Photo du jour : Frimousse fraîchement froissée

« Le silence est la plus haute forme de pensée, et c’est en développant en nous cette attention muette au jour, que nous trouvons notre place dans l’absolu qui nous entoure. Il nous appartient – quand tout nous fait défaut et que tout s’éloigne – de donner à notre vie la patience d’une oeuvre d’art, la souplesse des roseaux que la main froisse, en hommage à l’hiver. »
Le Huitième Jour de la semaine
Christian Bobin

Photo Marie-Christine Grimard

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Petit matin au jardin

Roses et pivoines défroissent leurs fragrances

Le vent hésite entre fraîcheur et douceur

Mai se donne des allures d’été

Et le printemps s’éloigne incognito

Confinés, préoccupés, nous ne l’avons pas regardé

Le temps perdu ne se rattrape pas

Pour peu que l’on oublie de le compter

Il efface nos traces comme le vent sur le sable

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To do list 83 : Continuer

Photo Marie-Christine Grimard

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Durant le confinement continuer à assurer l’intendance au quotidien

Ne pas remettre au lendemain ce qui peut attendre le jour même

Décider de ne garder que l’essentiel pour le moment et confiner le superflu pour le ressortir aux temps chauds

Garder du temps pour ne rien faire et apprendre à le perdre sans avoir de remords

Comprendre enfin que le temps que l’on se donne est le plus savoureux

Regarder pousser les herbes folles en espérant qu’elles ne deviennent jamais sages

Vivre de l’air du temps en respirant à plein poumons sans y penser

Laisser du temps au temps parce que finalement c’est ce qui nous est le plus précieux

Photo du jour : hésitation

« La vie est une hésitation entre une exclamation et une interrogation. Dans le doute, on met un point final. »

Fernando Pessoa

En bref.

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Photo m Christine Grimard

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Les arbres hésitent entre été et automne. Certaines feuilles ont conservé leur vert vigoureux et d’autres entament leur métamorphose rouille flamboyante.

Rester encore un peu en été serait tentant, mais l’horloge tourne …

Comment l’arrêter ?

Le sable coule entre nos doigts et le vent d’hiver prend un malin plaisir à faire tourner le sablier de plus en plus vite !

J’hésite comme eux, entre rose et rouille, ou garder encore un peu l’illusion de la jeunesse ou accepter la déliquescence progressive.

Laisser les jours flétrir mes joues, ou alors remettre un peu de cette préparation anti-ride miraculeuse ; histoire de reconnaître encore quelques temps, son propre visage dans le miroir !

Mais où donc est passé ce pot de crème ?

Photo du jour : No futur

« Le moment présent est comme la proue d’un navire qui fonce dans l’océan du temps et transforme le futur incertain en un présent devenant sitôt après un passé immuable. Ce passé contient tout ce que je connais de l’histoire. Tout ce que je sais du temps, c’est que je suis dans le temps. »

Hubert Reeves

Interview (tant de temps)

Photo m Christine Grimard

Frêle esquif balloté entre les vagues du passé et le vent du futur , j’avance dans le brouillard.

Qui se souviendra du sillage que j’aurai tracé ?

Arrêtée au feu rouge, je fixe la jeune femme de la fresque qui regarde la vie droit devant elle, sans peur apparente.

Quel est son passé, que sera son futur ?

Dans un monde où le présent s’enfuit de plus en plus vite, où le futur semble plein de destructions et de violences, où le passé se déguise selon les choix du roi du moment, quelle est ma place ?

Que sera mon futur ?

Lorsque le feu passera au vert, vers quelle route porterai-je mes pas ?

Arriverai-je au bout du chemin ?

Demain n’est qu’une hypothèse.

Hier n’est qu’un souvenir mais pas un regret.

Seul aujourd’hui existe.

A nous de l’aimer.

Variations et vibrations : Un rien de Temps 

« Il est plus difficile d’accorder les philosophes que les pendules. » Sénèque

Citation tirée du livre « Perles de vie » 

de René de Obaldia 

p 57 

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Photo M.Christine Grimard


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Le Temps d’une vie humaine est si court.

Quel est notre place dans l’univers ?

Pourquoi avons-nous prospéré sur cette terre, perdue comme un vaisseau fantôme dans l’univers ?

Est-ce la réalité qui nous est donnée, sous forme d’une infime parcelle d’éternité ?

Est-ce une illusion, sommes-nous les personnages du rêve éveillé d’un Dieu à l’imagination débridée ?

La liberté de vivre nous est-elle donnée ou l’avons-nous attrapée au vol comme le pompon d’un manège qui tourne et jamais ne s’arrête ?

Pourquoi nous accorder juste le temps infime de goûter à une vie aussitôt achevée ?

Dans chacune de nos cellules, trouve-t-on la structure miniature de l’univers tout entier ?

Sommes-nous des entités indispensables à la marche du monde où sommes-nous des accidents de parcours ?

Que restera-t-il de nous lorsque nous rendrons à la terre, la poussière de l’étoile qui nous a enfantés ?

Messieurs les philosophes, vous qui avez une question pour chacune de vos réponses, auriez-vous l’amabilité d’apporter des réponses à chacune de mes questions ?

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Photo du jour : laisse couler les jours 

 

photo mc grimard

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Autant en emporte le temps

La confiance donnée à mauvais escient

Les illusions perdues

Les désillusions

Les déceptions

Les chagrins

Les coups

Les injustices

Les mauvais jours

Autant en emporte le fleuve

Laisse ta vie couler entre les arbres

Donne et n’attends rien en retour

Laisse les jours passer

Laisse couler

Les jours

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Journal : Inexorablement …

« In three words I can sum up everything I’ve learned about life: it goes on. » Robert Frost

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20 avril 2015 :

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Un cauchemar.

Une année de violences et d’horreurs.

Quatre mois où chaque jour apporte son fardeau de mauvaises nouvelles !

Jusqu’où la barbarie repoussera-t-elle encore ses limites ?

Ce ne sont que les facettes du même mal. La pyramide tourne, tourne et sur toutes les faces, apparaît la même image.

Cette image est celle d’un monde souillé de sang, celui d’enfants martyrisés, celui d’hommes décapités, celui de femmes utilisées, celui de vieillards massacrés, celui de naufragés entassées, celui de l’ humanité disparue.

Comment pouvoir dormir si ces images défilent sous mes paupières closes ?

Fermer les yeux.

Faire le vide.

Se laisser emporter par le vent.
Suivre la ligne des vagues, oublier … ne plus rien entendre, ne plus rien voir …

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Le bruit du ressac me berce, et je m’endors. Le vent salé me caresse. J’avance dans les vagues vers le soleil couchant.

Soudain la nuit tombe et un froid glacial me paralyse. De sombres nuages étouffent la lune. Autour de moi, la surface de l’eau devient opaque, lourde. Une odeur de mort me prend à la gorge. La mer charrie des cadavres par milliers. Ils me submergent. Je vais me noyer avec eux. J’étouffe !

Je les repousse, je m’échappe, je sors de l’eau en courant et file vers la dune. Je grimpe jusqu’au sommet, j’irai me cacher dans la pinède, ils ne pourrons pas me suivre. Mais derrière la dune il n’y a plus rien, la pinède a disparu.

Devant moi, il n’y a plus que le désert. Du sable à perte de vue, ridé par le vent, nu, brûlant.

J’avance, le soleil est au zénith. Il n’y a plus de couleur. Tout disparaît derrière un brouillard brûlant. J’entends le vent siffler, à moins que ce soit ce serpent qui ondule sous le sable…

Soudain, un mur de briques colorées se dresse devant moi. Un lion magnifique y est sculpté en relief. Il tourne la tête vers moi, rugit de toute la force de son intemporelle beauté. Puis il se détache de son support et saute sur le sable. Il s’approche nonchalamment, ouvre la gueule et se prépare à m’engloutir. A cet instant, un enfant blond, portant une écharpe blanche d’une longueur démesurée, contourne le mur et se place entre le lion et moi.

Il lève le bras, et dit au lion:

– Inutile de faire le malin. Ton déguisement ne trompe personne. Tout le monde sait que j’avais demandé à l’auteur qu’il me dessine un Mouton. Même si ses dessins sont un peu naïfs, tu n’arriveras pas à te faire passer pour un lion !

Et se tournant vers moi, l’enfant poursuivit :

– Allez, réveille-toi, ce cauchemar a assez duré. Cela t’apprendra à lire les nouvelles avant de te coucher. Tu veux qu’ils te rendent vraiment folle, on dirait ! De toute manière, tu auras ton lot de souffrances quotidiennes au réveil. Regarde vers l’horizon, le vent de sable s’est levé sur la terre. Il suffit d’attendre suffisamment longtemps, pour que le sable recouvre les joies et les tourments. La certitude est que sur cette terre, tout passera …

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A cet instant précis, cinq heures sonnèrent au clocher de St Jacques, et je me réveillai en sursaut, couverte de sueurs et de ce qui me sembla être une fine poussière de sable …

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