Haïku 160 : première neige 

Photo. M. Christine Grimard


Entre pluie et neige 

L’hiver choisit son costume 

Pour le bal des glaces 

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To Do List 47 : Dans le vent de l’avent

Photo M. Christine Grimard

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  • Se réjouir comme une enfant parce que les décorations de Noël sont réapparues ce matin, dans le village.
  • S’arrêter sous le vieux lampadaire pour écouter les mots doux qu’il murmure à son étoile retrouvée.
  • Se demander où sont rangés les lumignons que j’installerai sur le rebord de la fenêtre pour « La Fête des Lumières ».
  • Retrouver le souvenir de ses Noëls d’enfance dans un parfum de chocolat ou de marrons glacés s’échappant de la pâtisserie.
  • Trouver un moment pour aller se balader à la jardinerie, au rayon « décorations de fête », histoire de rêver un peu.
  • Ressortir la recette des sablés de Noël pour se procurer les ingrédients nécessaires et embaumer la maison avant l’heure.
  • Décider qu’il est parfois bien agréable de « croire au Père Noël » et se laisser envahir par la magie qui caractérise ce moment d’espoir annuel.

La ronde de Novembre : Lettres (2)

Pour ceux qui souhaiteraient relire mon texte écrit à l’occasion de la ronde du 15 novembre, je le publie de nouveau ce matin. Merci pour vos lectures fidèles et commentaires qui font le sel de ce blog !

 

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Amour,

Voilà bien longtemps que je n’ai utilisé cette écriture manuscrite. Par facilité ou manque de temps peut-être. Par timidité aussi…

Maintenant, que les claviers ont pris la main sur notre écriture, c’est une mise à nue que d’offrir ainsi ses mots manuscrits. J’en suis toute intimidée et trace ces lettres en rougissant comme si j’avais encore quinze ans.

J’aimais recevoir des cartes postales. C’était une belle surprise qui arrivait dans la boite aux lettres avec ses odeurs exotiques et ses timbres colorés. Des petits cadeaux venus du monde entier. Mais voilà bien longtemps que les mails les ont remplacés, et la boite où je les collectionnais ne sera jamais pleine.

Mais je m’égare, pardonne mon bavardage…

Je voulais simplement te faire le cadeau de mes mots pour qu’ils caressent ton âme aussi tendrement que le feraient mes doigts. Que leur douceur s’insinue sous ta peau jusqu’au frisson. J’imagine ton regard sur mes phrases comme s’il se posait sur moi, et mon cœur s’envole vers le tien en un battement de cils. Tu pourras relire ces phrases lorsque je serai partie et imaginer toutes celles que je n’ai pu écrire, puisqu’elles sont impuissantes à décrire ce que nous sommes. Aucun mot n’est assez pastel, sucré, tendre, aimant, charmant, câlin, soyeux, suave, pour peindre ce qui nous relie. Je te laisse les inventer pour nous. Remercions la vie de nous avoir permis de naître dans le même siècle, et de nous rencontrer. La terre est si vaste et le temps est si long, il aurait été si facile de ne jamais se croiser.

J’ai toujours pensé que les rencontres importantes étaient programmées depuis toujours et qu’elles ne pouvaient que se produire. Je remercie le ciel de t’avoir inventé et de m’avoir conduite jusqu’à toi.

Au plus profond de mes souvenirs, je savais que tu étais là.

Amour, souviens toi de nous.

                                                                                     Chris

                                                                                     Lyon, le 11 septembre 2058

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Photo M.Christine Grimard

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Nostalgie d’automne (10) : Le sacre de l’automne 

 » J’ai tendu des cordes de clocher à clocher  

des guirlandes de fenêtre à fenêtre  

des chaînes d’or d’étoile à étoile

 et je danse .  »

Rimbaud

Photo m. Christine Grimard

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Avançons 

Dépêchons 

Prenez place 

Les plus petits devant 

Les plus grands derrière 

Le spectacle va commencer 

Les danseurs s’échauffent en coulisse 

On ajuste les derniers projecteurs 

Installez-vous 

Cessez de gigoter 

Arrêtez de secouer vos branches 

Pensez à ceux qui sont derrière vous 

Éteignez vos téléphones portables 

Le spectacle va commencer 

Retenez votre souffle 

Un, deux, trois 

Lumières 

Rideau !

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Photo m Christine Grimard

Nostalgie d’automne (9) : Symphonie inachevée

 

“L’automne est un andante mélancolique et gracieux qui prépare admirablement le solennel adagio de l’hiver.”
George Sand  (François le Champi)
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Photo M. Christine Grimard

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A la grand messe de l’automne

Les vermillons donnent le « La »

Les roux se mettent au diapason

Pour que la mélodie soit bonne

Le ballet pourpre va crescendo

Hymne aux  nuances de l’automne

Aucune note dissonante

Chacun suivant la partition

En harmonie de coralline

Tout est dans la cadence

Pour que la symphonie rubis

Soit à jamais inachevée

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La ronde du 15 Novembre : Lettres

Le 15  Novembre 2017, la ronde autour des Lettres.

Participant depuis un an à la ronde à la demande de Dominique Autrou,  je remercie tous les participants de leur partages amicaux et vous rappelle le principe retranscrit ici depuis le blog de Dominique : «La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle, sur une idée d’Hélène Verdierle promeneurquotiriens et Dominique Autrou à l’automne 2012. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite. Pour chaque échange, un thème, un simple mot. Prétexte à un travail d’écriture pouvant prendre la forme d’un récit, une fiction, un poème, une page de carnet…»

Selon l’ordre de cette ronde, je publie le texte de Dominique Hasselmann  et le mien est publié chez Marie-Noëlle Bertrand.

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde de septembre, dont le thème est : «Lettres».

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant, par ordre du tirage au sort (un clic sur le lien de son blog libère le nom de l’auteur) :

chez Dominique Autrou  chez Hélène Verdier  chez Jacques   chez Franck  chez Giovanni Merloni  chez Noël Bernard  chez Jean-Pierre Boureux  chez DH, etc.
 
Bonne lecture à tous au fil de la ronde !
 
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Lettres ou pas lettres

 

Ces jambages s’incrustaient sur les murs et maintenant sur les gens. Les traces de rouge, de bleu, de jaune, de vert striaient les surfaces urbaines et les piétons peu précautionneux. Il suffisait de sortir dans la rue pour que des tirs de « paint-balls » maculent les passants. Le prétexte invoqué par la Brigade des tireurs à blanc (BDTAB) : « Habituer les habitants des villes aux attentats futurs sans leur faire de mal ».

Le projet, contre lequel les forces de police avaient été mobilisées, mais jusqu’à présent inutilement et sans résultats, avait d’abord envahi la capitale. Les tags qui s’étalaient sur les palissades de chantiers ou sur les murs longeant les voies de chemins de fer ne retenaient plus l’attention de quiconque. Le « street art » était remplacé désormais par le « Dead body art ». Les teinturiers gagnaient soudain beaucoup d’argent, même si les boutiques de capsules de peinture étaient étroitement surveillées.

On écrivait sur les corps des passants : les terrasses de café étaient visées – l’exemple historique du 13 novembre 2015 à Paris demeurait toujours présent dans les mémoires – et les tireurs agissaient depuis des scooters plus aptes que les voitures à déjouer les pièges de la circulation et ses encombrements.

Le préfet de police avait fait rédiger une lettre adressée à tous les Parisiens par la Poste soudain redynamisée. Le paragraphe principal était celui-ci :

« À l’heure grave où des petits malins ont décidé de faire régner un « terrorisme » de mauvais goût, il est indispensable que chacun prenne ses responsabilités. Je vous demande donc de signaler tout comportement suspect, en premier lieu dans votre entourage (famille, amis, connaissances proches ou lointaines) ou dans vos relations (collègues de travail, voisins d’immeubles, commerçants, clients, artisans, employés, fonctionnaires, etc.) qui pourraient participer à ces jeux macabres. Vous enverrez, par la Poste uniquement, pour éviter toute interception, dans le style « hacking » sur Internet, une lettre détaillant les noms et coordonnées des suspects que vous auriez pu détecter.

Une récompense de 10 000 euros sera attribuée pour chaque nom inscrit, une fois prouvée après enquête la véracité de la dénonciation.

Il s’agit d’une entreprise de salut public à laquelle vous aurez contribué et dont l’État saura non seulement vous remercier pécuniairement mais également honorifiquement grâce au nouveau statut donné à l’attribution de la Légion d’honneur. »

Si les lettres commençaient à s’empiler dans les boîtes ad hoc (on avait dû en installer de nouvelles, peintes en rouge, dans les rues alors qu’on était justement en train, comme pour les cabines téléphoniques, de les faire disparaître), c’est parce que tout le monde surveillait tout le monde. L’idée panoptique d’un Bentham, limitée à la prison, avait pris une dimension urbaine et quotidienne. Chacun était devenu lui-même, dans son existence, une caméra de vidéo-surveillance (ou de « vidéo-protection »).

Les citoyens récalcitrants à cette délation généralisée étaient immédiatement couchés sur le papier, et il n’était pas nécessaire, comme sous l’Occupation allemande, de signer les lettres envoyées à la préfecture de police. Les forces de l’ordre préféraient faire chou blanc et obtenir un taux de réussite de 2% plutôt que d’aller cultiver des carottes ailleurs.

Dans cette atmosphère de suspicion généralisée, l’idée même de démocratie ou d’opinions différentes, s’affrontant tranquillement au sein du Parlement, avait régressé puis disparu peu à peu. Le consensus était la version « soft » d’un nouveau totalitarisme. On s’étonnait que des jets de peinture aient produit un tel effet : l’attentat coloré avait pris même plus d’ampleur que les mitraillages, hélas bien réels, que le pays avait connus et subis.

Ainsi, le flot des missives adressées aux autorités grossissait inexorablement, ce qui n’empêchait pourtant pas les actions du BDTAB de se poursuivre. Ce moyen « littéraire » de résistance était-il le mieux adapté à la nouvelle situation ? « Lettres ou pas lettres », c’était la question.

Au sommet de l’État, on envisageait déjà, d’après certains journalistes bien en cour, des mesures plus radicales que même un George Orwell n’aurait sans doute jamais imaginées.

 

 

texte et photo : Dominique Hasselmann