle
Elle ferme les yeux.
à tire-d’aile ils vont par-delà les frontières
Ce tableau-là fit jaillir les larmes retenues en silence.
l’eau suit son cours, un nuage s’effiloche,
Que craignez-vous ?
Je voulais contempler l’azur
.
Il est des villes où toujours on revient.
La première n’était pas parfaite.
Les métropoles sont des nécessités capitales, destinées au repos, à la toilette, à l’amour des
voyageurs.
Dans la rue des odeurs de kebab
Une femme nue implore le ciel
Hélios est de plomb
On pousse la porte avec respect
Devions achever l’acte en quittant ta demeure
.
Les dimanches d’hiver, la route devenait périlleuse sous la tourmente.
Treize ans déjà,
Nous voici à trois jours de notre mariage et, une fois de plus, je ne suis pas au rendez-vous.
Seul au milieu d’un tourbillon de mots
Et mon oeil batifole avec les feuilles
Froissées comme un visage
La plus vieille forêt là-bas s’y développe
mais je ne suis pas sûr
Tu entends, là ?

Texte et Photo Dominique Autrou

Un petit air d’hiver (7) : leurre ou l’heure

« L’heure de la fin des découvertes ne sonne jamais. » Colette

Un petit air trompeur

Où ce coquin d’hiver

Se déguise en printemps

Pour tromper les naïfs

Qui le croient moribond

Se réveillera demain

Pour brûler les bourgeons

Qui se sont entre-ouverts

Aux premiers jours plus longs

Quelle est cette lueur ?

Un semblant de printemps

Ou n’est-ce encore qu’un leurre ?

Un dernier déguisement

Avant que sonne l’heure

D’arrivée du printemps

Un petit air d’hiver (6) : un petit tour et puis…

« Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger »

Louis Aragon

*

Photo M. Christine Grimard

***

Un petit tour

Et puis l’hiver

Fond comme neige au soleil

.

Un petit tour

Et puis le vent

Soulève les jupons des jonquilles

.

Un petit tour

Et puis le temps

Fait fondre la glace des étangs

.

Un petit tour

Et le dégel

Mouille les pattes des canards

.

Un petit tour

Et puis l’espoir

Revient dans le cœur des enfants