La ronde de juillet (Bis) : Désert

Pour ceux qui auraient envie de relire mon texte, le voici :

**

Le jour se lève.

Il faut qu’elle y aille.

Où ça déjà ? 

Ah oui, il l’attend là-Bas !

Il faut qu’elle se lève, qu’elle ne soit pas en retard.

C’est le jour où jamais.

Encore un instant au chaud dans ses draps. Elle ferme les yeux, elle est bien ici finalement.

Dans le couloir flotte un parfum de café et de pain chaud. On lui apportera son petit déjeuner dans une heure. Elle prendra un bon café et deux tartines beurrées avec du miel. Elle adore le miel, blond, doux et âpre à la fois. Elle le sentira couler sur sa langue, descendre doucement le long de son gosier pour réchauffer son cœur…

Elle a un peu de temps avant qu’ils n’ arrivent. Elle se lève un peu trop vite, titube puis se reprend. Il faut qu’elle tienne, c’est le jour où jamais.

Ce jour sera le plus beau, l’apothéose, le bout du tunnel. Elle le sait !

Elle ouvre la porte du placard péniblement. Chaque jour, cette porte est plus lourde. Elle sort son sac de toile, attrape quelques vêtements, sa jupe à carreaux, son chemisier de soie, un pull noir qu’elle ne reconnait pas. La lingère a dû se tromper de chambre, se dit-elle. Peu importe, son pull bleu marine fera la joie d’une autre. Après tout dans le désert, il ne fait jamais froid.

Elle referme la porte, le sac n’est pas trop lourd, ça devrait aller. Il lui faut son chapeau de paille. Ils l’ont accroché sur la patère, mais elle parvient à l’attraper en montant sur la chaise. Ils ne se rendent pas compte qu’elle rétrécit, tous ces jeunes grands comme des jours sans pain. Elle va leur jouer un joli tour en jouant la fille de l’air. Ils n’en reviendront pas.

Elle sourit tout seule sous son beau chapeau, le soleil entre dans la pièce dessinant des centaines de petits pois dorés sur son visage en traversant la paille. Elle aperçoit son reflet dans le miroir et se trouve très jolie comme ça. C’est bien : il faut soigner son image, il n’y a pas d’âge pour cela.

Elle ouvre la porte-fenêtre, dehors le soleil est déjà haut. Il ne faut pas traîner. Ils vont bientôt arriver. Elle attrape son livre et le serre sur son cœur. Elle ne leur laissera pas ce qu’elle a de plus précieux, sa marraine lui a donné quand elle avait cinq ans et c’est tout ce qui lui reste. Tout est dans ce livre, elle n’a qu’à suivre l’histoire. Il est le chemin.

Elle sort, le sable est déjà très chaud. Elle a bien fait de mettre ses bottes. Il faut qu’elle arrive en haut de la première dune avant qu’ils ne s’aperçoivent de son absence. Elle se hâte, en oublie de respirer, feint de ne pas voir les papillons qui se pressent devant ses yeux, n’écoute pas les sifflements qui l’assourdissent. Elle s’arrête pour reprendre son souffle, un petit vent frais se lève, quel plaisir !

Elle commence à redescendre de l’autre côté de la dune, plus doucement puisqu’ils ne peuvent plus la voir. Elle a tout le temps. Le désert s’étend devant elle à perte de vue. Au loin, des nuages se lèvent portés par un vent de sable. Elle n’a qu’à suivre la direction du soleil. Une belle promenade, ma Foi !

Elle relève la tête, personne ne la suit, elle a enfin la paix. Le sable blondit sous la caresse du vent, venant caresser se mollets léger comme mille plumes. Elle avance, ne comptant pas ses pas, sans avoir faim, ni soif. La lumière commence à baisser à l’horizon.

Puis elle l’aperçoit qui l’attend en haut de cette dune. Elle sourit et lui fait un signe de la main. Il lui répond en agitant son écharpe au-dessus de sa tignasse blonde dans le soleil couchant. Confiante, elle marche dans sa direction, elle savait qu’en suivant l’histoire page à page, elle trouverait son chemin dans ce désert…

**

« Je l’ai trouvée comme ça en lui apportant son petit déjeuner, explique la jeune femme. Je lui avais mis un petit pot de miel comme on est dimanche, elle aime bien ça. La pauvre, elle n’en goûtera plus maintenant…

  • Tu sais, elle est mieux là où elle est, répond sa collègue. Elle n’a plus posé le pied par terre depuis des semaines et ne pouvait plus nous parler. Elle passait son temps à lire et relire le même livre. Tiens, regarde ! Elle le serre encore contre elle.
  • Je pense qu’il faudrait lui laisser. On va faire sa toilette puis on le remettra entre ses mains, et on expliquera à sa fille qu’elle aurait sûrement voulu le garder.
  • Tu as raison, c’était son dernier trésor, peut-être son seul souvenir là où elle en était arrivée.
  • Il faut qu’on se dépêche, il fait déjà chaud dans la chambre. On ne pourra pas la laisser là bien longtemps…
  • Regarde, dit sa collègue en s’approchant de la porte-fenêtre, elle n’est pas fermée. C’est bizarre, je me demande qui l’a ouverte. Il fait déjà une chaleur de ce côté ! La pelouse a disparu tant le soleil a tapé ces derniers temps, on se croirait dans le désert…

*

Photo M;Christine Grimard

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20 réflexions sur “La ronde de juillet (Bis) : Désert

  1. On songe dès le début au Petit Prince ; cela pourrait aussi être l’allégorie d’une décision à prendre ou le fait de vouloir changer de vie fût ce par le rêve

    Aimé par 2 personnes

    • Merci beaucoup cher Patrick d’avoir suivi ma pensée avec tant de justesse !
      Lorsque le mot « désert » a été proposé pour cette nouvelle ronde, j’ai immédiatement pensé à ce dessin de Saint-Exupery annonçant la fin du périple du Petit Prince, il ne restait plus qu’à écrire en suivant ses pas dans les dunes…

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  2. Joli moment inspiré. Merci de le partager !

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  3. existenceartistique49

    oh génial

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  4. J’ai compris qu´« elle »part rejoindre le petit Prince derrière les dunes…et que les infirmières la retrouvent morte au petit matin…quelle belle fin de vie !

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  5. À la relecture, l’histoire se passe dans une maison de retraite. Comme cela doit être difficile de choisir ce qu’on doit emporter pour son ultime résidence !
    Ma mère avait voulu partir en maison de retraite après la perte de son mari, qu’elle aimait comme au premier jour, et j’ai été fort surprise du choix de ce qu’elle avait choisi d’emporter.
    J’avais découvert là tout un aspect (romantique et romanesque) méconnu de sa personnalité.

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  6. La 2ème partie du texte est bien croquée sur la réalité.
    Alors que la première est très onirique…

    Aimé par 2 personnes

    • La première partie se passe dans les pensées de la narratrice, entre confusion et désirs profonds; la seconde nous ramène brutalement à la réalité.
      Comme dans la vie, les rêves se dissolvent dans la réalité lorsque le jour se lève.
      Merci Alex pour votre lecture et ces commentaires. 🙂

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  7. Merci mais moi j’ai trouvé cela trop triste cela fais penser en effet à une maison de retraite et la mort qui est au bout bonne après-midi

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  8. C’est vrai mais en ce moment je préfère pensé à des choses plus agréable je ne peux pas partir en vacances j’etouffe dans mon petit studio dans un immeuble en béton j’ai des amis malades la mort au bbout du chemin ne me fais pas peur à condition de partir le plus vite possible

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  9. Chère Monique, comme vous je pense aussi aux derniers instants.
    Cependant, je vis mon présent minute par minute en m’aspergeant d’eau fréquemment, allongée avec Internet. Je vous embrasse, courage, Alex

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  10. Très beau texte…Bonne semaine à vous

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