La ronde de Mai : « Souvenirs »

Pour ceux qui auraient le désir de le relire, voici mon texte partagé lors de la « Ronde » de mai.

*

 

…Où il est question de souvenir

 

Que sont nos souvenirs ?

Ceux que nous avons vécus ?

Ceux que nous avons inventés ?

Ceux que l’on nous a racontés ?

.

Quels souvenirs garderons-nous de notre vie, au dernier jour, les bons ou les mauvais ?

.

Lorsque les souvenirs nous échappent, jusqu’à avoir oublié le prénom de nos amours, pourquoi enfance nous reste-t-elle chevillée au corps ?

 

 

*

Photo M.Christine Grimard

*

 

Lorsque les êtres aimés ont disparu, sommes-nous les détenteurs de leurs propres souvenirs ?

Gardons-nous inscrits dans nos gênes, le souvenir des joies et des peines de nos ancêtres ?

.

Quelle a été la vie quotidienne de cette grand-mère que je n’ai jamais connue autrement que dans les souvenirs de ma mère ?

Qui était cette jeune mariée à la mode des années folles ?

*

Photo M.christine Grimard

*

 

Jusqu’où remonte ma mémoire génétique ?

Reste-t-il dans mes mitochondries, le souvenir de la première femme de la lignée ?

Dans quelle steppe vivait-elle, et combien de décennie a-t-elle eu la chance de vivre ?

Le souvenir de son regard se retrouve-t-il dans l’éclat de celui de ma mère qui disait avoir les yeux en forme de «boutons de bottines » ?

Où est-ce seulement le souvenir qui me reste du regard qu’elle portait sur moi ?

 

*

Photo Marcel Mailland

*

 

De toutes les femmes de ma lignée, je garderai le souvenir de l’amour partagé.

 

Je le transmettrai à ma fille en retour, espérant que le souvenir de mon amour pour elle éclairera sa route.

 

Ma fille, souviens toi de cela :

« Où que tu ailles

Quoi que tu fasses

Que le souvenir de cet Amour qui t’habite, ne s’efface jamais dans le cœur de ceux que tu croiseras ».

 

Texte et reproduction de photos personnelles : Marie-Christine Grimard

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La ronde de Mai : « Souvenirs »…

Ronde du 15  mai 2018 autour des Souvenirs.

Entrons dans cette nouvelle ronde dont je vous rappelle le principe retranscrit ici depuis l’ancien blog de Dominique Autrou:

«La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle, sur une idée d’Hélène Verdierle promeneurquotiriens et Dominique Autrou à l’automne 2012. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite. Pour chaque échange, un thème, un simple mot. Prétexte à un travail d’écriture pouvant prendre la forme d’un récit, une fiction, un poème, une page de carnet…»

Selon l’ordre de cette ronde, je publie le texte de Jacques, et le mien est publié chez Marie-Noëlle Bertrand .

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde , dont le thème est : «Souvenir (s)».

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant, par ordre du tirage au sort (un clic sur le lien de son blog libère le nom de l’auteur) :

Marie-Noëlle Bertrand,Éclectique et Dilettante
chez Elise, Même si
chez Giovanni Merloni, le portrait inconscient
chez Serge Marcel Roche, chemin tournant
chez Dominique Autrou, la distance au personnage
chez Franck, à l’envi
chez Jean-Pierre Boureux, Voir et le dire, mais comment ?
chez Hélène Verdier, simultanées
chez Noël Bernard, talipo
chez Marie-Christine Grimard, Promenades en ailleurs
chez Marie-Noëlle Bertrand, etc.
Voici le texte de Jacques
*

Entretien du 17 mai 1985 (John Spalding (JS) / Geoffroy Clemper (GC) (extraits)

John Spalding (JS) : (…) bonjour Geoffroy vous avez rencontré Frisch en 1955 il y a 30 ans, ils habitait alors depuis plusieurs mois chez Antoine Clemper, votre père, au 8 de la rue Perronet et vous-même habitiez le même quartier je crois.

Geoffroy Clemper : merci John oui à cette époque j’habitais moi-même Paris avec ma mère, au 11 de la rue Guénégaud, en face de la Monnaie de Paris – mes parents étant séparés depuis deux ans – au-dessus de ce qui est désormais une galerie de peinture dans cette maison que je viens de revoir avec nostalgie. Le Quartier Latin n’avait bien entendu rien à voir avec ce qu’on y trouve maintenant, les façades étaient grises, noires parfois, et l’hiver était glacial au bord de la Seine que je longeais pour rejoindre mon école sur le Rive Droite

Frisch m’était apparu comme un homme usé, donnant le plus souvent l’impression d’une colère stérile contre lui-même tout en sachant très bien qu’il n’y avait aucun sens, aucun responsable, et que la jalousie vis-à-vis de ceux qui avaient réussi au sens social, matériel ou encore sur le plan d’une reconnaissance artistique serait tout au plus une échappatoire à ses propres choix erronés. Il se plaignait de sa santé, de l’époque, mais jamais il prononçait une expression qui puisse passer pour une reconnaissance implicite au moins de l’échec. Et cet aveuglement à mes yeux d’enfant, ce silence c’était le plus douloureux.

Une fois il m’avait emmené dans une ville au nord de Paris, à Amiens peut être: il y avait là un zoo en pleine démolition, et il ne restait plus que deux enclos avec d’une part un couple de tigres, et plus loin un éléphant d’Afrique. Ce qui restait du zoo ne recevait bien entendu plus de public et alors qu’on avait déplacé tous les autres animaux probablement vers la Ménagerie de Paris, mais ces trois là semblaient trop fragiles, trop vieux et n’auraient sans doute pas supporté le voyage : nous nous étions assis à la terrasse d’un café, c’était presque le printemps mais encore très froid et dans l’heure que nous avons passé là, Joseph et moi, nous entendions toutes les dix minutes les deux enclos se répondre derrière un grand mur de briques et de grillage. Pendant tout ce temps là Joseph s’était tu, mais moi je lui sentais une sorte de fraternité avec les bêtes emprisonnées

JS : Un échec social mais en même temps nous savons que F cherchait avant tout l’anonymat: ce n’est pas un peu paradoxal ?

GC : on peut même dire qu’il cherchait l’ombre, le tunnel, la nuit ! Aux yeux de mon père Joseph était un homme de talent mais incapable de sentir en semblait positif en lui, quelle ficelle il devait actionner, et où devait s’exercer un effort pour améliorer un peu la vie quotidienne et retrouver un peu d’espoir dans cette époque pourtant favorable (le début des « Trente Glorieuses »). Peu sensible aux conseils des autres, si peu sociable il disait de lui-même : « ma présence me nuit ». Et pourtant il était capable de liens forts et d’amitié au long cours, et d’échanges. Des échanges davantage par lettre est beaucoup plus rarement par le téléphone : à ce que me disait mon père, aucun des appartements où il avait vécu n’avait le téléphone ; il écrivait un mot, une carte, ou se déplaçait dans Paris même par le métro ou le bus

JC : ces années-là, avant sa disparition ne sont-elles pas les plus productives cependant sur le plan littéraire ?

GC : j’avais 15 ans et il m’est difficile de porter un jugement, mais c’était en effet l’opinion de mes parents. e mon père surtout. Joseph lui montrait des textes passés, oubliés, des dessins, c’était pour lui comme une découverte qu’il faisait avec plaisir et même avec un peu d’admiration rétrospective pour un auteur passé, : lui même … à d’autres époques

JS : qui corrigeait les textes ?

GC : c’est mon père qui l’aidait, je crois, à cause des ennuis de vision de Joseph, et d’une manière générale en abrégeant le plus possible y compris dans la frappe : le texte était lu à haute voix puis tapé sur une curieuse machine défectueuse, si bien qu’aucun des deux cent poèmes de cette époque ne comportait de majuscule (l’édition du fac-similé est en préparation chez chez Sonia Solles)

JS : j’avais en effet noté ce détail sur lequel il ne s’est pas expliqué ; au départ je le voyais comme un caprice d’originalité, Une manière de jouer avec les mots peut-être

GC : ou un rappel d’Apollinaire et de la disparition de la ponctuation dans Alcools aussi !

JS : je reviens sur Frisch lui-même, quel souvenir de son physique en avez-vous puisque nous n’avons aucune image de l’époque ?

GC : je le revois comme un homme d’une certaine taille –je vous rappelle que j’avais 15 ans– mince et un peu voûté, il portait des cheveux trop longs pour l’époque (1958 !) plutôt sombres et rarement coiffés, le genre de tête qui vous rend absolument inapte pour un travail professionnel ; il lui était devenu impensable de rencontrer des clients dans cette tenue surtout dans le domaine du luxe où il travaillait. Un autre détail qui va vous amuser, c’est la manière dont il se nourrissait : Il étaient très exigeant sur la qualité du pain, qu’il aller chercher dans une petite boulangerie de la rue Mazarine, et qu’il mangeait à chaque repas avec ce qu’on appelle cervelle de canut, c’est-à-dire un mélange de fromage blanc d’ail, d’oignons, de fines herbes, arrosé non pas avec du beaujolais comme il se doit mais exclusivement avec de la bière, je crois même me souvenir qu’il s’agissait de la bière du Lion

Joseph était très sensible au jugement d’autrui, et totalement indifférent aux compromis de l’époque : je me souviens de l’avoir entendu préparer avec enthousiasme avec un ami photographe un travail de diptyque qui aurait consisté à juxtaposer des images d’une même personne, homme ou femme, photographié le même jour habillé puis nu ! Il s’agissait si je me souviens de démontrer que la vérité d’un homme n’est jamais exactement là où on l‘attend mais cette idée farfelue pour l’époque aurait choqué à cette époque où le nu était réservé à quelques peintres, et en image à des personnalités aussi atypiques que Lucien Clergue ou JM Weston, si vous voulez (…)

La ronde de mars : « Dialogue(s) »

Ronde du 15  mars 2018 autour des Dialogues.

Entrons dans cette nouvelle ronde dont je vous rappelle le principe retranscrit ici depuis le blog de Dominique Autrou:

«La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle, sur une idée d’Hélène Verdierle promeneurquotiriens et Dominique Autrou à l’automne 2012. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite. Pour chaque échange, un thème, un simple mot. Prétexte à un travail d’écriture pouvant prendre la forme d’un récit, une fiction, un poème, une page de carnet…»

Selon l’ordre de cette ronde, je publie le texte de Dominique Autrou et le mien est publié chez Giovanni Merloni .

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde de septembre, dont le thème est : «Dialogue(s)».

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant, par ordre du tirage au sort (un clic sur le lien de son blog libère le nom de l’auteur) :

Jacques  chez
Elise chez
Céline chez
Voici le texte de Dominique
***

Le principe de l’exercice, pour cette vingt-septième ronde, est d’isoler une seule phrase dans chacun des textes des participants des dix premières rondes, chronologiquement depuis décembre 2012 à novembre 2014, de la conserver telle quelle, en respectant les capitales, les majuscules et la ponctuation, et de retranscrire le tout dans le bon ordre, en dix paragraphes.

Il en résulte un cut-up qui, tiré par les cheveux, certes, compose comme un dialogue entre les premiers textes de la ronde. Ce cut-up peut d’ailleurs lui-même se lire comme un dialogue.

Le choix de se limiter aux dix premières rondes est motivé par le souhait de ne pas être trop envahissant dans un seul billet. Il n’est pas exclu de répéter l’exercice une prochaine fois avec les rondes ultérieures, si le thème s’y prête, bien sûr…

*

Mon visage fait partie du décor.
— c’est mieux au fond que tu n’aies pas pris l’image des tableaux, avec le temps ils prennent en toi
une importance qui est celle de tous les souvenirs
Oh, rien de nouveau dans tout cela,
C’est juste une méthode
.
Je n’aime pas les départs, ce que j’aime ce sont les arrivées.
Un long voyage, des dangers.
À l’épaule un sac d’osier pris la veille au grenier.
Vais-je prendre le bon ?
Il serait plus judicieux de simplement se laisser aller, se perdre dans ces yeux.
Sur cette route, elle posait des repères, adoptait des arbres qui lui faisaient une autre famille,
imaginaire, dans le silence du voyage.
Je n’étais pourtant pas avare de douceur, d’écoute, de caresses aussi.
.
On a fini par trouver, au vrai c’était un coin paumé.
À 21 heures je franchis le seuil baigné d’une lumière chaude, carnet à la main, appareil photo en
bandoulière.
Elle m’attend sur le seuil.
Des lumières rouges clignotent le long de notre descente et la chaleur se fait plus épaisse.
Elle a devant elle une journée à passer.
Et puis ce n’est pas un roman.
.
Une occasion pareille ne se présente qu’une seule fois dans la vie.
« Je vous montre la nuque ? »
Une soif inextinguible.
Curieusement, la cuisine est faite à l’huile d’olive.
.
Hep ! mon p’tit poussin ! Viens par ici que je te caliborgne, te reluque, te mate, te zieute… !
Instant figé des passants en arrêt devant sa mine déconfite.
Il dit que tout va bien et que c’est juste une question de regard.
C’était se moquer de la force des images.
Le regard se dirige quelque part, observe à l’extérieur de soi.
Deux squelettes se disputant un hareng.
— Jusqu’à vous submerger.
S’éloigner pour quelques jours.
Au retour, fiévreux, j’ai dormi trois jours de suite.
.
Je ne vois presque plus rien que la lumière,
— La lumière est un roseau…
C’est le feu du Soleil d’un astre la brillance
— si on parlait de vive-mort
au-delà des barreaux, une fin
un mariage réussi
À quoi bon s’entêter ?
Les chants cessent, la peur fait battre les cœurs dans les poitrines et les oreilles.
J’ai oublié
.
Je sens sur mes épaules une armée minuscule au garde-à-vous, puis cette envie de rugir, de courir,
de rire.
— Embrasse ce qui t’entoure
et que ça devrait frémir au-dedans
Dès mon retour à la maison je suis allé au jardin.
Mais, à cause de la pluie, elle n’y était pas descendue ce jour-là.
Le chat, peut-être, saurait.
Et ce fut long d’écrire toutes ces pages.
— Tu ne crois pas aux miracles ?
.
Les pieds nus plantés dans l’herbe folle
Elle ferme les yeux.
à tire-d’aile ils vont par-delà les frontières
Ce tableau-là fit jaillir les larmes retenues en silence.
l’eau suit son cours, un nuage s’effiloche,
Que craignez-vous ?
Je voulais contempler l’azur
.
Il est des villes où toujours on revient.
La première n’était pas parfaite.
Les métropoles sont des nécessités capitales, destinées au repos, à la toilette, à l’amour des
voyageurs.
Dans la rue des odeurs de kebab
Une femme nue implore le ciel
Hélios est de plomb
On pousse la porte avec respect
Devions achever l’acte en quittant ta demeure
.
Les dimanches d’hiver, la route devenait périlleuse sous la tourmente.
Treize ans déjà,
Nous voici à trois jours de notre mariage et, une fois de plus, je ne suis pas au rendez-vous.
Seul au milieu d’un tourbillon de mots
Et mon oeil batifole avec les feuilles
Froissées comme un visage
La plus vieille forêt là-bas s’y développe
mais je ne suis pas sûr
Tu entends, là ?

Texte et Photo Dominique Autrou

La ronde : Paysages (2)

Pour ceux qui auraient envie de relire mon texte de la ronde janvier ….

*

Paysage

Doux et sage

Pour oiseaux sans cage

Nageant au milieu des nuages

Paysage d’ombre et de lumière aux mille visages

Photo M.Christine Grimard

**

Pays sage

Comme une image

Paysage libre et sauvage

Comme les courbes d’un sillage

Paysage paisible, doux et sage

Comme la fin d’un beau voyage

Photo M.christine Grimard

***

Paysage si sage

Comme ton regard sur mon visage

Paysage si doux

Comme ton souffle sur mon cou

Paysage si sage

Comme ta main dans mon corsage

Paysage si fou

Comme la vie quand elle dit nous

Paysage pas sage

Comme il est primordial à notre âge

La ronde de Janvier : Paysages

Ronde du 15  Janvier 2018 autour des Paysages.

Entrons dans cette nouvelle ronde dont je vous rappelle le principe retranscrit ici depuis le blog de Dominique Autrou:

«La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle, sur une idée d’Hélène Verdierle promeneurquotiriens et Dominique Autrou à l’automne 2012. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite. Pour chaque échange, un thème, un simple mot. Prétexte à un travail d’écriture pouvant prendre la forme d’un récit, une fiction, un poème, une page de carnet…»

Selon l’ordre de cette ronde, je publie le texte de Marie-Noëlle Bertrand et le mien est publié chez Dominique Hasselmann .

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde de septembre, dont le thème est : «Paysages».

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant, par ordre du tirage au sort (un clic sur le lien de son blog libère le nom de l’auteur) :

Jean-Pierre Boureux
chez …
Noël Bernard
chez
Giovanni Merloni
chez
Franck
chez
Jacques
chez
Hélène Verdier
chez
Dominique Autrou
chez
Guy Deflaux
chez
Marie-Noëlle Bertrand
chez
Marie-Christine Grimard 

chez
Dominique Hasselmann
chez Jean-Pierre etc..

Voici le texte de Marie-Noëlle :

**

 

Paysage(s)

.

intérieur, paysage

extérieur, paysage

travelling, plan fixe

plan large, zoom, focale

.

espaces

projection de l’état de mon âme

supports, surfaces

écho de saisons révolues

aspiration à des temps meilleurs

.

impression, mémoire

expression, sentiment

.

plans, séquences,

Le doux souvenir d’enfance

éclos parmi les pâquerettes printanières

Le regard abîmé entre ciel et mer

dessine l’horizon d’un autre été

L’espoir de l’embellie

flamboie dans les couleurs de l’automne

La cicatrice de douleurs oubliées

affleure dans les sillons noirs de l’hiver

.

Quoi reflète ?

.

 

Textes et photos : Marie-Noëlle Bertrand

***

Atelier d’hiver de François Bon @fbon : vers un écrire-film, #01 | renversement Koltès

Voici mon texte écrit dans le cadre de l’atelier d’hiver 2017 de François Bon « Vers un Ecrire-film ».

Vous trouverez les autres participations et les conseils de François bon sur sa page de Tiers Livre.

***

Rose des sables

 

Plan large : Un biplan tangue entre les courants chauds que le sable exhale en cette fin d’après-midi brûlante. Un crépuscule flamboyant souligne la beauté des dunes, le pilote ébloui en oublie presque ses difficultés.

Travelling avant sur le regard du pilote. Quelques minutes de hoquet du moteur suffisent pour confirmer ses craintes, il n’a plus d’autre choix que de tenter un atterrissage acrobatique entre les dunes. Il en a vu d’autres, il connaît bien le désert, mais il se trouve loin de toute oasis et il sait qu’il ne pourra compter que sur son talent pour effectuer les réparations.

Travelling arrière : Au loin le soleil disparaît derrière le sommet de la dune la plus proche. Il descend de l’avion, cale le train d’atterrissage avec quelques pierres ramassées alentour. Aucun vent de sable n’est prévu mais on ne sait jamais ce que vous réserve le désert. Il s’installe dans le cockpit avec sa couverture de survie, dîne de quelques gâteaux secs et d’une gourde d’eau et essaye de s’endormir. Demain, il faudra réparer dès l’aube.

Gros plan : Dans la nuit, un bruit inconnu le réveille. Il ouvre les yeux, s’habitue doucement à l’obscurité et distingue une lueur qui semble onduler à l’horizon.

Travelling circulaire : La lueur se rapproche très lentement. Il cligne des yeux pour en distinguer la source en vain. Au-dessus de la verrière du cockpit, des milliers d’étoiles scintillent sur un écran de velours noir. Il quitte des yeux une seconde la lueur mystérieuse, pour admirer le ciel. Quand il se retourne, elle a disparu.

Plan fixe : Le bruit se rapproche, on dirait un long sifflement ou un glissement d’étoffe sur le sable. Il n’a jamais été peureux mais malgré lui, il sent l’angoisse lui étreindre l’estomac. Il décide d’en avoir le cœur net et sort du biplan. Il s’éloigne de quelques pas de son avion mais le désert est redevenu sombre et silencieux. Nul glissement et nulle lueur devant lui. Les étoiles sont légions autour de sa tête.

Gros plan sur le visage de l’homme : Il pousse un soupir d’admiration et s’exclame : « Ça au moins, ça vous console d’être coincé ici ! »

Derrière lui, une petite voix lui répond : « Elles ne sont pas toutes identiques, parmi elles il y en existe une qui est plus la belle de toutes, enfin pour ceux qui aiment les roses… »

L’homme se retourne brutalement vers cette voix surgie du néant, il reconnaît la lueur qui a attiré son attention semblant provenir du visiteur lui-même ou d’une lanterne qu’il porterait sur le dos.

Travelling arrière : Le crâne du pilote cache le visage du visiteur, on distingue un halo lumineux autour d’eux contrastant avec la densité de la nuit qui les entoure. Surpris, il recule d’un pas.

Gros plan sur le visage de l’inconnu qui apparaît à contre-jour. On ne distingue pas son regard mais seulement sa petite taille et un halo de cheveux blond encadrant son visage. Il lève le bras vers le ciel pointant de son index la petite ourse et dit : « Parfois, l’on cherche bien loin le trésor que l’on avait sous les yeux, alors il n’y a plus qu’à rentrer pour le retrouver, même si les rencontres que l’on fait au cours le voyage sont aussi une partie du trésor.

Travelling vertical : La caméra s’éloigne doucement des personnages. Le pilote cherche des yeux l’étoile que lui montre l’enfant. La lueur se rétrécit peu à peu, puis disparaît dans l’ombre des dunes, comme une barque minuscule qui serait perdue dans l’océan.

 

La ronde de Novembre : Lettres (2)

Pour ceux qui souhaiteraient relire mon texte écrit à l’occasion de la ronde du 15 novembre, je le publie de nouveau ce matin. Merci pour vos lectures fidèles et commentaires qui font le sel de ce blog !

 

***

Amour,

Voilà bien longtemps que je n’ai utilisé cette écriture manuscrite. Par facilité ou manque de temps peut-être. Par timidité aussi…

Maintenant, que les claviers ont pris la main sur notre écriture, c’est une mise à nue que d’offrir ainsi ses mots manuscrits. J’en suis toute intimidée et trace ces lettres en rougissant comme si j’avais encore quinze ans.

J’aimais recevoir des cartes postales. C’était une belle surprise qui arrivait dans la boite aux lettres avec ses odeurs exotiques et ses timbres colorés. Des petits cadeaux venus du monde entier. Mais voilà bien longtemps que les mails les ont remplacés, et la boite où je les collectionnais ne sera jamais pleine.

Mais je m’égare, pardonne mon bavardage…

Je voulais simplement te faire le cadeau de mes mots pour qu’ils caressent ton âme aussi tendrement que le feraient mes doigts. Que leur douceur s’insinue sous ta peau jusqu’au frisson. J’imagine ton regard sur mes phrases comme s’il se posait sur moi, et mon cœur s’envole vers le tien en un battement de cils. Tu pourras relire ces phrases lorsque je serai partie et imaginer toutes celles que je n’ai pu écrire, puisqu’elles sont impuissantes à décrire ce que nous sommes. Aucun mot n’est assez pastel, sucré, tendre, aimant, charmant, câlin, soyeux, suave, pour peindre ce qui nous relie. Je te laisse les inventer pour nous. Remercions la vie de nous avoir permis de naître dans le même siècle, et de nous rencontrer. La terre est si vaste et le temps est si long, il aurait été si facile de ne jamais se croiser.

J’ai toujours pensé que les rencontres importantes étaient programmées depuis toujours et qu’elles ne pouvaient que se produire. Je remercie le ciel de t’avoir inventé et de m’avoir conduite jusqu’à toi.

Au plus profond de mes souvenirs, je savais que tu étais là.

Amour, souviens toi de nous.

                                                                                     Chris

                                                                                     Lyon, le 11 septembre 2058

***

Photo M.Christine Grimard

*

 

***