La ronde de Novembre : « Figure »

Ronde du 15  novembre 2018 autour du mot « figure »

Entrons dans cette nouvelle ronde dont je vous rappelle le principe retranscrit ici depuis le blog de Dominique Autrou:

«La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle, sur une idée d’Hélène Verdierle promeneurquotiriens et Dominique Autrou à l’automne 2012. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite. Pour chaque échange, un thème, un simple mot. Prétexte à un travail d’écriture pouvant prendre la forme d’un récit, une fiction, un poème, une page de carnet…»

Selon l’ordre de cette ronde, je publie mon texte chez Dominique et j’ai le plaisir de recevoir celui de Helène .

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde autour des «Figures».

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant, par ordre du tirage au sort (un clic sur le lien de son blog libère le nom de l’auteur) :

Voici le texte d’Helène:
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Eux, elle et autres figures
.

Eux,

 

paisibles dans la nacelle de l’été

— sous le  filtre des platanes au soleil descendant — lumineuse élégance, lui vêtu de blanc, elle à la robe bleu ciel, ils marchaient d’un pas lent et menu, ils marchaient se tenant pas la main et parfois, s’arrêtant, prononçaient quelques mots ;  dans ces conversations demeurait l’invisible, le temps, la répétition qui n’est jamais redite ou quelque événement qu’eux seuls pouvaient connaître,  ou peut-être encore la courbe gracieuse du fleuve au plus bas des saisons, les figures glissées des canards et des cygnes sur le miroir de l’eau et, par le menu recommencés, le fleuve, la ville,

.

La ville,

 

texture toujours menacée d’ombre, usée jusqu’à la trame,

figure vivante de pierres accumulées,

couronnée d’un château qui scrute la ville et l’eau  sous le souffle vibratile des grands pins séculaires ;

dans le lacis obscur où pénètrent une fois l’an les arbres

ou plutôt leurs ombres gnomoniques portées

comme des estafettes au cœur de la cité,

la ville où règne l’entraide des maisons jetant par dessus les passants

des arcades de pierre au travers de la rue,

et cette porte de ville impénétrable sommée d’un campanile de fer dont cloche et sirènes sonnent les alarmes — du moins on le suppose —

quand la fureur saisit le fleuve,

 

.

Le fleuve,

pénétrant imprévisible par tous les interstices dans la ville construite sous le niveau des crues,

la ville toujours là comme le pont romain,

ou le gué de béton quelques mètres en amont qui brise les folies du fleuve et des modernités ;

le fleuve cévenol, le fleuve protestant qui va battre les flancs des remparts d’Aigues-Mortes pour prendre le sillage du roi saint en route vers Carthage

— ce fleuve qui sépare ici la ville vieille de sa ville des morts—

 tandis qu’aux alentours, comme partout ailleurs,

se développent les zones qui, dans l’ignorance du fleuve, dévorent la plaine de leurs agitations,

 

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