To do list 63 : nuages de passage

Photo M. Christine Grimard

    Regarder les nuages faire la chenille en regrettant d’avoir raté le début du spectacle.
    Enfourcher les alizés pour tenter de les rejoindre au grand bal d’Halloween
    Savoir que les nuages, comme les ennuis, ne sont que de passage.
    Avoir la tête dans les nuages, histoire de recouvrir ses soucis d’un voile de coton doux.
    Choisir d’avancer, les yeux dans le ciel, car c’est la ouate que l’on préfère.
    Rêver d’être aussi légère qu’un nuage pour faire le tour de la terre en un coup de vent.

Photos du jour : Rêve d’Octobre

Photo m Christine Grimard

Petits matins brumeux

Octobre étire sa fraîcheur

Réveil grisâtre et cotonneux

Il rêve pourtant de chaleur

Photo m ch Grimard

En plein midi, le soleil se dérobe

Octobre s’habille de teintes sobres

Encore paré de quelques fleurs

Pour résister à la froideur

Photo M Christine Grimard

Mais lorsque vient la nuit

Sur les ailes du vent

Il s’envole sans bruit

Dans le soleil couchant

Rêvant d’un impossible été

De matins décousus

Et d’amants désunis

….

Photo m Christine Grimard

To Do List (6) : Trois mâts

 

photo M.Christine Grimard

 

  • Se dire que ce monde marche sur la tête et décider de poursuivre son chemin le nez en l’air sans se préoccuper de la folie ambiante.
  • Faire briller tous les miroirs de la maison pour avoir deux fois plus de lumière quand le jour est aussi sombre.
  • Rêver de goélettes et de goélands en restant au bord du quai parce que l’on a le mal de mer même dans sa baignoire.
  • S’acheter le bonnet rouge du commandant Cousteau parce qu’on a toujours rêvé de passer sa vie dans une île sous le vent.

Phrases 31 : Mots en demi-teinte

« Nous ne pouvons vivre que dans l’entrouvert,

exactement sur la ligne hermétique de partage de l’ombre et de la lumière. »

René Char

*

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Photo M. Christine Grimard

 

 

  • Lorsque la vie te déçoit, demande-toi si le chemin que tu as pris était le bon, retourne sur tes pas, cherche ton étoile et fais-lui confiance, elle éclairera ta route si tu ne la quittes pas des yeux.
  • Nous marchons sur un fil plus fin que la soie, plus fragile qu’un cil, avançant au hasard entre lumières et ombres,  le nez au vent, portés par une confiance insolente en notre chance, jusqu’à ce que la corde s’effiloche et que le vent nous emporte.
  • Il faut si peu de chose pour que le jour bascule et que l’obscurité envahisse notre vie, qu’il faut apprendre aux enfants à se nourrir de lumière pendant qu’elle brille encore et à s’en souvenir la nuit pour achever leurs rêves.

 

Photo du jour : Nostalgie 

“La nostalgie c’est le désir d’on ne sait quoi…” Antoine de Saint-Exupéry 

*

  
Être encore là-bas

À rêver de rivages blonds

À plat-ventre sur le sable 

Le menton posé sur les paumes 

Sentir ses cheveux onduler sous le vent

En pas de deux avec les graminées de la dune

Se dire que l’automne arrivera bientôt 

Mais pour l’heure, retenir les secondes 

Pour poursuivre le rêve 

Et ne pas se réveiller 

Encore 

Sur un matin de rentrée…

Confessions Intimes 11 : Arboremo

souche

Photo M.Christine Grimard

 

Je crois que j’ai dû faire un mauvais rêve.

Ce matin, l’air est chargé une odeur de sciure.

J’aime cette odeur chaude, orangée, musquée, boisée. J’imagine que l’odeur du santal ne doit pas être plus savoureuse, ni celle de l’olivier.

Cette odeur envahit toute la clairière, elle ondule dans le vent du matin, elle tourbillonne autour des fourrés et me revient de plein fouet. Elle me berce de ses effluves dorés.

Je l’aime …

Quel est cet oiseau noir qui me cache le soleil ? Il tourne au zénith entre les cimes des grands pins. Il tournoie lentement suivant une spirale invisible. Il plane puis descend imperceptiblement. Je le suis des yeux, et soudain je le vois piquer vers moi. Il va s’écraser sur mon tronc !

Il s’est posé sur moi, juste sur mon visage, en plein milieu de mon âme.

Ce manque de respect me sidère.

Comment a-t-il pu faire une chose pareille ?

Comment ?

 

Je crois que j’ai dû faire un mauvais rêve.

Cette seconde où le temps se suspend et où je réalise…

Cette odeur de sciure musquée, boisée, sucrée, c’est celle de mon sang !

Ce silence et ce froid qui m’envahissent !

 

Je crois que j’ai dû faire un mauvais rêve.

Je n’existe plus. Où sont mes branches et mes feuilles, où est mon écorce ? Ils m’ont écorché vif, m’ont dépecé, m’ont désarticulé. ils m’ont découpé en copeaux. Ils m’ont éviscéré. Ils m’ont amputé, effeuillé, débité. Ils m’ont tué.

Et pourtant, je suis là, écorché à ciel ouvert, étalant mes cernes de croissance sous le soleil qui brûle mes souvenirs. Les enfants des écoles pourront venir étudier la dendrochronologie grâce à mon sacrifice. On leur expliquera qu’au second de mes cercles est morte la troisième république. On leur expliquera que j’ai connu des guerres et des tempêtes mais que rien ne m’avait abattu avant que ce sauvage armé d’une tronçonneuse ne vienne m’assassiner !

Que vais-je devenir ? Qu’ont-ils fait de ma chair ? Qu’ont-ils fait de ma vie ?

En me concentrant un peu, je sais que je peux faire repartir de mon collet, quelques rejets vigoureux, et que si je le fais discrètement en les prolongeant un peu sous l’ombre du grand chêne, ils ne les verront que quand il sera trop tard pour les arracher. Il faut que je me concentre. Il faut que je survive à cette espèce sauvage et sans scrupule qui veut se rendre maîtresse de ce monde. Si personne ne résiste ils auront bientôt tout détruit.

« Toi la corneille qui m’écrase le nez sans vergogne, va prévenir les autres. Vole au-dessus des collines et des futaies, dis-leur ce qu’ils m’ont fait ! »

Mais je m’épuise à crier ainsi, il faut que j’économise les forces qui me restent ou je pourrirai lamentablement au prochain hiver.

Le pire je crois, ce n’est pas de ne plus sentir le soleil réchauffer mon écorce ni le vent jouer dans mes feuilles, le pire c’est de ne pas connaître le sort de ma chair. Que feront-t-ils de moi ?

J’aimerais qu’un bûcheron barbu sculpte le visage de sa bien-aimée dans mon tronc, et qu’il passe le reste de sa vie à me contempler.

J’aimerais que mes planches servent de support aux cordes d’un piano et passer le reste de ma vie à jouer Mozart ou Satie.

J’aimerais finir en cabine de plage et entendre le ressac venir lécher mes orteils aux marées d’équinoxe.

J’aimerais que le sommet de mon tronc soit choisi pour compléter le mas de ce navire qui emmène les enfants des villes apprendre la mer.

J’aimerais que mes branches finissent en pied de lampe pour que j’éclaire la page du poète qui écrira mon histoire.

J’aimerais …

Après tout que me reste-t-il d’autre que le droit de rêver à toutes les vies que la providence voudra bien donner à la chair de ma chair ?

Que m’ont-ils laissé d’autre que mes rêves ?

Je crois que j’ai dû faire un mauvais rêve…

 

 

Une image … une histoire : Etoiles (partie 3)

« Il y a une étoile mise dans le ciel pour chacun de nous, assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir. »

Christian Bobin

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Le chien monstrueux était désormais doux comme un agneau, il semblait ronronner en fixant l’inconnu d’un regard d’adoration. Celui-ci siffla et l’animal bondit à ses pieds, offrant son énorme tête à la caresse d’une main qui était plus fine que son museau.

Christian osait à peine respirer, fasciné par la scène. Mais, ne lui laissant pas le temps de réfléchir, l’inconnu lui fit signe de le suivre. Sans attendre la réponse, il se dirigea vers la grille du parc. Christian lui emboîta le pas sans savoir pourquoi. Il fallait qu’il le suive et en apprenne plus sur lui. Il fallait qu’il sache…

Ils marchèrent longtemps, suivant les ruelles sombres et les grands boulevards, le chien trottinant sur leurs talons.  Les quelques personnes qu’ils croisèrent, s’écartaient en jetant un coup d’œil méfiant à l’animal. Christian ne connaissait pas ce quartier de la ville, mais il n’avait pas envie de rebrousser chemin. Arrivés devant un immeuble ancien et sombre, l’inconnu poussa la porte cochère et se tournant vers Christian, s’effaça pour le faire entrer. Christian eut un instant d’hésitation, puis baissant le regard, avança vers l’entrée obscure de l’immeuble.

L’inconnu de dirigea vers une cour intérieure, la traversa jusqu’à une porte vitrée découpée dans ce qui semblait être la verrière d’un atelier ancien. Il sortit de sa poche une clé massive et ouvrit  dans un fracas métallique qui se répercuta jusqu’au dernier étage. 

Christian restant au milieu de la cour, l’inconnu siffla et le chien obéissant se plaça derrière lui et le poussa doucement mais fermement de son énorme museau. Difficile de refuser une invitation de ce genre !

À l’intérieur de l’atelier, étaient exposées de nombreuses huiles sur toiles,  des aquarelles, des dessins au fusain et des gravures. Les murs en étaient tapissés, sauf celui de gauche où étaient suspendues des photographies en noir et blanc. Christian était fasciné par la beauté de ces images, où le style était facilement reconnaissable d’un support à l’autre. Il s’agissait principalement de portraits, d’êtres très différents mais qui avaient en commun un regard extraordinaire. Ils semblaient vivants, animés par une lumière provenant de l’intérieur du tableau. C’était très inhabituel, Christian se sentait presque intimidé devant ses regards, comme s’ils le dévisageaient. Il avait presque l’impression de les avoir dérangés.

« Je vous offre un verre, si vous voulez ? »

Christian, surpris par cette voix qui brisait le silence de ses réflexions, se retourna vers son hôte. Il avait quitté sa capuche et il vit enfin son visage fin, très pâle aux traits réguliers, presque féminins. Son regard l’attirait surtout et il ne pouvait s’en détourner. 

Il se contenta de hocher la tête silencieusement. L’inconnu sourit et se retourna pour saisir une bouteille et deux verres sur l’étagère derrière lui. Le suivant du regard, Christian remarqua un triptyque sur le mur du fond. C’était une série représentant deux personnages vêtus à la mode de trois époques différentes, posant dans une clairière en se tenant par les épaules, devant eux un énorme chien était allongé, les pattes croisées, semblant sourire en découvrant ses crocs d’une longueur effrayante. 

 Ce chien semble identique à celui de l’inconnu, se dit Christian en les regardant tour à tour. Un peu troublé par cette coïncidence, il s’attardait sur les visages des deux personnages. De plus en plus intrigué, il n’osait en croire ses yeux. Même sourire, même regard, même forme des visages, même cheveux.

L’homme de droite était le sosie de l’inconnu qui lui offrait à boire et l’homme qui le tenait par les épaules semblait être son propre jumeau. 

« Ne vous inquiétez pas, les apparences sont parfois trompeuses. La réalité est souvent plus simple que ce que l’on imagine. Venez vous asseoir, la soirée est belle…  »

L’inconnu lui désignait un banc placé contre la verrière, où il prit place lui-même. 

Christian ne savait plus où il était, ni l’heure qu’il était. Peu lui importaient le jour, l’heure ou le lieu, il voulait seulement rester là, auprès de ces deux êtres sortis de nulle part, et connaître leur histoire. Il avait l’impression d’être revenu à la maison sans avoir jamais mis les pieds dans cet immeuble auparavant. Il y avait quelque chose caché derrière ces mots, derrière ce regard fascinant, et il devait comprendre quoi…

Lui revenaient en boucle, les phrases de son rêve récurrent :

Je suis plongé dans ce rêve,

Encore une fois.

Toujours le même.

Et je te vois

Je sais que c’est toi et pourtant je ne sais pas qui tu es.

Il prit place auprès de l’inconnu, saisit le verre qu’il lui tendait et fixa en silence ces prunelles d’allure si familières…

–> fin <–