Journal : Bout de l’an 

 

photo M.Christine Grimard

Un an est passé, si court et si long à la fois. Chaque jour, l’absence se fait plus lourde alors qu’elle devrait se faire plus légère.

Pourtant chaque anniversaire, chaque fête écoulée, aide à s’installer dans de nouvelles habitudes en acceptant l’absence. Toutes ces premières fois sans toi, seront paraît-il plus faciles à vivre quand elles seront secondes ou n-ièmes sur la liste. La force de l’habitude…

Pour le moment, je n’ai pas encore réussi à m’installer dans cette habitude.

Je n’ai pas réussi à oublier les derniers instants, à occulter les regrets de mots ou de gestes qui ont pu te manquer.

Je n’ai pas encore réussi à faire disparaître les objets des derniers jours, ni à vider ta dernière valise. En fait, lorsque j’ai tenté de l’ouvrir, ton parfum m’a sauté à la gorge, et je l’ai refermée…

Je n’ai pas encore réussi à écouter ce message que tu avais déposé sur mon téléphone portable un jour où j’étais indisponible. Je ne sais pas quand j’aurais la force d’entendre de nouveau ta voix…

Pourtant j’ai rangé les photos, parce qu’elles me ramenaient à l’âge heureux. J’ai réussi à relire ton écriture, à ouvrir ton livre de recettes et à sourire de nouveau devant toutes tes annotations. Ton écriture si bien formée, je l’ai admirée encore une fois, sans craindre mon émotion.

J’ai fait beaucoup de progrès en un an, beaucoup !

Tu serais fière de moi.

J’ai réussi à aider ceux qui avaient perdu un proche à exprimer leur chagrin sans que le mien n’éclate.  J’ai même réussi à leur offrir mon sourire.

J’ai réussi à faire avec, ou plutôt sans…  Sans le montrer, sans le crier, sans le pleurer. La plupart du temps.

Un an c’est si court et pourtant si long. Le premier est le plus dur, paraît-il.  Il vient de s’achever.

Le second commence. Et dehors, dans ce rayon de soleil, il me reste ma vie…

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28 réflexions sur “Journal : Bout de l’an 

  1. mais espérer aussi ne jamais arriver vraiment à y réussir

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  2. Difficile de ne pas avoir le regard brouillé en écho, et se dire que chaque jour est un pas vers la …sagesse ..enfin presque

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  3. Anniversaire qu’on ne saurait oublier : les fleurs déposées remplacent les bougies soufflées.

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  4. Je sais bien (nous savons bien) que sur la durée, les disparu(e)s renforcent leur présence…restent « vivre » à l’âge où ils étaient « avant » même si on essaie de les voir « évoluer »; elle ou il devient une sorte d’ange-gardien à travers leurs évocations possibles; un livre, un objet personnel, une photo ou…un souvenir commun…:la mer, un coucher de soleil – ou un lever de soleil – je me souviens d’un tel lever de soleil en Turquie il y a des années à 5hr du matin – par exemple…ce qui « augmente » leur étendue émotive…ces périodes deviennent alors elles-mêmes des souvenirs…Et, évidemment…un écrivain…se servira (comme vous venez de le faire) de son écriture pour relater ou même idéaliser des situations…Les bons souvenirs reviennent même dans les rêves…ou…on les imagine à travers la vie d’autrui…Tout un programme en tout cas…qui fait partie de…la Vie!…Bonne journée, Chris…

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    • Merci beaucoup Patrick pour votre témoignage et ce soutien si amical.
      Les mots expriment ce que l’âme ne peut garder pour elle, ils taisent ou enjolivent aussi, selon l’humeur du jour. Ils aident à poursuivre le chemin surtout quand ils sont empreints d’amitié, comme les vôtres ici.
      Merci et belle journée à vous Patrick 🙂

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  5. La douleur d’une disparition témoigne du bonheur que nous avons vécu. Notre époque tend à nous faire croire que nous pouvons, que nous devons « guérir » et tout surmonter, mais ces cicatrices sont ce qui donnent du poids à notre existence. On apprends simplement à vivre avec…

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  6. Réapprendre à vivre avec sa douleur.

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  7. De toutes mes douleurs passées, des absences insoutenables parfois, j’ai retenu une chose : les mots libèrent les maux…

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  8. J’en suis à relire les phrases soulignées dans ses dernières lectures. Elles me semblent essentielles et définitives. Merci pour ce texte hérité de l’amour.

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  9. extrêmement touchant, M. ChristineGrimard ! merci d’avoir partagé !

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  10. Il nous faut regarder vers le haut et ne pas oublier la chance que nous avons eu de vivre près d’eux, si près.
    Bien sûr, ce sont des mots qui atténuent à peine la douleur de l’absence..
    Nous ne sommes que des passants.
    « Chienne de vie, je t’aime » écrivait M.Brossard chirurgien..

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    • Merci Bernard de ces mots si réconfortants, et si justes. Tu as raison il faut garder la joie de les avoir connus lorsque ceux que l’on aime vous quittent.
      Nous sommes de superbes passants si riches de nos vies sans le savoir.
      Les chirurgiens que je connais tiennent la vie dans leurs mains chaque jour, avec le cœur battant de leurs patients, et ils disent tous qu’elle est leur passion.
      Lors d’un congrès national auquel j’assistais en 2013, Mr Carpentier a dit: « j’ai tenu tant de cœurs dans mes mains, que j’avais l’obligation morale de mettre au point ce cœur artificiel avant de disparaître.. » En parlant de sa prothèse. J’ai rarement été aussi émue lors d’une réunion professionnelle auparavant !
      Nous ne nous battons pas contre la mort mais pour la vie. Et j’en connais le prix.
      Les souvenirs heureux seront les seuls qui nous resterons.
      Grand merci Bernard de ton mot ici ce soir 🙂

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  11. Le temps, qui généralement nous dessert, a pour avantage, parfois, de raboter le chagrin sans pour autant oublier l’être. Il faut accepter ce baume… mot sans doute imparfait.

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    • Tout Baume est bon à prendre, et laisse parfois flotter un parfum délicat derrière lui. Ici cela sera celui des jours heureux de l’enfance. Aucun mot n’est imparfait cher Dominique quand il est donné par amitié et pour apaiser le chagrin.
      Merci beaucoup des vôtres ici ce soir 😉

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  12. Comme je me reconnais dans vos mots…

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  13. Il reste la vie. Et elle permettra probablement de renouer avec son mouvement et sa vivacité, sa joie d’être. Et ce sera le plus beau cadeau à faire à celle qui est partie.

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