Les Filles de la Lune (Partie 18)

luillet 2014 047

Durant les premiers mois de la vie de sa fille, Luna se consacra entièrement à elle. C’était une magnifique enfant, et l’harmonie entre elles était évidente. Pierre se sentait un peu à l’écart de ce groupe de femmes. Les hommes se tenant loin de l’univers maternel et féminin en général, il ne s’approchait pas du bébé, mais il admirait de loin l’image de sa femme et de sa fille, rivées l’une à l’autre, lorsqu’il rentrait des champs.

Tristan et Bertrand restèrent encore quelques semaines au village, puis aux premiers jours du printemps, le village vit arriver un petit groupe d’hommes qui venaient de la ville, à la recherche des deux compagnons. Leurs habits témoignaient de leur riche condition, et les villageois furent impressionnés par leur belle allure, alors qu’ils avaient fini par considérer que les deux hommes étaient leurs égaux. Pierre réalisa qu’il ne savait pas grand-chose de ses hôtes avant ce jour. Le groupe d’arrivants fut hébergé quelques jours, et tous devaient repartir pour la ville rapidement, avant la saison chaude.

Le dernier soir, Tristan s’approcha de Pierre qui prenait le frais devant sa maison. Il le remercia de son hospitalité, très ému de devoir le quitter ainsi.

Pierre aussi regretterait Tristan, qu’il considérait un peu comme le frère qu’il n’avait jamais eu, après ces quelques mois passés en sa compagnie. Tristan promit qu’il reviendrait pour les visiter de nouveau mais chacun d’eux savait que c’était peu probable. Tristan expliqua pour la première fois depuis son arrivée qu’il était le fils du Prévôt des marchands de Lyon, et que les hommes au service de son père parcouraient souvent toute la région. Il souhaitait les accompagner lorsqu’ils feraient leur tournée dans la province et espérait pouvoir revoir Pierre et Luna.

Lorsque la nuit tomba, Luna sortit de la maison et rejoignit les deux hommes sous le porche. Restant en retrait pour ne pas les interrompre, elle les observait, sentant que son époux était peiné par le départ de son ami. Le silence retomba, chacun restant sur ses sentiments de tristesse, sans vouloir montrer sa faiblesse en en parlant.

La lune sortit des nuages, éclairant le visage de Luna, et les deux hommes sursautèrent en l’apercevant. Elle les regarda et dit :

–         Il ne faut pas être tristes, les rencontres ne se font jamais au hasard, et les amitiés ne s’effacent pas aussi longtemps que les cœurs en gardent le souvenir. Nous ne vous oublierons pas Tristan, et vous ne nous oublierez pas. Et qui sait, la vie nous réunira peut-être encore.

–         Je ne sais pas, répondit Tristan, mais ce que je sais, c’est que mon esprit ne pourra chasser de sa mémoire, les jours passés ici, et toutes les minutes intenses qu’il y a vécues. Ce soir, je vous dis Adieu, et merci à jamais, pour ma vie retrouvée, et pour tout ce que vous m’avez appris, durant ces mois. Que la vie vous soit propice, mes amis.

–         Nous vous regretterons, répondit Pierre. Mais je crois, qu’en retrouvant votre ville, vous penserez bientôt que votre vie, chez nous, était bien difficile, et vos souvenirs de ces jours rudes s’effaceront bien vite.

–         Je ne crois pas, répliqua Tristan d’une voix émue, en regardant le visage blême de Luna, je ne pourrais pas oublier ce lieu extraordinaire et cette femme extraordinaire qui est la vôtre.

Luna baissa les yeux et ajouta :

–         J’aimerais que ce qui s’est passé ici vous soit un bon souvenir, et que ce que vous avez pu voir, ne sorte pas de votre esprit. Il en va de notre tranquillité.

L’enfant se mit à pleurer dans la maison, comme si elle avait entendu les derniers mots de sa mère, et s’en inquiétait. Luna salua Tristan d’un sourire et le laissa prendre congé de son époux, en se retirant dans la maison.

Lorsqu’il rejoignit Luna, après le départ de Tristan, Pierre tenta de la rassurer :

–         Il m’a promis de garder le secret à propos de ce qu’il avait vu chez nous. Soit tranquille, il ne voudrait pas nuire à notre famille, et je crois en son amitié. Et puis, la ville est si loin, que personne ne connait notre existence.

Luna hocha la tête sans répondre. Instinctivement, elle porta la main à la statuette qui ballotait sur sa poitrine, et se sentit rassurée par la chaude pulsion qu’elle sentit. Les pensées qui se bousculaient dans sa tête se firent plus douces. Il ne fallait pas anticiper. Chaque chose en son temps. Chaque jour, après l’autre, elle accomplirait sa tâche. Et la déesse veillerait sur elle et ceux qu’elle aimait.

Le lendemain matin, à l’aube, l’équipage des hommes de la ville se mit en route. Tristan, en passant devant la maison de ses amis, chercha à les apercevoir, en vain. En sortant du village, il prit le chemin qui longeait la forêt. Arrivé en haut de la colline, il arrêta sa monture, et se retourna vers le village. A l’orée du bois, une louve blanche qui lui parut gigantesque était assise, observant les cavaliers. Elle le fixait de ses yeux jaunes et ne bougea pas jusqu’à ce qu’il se décide à partir. Il la surveilla du coin de l’œil jusqu’à ce que le village et la forêt disparaissent de sa vision.

Décidément, il n’oublierait pas ce village et ces mystères.

A suivre …

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