Un été bleu outre-mer (10)

« Un lit de lumière, une chaise de silence, une table en bois d’espérance, rien d’autre : telle est la petite chambre dont l’âme est locataire. »

Ressusciter (2001)

Christian Bobin

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Photo M. Christine Grimard

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Que faut-il de plus

À un vacancier

Que quelques chaises longues

À l’ombre d’un arbre

Pour rêver sans dormir

À tout ce qu’il aurait dû faire

S’il n’était pas

En vacances !

(Nb : pour ceux que cela intrigue, la jolie « sablaise » déguisée en chaise longue provient

De la boutique « Le beau bazard de Marcelline »

Aux Sables d’olonne)

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Photo du jour : Échange de regards

« Être vivant, c’est être vu, entrer dans la lumière d’un regard aimant.

– L’Inespérée –

Christian Bobin

photo M. Christine Grimard

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Tu me regardes et je te vois.

Qu’y a-t-il au fond de tes yeux ?

La joie d’être là auprès de moi.

Le bonheur simple d’exister.

La tranquillité d’une vie douce.

La certitude d’être nourri et d’être aimé.

Tant d’autres choses qui m’échappent.

Tes oreilles se dressent lorsqu’un oiseau chante.

Un parfum de jasmin et d’herbes sèches passe avec le vent et ta truffe frémit.

Mais c’est moi que tu surveilles, si je me lève, tu me suivras.

Peu importe où j’irai, tu seras sur mes pas.

Être le centre du monde pour quelqu’un, c’est une chance incroyable et tant de responsabilités aussi…

Mais là je ne vois que cet amour qui emplit ton regard et ce sourire que tu me donneras si je prononce ton nom.

To do list 54 : valse hésitation

« La pluie et la lumière se battent comme des enfants dans le ciel, et leurs épées parfois, heurtent ma fenêtre. »

Christian Bobin

Photo m Christine Grimard

. Attendre que les giboulées s’éloignent pour aller faire le tour du jardin

. Admirer les fleurs de prunus valsant au vent d’avril comme des débutantes sur un air de Vivaldi

, Choisir une nuance dans l’air du temps pour repeindre les fauteuils de jardin, histoire de leur faire oublier les affres de l’hiver.

. Regarder pousser les pâquerettes en savourant sa chance de voir renaître un nouveau printemps.

. Remercier le ciel de donner chaque jour un spectacle différent.

. Se réjouir des intempéries qui arrosent les jeunes tulipes et s’assoir au soleil pour les entendre pousser.

Un été en bandoulière (29)

 » J’ai rendez vous chaque matin avec la beauté du monde. »

Christian Bobin

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Photo m ch grimard

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Avancer tout droit vers l’ouest

Traverser la pinède

Suivre le sentier tapissé d’aiguilles de pin

Lever les yeux vers le ciel

Admirer la valse de leurs cimes dans le vent marin

Grimper la dernière dune couverte de genêts

Déboucher d’un seul coup sur la lumière

Être éblouie par cette beauté offerte

En perdre ses mots

S’asseoir sur un rocher

Se dire que l’on pourrait rester là

Jusqu’à la fin des Temps

Dans le silence de la mer

Un été en bandoulière (17)

« Les moments les plus lumineux de ma vie sont ceux où je me contente de voir le monde apparaître. Ces moments sont faits de solitude et de silence. »

Christian Bobin 

Photo m Christine grimard


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Au bal de l’été 

Les agapanthes sont reines 

Elles ajustent leurs couleurs 

Dans toutes les nuances du bleu 

De l’outre-mer jusqu’au pastel 

Elle rivalisent de pigments 

Déclinant entre ciel et mauve 

Leurs hampes légères

Qu’elles balancent élégamment 

Ondulant sous le vent 

Venu de l’océan 

Un été en bandoulière (16)

« La pluie et la lumière se battent comme des enfants dans le ciel, et leurs épées parfois heurtent ma fenêtre. »

Christian Bobin 

Photo Mch grimard


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Un albizia étend ses palmes 

Au soleil 

Nervures engorgées de lumière 

Feuillage d’étincelles 

Arbre à soie

Pompons plumeux 

Légers au vent 

Dominant 

Résistant aux embruns 

Tutoyant le ciel 

Outre-mer 

Caressant les nuages 

De ses doigts palmés

Lamés d’argent 

L’admirer

En rêvant 

De sa légèreté 

Variations et vibrations : Promenade d’hiver

« Ce que j’appelle réfléchir :

je dévisse ma tête,

je la mets sur une étagère et je sors faire une promenade.

A mon retour, la tête est allumée.

La promenade dure une heure ou un an. »

Christian Bobin

(La grande vie)

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Photo M Ch Grimard

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Comme Christian Bobin, je suis une adepte des promenades, dans les prés, dans les bois, sur les plages en hiver, sur la lande, dans les livres aussi.
Souvent en marchant, me viennent des phrases, des histoires, il suffit de regarder autour de soi pour que l’inspiration vous saute à la gorge. En rentrant, il faut laisser décanter et puis saisir les mots avant qu’ils ne s’envolent. Ne pas laisser retomber l’écume…
Lorsque je lis Christian Bobin, j’entends ses mots germer dans mon esprit comme si je les avais pensés.
Évidemment, je n’ai pas l’outrecuidance de croire que je pourrais écrire comme lui. Mais je ressens ce qu’il écrit comme né de ma propre sensibilité. Prendre un de ses livres et l’ouvrir à n’importe quelle page, est souvent un des moyens que j’utilise pour m’apaiser.
Chaque phrase est surprenante et pourtant elle prend pied au plus profond de la réalité. Ce paradoxe me surprend à chaque fois que j’ouvre une de ses pages. Je saisis sa phrase et la fais tourner comme je le ferais d’un bonbon au miel autour de ma langue.
La poésie se nourrit de cela, nul besoin de phrases redondantes et incompréhensibles si chères à certains auteurs. Je ne vois pas l’intérêt d’écrire ce que personne ne comprend. Il suffit de laisser couler les mots au fond de son âme, comme on sirote un bon vin.
La poésie, ce sont des mots qui caressent, aussi sensuellement qu’une main glissant au creux des reins.
Je suis une primaire, bêtement sensible à la musique des mots de tous les jours comme à la chaleur qui court dans mes veines.
J’ai besoin, en refermant le livre, de sentir encore le frisson des phrases couler sous ma peau.
Ce rapport charnel aux écrits, je le revendique et le cultive.
J’espère qu’au dernier matin, j’aurai gardé un cerveau capable de l’aimer encore.
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