Une image…une histoire : Cabines de bain

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« Regarde maman, regarde !
Elles sont encore là !
Mais elles ont changé de couleurs, cette année. Elles sont bleues et jaunes ! »
Petit Louis saute sur ses pieds, il ne peut plus rester en place. Le voyage a été si long. Cinq minutes après la sortie de Paris, il demandait déjà si on voyait la mer !
Il a fallu cinq longues heures pour apercevoir enfin les dunes, puis la mer, qui se dévoile seulement à ceux qui savent la désirer. Il a fallu grimper jusqu’au sommet de la dune pour voir l’horizon flamboyer, et entendre enfin les rouleaux s’écraser sur le sable.
Mais les cabines, elles, petit Louis les avait devinées dès qu’il était descendu de la voiture. Elles bordaient le mur de la plage, sagement alignées depuis plusieurs décennies. Elles avaient accueilli les mêmes familles sur cinq générations.
Grand-mère racontait qu’elles étaient peintes en rose et bleue, et maman se souvenait que l’année de ses dix ans, on les avait repeintes en vert et orange. C’était la mode psychédélique ! Mais quelques années plus tard, une pétition avait circulé dans la ville pour obliger le maire à leur rendre des couleurs plus classiques. Elles avaient alors sagement revêtu des couleurs de marinière bretonne, à rayures bleues outremer et blanches.
Petit Louis était très fier: voilà que pour ses dix ans à lui, on les avait repeintes ! Elles étaient encore plus belles: jaunes comme le soleil, blanches comme les mouettes et bleues comme l’océan.
Il courut vers celle de sa famille, la cinquième en partant de la gauche. Il ouvrit la porte qui protesta en grinçant.
– Doucement, mon Louis, dit maman. Ménage-la un peu, cette vieille porte. Elle a bientôt cent ans. Un peu de respect !
Mais Louis ne l’entendit pas. Il avait retrouvé son cerf-volant au fond de la cabane, et s’élançait déjà vers la dune pour l’essayer dans le vent du matin.
Maman le regarda avec tendresse, il était si pâle. La plage allait lui redonner des couleurs.
Elle entra à son tour dans la cabine, et fut assaillie par l’odeur marine qui s’en dégageait, mélange de fragrance de varech et de bois flotté. Cette odeur lui était si familière qu’elle se sentit immédiatement chez elle. Il suffisait de se retourner pour voir arriver ses cousins, leur bouée à la main, qui remontaient en tremblant de froid, depuis l’estran lointain aux grandes marées d’équinoxe…
Elle ferma les yeux, et retint les larmes qui s’en échappaient. Les fantômes de son enfance couraient maintenant dans d’autres cieux. Sa mère et sa tante avaient installé leurs transats sur d’autres plages.

Peu importe, ces vacances étaient celles de l’enfance de son fils. Elle allait l’aider à se fabriquer des souvenirs heureux dans lesquels il pourrait puiser sa force vitale durant toute sa vie.
Elle peignit un sourire lumineux d’été sur ses lèvres et s’élança à la suite de son fils, en direction de la dune :
– Louis, attends-moi ! Je sais où le vent porte le mieux. J’arrive ..

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4 réflexions sur “Une image…une histoire : Cabines de bain

  1. « vacances de l’enfance, fabrique de souvenirs heureux » oh oui…

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  2. Elles pourraient en raconter des histoires ces cabines, confidentes du sable, du vent et…des mouettes!

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