To do list 85 : Fiat Lux

« Un peintre c’est quelqu’un qui essuie la vitre entre le monde et nous avec de la lumière, avec un chiffon de lumière imbibé de silence. »


Christian Bobin

Photo Marie-Christine grimard

Laisser entrer la lumière puisqu’elle est là

Occulter les obstacles et les nuages

Ouvrir les fenêtres au souffle de l’aube

Ne pas écouter les oiseaux de mauvaises augures

Aimer le chant du vent dans les branches

Découvrir en soi un espace infini

Apprécier le silence du crépuscule

Se concentrer sur le rayon d’or au bout du tunnel

Avancer vers les lendemains qui chantent

Journal : jour du souvenir

« Un souvenir heureux est peut-être sur terre plus vrai que le bonheur. »
Alfred de Musset

Photo Marie-Christine Grimard

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Bon anniversaire à toi où que tu sois

Je pense à toi et je sais que tu penses à moi

90 bougies, ca aurait fait beaucoup n’est ce pas ?

Il valait mieux que tu arrêtes le compteur avant que tes jours ne deviennent trop lourds

Tu as bien fait

Mais tu le sais tout ça …

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Le monde est devenu si fou

De nombreuses fois depuis cinq ans que tu es partie, je me suis dit que j’étais soulagée que tu ne voies pas cela.

Mais tu le sais tout ça…

J’aurais bien voulu t’aider à les souffler ces 90 bougies. On aurait arrêté l’oxygène le temps de les allumer, c’était préférable.

N’importe quel gâteau aurait fait l’affaire, tu étais si gourmande. Une belle qualité que tu as gardée jusqu’au bout.

Je voulais juste te dire que tu nous manques, que tu me manques. Même si, tu vois, j’y arrive. Ne t’inquiète pas, la vie avance. Tu peux être fière de ta lignée. Elle est belle et forte.

Mais tu le sais, tout ça …

Alors laisse-moi penser à toi aujourd’hui et te dire juste : bon anniversaire ma maman chérie.

Photo du jour : en noir ou en couleurs

« J’aimerais vous écrire en couleurs. Par « écrire en couleurs » je veux dire : rendre hommage à cette vie dont les chars en feu paradent sous nos yeux obstinément clos. »

Christian Bobin

Photo Marie-Christine Grimard

J’aimerais marcher dans la forêt le nez en l’air et le cœur léger

J’aimerais penser à autre chose et oublier les jours si lourds

J’aimerais que les nouvelles soient moins oppressantes

J’aimerais que les petits oiseaux chantent

J’aimerais que les regards soient heureux

J’aimerais que le ciel soit plus bleu

Mais…

Le ciel est lourd, les orages se succèdent, l’horizon est barré de noir.

Se lover sous sa couette et attendre que le temps passe, ou affronter la tempête ?

J’avoue parfois que la tentation de l’hibernation me traverse l’esprit. ..

Aller c’est l’heure. On se lève et on y va.

Une image… une histoire : sans issue (3)

Photo Marie-Christine Grimard

Elle doit se dépêcher. Il faut qu’elle parte, elle va être en retard si elle traîne encore. La porte semble se refermer doucement, poussée par le vent. Il faut qu’elle l’atteigne avant qu’elle claque. Au-dessus d’elle, la mouette a disparu. Elle ne l’a pas vu partir.

Un sentiment d’urgence l’envahit. Elle ne sait plus pourquoi mais il faut qu’elle se dépêche. Elle devait prendre un train ou alors un bus, ou peut-être qu’on l’attend. Pourquoi elle ne se souvient pas ? C’est pénible. Et ce marteau piqueur dans ses oreilles, ça va durer encore longtemps ?

Derrière elle, la mésange bizarre pousse un cri. Surprise, elle se retourne. Quelqu’un est là, au bout du sentier qui lui fait un signe de la main. Qui est cette femme ? Elle lui est familière pourtant…

Elle lève la main pour lui répondre. L’inconnue lui sourit, le regard plein d’une infinie douceur. Au moment où elle franchit la porte, gardant la main sur la poignée pour qu’elle ne se referme pas sur elle, elle l’entend lui murmurer :

– Dépêche-toi de retourner là-bas mon enfant. Tu as encore beaucoup de choses à faire. Ne te retourne pas. Nous nous reverrons plus tard. Je t’aime !

…………….

– Madame c’est vous qui avez appelé les secours ?

– Oui, c’est moi ! Elle est tombée là, devant moi, d’un seul coup ! Elle était immobile devant cette peinture depuis je ne sais combien de temps, en plein soleil. Je la regardais de ma fenêtre et je l’ai vue tomber comme une pierre ! Vous croyez qu’elle est morte ?

– Non, mais il s’en est fallu de peu. Heureusement que nous étions pas très loin. On va la transférer rapidement aux urgences neurologiques, elle a entrouvert les yeux et nous a dit son prénom. Mais elle a oublié son nom. Vous avez fait ce qu’il fallait, ne vous inquiétez pas. Vous avez une idée de son identité ?

– Non, je ne l’avais jamais vue auparavant. Mais son sac est tombé au bord du trottoir. Regardez, il y a sûrement des papiers à l’intérieur.

– Merci beaucoup, madame. Rentrez chez vous maintenant. On s’en occupe.

– Aller les gars, on la transfère à Neuro. Ils l’attendent au bloc. On y va !

—> FIN

Une image…une histoire : sans issue (1)

Photo Marie-Christine Grimard

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Cette année, elle n’a pas pris de vacances, juste quelques jours pour décompresser entre deux contraintes. La crise n’en finit plus, il ne faut pas se plaindre. Elle ne fait pas partie des gens restés au bord du chemin. Elle ne manque de rien. Matériellement du moins…

L’été touche à sa fin. Les rues sont de nouveau envahies de véhicules. Le bruit a fait sa rentrée comme les passants pressés et les trottinettes.

Elle n’a pas envie de cette rentrée. On lui a volé son été. Rester en ville pendant la canicule devient de plus en plus difficile. Arpenter les rues surchauffées rend les gens nerveux. Même les chiens semblent impatients de rentrer chez eux. Elle sourit à un labrador qui tire sur sa laisse pour s’abriter sous un porche pendant que son maître a les yeux rivés sur son écran de téléphone. Un coursier débouche en courant du coin de la rue, il s’entrave dans la laisse et s’étale au bord du trottoir. S’en suit une bordée d’injures et une copieuse dispute avec le maître du chien. La routine…

Avec un peu d’imagination, elle aurait pu en faire une nouvelle ou un court métrage. Son rêve de devenir romancière n’a pas survécu aux contraintes de la vie d’adulte, sa mère qui aimait lire ses textes serait bien déçue si elle la voyait maintenant. Elle ne se souvient même plus où elle a rangé la boîte contenant ses ébauches de romans. Si elle les relisait maintenant, elle les trouverait sûrement sans intérêt.

Ici, les ruelles sont bordées de maisonnettes sans étage, les façades claires toutes différentes donnent à la ville des airs de demoiselle en dentelles. On s’attend à voir tourner au coin de la rue des couples en costumes de la belle-époque.

Elle s’accorde encore quelques minutes de flâneries avant de prendre son train. Se replonger dans les contraintes horaires ne l’enchante pas. Avec un peu de chance, elle pourrait rater le train…

Elle s’engage dans cette ruelle pour éviter la foule qui descend le boulevard. Ce quartier est peuplé d’artistes, ils ont décoré les façades de fleurs stylisées et de trompe-l’œil. Sur l’une d’elles, une porte bleue est entrouverte, donnant sur un jardin où poussent des roses trémières. Elle adore ces fleurs et ne peut s’empêcher de s’approcher. Si elle pouvait franchir le seuil, elle ferait bien un petit tour dans le jardin.

Le soleil se cache, la ruelle s’assombrit. Derrière elle une moto pétarade et se rapproche. Elle s’écarte prudemment de la chaussée en regardant le ciel qu’une lueur d’orage teinte de vert de gris. Le vent se lève. Elle frissonne. Au-dessus d’elle une mouette lance son cri strident la faisant sursauter. Elle se pose sur la lanterne au-dessus de la porte, et la fixe de son regard latéral.

Elle se retourne, la moto a disparu. Le silence se fait moite. Un parfum de chèvrefeuille tourne entre les murs, lorsque la porte s’ouvre devant elle. Elle n’hésite pas et franchit le seuil en souriant à la mouette qui s’envole et la précède dans le jardin.

–>>> à suivre

Photo du jour : Intempéries

« Un nuage passe,
Il fait noir comme en un four.
Un nuage passe.
Tiens, le petit jour ! »

Verlaine

Photo Marie-Christine Grimard

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La queue de la tempête

Passe sur nos têtes

Et l’on se sent si petits

Et l’on se sent démunis

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Certains ont tout perdu

Même leur vie

Et pourtant d’autres individus

Dans l’indifférence mènent leur vie

.

Tempêtes d’automne

Qui brisent et tourbillonnent

Tempêtes de printemps

Aux trombes tournoyantes

.

Pourrons-nous arrêter

L’emballement infernal

Que nous avons créé

Par notre égoïsme abyssal

.

Est-il trop tard

Pour réparer nos erreurs

Est-il trop tard

Pour enrayer la terreur