Une image…une histoire : la vie est dans les détails

« Les esprits analytiques ne voient pratiquement que les défauts : plus la lentille est forte, plus imparfait nous apparaît l’objet observé. Le détail est toujours fâcheux. »

Fernando Pessoa

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Photo Marie-Christine grimard

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Parfois certains jours sont sans intérêt.

En avançant le long de la voie ferrée dans la grisaille du petit matin, elle se demande ce qu’elle fait là. Elle sait d’avance que ce ne sera pas le meilleur moment de la journée.

Elle ajuste son écharpe et remonte le col de son manteau, histoire de bloquer ce courant d’air glacé qui s’engouffre le long de son dos.

Un vélo la double dans le brouillard, elle l’entend s’éloigner dans un grincement de chaîne rouillée. Elle préfère encore être à pied, avec ce verglas, c’est un jour à déraper devant le capot d’une voiture.

Il ne manquerait plus que cela.

Enfin, un petit séjour à l’hôpital avec un pied dans le plâtre, lui permettrait de se reposer un peu. Elle hausse les épaules, honteuse d’avoir des idées pareilles. Elle arrive au bout de l’avenue et traverse sans regarder. À cette heure ci, les voitures sont rares.

Une main attrape son manteau par le col et la tire en arrière au moment où passe une voiture électrique qu’elle n’a pas entendu arriver. Elle tombe en arrière, et se retrouve assise au bord du trottoir. La voiture disparaît au carrefour, le chauffeur semble n’avoir rien vu.

Elle se retourne pour remercier celui qui l’a retenue en lui évitant un choc fatal.

Il n’y a personne. La rue est vide et silencieuse.

Elle se retourne, se demandant si elle n’a pas rêvé.

Derrière elle, le soleil se lève, faisant briller la clôture qui longe la gare. Elle s’approche des buissons qui lui cachent la voie ferrée. Les arbustes sont décharnés par l’hiver. Seuls quelques fils d’argent ondulent dans la brise, étincelants à jour frisant dans la lumière pâle du petit matin. On dirait des guirlandes de Noël. En les regardant, elle se retrouve trente ans auparavant, demandant à sa mère pourquoi il y avait des pompons dorés dans les buissons autour de leur maison.

« Ce sont les fées qui tissent des fleurs d’hiver pour remplacer celles que l’été a emporté avec lui. Lui dit sa mère. Ainsi les oiseaux trouvent encore de quoi manger quand il fait froid. Du moins, c’est ce que me racontait ma grand-mère.

En fait, moi je pense que ce sont les cheveux que les anges-gardiens ont perdu en s’envolant le matin après avoir veillé sur nous toute la nuit. Une fois, j’en ai vu un en me réveillant, le jour où la tempête avait fait tomber le grand cèdre à quelques centimètre de la maison. Je m’en souviendrai toute la vie tant il était beau ! »

Elle se souvient du regard émerveillé de sa mère lui racontant cette histoire.

Comment à-t -elle pu oublier ça ?

Elle s’approche de la clôture pour poser la main sur un des fils d’argent. Il tombe en poussière sous la chaleur de ses doigts. Un rire cristallin raisonne au-dessus de sa tête sorti de nulle part. Elle recule, un peu effrayée.

Sur la voie ferrée en contre-bas, arrive le TER de 7h 30. Si elle ne se dépêche pas, elle va rater son train. Elle descend les marches menant aux quais en courant, et monte dans le wagon juste au moment où les portes se ferment.

Il n’aurait plus manqué qu’elle rate son train après avoir failli se faire écraser. Quelle journée !

Au moment où le train démarre, elle lève les yeux vers la rue où elle se trouvait quelques minutes auparavant. Le vent fait onduler les cheveux d’anges du buisson, en douceur, comme si une main les effleurait. Un sentiment d’harmonie et de sérénité l’envahit.

Elle reste pétrifiée. Derrière l’ombre du buisson, le soleil dessine une silhouette lumineuse qui semble agiter le bras en guise d’au-revoir…

Underground 4 : L’Histoire de Marie

Sous la surface des choses se cachent parfois d’autres choses.

Dans cette série, je vous propose de fermer les yeux et de laisser votre imagination vous montrer ces choses qui brillent derrière les choses.

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Photo M.Christine Grimard

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Une journée de plus s’achève. Marie rentre, épuisée. Les nuages menacent alors que toute la journée a été radieuse. Elle voulait aller faire un tour avec son chien resté seul toute la journée et voilà que le temps se couvre quand elle retrouve sa liberté.
Pas de chance.

Elle conduit automatiquement et s’étonne d’être déjà arrivée sur le chemin de son village. Elle n’a pas vu passer le trajet. Elle a l’impression de sortir d’un coma et secoue ses épaules pour se réveiller. Chaque soir, c’est un peu plus dur. Elle vieillit et n’a plus l’endurance qu’elle avait il y a dix ans. Le manque de personnel dans le service est de plus en plus criant. Un jour, la vie des patients sera en danger quand une des filles fera un malaise d’épuisement pendant son service. On n’a beau le dire à chaque réunion, tout le monde se désintéresse de la question. Du moment que le travail est fait, le reste n’a pas d’importance.

Marie prise dans ses pensées négatives, appuie de plus en plus fort sur l’accélérateur. Les pneus crissent sur le bitume mouillé. Des grosses gouttes viennent s’écraser sur le pare-brise. Le soleil sort brusquement de derrière les nuages et l’éblouit. Elle freine instinctivement, sentant ses roues glisser vers le fossé. La voiture tangue puis rétablit sa trajectoire. Des sueurs froides la traversent tandis qu’un léger vertige la saisit. Un coup d’œil au tableau de bord lui indique une vitesse effrayante : 120 sur une route de campagne exigüe et sinueuse. Comment a-t-elle pu se laisser entraîner ainsi ? Elle a dû s’endormir un instant.
Elle se crispe sur le volant et appuie sur le frein par petites touches, il ne s’agirait pas de faire un tête-à-queue. Les freins semblent peu efficaces. Elle sent ses roues qui se bloquent. La voiture se déporte sur la gauche de la route, elle ne parvient pas à rétablir la trajectoire. Elle voit défiler le paysage à une vitesse vertigineuse avec la sensation paradoxale d’être dans un film au ralenti. Elle approche du prochain tournant qu’elle sait être très serré. Il faut absolument qu’elle ralentisse avant, si jamais quelqu’un arrive en face, elle ne pourra l’éviter. Accrochée au volant, elle enfonce la pédale de frein désespérément, sans résultat.
Elle arrive près du tournant, au moment où un énorme tracteur se présente sur la voie de gauche.

Cette fois, c’est la fin, elle ne pourra l’éviter.
Un sanglot lui échappe. Elle va mourir sur cette route. Pourtant le ciel est si beau, mariant nuages, pluie et soleil dans un bal resplendissant de lumière.
Elle se dit que c’est trop bête de mourir alors que le ciel est si beau.
Elle se dit qu’elle est trop bête de penser cela.
Elle se dit qu’elle a encore tant de choses à accomplir.
Elle entend quelqu’un crier, hurler même, avant de réaliser que c’est elle.

Un rayon de soleil darde, transformant les gouttelettes sur le pare-brise en diamants bruts. Éblouie, Marie cligne des paupières. Sur la droite, un reflet bleuté flotte au-dessus des haies. Intriguée, Marie le suit des yeux. Il ondule dans le soleil, monte un peu puis redescend brusquement. Elle ne comprend pas ce qu’elle voit et en oublie de regarder le tracteur qui se rapproche dangereusement.
Au moment où « l’objet » se pose sur le bas-côté de la route et que la voiture folle le dépasse, Marie sent une force incroyable écraser son pied sur le frein. La voiture pile en douceur, comme si elle s’était arrêtée dans un tampon d’ouate invisible, alors qu’elle glissait inexorablement la seconde précédente. Un peu sonnée, Marie se retourne vers la lumière bleue. Elle a disparu mais au pied du poteau téléphonique à l’endroit où elle croit l’avoir vue se poser, un jeune piéton la fixe de son regard gris. Elle n’avait pas remarqué qu’il y avait quelqu’un près du poteau en passant. Il est vrai que dans ces circonstances, on n’est pas attentif à l’environnement !

Le tracteur s’est arrêté, un homme en descend et s’approche de sa portière.
– Eh bien, ma petite dame, on fait les 24 heures du Mans ?
– Oh, je vous en prie, répond Marie, n’en rajoutez pas ! J’ai eu assez peur comme ça. Ma voiture a glissé…
– Vous rouliez à tombeau ouvert, ma petite !
– Je ne suis pas « votre petite » premièrement. Et je me suis arrêtée finalement.
– Oui, j’ai vu. Un vrai miracle, d’ailleurs. Je me demande comment vous avez fait pour piler comme ça !
– Je ne sais pas moi-même, répond Marie. Le jeune homme là-bas pourra peut-être me raconter ce qu’il a vu quand je suis passée devant lui.
– Quel jeune homme, répond l’homme. Il n’y a personne. Vous avez des visions en plus ? Vous avez bu ou alors fumé des trucs bizarres ? Insiste-t-il.
– Je vous en prie, je suis infirmière. Je ne bois pas ni ne me drogue. J’ai vu un jeune homme très pâle aux yeux gris qui me regardait en passant. Venez- voir !
– Dans tes rêves… répond l’homme dans un éclat de rire.

Marie lui jette un regard noir et sort de sa voiture en claquant la portière. Elle se dirige vers le poteau téléphonique où elle croyait avoir vu quelqu’un. Mais il n’y a personne. L’homme la suit, se moquant de « ses visions ». Elle ne l’entend pas, elle sait ce qu’elle a vu. Il y avait un homme là, elle en est sûre. Quelqu’un de bon, au regard doux. Quelqu’un qui l’a aidée. Quelqu’un dont la présence l’a rassurée…
Elle se dit qu’elle devient folle la fatigue aidant, la pluie redoublant, la nuit tombant, qu’elle va prendre froid si elle reste là. Voilà qu’elle a des visions maintenant. Il faudra qu’elle consulte le neurologue du service. Si ça se trouve, elle a une tumeur cérébrale.

L’homme se penche vers le fossé, ramasse un objet brillant qu’il lui tend en disant :
– Votre fantôme vous a laissé un cadeau on dirait !
Marie le saisit et le retourne. C’est une petite médaille de baptême, en or rose. Elle a dû appartenir à une petite fille. Sur un des côtés, un angelot la regarde, le menton dans les mains, le visage éclairé d’un sourire espiègle. Sur la face opposée, un seul prénom gravé en lettres manuscrites : Marie
Marie pâlit, regarde la médaille en silence. Elle ne peut s’empêcher de trembler. C’est probablement le contre coup de l’accident. Le souffle lui manque. L’homme s’inquiète de son mutisme et l’attrape par le bras, craignant qu’elle ne tombe :
– Eh ma petite, ça ne va pas ?
Elle avale sa salive et parvient à répondre :
– On m’appelle Marie, et ceci est la copie exacte de ma médaille de baptême.
En prononçant ces paroles, elle sort de son cou une chaînette en or rose où une médaille identique à la précédente est pendue.

L’homme la regarde en hochant la tête. Il bougonne dans sa barbe quelques mots qui échappent à Marie, puis lui tapote l’épaule et conclue :
– Aller, ma petite. Il faut rentrer maintenant. Ce n’est pas la peine de rester là sous la pluie pour attraper la mort. Surtout que ce soir, elle rodait et elle n’a pas eu ce qu’elle voulait. Il vaut mieux ne pas rester là. Vous avez eu bien de la chance. Dans la vie, il faut prendre les bonnes choses quand elles viennent et ne pas essayer de comprendre ce qui nous dépasse. Ma vieille mère disait toujours que « Quand c’est pas l’heure, c’est pas l’heure ».
– Vous avez raison, répond Marie en essayant de réprimer ses tremblements. Je vais rentrer me mettre au chaud. Merci pour votre aide précieuse.
– Je n’ai pas fait grand-chose, ma petite. Mais je suis assez content d’avoir vu ce que j’ai vu… Oui, bien content ma Foi !

L’homme s’éloigne et remonte dans son tracteur en hochant la tête. Marie reprend sa voiture et démarre doucement. Elle rentrera à 30, elle a le temps. Elle a eu de la chance et il ne vaut mieux pas la tenter une seconde fois ce soir.
La voiture démarre dans un murmure. La pluie a cessé. Marie regarde dans le rétroviseur. Un halo bleuté frémit sur le bas-côté près du poteau téléphonique. Elle s’arrête et se retourne brusquement au moment où il s’élève légèrement.  Il volète un instant au-dessus de sa voiture, puis s’éloigne et se dissout dans la nuit.

Texte et photo M.Christine Grimard

 

Photo du jour : Sentinelle

« Il y a des êtres mystérieux toujours les mêmes qui se tiennent en sentinelle à chaque carrefour de votre vie »

Modiano

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De nombreuses fois dans ma vie, j’ai eu la sensation de n’être pas seule.

Sensation inexplicable que celle d’une présence aimante, protectrice, attentive, patiente.

Au moment des choix essentiels, lorsque je me perdais dans le brouillard, quand toutes les portes étaient fermées et que je m’acharnais à vouloir les ouvrir sans avoir la clé, à l’instant où je lâchais prise, ou j’allais abandonner, je me tournais vers cette présence et lui demandais son aide, ou son avis, n’importe quoi, juste un peu de lumière et d’espoir.

Soudain, quelques heures après, la clé apparaissait dans ma main. Je savais alors quelle porte prendre. Il suffisait de suivre la flèche.

De nombreuses fois.

Était-ce le hasard ?

Il semble que le hasard ne soit pas aussi fidèle au poste. Il bat les cartes puis les jette dans le vent de la plaine. Le hasard n’est pas généreux, ni bienveillant. Il fauche les nids des fauvettes dans la furie des moissons, il brise les temples et broie leurs fidèles sous les cataclysmes terrestres, il choisit ses victimes parmi les enfants des écoles sous les assauts des fous. Il distribue les bons et les mauvais numéros.

Cette présence ne devait rien au hasard. Enfant, je l’imaginais dans les nuées bleutées, sous les nuages joufflus, me regardant en souriant, une lueur bienveillante au creux des prunelles. Elle prenait le visage doux de ma grand-mère, du moins le visage que je lui prêtais n’ayant jamais eu la joie de croiser son regard. Ma jeune grand-mère ayant quitté cette vie avant sa quarantième année, elle n’a toujours été pour moi que ce visage un peu flou au regard clair en amande, coiffé de cheveux lissés à la mode des années folles, une étoile de brillants au dessus de l’oreille gauche, et un sautoir de perles autour de son cou de cygne.

J’étais sûre que personne d’autre, là-haut, ne pourrait avoir la patience d’écouter mes élucubrations. Aussi, sa présence dans les hautes instances, était une aubaine, et me rassurait. Les êtres de lumière avaient bien autre chose à faire …

Depuis peu, elle a reçu du renfort, ce qui devrait me rassurer encore plus. Sa fille bien aimée l’a rejointe. Comme elles doivent être heureuses de s’être retrouvées. Si j’ai besoin de guide, maintenant, il y aura deux anges au lieu d’un pour éclairer mon chemin …

Et cette chanson trotte dans ma tête, trotte, flotte …

« Here I go
I’ll tell you what you already know
If you love me with all that you are
If you love me, I’ll make you a star in my universe…
You’ll spend everyday shining your light my way » (Angus et Julia Stone For you )

 Les sentinelles de l’Amour sont là.

En fermant les yeux, on entend murmurer leurs âmes tout contre les nôtres.

Sinon, à quoi servirait tout cet amour ?

With your soul on my soul, Here I’ll go.

If you love me, Wherever you are now .

You are shining your light on my way …

Poème : Ange

« Être Ange
C’est Étrange  »
Jacques Prévert

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Photo Justyna S.

 

Tu as les pieds sur terre,
Dans un quotidien d’enfer.
Tu t’enfonces chaque matin
Un peu plus loin

Dans la forêt d’épines.

Tu repousses les limites
De l’acceptable et du mérite
Tu recules pas à pas, comme on glisse
Jusqu’au bord du précipice

Jusqu’à tomber dans la forêt d’épines

Quelle charge aura raison de toi ?
Quelle fardeau te fera plier ?
Quel peine te détruira ?
Quelle chagrin te fera tomber?

Dans la forêt d’épines

Dans ton sillage, c’est étrange,
Ce parfum de courage, ce mélange
De force et de patience,
De calme et de fragilité

Dans la Forêt d’épines

Un jour tu déploieras tes ailes immenses
Et sans un regard en arrière, ni regret,
Tu ne laisseras derrière toi qu’une fragrance
De jasmin et de lilas, comme un léger duvet

Sur la forêt d’épines

 

Photo du jour: plumes

Ce soir un ange est passé

Mais personne ne l’a entendu.

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Si on avait baissé la voix,

On aurait entendu

Un souffle léger,

Balayer les nuages,

Dans un bruissement d’ailes.

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Ce soir un ange est passé,

Mais personne ne l’a vu.

.

Si on avait levé les yeux

On aurait aperçu

Un envol de plumes blanches

Dans les rayons vermeils

Du soleil couchant.

.

Ce soir un ange est passé

Mais personne ne l’a senti.

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Si on avait laissé nos peurs

Si on avait ouvert nos cœurs

Si on avait oublié l’heure.

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On aurait admiré

Son sourire,

On aurait échangé

Nos regards.

On aurait savouré
Un peu de légèreté,

On aurait partagé

Une once de douceur.

On aurait engrangé

Quelques grammes d’espoir,

On aurait pu goûter

A cette humanité,

Que l’ange nous a laissé,

Et cette lueur d’espoir,

Pour écairer le soir.

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Photo du jour: Suivre l’ange

Photo du jour: Suivre l'ange

Photo M Christine Grimard

Lundi, jour de soleil.
La vie pourtant est parfois lourde, même inondée de soleil.
Les ombres sur le chemin menacent ceux qui les craignent, mais n’arrêtent pas ceux qui ne les regardent pas.
Alors, Avancer, ne pas s’arrêter au bord du ravin.
Continuer et ne pas regarder en bas.
Poursuivre tout droit, vers le soleil.
Et soudain, entendre un cri aigu, voir passer un vol d’échassier.
Suivre le dernier, comme on admire une ballerine, qui tournoie sous le vent.
S’arrêter de respirer, le temps de s’imprégner de son élégance, de sa liberté, de sa légèreté .
Et puis, sans y penser, dans un réflexe, saisir l’appareil et l’attraper au vol, en espérant qu’un miracle se produira pour que l’image ne soit pas floue .

Le regarder s’éloigner avec un pincement au cœur.

Se pencher vers l’écran, puis relever la tête et sourire.
Et d’un geste de la main, secrètement remercier l’Ange, qui m’a fait cadeau de son image ….

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Messages (Partie 7 et fin)

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Je regardai l’appareil, me demandant ce que je devais en faire.

Jusqu’à présent, il n’avait jamais eu besoin d’être rechargé. Je n’avais rien pour le faire, ce modèle n’étant compatible avec aucun matériel connu. Ma première réaction fut d’ignorer le message et de le ranger au fond d’un tiroir. Mais quelques heures plus tard, je ne parvenais pas à l’oublier.

Je le ressortis de mon bureau, l’écran affichait toujours la même phrase :

……Batterie faible, veuillez brancher rapidement votre mobile …

Mon fils étant rentré, je lui demandais conseil :

-Dis-moi, tu sais, le téléphone que je t’avais montré il y a quelques temps. Il faudrait que je le recharge. Aurais-tu un chargeur compatible à me prêter ?

-Tu as gardé ce truc ? Tu ne l’as encore jamais chargé ! Tu n’as pas dû t’en servir beaucoup ! Montre-le moi, je ne me souviens plus de quel modèle il était.

-Regarde, il affiche cette phrase depuis le début de l’après-midi.

-Sans s’éteindre ? La batterie ne doit pas être si faible que ça !

Il le retourna dans tous les sens, et conclut de nouveau :

-Je ne connais pas ce genre de modèle. Jamais vu un truc pareil ! Il n’y a même pas d’endroit où brancher le chargeur. Le gars qui te l’a donné, s’est bien fichu de toi !

-Oui, en attendant… Qu’est-ce que je peux faire ?

-Le rapporter à la boutique ! Mais le temps que tu y ailles, il sera définitivement éteint, je pense ! Au fait, tu pourrais aussi me prendre une nouvelle coque, la mienne est foutue…

– Oui, je crois que tu as raison. Probablement que cela ne servira à rien, mais au moins j’aurais essayé.

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Le lendemain, je retournais dans la boutique de téléphonie, presque déserte à cette heure-ci, sans me faire d’illusion sur ce qu’allaient me dire les vendeurs. Ce modèle n’était pas connu, et ils n’avaient pas de chargeur adapté, que je ne l’avais pas acheté chez eux…

Le jeune garçon à qui je m’adressais, fut pourtant très aimable, et essaya de comprendre pourquoi ce téléphone bizarre n’avait pas de prise pour adapter un chargeur. Et malgré l’aide de tous ses collègues appelés à la rescousse, aucune solution ne fut trouvée. Le même message restait inscrit sur l’écran de veille, alors que l’indicateur de batterie était vide !!

Les employés commençant à me regarder avec une curiosité déguisée sous des sourires commerciaux, mais je voyais bien que l’appareil les intriguait et qu’ils se demandaient d’où je le tenais. Je ne parlais pas de l’homme qui me l’avait donné, bien que je sois très déçue de ne pas le voir dans la boutique. Enfin, l’un d’eux m’indiqua qu’une boutique de matériel informatique venait d’ouvrir ses portes dans la galerie marchande.

-Vous devriez y trouver votre bonheur, me dit-il. Ils ont tout, même des accessoires qui datent des débuts de l’ère informatique. J’ai vu là-bas un vieil Amstrad, du même modèle que mes parents avaient acheté l’année de ma naissance, où il y avait un jeu de casse-brique que j’adorais. Si un moyen de recharger ce modèle de téléphone existe, ils le trouveront sûrement.

Je repris un peu espoir.

– Je vous remercie de ce renseignement, je vais aller voir. Répondis-je, avec un sourire. Avant cela, j’ai besoin d’une coque pour le portable de mon fils. J’espère que ce modèle est encore d’actualité.

Le vendeur s’empressa de me trouver différents modèles, ravi de me vendre quelque chose malgré tout. Je payais et quittais de la boutique en le remerciant chaleureusement. En m’éloignant, je sentis son regard fixé sur moi, et l’entendis murmurer à oreille de son collègue, une phrase dont je ne compris que deux mot :

– … histoire bizarre !

Il ne savait pas à quel point il avait raison sur la bizarrerie de cette histoire !

Je parcourus la galerie marchande à la recherche de cette fameuse boutique informatique, sans la trouver. Les rares personnes qui étaient présentes ne purent me renseigner. J’allais renoncer quand une enseigne s’éclaira lorsque je passai devant, le nom de la boutique était inhabituel : «Espace et connexions». J’entrai et jetai un coup d’œil rapide autour de moi. Il n’y avait personne dans la boutique, ni appareils sophistiqués, seulement quelques présentoirs vitrés avec des téléphones de toutes les couleurs, et quelques ordinateurs portables fermés. Les marques m’étaient inconnues, ce qui n’aurait pas étonné mes enfants, je suppose. J’attendis quelques minutes, mais comme personne ne semblait s’apercevoir de ma présence, je me dirigeai vers le comptoir et appelai :

– Il y a quelqu’un ?

-Voilà, voilà, j’arrive ! Me répondit une voix forte dans l’arrière-boutique. Puis je vis entrer un homme trapu, à reculons, qui portait des cartons si volumineux qu’ils dépassaient de sa tête. Il posa sa charge et se retourna vers moi.

Je restai muette de surprise, en le reconnaissant malgré sa barbe et ses cheveux plus courts.

Il me regarda en souriant, silencieux quelques instants, ses yeux rieurs attiraient d’emblée la sympathie. Je ne pus m’empêcher de lui rendre son sourire.

Il se décida à parler le premier :

– Je suis ravi de vous revoir. Il semble que vous vous souveniez de moi.

– Ne soyez pas ironique, vous savez qu’il aurait été impossible de vous oublier, avec ce que vous m’avez fait vivre au cours de cette année.

– Oh, moi je n’ai rien fait, dit-il. Je vous ai simplement donné un instrument, dont vous étiez libre de vous servir ou non. Il me semble que c’est vous qui avez choisi de poursuivre l’aventure. Rien ne vous obligeait à le faire.

– Rien !! Vraiment rien ? Vous croyez ?

Je n’en revenais pas. Plus je m’indignais, plus son sourire s’élargissait. Il poursuivit.

– Oui, rien ne vous obligeait à le faire, si vous réfléchissez bien. Vous auriez pu ranger ce téléphone dans un coin, et ne plus le regarder. Les choses en seraient restées au point où elles étaient, les histoires auxquelles vous étiez confrontées se seraient déroulées différemment. Qu’en pensez-vous ?

– Je pense que vous vous moquez de moi. Qui aurait pu laisser les choses de faire, et attendre sans intervenir, comme vous dites ? Personne je pense !

– Oui, ça c’est ce que vous pensez, en effet ! Moi, je vous dis que rien ne vous obligeait à le faire, et que de nombreuses personnes n’auraient rien fait, pour ne pas avoir d’ennui, pour ne pas chambouler leur vie, par peur de l’inconnu, par paresse ou par lâcheté, ou simplement pour avoir la paix. J’ai déjà fourni de nombreux téléphones vous savez, et les personnes qui me l’ont rapporté comme vous le faites aujourd’hui, se comptent sur les doigts d’une main …

– Je pense que vous exagérez, je ne vous crois pas. Répondis-je. Lorsqu’on a cet écran devant les yeux qui vous montre de telles images, il est impossible de les ignorer et de passer son chemin en fermant les yeux. Mais il est vrai, que c’est très stressant, chaque fois, un peu plus que la précédente. Mais enfin, on peut au moins essayer, il me semble !

– Vous avez raison, bien sûr, mais soyez réaliste, ma chère. Ici, on est dans la vraie vie, pas dans un conte de bonne-femme. Combien de personnes se lèvent pour défendre quelqu’un qui est agressé dans le métro ? Combien de fois nous préoccupons-nous de la santé de notre voisin ? Combien de fois laisse-t-on la peur, l’envie, la jalousie paralyser nos actions ? Pourquoi se préoccuperait-on du bien-être de l’inconnu que l’on croise dans la rue, puisqu’on ne le reverra jamais ? Alors à quoi bon le regarder dans les yeux en le croisant ? C’est sans doute pour cela que tant de personnes marchent dans la rue en regardant le bout de leurs chaussures.

Il se tut, et le silence écrasant qui suivit sa tirade, me parut si lourd que je baissais les yeux vers mes chaussures, comme si elles allaient me fournir un alibi pour mes propres lâchetés.

– Vous avez raison, bien sûr. Si chacun faisait un pas vers l’autre, ce monde serait beaucoup moins lourd certains jours. Vous savez, je n’aurais jamais cru que j’arriverai à aider quelqu’un comme je l’ai fait au cours de ces derniers mois. Je suis lâche aussi, et quand un évènement se déroule devant mes yeux, je commence par tenter de me replier dans ma coquille. Il faut que l’indignation me pousse vraiment pour que je décide d’en sortir. Je ne sais pas si c’est de la timidité de la peur ou de la lâcheté, et je ne me suis jamais vraiment posé cette question auparavant.

– Moi, je savais que vous le pouviez. Mais vous, comme tant d’autres, ne le saviez pas, dit-il, ses grands yeux brillant en face des miens.

Ce regard clair et franc me donnant confiance, j’oubliais ma timidité pour poursuivre :

– Je sais que vous avez raison, chacun de nous est capable du pire et du meilleur. C’est une question de choix. Nous avons tous le même potentiel, mais nous ne le laissons pas toujours s’épanouir, selon ce que nous avons vécu, selon nos désirs ou nos craintes. Il faut souvent un déclic pour laisser notre nature s’exprimer. Il me semble que ce téléphone ailé ait été pour moi ce déclic, et je vous remercie de me l’avoir confié, finalement.

Je repassais dans mon esprit, le film des évènements de l’année précédente, en ayant l’impression que cela concernait quelqu’un d’autre. Les yeux dans le vague, je me pris à regretter que cela soit terminé. Il sembla lire dans mes pensées, et me demanda :

-Regrettez-vous ce qui s’est passé, ou regrettez-vous que cela soit terminé ?

Je le regardai, incrédule, la bouche ouverte, un instant, puis répondis :

-Je ne sais pas trop, je regrette un peu que tout cela soit terminé. Mais je crois que je regrette surtout que ce téléphone soit arrivé au bout de sa source d’énergie sans me donner la raison de tous ces mystères! Me direz-vous enfin, qui vous êtes, et qui a décidé du choix de ces évènements, et qui tire les ficelles ?

Il me regarda en silence, avec ce sourire énigmatique dans les yeux, une moue au coin des lèvres, en se caressant la barbe.

-Il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas dévoiler. Ce genre d’information ne vous avancerait à rien, surtout que vous connaissez déjà les réponses à vos questions. Il suffirait que vous ouvriez un peu votre esprit pour le savoir. Il me semble que vous êtes suffisamment futée pour y arriver un jour…

Il éclata de rire, ce qui eut le don de m’exaspérer ;

-Oui, c’est ça, je ne saurai rien de plus « Monsieur Mystère » ! Il suffit que j’ouvre mon esprit, et la réponse m’apparaitra, écrite dans les nuages, ou sur cet écran, désespérément éteint ! Vous vous moquez de moi. Tout cela vous plaît beaucoup, il me semble. Figurez-vous que j’aime bien connaître les tenants et les aboutissants des choses. J’ai l’esprit cartésien, et j’aurais beaucoup aimé avoir le fin mot de cette histoire !

Ipod 297

Il me regardait, et il me semblait qu’il était tenté de me répondre. Enfin, il se lança, tandis que je retenais mon souffle, pour ne pas l’interrompre :

-Disons que vous méritez bien d’avoir quelques-unes de vos réponses. Peu de personnes ont réussi à remplir tout le tableau comme vous. Il me semble qu’on ne m’en tiendra pas rigueur, si je vous donne quelques indices. Alors écoutez bien, parce que je ne le répèterai pas deux fois.

Il baissa le ton, comme si la confidence était classée top-secret.

-La providence qui règle les mouvements de cet univers, a parfois quelques moments de faiblesse. Disons que tout ceci est tellement complexe, qu’il arrive que la mécanique se grippe. Les erreurs de programmation étant difficiles à corriger, il faut souvent une aide extérieure pour le faire, le tout dans l’urgence bien sûr. Alors on fait appel à des bénévoles ayant l’esprit vif, prompt à découvrir comment régler les problèmes rapidement. On les choisit soigneusement, mais il nous arrive de nous tromper, et chacun ne parvient pas forcément à accomplir sa mission. Cependant, je dois reconnaître que la plupart du temps, ils y mettent la meilleure volonté du monde ! Ce qu’il est important de comprendre, c’est qu’ils gardent le choix de leurs actions, et s’ils veulent arrêter, ils le peuvent aussi. La bonne volonté est avant tout une question de liberté de choix.

Les grandes lignes de ce canevas commençaient à se dessiner doucement devant mes yeux. Il le sentit et interrompit son discours, en me fixant. Je tentai une dernière question :

-Ces bénévoles dont vous parlez, sont souvent apparus dans la littérature ou l’art, sous la forme d’êtres surnaturels, aux ailes diaphanes et au sourire angélique, n’est-ce pas ?

-Sans doute, comme vous le savez, les humains ont une imagination débordante ! Répondit-il en riant dans sa barbe. Ils ont besoin d’agrémenter leur quotidien d’un peu de rêve, alors les anges gardiens, le père Noël, le croque-mitaine, le lapin de Pâques, celui d’Alice et tout le reste, font partie de toutes ces légendes. Disons pour être plus juste, que le monde est régit par des forces qui doivent s’équilibrer entre elles. Quand une force négative voit le jour, il est nécessaire qu’une force positive s’oppose à elle, pour que l’équilibre général de cet univers, ne soit pas rompu.

Il se tut, et retourna derrière son comptoir, me laissant terriblement frustrée. J’insistais :

-Il me reste encore des interrogations.

-Oui, moi aussi, répondit-il, et plus d’une ! Mais je me contente des réponses que j’ai déjà pour avancer.

Le ton était cassant, et il semblait inflexible. Je ne saurais rien de plus. J’avançai vers lui, en scrutant son visage, pour tenter d’y retrouver les dernières pièces du puzzle. Il releva les yeux vers moi et dit :

-Inutile d’insister. Je ne dirai rien de plus, vous en savez déjà beaucoup trop. Personne ne m’a jamais posé autant de questions jusqu’ici.

Je restai piquée devant lui, et fit une dernière tentative.

-Je vais donc vous rendre ce téléphone, cependant il réclame d’être rechargé depuis plusieurs jours. L’écran reste éclairé, alors qu’il n’a plus de batterie depuis des lustres. J’aimerai juste comprendre. Vous pourriez m’expliquer, cela ne doit pas être un si grand secret. Et j’aurai une dernière question plus personnelle à vous poser après, et celle-ci je ne vous en voudrai pas si vous m’en refusez la réponse.

-Vous ne lâchez jamais prise, n’est-ce pas ? Dit-il en me regardant sévèrement.

-Oui, c’est drôle, on me dit souvent cela, finalement ! Répondis-je en riant franchement.

-Bien. Pour ce qui est du téléphone, il attend que je décide de le recharger, et l’écran restera allumé jusqu’à cet instant. J’ai alors deux options, où je le confie à quelqu’un d’autre, ou je vous le rends, si vous l’acceptez. L’avantage, c’est que désormais, vous savez à quoi vous attendre.

Il me regardait, attendant ma décision en silence.

J’avalais péniblement ma salive, un peu sonnée. Celle-ci je ne l’avais pas vue venir. Je réfléchissais rapidement aux conséquences de ce qu’il attendait de moi. Il allait recharger ce téléphone, de nouvelles missions, de nouvelles vies en attente, de nouveaux défis. Aurais-je assez d’énergie pour l’aider encore ? Qu’allait devenir ma vie ? Toutes ces questions tournaient dans ma tête comme un manège infernal, et je le regardais un peu perdue.

-Vous savez, je ne confierais pas ce genre de fardeau, à quelqu’un qui n’aurait pas l’énergie nécessaire pour le porter. Faites-moi confiance ! Si je vous ai choisie, c’est parce que je savais que vous en étiez capable, ajouta-t-il. Je sais toujours de quoi les gens sont capables avant eux.

-Facile à dire, répondis-je entre mes dents. Je sentais que l’angoisse commençait à me serrer l’estomac.

-Le choix vous appartient, dit-il laconiquement.

Encore mieux ! Il ne m’aiderait pas ! Je ne regardais d’un air outré, mais il se contenta de sourire en prenant mon téléphone entre ses doigts. On entendit un bruit de carillon s’agitant dans le vent, puis l’écran s’éteignit.

-Voilà, il est rechargé, dit-il en le posant sur la banque devant moi. Que décidez-vous ?

Je regardais le téléphone dont l’écran était de nouveau muet, pendant quelques secondes, puis le pris dans ma main. Il me sembla qu’il me reconnaissait, et qu’aucune force au monde n’aurait pu me convaincre de le laisser à quelqu’un d’autre. Je levai les yeux vers l’homme et lui répondis :

-Je le garde, on fait une bonne équipe ensemble, il me semble.

Il sourit en silence, puis me dit :

-Je vous souhaite une heureuse année, ma chère, que vos pas vous guident vers le meilleur. Si vous le souhaitez, je serai là l’année prochaine à la même époque, et je serai ravi d’avoir de vos nouvelles. Je vous laisse reprendre le cours de votre vie, mais surtout je vous remercie de votre aide, et de votre efficacité discrète.

Tout en parlant, il me raccompagnait vers la porte, qu’il ouvrit largement, me signifiant que l’entretien était terminé. En me glissant dehors, je me retournais une dernière fois vers lui, et lui posais mon ultime question :

-Dites-moi, juste pour satisfaire mon insatiable curiosité, êtes-vous la Providence dont vous me parliez, êtes-vous le Chef d’Orchestre de toute l’histoire ?

Je le scrutais, espérant qu’il ne se déroberait pas. Il partit d’un grand éclat de rire et le dit :

-Non, je ne suis pas le Chef d’orchestre, Dieu Merci !!! Disons, pour satisfaire votre immense curiosité que je suis seulement son premier violon !

Sur cette dernière phrase, il referma la porte derrière lui, et quelques secondes plus tard, toutes les lumières de la boutique, s’éteignirent.

Je restais là, un peu interdite de cette dernière révélation. Il fallait que je rentre chez moi, pour digérer tout cela. Avant de me mettre en route, j’ouvris la coque ailée du téléphone, en attendant une aide indéfinie. Comme s’il m’avait entendue, l’écran s’illumina.

Devant les yeux, la représentation de « l’ange au sourire » apparut. Il me regardait avec ses grands yeux souriants, colorés de gris comme je ne les avais jamais vus auparavant. Puis, très distinctement, je le vis me faire un clin d’œil, et son sourire s’élargit pendant quelques secondes. Je me surpris à lui sourire en retour, et je lui rendis son clin d’œil. Il battit des ailes une fois, puis l’écran s’éteignit de nouveau.

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Cette connivence inattendue me rendit le sourire, et je repris le chemin de ma vie, plus légère. Peu importe, ce qui allait arriver pendant cette année qui recommençait, j’allais faire de mon mieux, et avec l’aide de ceux que j’aimais, j’essayerai de ne pas perdre mon sourire.

En repartant dans les rues, je levai les yeux vers le ciel noir d’encre ce soir-là. Aucune Providence ne se montra, mais en marchant entre les immeubles, j’entendis un violon au loin, qui égrainait une cascade de notes. Je fis un signe de la main, en direction du son, qui redoubla de vitesse et de dextérité, puis s’éteignit comme le dernier bouquet d’un feu d’artifice, dans une gerbe de silence. Je compris alors que la confiance qui m’habitait ne me laisserait pas seule sur le chemin, et je rentrai en fredonnant, enfin sereine, comme je ne l’avais pas été depuis fort longtemps.

FIN

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Messages (Partie 6)

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Jour après jour, la sensation menaçante me poursuivait. Je savais qu’il restait une ligne à remplir sur le tableau aux ailes argentées. Mais peu à peu, ma confiance s’amenuisait et j’en vins à penser que cette dernière partie de l’histoire serait un échec. J’essayais de ne pas m’en persuader, pour ne pas gâcher à l’avance les chances de réussite, mais je sentais bien que je perdais espoir.

Je tentais de me changer les idées, en préparant les fêtes de fin d’année qui approchaient à grand pas. En vain, la course aux cadeaux me replongeait dans le souvenir de la rencontre avec ce « Père Noël » l’année précédente, et je me repassais en boucle, le début de toute cette histoire.

Et je me demandais comment elle allait s’achever.

Nuit après nuit, le même cauchemar me poursuivit. Je finis par dormir le moins possible et le manque de sommeil m’épuisa peu à peu. Je savais que le dernier évènement aurait lieu avant la fin de l’année, et à mesure que les jours passaient, mes inquiétudes grandissaient. L’impression qu’une force inconnue volait peu à peu mon énergie, s’insinuait dans mon esprit. Je ne me reconnaissais pas, et mes proches me regardaient en silence sans oser poser la moindre question sur mon changement de caractère. Plus le mois égrainait ses jours, plus mon anxiété prenait le pas sur toutes mes émotions.

Un matin, enfin, je m’éveillai avec un sentiment d’urgence. Le jour était arrivé, et je le savais, bien qu’aucune sonnerie ne se soit fait entendre. La journée commença dans la routine, puis en début d’après-midi les minutes s’accélérèrent. Je sentis que je devais sortir, sans bien savoir où me rendre. Je suivis les boulevards, où une foule compacte se pressait, pour les achats de Noël. Je regardai le téléphone plusieurs fois, mais il restait désespérément muet. Je pris la direction du fleuve et suivis les quais, où des mouettes planaient lourdement dans le vent glacial de l’hiver. Cet endroit était un de mes préférés de la ville, et je profitais de ce moment de plaisir, même s’il prenait un goût de tempête imminente.

Je sursautai lorsque le téléphone sonna. Le moment était venu.

Il n’y avait aucune vidéo, mais seulement une image fixe, où un homme que je voyais de dos, enjambait le parapet du pont. Je levai les yeux pour m’en convaincre. Il s’agissait bien du pont qui était devant mes yeux, mais il n’y avait aucun homme. Je refermais la coque et courus pour arriver sur place avant cet homme inconnu, essoufflée par le vent glacial et la côte. En débouchant sur la chaussée du pont, je le vis. Il était déjà là, au milieu du fleuve, regardant au loin, sans que je ne puisse voir son visage, immobile, à quelques mètres du parapet. J’avançais sans le quitter des yeux, lorsque je perçus le son caractéristique de ma messagerie. Je savais ce qui allait s’inscrire, et préférai ne pas regarder, pour garder l’homme dans mon champ de vision, comme s’il ne pouvait pas sauter aussi longtemps que je le fixerai.

Cette idée était irrationnelle, mais je ne lâcherais pas prise, il le fallait.

Je m’approchai de lui tout doucement, quand je le vis franchir les quelques mètres qui le séparaient de la rambarde. Je m’entendis dire d’une voix étranglée :

– Non, attendez … une minute ! Si nous en discutions …

Il se retourna brusquement et me fixa. Je sursautais en le reconnaissant, c’était l’homme que j’avais déjà rencontré à plusieurs reprises, mais son regard était méconnaissable. Je n’avais pas remarqué auparavant à quel point ses yeux étaient à la fois noirs et flamboyants et je ne pus m’empêcher d’être impressionnée par l’hostilité qui irradiait de lui.

Un silence pesant tomba entre nous.

Imperceptiblement, il reculait. Je suivis son mouvement, refusant qu’il mette de la distance entre nous. Plus un bruit n’était perceptible, ni le murmure du vent, ni la rumeur de la ville, ni le glissement du fleuve. On pouvait croire que l’on s’était envolé dans une sphère hors du temps, cela dura quelques secondes puis il rompit le silence :

« J’aurais dû m’en douter, ça ne pouvait être que vous ! Vous ne pouvez pas vous empêcher de vous mêler de ce qui ne vous regarde pas ! Mais cette fois-ci les choses se passeront comme JE l’aurai décidé. Ses derniers mots ne furent qu’un cri et malgré moi je fis un pas en arrière.

–         Non, ne dites pas ce genre de chose…

–         Taisez-vous, hurla-t-il, je ne veux plus entendre votre voix de petite fille sage. Laissez-moi tranquille !

Alors qu’il disait ces mots, je me glissais imperceptiblement entre lui et la rambarde du pont, sans baisser les yeux. Il jeta un coup d’œil rapide au fleuve, puis me toisa de toute sa hauteur, changeant brusquement d’attitude. Et c’est avec un sourire qu’il dit soudain :

« Vous voulez en discuter, avez-vous dit, alors discutons-en ! Je suis curieux de savoir ce que vous pourriez bien me dire qui me ferait changer d’avis. »

Le ton employé était cassant et ironique. Il finit par un ricanement méprisant.

Je ne me laissais pas dominer, je saisis l’occasion et lui dis :

« Très bien, alors suivez-moi, nous allons en discuter calmement  au chaud ; je vous offre un café ! »

Je lui pris alors le bras pour l’entrainer  vers la rive. Il eut un mouvement de recul mais je ne le lâchai pas et il n’eut d’autre solution que de me laisser faire. Il ne disait plus rien mais son regard était toujours aussi sombre, et je compris que la partie ne faisait que commencer.

Quelques minutes plus tard, nous étions installés dans le café le plus proche, assis l’un en face de l’autre, en silence, nous affrontant du regard. Je ne savais pas comment j’allais l’aider, me heurtant à un mur d’opposition évidente. J’attendais qu’il parle; mais au bout d’un temps infini, alors qu’il continuait de me regarder fixement sans rien dire, je lui dis :

-Pourquoi étiez-vous sur ce pont ce matin ?

Il me lança un sourire ironique et répondit :

-Vous n’en avez aucune idée, bien sûr ?

-Si, mais je voulais que vous me l’expliquiez vous-même, cela vous aiderait à prendre un peu de recul, il me semble.

Il eut l’air égaré brusquement :

« En fait, je ne sais pas très bien, pourquoi je me suis retrouvé sur ce pont, ce matin, je savais seulement que je devais y aller. Et puis une fois là-bas, les choses ne se sont pas passées comme prévu, et insensiblement, je me suis senti attiré par le fleuve, alors que je ne sais pas nager et que j’ai horreur de l’eau. Alors, je suis bien incapable de vous expliquer ce qui m’arrive ! Depuis quelques semaines, je fais parfois des choses qui ne me plaisent pas, comme ça, et je ne sais pas pourquoi je les fais. Ma vie est devenue un enfer, et peut-être que ce matin, j’avais juste envie que ça s’arrête.

–         Il y a probablement un autre moyen… commençais-je mais il m’interrompit.

–         Vous ne savez rien ! Vous êtes toujours resté du bon côté de la barrière, du côté de la lumière, n’est-ce pas ? Que pourriez-vous connaître de l’ombre ? Ne vous mêlez pas de ce que vous ne pouvez pas comprendre !

Il avait haussé le ton, devenant presque menaçant. Je reconnaissais à peine sa voix, sifflante et aigüe. Son regard avait de nouveau changé, noir ourlé d’éclat mauve. Cette couleur me fascinait et je sentais que je perdais pied petit à petit.

« Arrêtez, lui dis-je. Vous ne savez rien de moi, non plus. Personne n’est tout blanc, personne n’est tout noir. Je suis juste un humain, comme vous, avec tous ses défauts, et je ne veux rien d’autre que vous aider à sortir de ce jour sombre dans votre vie. Si vous me laissez le faire. » Ajoutais-je en hésitant.

-Ma petite dame, c’est très généreux de votre part, encore que je ne crois pas aux actes gratuits de ce genre ! répondit-il. Vous avez sûrement quelque chose à y gagner. Votre part de paradis, ou votre bonne conscience, ou je ne sais quelle autosatisfaction…

Il me regardait avec un air incrédule, puis son visage se transforma de nouveau, pour laisser place à un masque de mépris amusé.

« Je vous ai dit l’autre jour, qu’on ne pouvait pas gagner à tous les coups. Vous ne m’avez pas cru. Mais aujourd’hui, c’est moi qui distribue les cartes, et vous allez goûter à l’amertume de la défaite. Chacun son tour ! »

En disant ces derniers mots il s’approcha de mon visage, jusqu’à quelques centimètres, et je sentis son souffle qui brûlait mes joues. Il pensait que je reculerais, mais je n’en fis rien. Au contraire, je le fixais intensément, et sans baisser les yeux, je lui dis :

« Regardez-moi bien. Qu’est-ce que vous voyez ? Un guerrier près à se battre contre vous, un joueur de poker, un escroc ? Il n’y a rien de tout cela en face de vous. En échange de l’amertume, de l’envie, de la méchanceté, de la jalousie, de la violence, de la haine, je n’ai rien d’autre à donner que ma douceur, ma compassion, ma sérénité, mon amitié ou la force de mon amour. Je ne ferai rien de plus que rester avec vous, pour que vous ne soyez pas seul face à vos ombres, ce matin.

En disant cela, je posais ma main sur la sienne, qu’il retira aussitôt comme si le contact de me doigts l’avait brûlé. Il baissa les yeux en se reculant.

J’insistais :

« Je ne lâche pas prise facilement, vous savez. Et toute votre négativité ne me fera pas perdre le chemin que je me suis fixé. Vous n’aurez pas la joie de me faire douter. Je ne suis pas ici pour moi, mais pour vous. Ce matin, il s’agit seulement de vous. Répondez à une simple question, puis je vous laisserai faire ce que vous souhaitez.

Il releva la tête, son regard ombré de haine, sembla s’adoucir un instant.

-Quelle est la question ?

-Comment tout cela a-t-il commencé pour vous, et pourquoi cette fin serait-elle inéluctable ?

-Cela fait deux questions ! répliqua-t-il, l’air amusé… Mais si je vous racontais ma vie, nous en aurions pour une semaine. Tout ce que vous avez besoin de savoir, c’est que tout le monde n’a pas votre générosité, ni votre chance dans la vie, et que parfois les circonstances vous poussent du mauvais côté de la barrière. Pour moi, c’est le côté sombre qui a gagné et maintenant je dois payer la note !

-En vous faisant disparaître dans ce fleuve ?

-Pourquoi pas ? C’est un moyen comme un autre !

Il s’enferma de nouveau dans son silence.

-Vous auriez pu attendre au moins que l’eau soit moins froide … avançais-je.

Il me regarda, incrédule. Je le fixai avec un sourire en coin, et soudain, il éclata de rire. Je ne lui laissai pas le temps de se reprendre et poursuivis :

« Racontez-moi, cette vie qui n’a pas été simple, et que vous supposez plus difficile que le mienne. Aucune vie n’est facile, mais parfois il faut savoir faire des choix. Pensez-vous avoir fait les mauvais choix ?

Il baissa les yeux un instant et quand il me regarda de nouveau, son regard fut encore plus glacial. Il siffla entre ses dents :

« Sans aucun doute, j’ai fait les mauvais choix, il suffit de voir où j’en suis arrivé aujourd’hui. J’arrive au terme de ma vie, j’ai été incapable de nouer des liens avec quiconque. Personne n’a voulu partager ma vie plus que quelques mois, j’ai été incapable de construire la moindre relation durable, incapable de garder un amour. Je me suis construit un personnage, extraverti, d’apparence sympathique, qui semblait plaire, mais dès que j’apparaissais vraiment derrière, les gens fuyaient. J’ai erré de ville en ville, de travail en travail, de fille en fille, et là je me retrouve seul, même ma famille ne veut plus me voir. Il faut dire que je leur en ai fait voir de toutes les couleurs dans ma jeunesse …

Il était perdu dans ses pensées, et ne me regardait plus. Puis il ajouta :

« Et cette histoire est la goutte d’eau …

-De quelle histoire parlez-vous ? C’est ce qui vous a conduit sur ce pont ce matin ?

-Vous voulez tout savoir, n’est-ce pas ? répondit-il d’un ton de nouveau agressif. Vous ne devriez pas ! Il y a des choses qu’il vaut mieux ignorer. Votre petit cerveau qui ne veut voir que le côté positif des choses et des gens, n’y résisterait pas. Regardez mieux autour de vous. Que croyez-vous que ces gens fassent ce matin, des belles actions ? Vous seriez bien déçue, avec vos nuages roses et bleus dans la tête ! Celui-ci se demande comment il va soutirer de l’argent à sa vieille mère, celui-là a volé dans la caisse hier, et il réfléchit à tout ce qu’il va pouvoir faire de son argent. » En disant cela, il désignait du doigt les personnes présentes autour de nous.

« Et je pourrais vous en dire encore beaucoup sur ce qui occupe l’esprit de tous ces gens… » Je le laissais poursuivre son monologue, qui coulait comme un fleuve en crue, charriant des tonnes de déchets, et à travers ce qu’il dépeignait, je voyais une telle souffrance transpirer de son regard, que je le laissais faire en silence. J’attendais simplement que le flot se tarisse. Plusieurs minutes après, il se tut, en me regardant, persuadé qu’il m’avait convaincue de la noirceur du monde qui m’entourait. Il semblait soulagé, comme un champion qui vient de passer la ligne d’arrivée et qui est sûr d’avoir gagné.

Je le laissais croire ce qu’il voulait quelques minutes, puis lui dit :

« Le monde que vous venez de me décrire est le vôtre, celui que vous voyez et qui ressemble à la personne que vous êtes devenu. Ce n’est pas le mien, mon monde est différent. Au contraire de ce que vous me décrivez, moi, je sais que dans chaque personne, il persiste quelque chose de bon, parfois bien caché. Mais si on le veut, cette lumière peut renaître, et parfois il suffit de très peu de chose. Ce monde est celui que chacun de nous construit, vous comme moi. J’ai fait le choix de construire, et pour le moment vous avez fait celui de détruire, et cela vous rend amer, et désespéré, vous le voyez bien. »

Il me regardait sans répondre, le regard triste. Je poursuivis :

« Vous n’arriverez pas à me faire dévier de la route que j’ai choisie de suivre. Vous me croyez faible, mais je ne le suis pas. J’ai beau être beaucoup plus petite que vous, la force positive qui m’habite ne me lâchera pas. Je me nourris de ce que ce monde compte de beauté, et l’énergie que j’en retire, me porte. J’avance sous l’orage, et personne ne m’arrêtera, surtout pas vous, ni les éclairs, ni le vent, ni ce qui vous tire vers la nuit. Alors, arrêtez de vous plaindre de ce monde, et donnez-moi la main. Si vous sortez de la contemplation de votre nombril, vous verrez qu’il y a encore beaucoup de travail à faire autour de nous ! Vous ne voulez pas m’aider ? »

Il n’en revenait pas, et s’écria :

« Mais, enfin, vous n’avez rien compris. Si je suis dans cet état, c’est justement parce que j’ai choisi d’aider la mauvaise personne. Vous le savez très bien !

-Expliquez-moi de quoi vous parlez, je ne comprends rien ….

-Ce matin, je devais m’assurer que quelqu’un irait au bout de ce qu’il devait faire, et finalement, j’ai échoué. Maintenant, il faut que je paye, et que je le remplace… Une mort pour une vie… vous voyez ? C’est le prix convenu !

-De quoi parlez-vous ? De quel prix s’agit-t-il ?

-Vous le savez très bien ! C’est de cela dont je parle !

En disant ces mots, il sortit de son blouson, un objet qu’il posa sur la table, devant moi.

C’était le téléphone noir, qui figurait parmi les choix possibles sur la table du « Père Noël » un an plus tôt. Celui-là même que j’avais négligé, pour choisir le blanc avec les ailes argentées. Il ouvrit la coque, et je vis l’écran d’accueil s’éclairer.

Le fond d’écran était gris, avec un oiseau noir en haut de la page, très impressionnant avec ses ailes ouvertes et ses serres déployées. En dessous, un texte était inscrit en lettres noires. En le déchiffrant, je frissonnais :

–         Première mort

–         Deuxième mort

–         Troisième mort

–         Quatrième mort

–         Cinquième mort

–         Sixième mort

–         Septième Vie // …. En attente

Je demandais en murmurant presque : « Cette septième vie est-elle la vôtre ? »

« Non, dit-il en criant presque, je vous ai dit que ce gosse est reparti du pont, bien vivant. Je n’ai pas réussi à le convaincre de sauter ! Celle qui attend sera donc la mienne, c’était dans le contrat. Il faut que je retourne là-bas, pas moyen de faire autrement. »

-Pourquoi avez-vous accepté ce rôle, demandais-je en le fixant de nouveau.

Il soutint mon regard : «Pourquoi fait-on des choses que l’on regrette ? C’est une question intéressante, sans doute parce qu’on vous a promis une belle contrepartie, l’argent, le succès, l’amour… Que sais-je ? »

Il avait l’air totalement perdu. « En tout cas, je ne sais plus pourquoi, mais je sais que j’ai fait tout ce que je devais faire, jusqu’à ce jour, même si je n’en étais pas fier. Et je vais continuer !! Il ne faut pas changer le scénario ! »

Je répliquai d’une voix assurée :

« Moi, j’ai un scénario très différent ! ». Et je posai mon téléphone blanc à côté du sien, en ouvrant la coque.

L’écran bleu déployait ses ailes argentées et il était écrit :

  • Première vie
  • Deuxième vie
  • Troisième vie
  • Quatrième vie
  • Cinquième vie
  • Sixième vie
  • EN ATTENTE …

La dernière ligne scintillait en lettres majuscules, ce qui était nouveau. J’insistais :

« Cette dernière ligne ne m’échappera pas. Regardez comme elle scintille, il suffit de suivre le scénario.

Il partit d’un grand rire, et ce timbre de voix inconnu, me glaça le sang. En se levant, il dit en ricanant :

« Assez joué, ma petite dame, je vous laisse retourner au pays des merveilles, j’ai à faire. Ravi de vous avoir croisée, mais comme je vous le disais, on ne peut gagner à tous les coups ! »

Il récupéra son téléphone noir, et se dirigea vers la porte, pendant que j’en faisais de même avec le mien, et lui emboîtai le pas. Il marchait à grand pas, mais je ne me laissai pas distancer. Il prit la direction du pont, et je luttai pour ne pas qu’il me sème. Arrivant au milieu du pont, il se retourna brusquement pour me faire face ;

« Vous êtes une vraie sangsue, et ce n’est pas un compliment, vous savez ! Enfin, si vous décidez de me suivre jusqu’au bout, vous pouvez toujours sauter avec moi » dit-il en attrapant ma main, tout en s’approchant de la rambarde.

Il leva vers le ciel son téléphone noir en criant :

« Voilà, tu as perdu, finalement ça sera deux vies à la fois. »

Dans un sursaut d’adrénaline, je dégageai me main de la sienne, et attrapait le téléphone noir qu’il brandissait, et dans le même geste, je l’envoyai le plus loin possible, par-dessus la balustrade. Il atterrit au beau milieu du fleuve. L’impact qu’il produisit à la surface de l’eau, fit un bruit de tonnerre, et je crus voir un éclair au moment où il disparut dans les flots.

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Je me tournais vers mon compagnon, un peu inquiète de sa réaction, mais en un instant, il avait perdu toute sa superbe. La disparition du téléphone semblait  l’avoir délivré de sa violence et de ses peurs, et lorsqu’il prit la parole, même sa voix avait changé.

« Qu’est-ce que je fais là ? Et qui êtes-vous ? Je vous ai déjà rencontrée il me semble… mais je n’arrive pas à me souvenir des circonstances. »

-Oui, nous nous sommes croisés à plusieurs reprises ces derniers temps. Je suis ravie de vous revoir… »

Il me regarda intensément, puis sembla me reconnaître.

« Ah, oui, c’est vous, qui étiez dans le métro et sur ce parking de supermarché ! Je vous reconnais ! Alors toujours en vadrouille, à la recherche d’un peu d’adrénaline ; qui allez-vous sauver aujourd’hui ?

J’éclatai de rire, et répondis :

« Oh, j’en serais bien incapable, tout ceci n’était que coïncidences. Regardez-moi, je suis plutôt timide et inconsistante. L’adrénaline n’est pas ma tasse de thé. Comment voulez-vous que je puisse sauver qui que ce soit. J’ai déjà bien du mal à ne pas me perdre dans cette ville !

-Il semble que les apparences soient parfois trompeuses. Mais j’ai un assez bon instinct d’habitude, et je sais que vous êtes quelqu’un de spécial, même si vous ne voulez pas le reconnaître. Enfin, peut-être qu’un jour, j’aurai ma réponse. Je dois vous laisser, j’avais beaucoup à faire ce matin. Il faut juste que j’arrive à me souvenir quoi !

Il me fit un signe de la main et s’éloigna rapidement. Je le suivis des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse  au bout du boulevard, un peu inquiète, malgré moi de la suite qu’il donnerait à sa route.

Je restai là, au milieu du pont, en regardant le fleuve, scrutant l’endroit où le téléphone noir avait disparu, craignant qu’il remonte à la surface. C’est à cet instant que j’entendis la clochette de ma messagerie. J’ouvris la coque en tremblant  et lus :

  • Première vie
  • Deuxième vie
  • Troisième vie
  • Quatrième vie
  • Cinquième vie
  • Sixième vie
  • Septième vie

J’étais soulagée, souriant bêtement à cet écran, malgré le vent glacial qui balayait le pont.

Voilà j’avais rempli toutes les lignes. Qu’allait-il advenir de ce téléphone maintenant ? Il s’éteignit et je le rangeai dans mon sac. J’en avais probablement fini avec cette histoire. Je me sentais à la fois soulagée et un peu désabusée, finalement j’y avais pris goût. J’allais rentrer dans ma coquille, et la normalité allait probablement me peser un peu désormais.

Il y avait tant de questions autour de ce téléphone, mais personne ne me donnerait les réponses, et ce goût d’inachevé me semblait un peu amer.

En rentrant chez moi, il me sembla entendre de nouveau la clochette caractéristique. Je regardai l’écran, qui restait désespérément éteint. Déçue, je m’apprêtais à le ranger au fond de mon bureau quand il s’éclaira, juste le temps que je puisse voir inscrit :

…Batterie faible, veuillez brancher rapidement votre mobile …

A suivre …

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Messages (Partie 5)

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La vie reprit son cours normal après les vacances, avec son lot d’obligations et de contraintes. Le temps s’accélérait, et je ne voyais pas les semaines passer, la rentrée, puis l’arrivée de l’automne, les premiers jours de brouillard, les premières nuits de gel.

Je savais qu’un autre évènement allait bientôt réveiller mon quotidien, le Calendrier m’avait prévenu, mais je n’avais pas noté la date exacte ayant été troublée par la présence de mon fils ce jour-là. Je me souvenais que l’étoile marquait un jour de novembre, et le mois venait de commencer. Chaque jour qui passait augmentait ma nervosité.

Un matin, le brouillard enserrait toute la ville dans ses écharpes de gel, et même en poussant le chauffage, nous ne parvenions pas à nous réchauffer. L’impression d’humidité s’insinuait sous la peau, intensifiant la sensation désagréable de froid tenace. Devant sortir, je cherchais un second pull, lorsque j’entendis la sonnerie du téléphone. Elle me surprit et je laissai tomber toute la pile. Je me précipitai sur mon sac, sous les yeux de mon mari, et j’attrapais le téléphone. Dès la coque ouverte, la vidéo démarra.

Le premier plan était la retransmission d’un reportage télévisé, sur les dangers de l’hiver. On y voyait un chauffagiste qui expliquait les dangers d’un chauffage défectueux et la nécessité de faire régler ses appareils avant le gros de l’hiver. Je me demandais si cet homme était la prochaine victime, lorsque le film s’interrompit pour laisser la place, à la une d’un journal. En gros plan, un article daté du lendemain, où l’on voyait la façade d’un immeuble ancien. Un gros titre s’étalait sous la photo : « L’hiver a encore frappé ». Puis quelques lignes laconiques :

« Cette nuit, dans la capitale, le froid a fait deux nouvelles victimes. Un couple d’octogénaires qui avaient dû calfeutrer leur conduit d’aération, a trouvé la mort, intoxiqué par du Monoxyde de Carbone produit par leur appareil de chauffage vétuste et mal entretenu. Suivait le nom de malheureuses victimes et le nom de leur rue, et des conseils pour éviter ce genre d’accident. »

Je notais rapidement le nom de la rue et celui des victimes craignant que l’image en disparaisse subitement. Mon mari, qui comprit ma nervosité essaya de me rassurer :

« Cette fois-ci tu as toute la journée pour les trouver et déjouer ce piège. C’est presque trop beau ! »

Comme il prononçait ces paroles, l’écran d’accueil se modifia pour afficher :

-Première Vie

-Deuxième vie

-Troisième Vie

-Quatrième vie

-En attente …

-En attente …

Deux vies à la fois, cela augmentait encore mon degré d’anxiété. Je n’avais que deux indices, un patronyme très courant, une vague adresse, et surtout je n’avais qu’une seule journée pour trouver un moyen d’arrêter l’engrenage.

J’essayais de trouver leur nom à l’adresse indiquée mais ils devaient être sur une liste rouge, et les recherches classiques ne donnèrent aucun résultat. En revanche, en faisant défiler des images de la rue en question sur les pages de Google-Earth, il fut facile de repérer l’immeuble dont j’avais la photo qui illustrant l’article. Je décidais de me rendre sur place, pour vérifier les informations et trouver une stratégie. J’espérais avoir une idée lumineuse, une fois sur place, mais cette fois-ci cela me semblait beaucoup plus difficile.

Mon mari, devant mon désarroi, décida de m’accompagner. Cela me rassurait, à deux, nous avions plus de chance de réussir.

Arrivés sur place, nous observâmes l’immeuble pendant plusieurs heures. Plusieurs personnes en sortirent dont un homme âgé, qui traversa la rue péniblement en direction de la boulangerie. Je n’avais jamais vu cet homme, mais mon instinct me commanda de le suivre. Pendant que mon mari, continuait la surveillance de l’immeuble, j’emboîtais le pas du vieil homme, espérant en apprendre un peu plus. Il marchait si lentement que je ne risquais pas de le perdre. Il entra dans la boulangerie et je le suivis. La boulangère qui le connaissait bien, entama la conversation :

« Bonjour Monsieur… Comment va la santé, ce matin ? Vous avez l’air en forme !

-Bonjour, répondit-il, Oh vous savez, ça ne va pas très fort. Moi, encore j’ai pu sortir, mais ma femme est très fatiguée, elle a très mal à la tête et ce matin, elle n’arrivait pas à se réveiller. Chaque matin, elle est de plus en plus fatiguée, la tête lui tourne et elle dit qu’elle ne voit plus clair. Si ça continue, demain, je ferai venir le docteur !

-Oh, je suis désolée qu’elle soit malade, répondit la boulangère. Heureusement que vous, vous tenez le coup !

– Justement, moi, ça ne va pas trop non plus. Ce matin j’étais un peu comme elle, vasouillard, avec ce mal de tête. Je n’ai rien pu avaler, j’étais barbouillé, et la tête me tournait aussi ! Je ne sais pas ce qu’on a bien pu attraper, surtout qu’on ne voit jamais personne !

Il prit le pain que la boulangère lui tendait, la paya puis sortit. J’achetais rapidement une viennoiserie puis repris ma filature. Sur le trottoir, il titubait, aussi je m’enhardis, et allais lui prendre le bras ;

« Monsieur, laissez-moi vous aider, vous allez tomber .. !

Il me regarda, comme si je tombais de la lune. Après m’avoir considérée sous toutes les coutures, son regard s’adoucit, et il dit :

« Si vous voulez ma petite dame, si vous avez du temps à perdre ! Aujourd’hui, mes vieilles jambes refusent de me porter, je dois couver la grippe, vous feriez mieux de déguerpir en courant !

– Les microbes ne me font pas peur, répondis-je en riant. Je les ai apprivoisés depuis longtemps. Je vais vous raccompagner, je ne veux pas que vous tombiez. Si vous êtes d’accord, bien sûr ; ajoutais-je en le regardant dans les yeux, un peu hésitante malgré tout.

– Vous obtenez toujours ce que vous voulez, n’est-ce pas ? Dit-il avec un sourire. Alors, je suis d’accord.

– Oui, la plupart du temps, c’est vrai !

– C’est bien ce qu’il me semblait, dit-il en avançant légèrement. Avec votre petit air fragile, et votre regard d’ange, il est probablement difficile de vous refuser quelque chose. Je suis vieux, et un peu gâteux pour certains, mais je n’ai pas encore perdu totalement la vue.

Je ne relevais pas, et lui demandais :

« Où voulez-vous que je vous accompagne ?

– Au bout du monde, mon petit. Oui, j’irais bien au bout du monde, si je pouvais. Mais pour aujourd’hui je vais me contenter de rentrer chez moi, c’est au bout de la rue. Là, vous voyez, dit-il en levant sa canne, l’immeuble jaune.

Vous savez, j’ai fait le tour du monde, plusieurs fois, même. J’étais marin, dans la marine marchande, mais cela fait si longtemps maintenant, qu’il me semble que je parle de quelqu’un d’autre.

Nous avancions doucement, mon bras sous le sien, et il me raconta toutes les mers du monde, avec une étincelle dans les yeux, et un sourire au bord des lèvres encore tout chaud de ses souvenirs exotiques.

En passant devant l’épicerie, il se souvint qu’il devait acheter de l’eau minérale pour son épouse. J’entrai avec lui, et lui proposai de porter ses bouteilles, ce qui sembla beaucoup le contrarier. Il marmonna :

« Il fut un temps où je n’aurais jamais laissé une dame porter quelque chose en ma présence, mais voilà, je suis devenu une vraie loque. Regardez-moi ça, j’arrive à peine à me porter moi-même. La vieillesse est un naufrage. C’est un comble pour un marin !

J’attrapai le paquet de bouteilles et sortis de la boutique avant qu’il ne refuse, et j’avançai en direction de son immeuble. Il me suivit péniblement. Je m’arrêtai sur le seuil et me retournai vers lui, en disant :

-Dites-moi où je dois déposer vos bouteilles, et je vous laisse.

-Je vais vous faire entrer, mon petit. Ma femme sera ravie de saluer une personne aussi gentille est serviable. Elle ne voit jamais personne, c’est toujours moi qui sort pour faire les courses.

Je le suivis à l’intérieur, et il me conduisit à la cuisine, pour que j’y dépose les bouteilles. Il appela son épouse, qui ne répondit pas. Elle n’était nulle part, et je le vis changer de couleur. Il alla jusqu’à la chambre et je l’entendis crier. Je me précipitai à sa suite et découvris son épouse allongée sur son lit, inconsciente. Il fut impossible de la réveiller, et son mari choqué commençait à me sembler très mal en point également. Il se tenait la poitrine et respirait avec peine. Moi-même je commençais à avoir très mal à la tête.

Je le fis allonger aux côtés de son épouse et appelai le Samu. Je fis signe à mon mari qui était resté dans notre voiture, de nous rejoindre. Les secours arrivèrent quelques minutes plus tard, ce qui fit sensation dans l’immeuble.

J’expliquai au médecin que la vieille dame était déjà inconsciente quand nous étions arrivés et que son époux avait été très choqué de la trouver dans cet état. Je lui suggérai qu’il pouvait s’agir d’une intoxication au monoxyde de carbone en lui montrant le vieux poil à mazout qui rougeoyait dans un coin de la chambre. Il ne fallut que quelques minutes pour que l’équipe prenne en charge les deux époux, et quand ils les transportèrent jusqu’à l’ambulance, sous oxygène, le vieil homme se sentait déjà mieux. Il me fit un signe, pour que je m’approche de lui. Dans un souffle il me dit :

« Merci de votre aide, ma petite, sans vous la porte a failli se refermer sur nous. Il faudra revenir nous voir, plus tard, que je vous présente à ma femme. Elle sera ravie de vous connaître.

-Bien sûr, je reviendrai quand vous serez guéris, mais il faut me promettre de ne plus utiliser ce chauffage, à l’avenir. »

Il n’eut pas le temps de me répondre, mais me fit un clin d’œil, au-dessus de son masque à oxygène. La dernière image que je gardai de lui fut ce regard pétillant d’énergie, ce qui me redonna espoir en leur avenir.

En regagnant notre voiture, j’entendis la clochette de la messagerie téléphonique retentir. Je montrai l’écran à mon mari, il indiquait :

  • Première vie
  • Deuxième vie
  • Troisième vie
  • Quatrième vie
  • Cinquième vie
  • En attente…

Ce dernier point d’interrogation me fit froid dans le dos.

Alors que mon mari s’installait dans la voiture, je me retournais vers l’ambulance qui partait toutes sirènes hurlantes, comme si je pouvais encore infléchir le sort de cette sixième vie. A cet instant, un homme habillé de noir, apparût sur le trottoir. Je sentis son regard sur moi, et le fixai à mon tour. C’était l’homme que j’avais rencontré à deux reprises déjà, dans le métro et dans le parking du supermarché. Je lui souris mais me heurtai à son regard noir et froid. Il me dit un peu sèchement :

« Encore vous ! Ne me dites pas qu’il s’agit encore d’une coïncidence. Il suffit de voir s’éloigner une voiture de secours, pour vous trouver quelques mètres plus loin. Ça devient une mauvaise habitude…

Il ajouta d’un ton légèrement menaçant : « Mais, on ne peut pas gagner à tous les coups. Même les meilleures choses ont une fin. Il suffit d’être patient. A la fin de la partie, le pion et le roi finissent tous dans la même boîte. »

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Je restai interdite, paralysée par l’hostilité que je sentais irradier de tout son être. Il semblait avoir changé depuis la dernière fois où je l’avais croisé, il était devenu triste et négatif. Je me demandais ce qui lui était arrivé, et ce que je pouvais faire pour l’adoucir, mais il ne m’en laissa pas le temps et tourna les talons. Il s’éloigna à grandes enjambées comme si il fuyait devant un monstre.

Sous l’emprise de cette mauvaise impression, je restai silencieuse pendant le trajet de retour, ce qui inquiéta mon mari.

« Que se passe-t-il ? Dit-il, tu es inquiète pour la vieille dame ?

– Oui, un peu, mais je ne peux rien faire de plus.

– Effectivement, elle est entre de bonnes mains, et je crois que tu as fait tout ce que tu pouvais, dit-il, rassurant.

– Oui, tu as raison, il n’y a qu’à attendre.

La soirée se passa dans la morosité, j’avais l’impression qu’une menace inconnue planait, sans que j’arrive à définir cette peur. Je regardai plusieurs fois le téléphone qui restait implacablement muet.

Enfin, vers minuit, les ailes de la coque commencèrent à scintiller, et l’écran d’accueil s’illumina. Les deux ailes déployées brillaient de tout leur éclat et s’étalait en dessous :

  • Première vie
  • Deuxième vie
  • Troisième vie
  • Quatrième vie
  • Cinquième vie
  • Sixième vie

Je me sentis soulagée, l’air me parut soudain plus léger, lorsque je montrais le téléphone à mon mari qui se réjouit avec moi de cette bonne nouvelle.

Cependant, cette nuit-là, j’eus un sommeil agité, peuplé d’ombres menaçantes, qui planaient dans un ciel noir d’orage. Au réveil, une image désagréable me restait à l’esprit, qui allait me poursuivre tout au long de la journée, celle d’une bataille entre une colombe et un corbeau. Les deux oiseaux se battaient en haut d’un rocher battu par le vent. Ils s’affrontaient dans une débauche de coups de becs, les ailes ensanglantées, sans un cri. Puis ils basculèrent de l’autre côté du rocher et le silence retomba. Je m’éveillai sans rien savoir de plus, de l’issue de ce combat avec une impression de mort imminente accrochée au cœur.

La journée fut plus lourde que les autres et je savais que la suite de l’histoire serait plus lourde encore.

A suivre …

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