To do list 56 : Pause au soleil

Photo m ch Grimard

  • Choisir un petit coin ensoleillé pour faire la sieste.
  • S’accrocher aux rares jours de soleil pour se croire en été.
  • Laisser les corvées attendre les jours de pluie.
  • S’installer confortablement pour assister au concert de la famille de moineaux nichant dans le grand frêne.
  • Se réjouir d’être vivant et d’entendre la vie vibrer autour de soi.
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La ronde de Mai : « Souvenirs »

Pour ceux qui auraient le désir de le relire, voici mon texte partagé lors de la « Ronde » de mai.

*

 

…Où il est question de souvenir

 

Que sont nos souvenirs ?

Ceux que nous avons vécus ?

Ceux que nous avons inventés ?

Ceux que l’on nous a racontés ?

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Quels souvenirs garderons-nous de notre vie, au dernier jour, les bons ou les mauvais ?

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Lorsque les souvenirs nous échappent, jusqu’à avoir oublié le prénom de nos amours, pourquoi enfance nous reste-t-elle chevillée au corps ?

 

 

*

Photo M.Christine Grimard

*

 

Lorsque les êtres aimés ont disparu, sommes-nous les détenteurs de leurs propres souvenirs ?

Gardons-nous inscrits dans nos gênes, le souvenir des joies et des peines de nos ancêtres ?

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Quelle a été la vie quotidienne de cette grand-mère que je n’ai jamais connue autrement que dans les souvenirs de ma mère ?

Qui était cette jeune mariée à la mode des années folles ?

*

Photo M.christine Grimard

*

 

Jusqu’où remonte ma mémoire génétique ?

Reste-t-il dans mes mitochondries, le souvenir de la première femme de la lignée ?

Dans quelle steppe vivait-elle, et combien de décennie a-t-elle eu la chance de vivre ?

Le souvenir de son regard se retrouve-t-il dans l’éclat de celui de ma mère qui disait avoir les yeux en forme de «boutons de bottines » ?

Où est-ce seulement le souvenir qui me reste du regard qu’elle portait sur moi ?

 

*

Photo Marcel Mailland

*

 

De toutes les femmes de ma lignée, je garderai le souvenir de l’amour partagé.

 

Je le transmettrai à ma fille en retour, espérant que le souvenir de mon amour pour elle éclairera sa route.

 

Ma fille, souviens toi de cela :

« Où que tu ailles

Quoi que tu fasses

Que le souvenir de cet Amour qui t’habite, ne s’efface jamais dans le cœur de ceux que tu croiseras ».

 

Texte et reproduction de photos personnelles : Marie-Christine Grimard

To do list 55 : Spectacle crépusculaire

Photo M.Christine Grimard

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  • Ne retenir que le meilleur de la journée qui s’achève.
  • Souhaiter que le lendemain soit encore plus beau.
  • Se convaincre que la paix qui règne dans ce paysage finira bien par s’insinuer dans le cœur des hommes qui y vivent.
  • Admirer les derniers rayons du couchant comme on le ferait d’un tableau de maître.
  • Découvrir que derrière le rose flamboyant, se cache la signature du peintre des lumières, sous la forme d’une minuscule tache bleue.
  • Savoir qu’on ne se lassera jamais de ce genre de spectacle, et qu’au dernier soir, l’émerveillement sera le même qu’au premier.
  • Remercier l’auteur, le metteur en scène et le régisseur lumière pour leur spectacle fabuleux, même et surtout s’il s’agit d’une seule et même « personne ».

La ronde de Mai : « Souvenirs »…

Ronde du 15  mai 2018 autour des Souvenirs.

Entrons dans cette nouvelle ronde dont je vous rappelle le principe retranscrit ici depuis l’ancien blog de Dominique Autrou:

«La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle, sur une idée d’Hélène Verdierle promeneurquotiriens et Dominique Autrou à l’automne 2012. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite. Pour chaque échange, un thème, un simple mot. Prétexte à un travail d’écriture pouvant prendre la forme d’un récit, une fiction, un poème, une page de carnet…»

Selon l’ordre de cette ronde, je publie le texte de Jacques, et le mien est publié chez Marie-Noëlle Bertrand .

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde , dont le thème est : «Souvenir (s)».

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant, par ordre du tirage au sort (un clic sur le lien de son blog libère le nom de l’auteur) :

Marie-Noëlle Bertrand,Éclectique et Dilettante
chez Elise, Même si
chez Giovanni Merloni, le portrait inconscient
chez Serge Marcel Roche, chemin tournant
chez Dominique Autrou, la distance au personnage
chez Franck, à l’envi
chez Jean-Pierre Boureux, Voir et le dire, mais comment ?
chez Hélène Verdier, simultanées
chez Noël Bernard, talipo
chez Marie-Christine Grimard, Promenades en ailleurs
chez Marie-Noëlle Bertrand, etc.
Voici le texte de Jacques
*

Entretien du 17 mai 1985 (John Spalding (JS) / Geoffroy Clemper (GC) (extraits)

John Spalding (JS) : (…) bonjour Geoffroy vous avez rencontré Frisch en 1955 il y a 30 ans, ils habitait alors depuis plusieurs mois chez Antoine Clemper, votre père, au 8 de la rue Perronet et vous-même habitiez le même quartier je crois.

Geoffroy Clemper : merci John oui à cette époque j’habitais moi-même Paris avec ma mère, au 11 de la rue Guénégaud, en face de la Monnaie de Paris – mes parents étant séparés depuis deux ans – au-dessus de ce qui est désormais une galerie de peinture dans cette maison que je viens de revoir avec nostalgie. Le Quartier Latin n’avait bien entendu rien à voir avec ce qu’on y trouve maintenant, les façades étaient grises, noires parfois, et l’hiver était glacial au bord de la Seine que je longeais pour rejoindre mon école sur le Rive Droite

Frisch m’était apparu comme un homme usé, donnant le plus souvent l’impression d’une colère stérile contre lui-même tout en sachant très bien qu’il n’y avait aucun sens, aucun responsable, et que la jalousie vis-à-vis de ceux qui avaient réussi au sens social, matériel ou encore sur le plan d’une reconnaissance artistique serait tout au plus une échappatoire à ses propres choix erronés. Il se plaignait de sa santé, de l’époque, mais jamais il prononçait une expression qui puisse passer pour une reconnaissance implicite au moins de l’échec. Et cet aveuglement à mes yeux d’enfant, ce silence c’était le plus douloureux.

Une fois il m’avait emmené dans une ville au nord de Paris, à Amiens peut être: il y avait là un zoo en pleine démolition, et il ne restait plus que deux enclos avec d’une part un couple de tigres, et plus loin un éléphant d’Afrique. Ce qui restait du zoo ne recevait bien entendu plus de public et alors qu’on avait déplacé tous les autres animaux probablement vers la Ménagerie de Paris, mais ces trois là semblaient trop fragiles, trop vieux et n’auraient sans doute pas supporté le voyage : nous nous étions assis à la terrasse d’un café, c’était presque le printemps mais encore très froid et dans l’heure que nous avons passé là, Joseph et moi, nous entendions toutes les dix minutes les deux enclos se répondre derrière un grand mur de briques et de grillage. Pendant tout ce temps là Joseph s’était tu, mais moi je lui sentais une sorte de fraternité avec les bêtes emprisonnées

JS : Un échec social mais en même temps nous savons que F cherchait avant tout l’anonymat: ce n’est pas un peu paradoxal ?

GC : on peut même dire qu’il cherchait l’ombre, le tunnel, la nuit ! Aux yeux de mon père Joseph était un homme de talent mais incapable de sentir en semblait positif en lui, quelle ficelle il devait actionner, et où devait s’exercer un effort pour améliorer un peu la vie quotidienne et retrouver un peu d’espoir dans cette époque pourtant favorable (le début des « Trente Glorieuses »). Peu sensible aux conseils des autres, si peu sociable il disait de lui-même : « ma présence me nuit ». Et pourtant il était capable de liens forts et d’amitié au long cours, et d’échanges. Des échanges davantage par lettre est beaucoup plus rarement par le téléphone : à ce que me disait mon père, aucun des appartements où il avait vécu n’avait le téléphone ; il écrivait un mot, une carte, ou se déplaçait dans Paris même par le métro ou le bus

JC : ces années-là, avant sa disparition ne sont-elles pas les plus productives cependant sur le plan littéraire ?

GC : j’avais 15 ans et il m’est difficile de porter un jugement, mais c’était en effet l’opinion de mes parents. e mon père surtout. Joseph lui montrait des textes passés, oubliés, des dessins, c’était pour lui comme une découverte qu’il faisait avec plaisir et même avec un peu d’admiration rétrospective pour un auteur passé, : lui même … à d’autres époques

JS : qui corrigeait les textes ?

GC : c’est mon père qui l’aidait, je crois, à cause des ennuis de vision de Joseph, et d’une manière générale en abrégeant le plus possible y compris dans la frappe : le texte était lu à haute voix puis tapé sur une curieuse machine défectueuse, si bien qu’aucun des deux cent poèmes de cette époque ne comportait de majuscule (l’édition du fac-similé est en préparation chez chez Sonia Solles)

JS : j’avais en effet noté ce détail sur lequel il ne s’est pas expliqué ; au départ je le voyais comme un caprice d’originalité, Une manière de jouer avec les mots peut-être

GC : ou un rappel d’Apollinaire et de la disparition de la ponctuation dans Alcools aussi !

JS : je reviens sur Frisch lui-même, quel souvenir de son physique en avez-vous puisque nous n’avons aucune image de l’époque ?

GC : je le revois comme un homme d’une certaine taille –je vous rappelle que j’avais 15 ans– mince et un peu voûté, il portait des cheveux trop longs pour l’époque (1958 !) plutôt sombres et rarement coiffés, le genre de tête qui vous rend absolument inapte pour un travail professionnel ; il lui était devenu impensable de rencontrer des clients dans cette tenue surtout dans le domaine du luxe où il travaillait. Un autre détail qui va vous amuser, c’est la manière dont il se nourrissait : Il étaient très exigeant sur la qualité du pain, qu’il aller chercher dans une petite boulangerie de la rue Mazarine, et qu’il mangeait à chaque repas avec ce qu’on appelle cervelle de canut, c’est-à-dire un mélange de fromage blanc d’ail, d’oignons, de fines herbes, arrosé non pas avec du beaujolais comme il se doit mais exclusivement avec de la bière, je crois même me souvenir qu’il s’agissait de la bière du Lion

Joseph était très sensible au jugement d’autrui, et totalement indifférent aux compromis de l’époque : je me souviens de l’avoir entendu préparer avec enthousiasme avec un ami photographe un travail de diptyque qui aurait consisté à juxtaposer des images d’une même personne, homme ou femme, photographié le même jour habillé puis nu ! Il s’agissait si je me souviens de démontrer que la vérité d’un homme n’est jamais exactement là où on l‘attend mais cette idée farfelue pour l’époque aurait choqué à cette époque où le nu était réservé à quelques peintres, et en image à des personnalités aussi atypiques que Lucien Clergue ou JM Weston, si vous voulez (…)