Phrases 32 : Mots sans prix

« Les oiseaux sont responsables de trois au moins des grandes malédictions qui pèsent sur l’homme.

Ils lui ont donné le désir de grimper aux arbres, celui de voler, celui de chanter… »

Boris Vian

*

Photo M. Christine Grimard

*

Bel oiseau, emporte-moi sur tes ailes, pour que je voie enfin le monde de plus haut, pour que je mesure le prix des jours qui passent et le goût du vent qui court.

Emporte-moi sous le vent, garde-moi contre ton cœur pour que sa chaleur me donne l’espoir de l’amour, que je comprenne que cette vie qui m’a été donnée est un cadeau sans prix et que je l’apprécie enfin avant que le sablier n’ait fini de se vider.

Apprends-moi le soleil et les nuages, apprends-moi le vertige et l’équilibre, apprends-moi la faim et la soif, apprends-moi la peur et le chagrin, pour que je comprenne le prix de ma vie, des jours de calme où la peur s’éloigne, des heures de rires où les larmes se tarissent, des minutes de plaisir où chaque seconde prend un goût de miel.

Photo du jour : un peu de douceur 

 

photo m.christine Grimard

photo m.christine Grimard

Un petit matin de février où le givre a déposé son empreinte sur mon paysage, le jour s’habille de douceur et de silence.

Il suffit d’un peu de poudre blanche pour souligner les détails de ce tableau; voilà que ces quelques arbres si familiers prennent l’allure de ballerines et que je mesure la beauté de ce décor comme si je le voyais pour la première fois.

Ici, il y a encore trente ans, on ne trouvait que des moutons et des champs plats uniformes. Ce tableau a été dessiné de la main de l’homme qui a creusé le petit lac là où il n’y avait qu’un mince filet d’eau, et disséminé quelques bosquets en sentinelle.

Les arbres du premier plan, ont été plantés d’une main de femme, déraisonnable semble-t-il lorsqu’elle est lâchée dans une jardinerie comme dans une librairie… !  (Mais eut égard aux gens plus raisonnables qui m’entourent, je dois reconnaître qu’au bout de trente années de pousse, ils ont pris une ampleur certaine. Cependant je me refuse à choisir entre eux pour « faire de la place », choisit-on entre ses enfants ?).

L’ensemble est enfin sublimé par le travail quotidien d’un orchestrateur naturel hors pair qui soigne ses effets de surprise, et ses entrées. Le spectacle est ainsi renouvelé chaque matin, et je dois dire qu’aujourd’hui il a fait fort !

Pour le remercier, je lui offre un peu de musique ainsi qu’à tous ceux qui viennent s’asseoir un instant devant ce paysage ce matin avec moi.

Un peu de douceur partagée, rester au chaud et écouter Miles, c’est bon. Non ?

Vidéo : Miles David, I fall in love too easily.

 

Clichés 67 : Printemps prématuré (2)

« Ce qui manque à ce monde, ce n’est pas l’argent.

Ce n’est même pas ce qu’on appelle « le sens ».

Ce qui manque à ce monde, c’est la rivière des yeux d’enfants, la gaité des écureuils et des anges. »

Christian Bobin

*

11130338_772568409517442_4391778400774704031_o

Photo M. Christine Grimard

*

Allez

Les enfants

Entrez dans la ronde

*

482709_381933185247635_264568802_n

Photo M. Christine Grimard

*

Tendez les bras

Vers la lumière

*

11128519_772566299517653_5773389522031206994_o

Photo M. Christine Grimard

 

*

La lumière

Tu la vois, toi ?

Où ça ?

*

ciel de fevrier

Photo M. Christine Grimard

*

Par ici

Ou par là

Elle est partout

Tu verras

*

Plaisanterie mise à part, ce printemps prématuré annonce probablement des changements de climat plus rapides et des intempéries plus nombreuses.

Nous faudra-t-il plus de preuves encore avant de s’en préoccuper ?

Combien de morts nous faudra-t-il encore

Avant de se réveiller ?

Atelier d’écriture : Franchir les neuf portes

Voici le texte que le dernier  atelier d’écriture de François Bon sur le tiers-livre  m’a inspiré.

Il s’agissait de franchir neufs portes en laissant son imagination vagabonder, selon la sensibilité de chacun, en un seul paragraphe dont les seules respirations étaient des points-virgules. Le choix de ce thème était inspiré par l’œuvre de Georges Perec. Il m’a semblé difficile d’être à la hauteur de la tâche et des autres contributeurs habituels, mais j’ai tenté ma chance avec ce petit texte, que François Bon a eu l’indulgence et la gentillesse d’accepter.

Je vous laisse découvrir les autres contributions avec le lien ci-dessus, mais j’ai aimé l’aventure que ce petit garçon m’a racontée et je vous la transmets…

*

La porte du jardin s’ouvre devant un corridor sans fin, il est si petit que sa tête n’atteint même pas la poignée, tant pis, il la laissera ouverte ; la porte de sa chambre est tout en haut de l’escalier, mais ses jambes qui ont trop couru n’accepteront pas de le porter sur tant de marches ; la porte du salon est trop loin, derrière elle son père commente les nouvelles à mesure que le journal lui raconte les guerres du monde, sa voix tonitrue plus fort que les canons qui s’étalent à la une ; la porte de la salle de jeux est si loin, tout au bout du fleuve du corridor où dorment des alligators qui le happeront s’il s’approche de leur cachette ; la porte de la cave claque et son battement cadencé suit les soubresauts de son cœur affolé, la maison est pleine de courants d’air, courses de korrigans, marathons de trolls invisibles qui attendent qu’il se décide à passer pour le dévorer en guise de déjeuner ; la porte de la cuisine est restée entrouverte, laissant passer le fumet de ce que maman a laissé mijoter toute la nuit, aux arômes de cannelles ou de civet, il ne préfère pas choisir et continue sa route ; la porte de la chambre de sa mère ne se ferme jamais pour lui, tout près de la fenêtre elle rêve à l’oiseau qui passe et chantonne cet air si doux qui le berce ; la porte de la salle de bain s’ouvre sur sa sœur qui passe sans le voir, le nez dans un livre tout de noir jaquetté où des yeux de feu le regardent, il se cache dans le placard de l’entrée ; mais la porte du placard qui était la plus vorace sous ses airs de cabinet secret, se referme sur lui et il s’endort sans cannelle et sans civet…

*

iphone chris 5901

Photo M. Christine Grimard

Clichés 66 : Printemps prématuré (1)

“Voir, entendre, aimer.

La vie est un cadeau dont je défais les ficelles chaque matin au réveil.”

Christian Bobin

*

DSC_0507

Photo M. christine Grimard

*

Pourquoi se réveiller

Songe le merisier

On est en février !

*

DSC_0496

Photo M. christine Grimard

*

Mais tais-toi minus

Répond le Prunus

Garde plutôt ton tonus !

*

DSC_0501

Photo M. christine Grimard

*

Tous les arbres fleurissent

Faut-il s’en réjouir

Ou bien s’en inquiéter ?

*

DSC_0479

Photo M. christine Grimard

*

Tous les arbres fleurissent

Dites-vous ? oui tous :

Pétales de soie ou de silice !

*

DSC_0515

Photo M. christine Grimard

*

Je n’en crois pas mes yeux

Dit le narcisse

Froissé

*

Phrases 31 : Mots en demi-teinte

« Nous ne pouvons vivre que dans l’entrouvert,

exactement sur la ligne hermétique de partage de l’ombre et de la lumière. »

René Char

*

857953_371436762963944_289741539_o

Photo M. Christine Grimard

 

 

  • Lorsque la vie te déçoit, demande-toi si le chemin que tu as pris était le bon, retourne sur tes pas, cherche ton étoile et fais-lui confiance, elle éclairera ta route si tu ne la quittes pas des yeux.
  • Nous marchons sur un fil plus fin que la soie, plus fragile qu’un cil, avançant au hasard entre lumières et ombres,  le nez au vent, portés par une confiance insolente en notre chance, jusqu’à ce que la corde s’effiloche et que le vent nous emporte.
  • Il faut si peu de chose pour que le jour bascule et que l’obscurité envahisse notre vie, qu’il faut apprendre aux enfants à se nourrir de lumière pendant qu’elle brille encore et à s’en souvenir la nuit pour achever leurs rêves.