Photo du jour : Janvier

« Source encore glacée, miroirs gelés, Rois sortant tout raidis d’or des ténèbres de décembre, c’est janvier, en marche vers la Chandeleur, qui détient l’indiscernable futur. »

Colette (belles saisons)

Photo m ch Grimard

Photo m. Ch. Grimard

Janvier, bientôt achevé !

Quelques jours encore et Janvier aura replié ses voiles de givre dentelé.

Mois d’incertitudes où les colères du temps nous rappellent de notre position prétendument dominante, la précarité…

Mois d’attente où les quelques rayons de soleil nourrissent nos impatiences de printemps ensoleillé.

Mois de plaisirs enrubannés.

Quelques jours de joies amicalement partagées.

Quelques galettes frangipanées.

Quelques guirlandes oubliées sur les frontons givrés.

Quelques chocolats chauds sucrés.

Quelques bûches dans la cheminée.

Qu’en retiendrons-nous, quand l’année achevée, nous chercherons des yeux les souvenirs dignes à conserver ?

Des sourires échangés

Des mots de vœux partagés

Des rencontres enchantées

Des routes verglacées, miroirs aux reflets ardoisés.

Des petits matins de brume emmitouflés.

Des nuits interminables au ciel plombé

Mais parfois quelques ciels de toute beauté

À admirer bouche bée

Quelques jours encore à passer

Et arrivera Février !

Publicités

Un été en bandoulière (3)

« À présent, tout est silence au jardin. Un chat, deux chats s’étirent, bâillent, tâtent le gravier sans confiance : ainsi font-ils après l’orage. Ils vont vers la maison, et la Petite, qui marchait à leur suite, s’arrête ; elle ne s’en sent pas digne. Elle attendra que se lève lentement, sur son visage chauffé, noir d’excitation, cette pâleur, cette aube intérieure qui fête le départ des bas démons. »

Colette

*

Photo Mch grimard

*

Après l’orage

Le jardin se tait

Sidéré d’éclats de tonnerre

Comme on peut l’être après une colère

Abasourdi par le combat des éclairs et du vent

Il rassemble et recoiffe ses rameaux d’Olivier

Savourant la victoire du silence immobile

Lissant ses pétales de campanules

Il récupère

Clichés 100 : jardin 

« Les pousses des cassis que tu froissais, l’oseille sauvage en rosace parmi le gazon, la menthe toute jeune, encore brune, la sauge duvetée comme une oreille de lièvre, tout débordait d’un suc énergique et poivré, dont je mêlais sur mes lèvres le goût d’alcool et de citronnelle… »

Colette. Les vrilles de la vigne. 

Photo Mch grimard


.

J’ouvre une page de Colette au hasard, et recopie la première phrase lue. 

Tout est là.

Il n’y a qu’à se délecter de ses mots, et l’on est auprès d’elle, assis au beau milieu des  parfums du jardin. Rien de plus à faire que laisser couler ses phrases pour sentir sur nos lèvres le goût de la citronnelle…

.

Photo m ch grimard


.

Alors, suivre les fragrances qui s’offrent.

Se coucher dans l’herbe à plat ventre, le nez dans le gazon, à ras les pâquerettes.

Et rêver à l’été qui viendra, au sucre des cerises quand elles sont presque noires, à la pointe de vanille qui habite les roses à la tombée du jour…

.

Photo M ch grimard


.

S’émerveiller d’un rien.

Où que l’on se tourne, admirer chaque arpent de jardin comme on tourne les pages d’un livre que l’on aime, même en l’ayant lu cent fois.

Connaître chaque fleur et la trouver plus belle que l’année précédente, puisqu’elle est encore là. Compter chaque pétale comme on compte les jours de l’été finissant quand on sait que l’automne frappe déjà à la porte.

.

Photo m ch grimard


.

Être consciente du privilège que l’on a de vivre ici, en paix et en liberté, même relative puisqu’annexée à celle des autres.

Profiter de l’instant puisqu’il m’est donné si généreusement par la terre où je vis, en occultant un instant le travail fourni pour aider la nature à donner le meilleur d’elle-même.

Même si la fureur du monde tonne alentour, même si les esprits chagrins pensent que les fleurs ne servent à rien au regard des convulsions du monde, je vous les offre pour qu’un bref instant vous ressentiez la caresse du vent et le parfum des roses sur votre visage, en oubliant le temps qui passe…

.

Photo m ch grimard

La ronde de mars : Cuisine

« La ronde » ayant pour thème « Cuisine » avec « Ils vont où les oiseaux » pour incipit, est parue le 15 mars dernier. Pour ceux qui désireraient relire mon texte, je le publie aujourd’hui.

**

« Ils vont où, les oiseaux, maman, quand l’hiver revient ?

Ils se cachent au fond de leur nid ?

Ils s’envolent jusqu’au bout du ciel ?

Ils partent pour les îles ?

Dis maman : ils vont où les oiseaux ? »

L’enfant, le menton dans les paumes, regarde l’oiseau noir posé sur la fenêtre de la cuisine. Le petit animal réchauffe ses plumes au premier soleil de mars. Il déploie ses ailes, les secoue puis les replie. Il regarde sans crainte l’enfant qui l’observe. Au moindre geste inquiétant, il lui suffirait de s’envoler. Ses ailes sont sa planche de salut, elles ne lui ont jamais fait défaut. Mais il n’en aura pas besoin, il a vu le regard de l’enfant. Il sait qu’il l’aime. Il n’a rien à craindre.

 

Photo M. Christine Grimard

L’enfant chantonne pour l’oiseau :

« Il est allé où, l’oiseau, posé là sur mon balcon ?

Il est allé dans les îles, pour goûter à la vanille

Il est allé dans la plaine, pour tricoter de la laine

Il est allé dans la brume, pour lisser ses belles plumes

Il est allé sur la mer, pour trouver des éphémères

Il est allé en forêt, pour y cueillir des bleuets

Il est allé au marché, pour trouver sa fiancée

Il est venu par ici, pour devenir mon ami. »

 

Maman s’approche, le sourire aux lèvres. Son petit poète a bien du talent ! Il déroule les mots comme un peintre étale ses couleurs. Il entend son pas et se tourne vers elle :

« Écoute, écoute, Mamounette, ma chanson pour l’oiseau !

Tu crois qu’elle lui plaira ? Tu crois qu’il m’aimera ?

Oh, il est parti…

Tu crois qu’il reviendra demain ?

Je voudrais qu’il soit mon ami !

Et toi, tu l’aimes ma chanson ? »

 

La mère entoure ses épaules de ses bras. Elle est si fière de lui. Elle lui murmure à l’oreille :

« Elle est très belle ta chansonnette mon poussin. Belle et douce comme ton cœur. L’oiseau l’aime beaucoup, je l’ai vu dans ses yeux. Il reviendra demain et les autres jours pour que tu lui chantes encore. Et il chantera avec toi, tu verras… »

L’enfant ferme les yeux. Il rêve qu’il vole avec l’oiseau. Il appuie sa joue contre le bras de sa mère. Elle sent si bon. Son parfum le berce, mélange de cannelle et de jasmin.

L’air est doux, on sent que le printemps arrive.

« Tu sens la fleur de sucre, maman. Tu sens bon comme le printemps ! »

« C’est parce que je t’ai préparé des petites surprises sucrées pour le goûter. Elles seront bientôt cuites, il suffit d’un peu de patience. »

L’enfant fait la moue. Il n’aime pas le mot « patience », un mot qui signifie qu’il faut attendre son plaisir. Un mot qui montre que l’on a du temps devant soi. Il sait qu’il n’a pas de temps à perdre. Il a tant de choses à voir, à entendre, à goûter. Il n’est pas sûr d’avoir tant de temps à vivre. Demain est si loin et le monde est si grand.

« Mamounette, claque tes doigts et ça sera prêt ! »

Maman sourit. Elle jette un coup d’œil vers le four où des cannelés dorés caramélisent doucement. Encore quelques minutes et la cuisson sera parfaite, ils seront craquants à extérieur et moelleux à l’intérieur, doux et savoureux comme le miel à peine sorti de la ruche.

« La cuisine c’est de l’amour et c’est aussi du plaisir à partager, toi et moi. » dit-elle en berçant l’enfant.

« Ta cuisine c’est de la magie, Mamounette. Répond l’enfant. Tu mélanges des choses bizarres dans un grand pot, tu claques des doigts et c’est parfait ! »

« Même la magie a besoin de temps, mon poussin. Une grande dame nommée Colette qui aimait les animaux autant que tu les aimes, disait : « Si vous n’êtes pas capable d’un peu de sorcellerie, ce n’est pas la peine de vous mêler de cuisine. »

« Tu vois, dit l’enfant, j’avais raison. Ta cuisine, c’est de la magie ! »

Maman, sort les cannelés du four. Un parfum de sucre mêlé de fleur d’oranger embaume la cuisine. Le regard de l’enfant est doux comme le goût du plaisir qu’ils partageront bientôt. Elle n’oubliera pas ce regard, celui de l’amour infini qu’ils ont l’un pour l’autre. Un amour plus fort que le temps.

**

Photo M. Christine Grimard

***

L’homme pose le sachet sur la tablette. La vieille dame se redresse sur ses oreillers. Elle regarde ce grand jeune homme et le trouve très beau.

« Vous êtes très beau, jeune homme, lui dit-elle. Qui êtes-vous ? »

Il ne relève pas, lui sourit et sans se décourager, lui dit :

« Regarde, Mamounette, je t’ai apporté des cannelés. Ils embaument la fleur d’oranger. »

Sa mère ouvre le sachet. Elle se délecte du parfum qui s’en dégage. Son regard pétille. Elle sort un cannelé et le tend au jeune homme, puis se ravise, le dévisage et lui dit :

« Tiens mon poussin, ils ont l’air très bons ces cannelés. Je ne me souviens pas les avoir sortis du four, même s’ils sont encore tièdes. Tu t’es bien amusé à l’école aujourd’hui ? Raconte-moi pendant qu’on partage le goûter. Après, on ira voir si l’oiseau est revenu pour écouter ta chanson. »

L’homme la regarde, un peu interdit. Voilà bien longtemps qu’elle n’avait pas prononcé autant de mots à la suite. Elle ne parlait plus depuis quelques semaines. Il prend le cannelé qu’elle lui donne et le pose au coin de la table, puis la serre dans ses bras et l’embrasse. Elle se blottit contre lui. Il fait durer l’étreinte, il est inutile qu’elle voie les larmes qui coulent sur sa joue. Puis elle s’écarte de lui et dit :

« Tu vois, mon poussin, Colette avait raison, la cuisine c’est de la sorcellerie ! ».

                                                                  Texte et photos M. Christine Grimard

Photo du jour : Fleurs d’hiver 

« Il était bien rare que Sido n’eût pas trouvé dans le jardin, vivaces, épanouies sous la neige, les fleurs d’ellébore que nous appelions rose de Noël.

En bouquet au centre de la table, leurs boutons clos, ovales, violentés par la chaleur du beau feu, s’ouvraient en une cascade mécanique qui étonnait les chats et que je guettais comme eux. »

Colette

*

iphone-chris-3213

Photo M.Christine Grimard

**

Pas de roses de Noël ici, mais des bruyères sous la neige.

Un peu de rose sur fond de blanc, ou alors un peu de poudre blanche saupoudrée sur le fuchsia.

Tout dépend de quel angle on regarde.

Tout dépend si le verre est à moitié plein ou à moitié vide…

Un peu de couleurs pour préfigurer celles du printemps, ou alors pour ne pas oublier celles de l’été dernier.

Peu importe de quel côté on regarde à travers la lorgnette.

Regarder la nature avec les beaux yeux oblongs de Colette.

J’ai tendance à focaliser le regard sur les petites taches de couleur que la vie prend au fil des jours.

Tant pis, si je passe à côté des noirceurs, ou alors tant mieux !

***

Phrases 38 : Mots perlés

« Demain, je surprendrai l’aube rouge sur les tamaris mouillés de rosée saline,

sur les faux bambous qui retiennent, à la pointe de chaque lance bleue, une perle. « 

Colette

La naissance du jour

Photo M.Christine Grimard

 

  • Demain, je relirai Colette laissant ses mots  distiller leur magie goutte à goutte dans mon esprit puis nourrie de leur sève harmonieuse, j’habillerai mes rêves de ses perles ciselées.
  • La nuit a semé des notes boisées dans le jardin, laissant derrière elle un collier de perles nacrées où les premières secondes de soleil peindront un arc-en ciel qui irisera mon petit matin de joie.
  • Perle après perle, le jardin enfile ses jours et je décore ma vie de leurs reflets nacrés pour oublier la couleur des temps difficiles.
  • Je suivrai la route de la lumière de perles en perles, de joies en espoirs, de soupirs en sourires, écoutant le chant de la pluie sur les pierres jusqu’à ce que mon esprit s’envole avec elle.