Photo du jour : Citadelle

J’ai retrouvé ce texte extrait de « Citadelle » d’Antoine de Saint -Exupéry, œuvre posthume publiée en 1948, et le soumets à votre méditation.

« S’installèrent alors les pillards dans mon empire. Car personne n’y créait plus l’homme. Et le visage pathétique n’y était plus masque mais couvercle d’une boîte vide.

Car ils sont allés de destruction d’Être en destruction d’Être. Et je n’y vois rien, désormais, chez eux qui mérite que l’on meure. Donc que l’on vive. Car ce pour quoi tu acceptes de mourir, c’est cela seul dont tu peux vivre. Ils consommaient donc les vieilles constructions, se réjouissant du bruit de la chute des temples. Et cependant, ces temples, s’ils s’effondraient, ne laissaient rien en échange. Ils détruisaient donc leur propre pouvoir d’expression. Ils détruisaient l’homme. »

 

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Photo M. Christine Grimard

*

Aucune citadelle ne nous protègera de notre propre folie.

Détruire le passé, oublier les paroles des sages parce qu’ils vivaient dans un autre âge.

Se passer de notre mémoire.

Oublier l’essence même de notre vie.

Piétiner nos ancêtres, mépriser leur souvenir.

Penser  qu’il n’y a de salut que dans le profit.

Occulter que notre corps est un cadeau.

Détruire ce qu’il nous reste d’âme pour se tourner vers des chimères.

Et se réveiller un matin.

Nu, vide, seul au milieu d’un désert de glaces, écrasé sous les ténèbres.

Qui étais-je  au temps de l’insouciance ?

Un humain qui danse ?

Un humain qui pense ?

Une conscience

Une pétillance

Une extravagance

Une malveillance

Peut-être une chance…

*

 

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Phrases 8 : Mots emportés

« L’enfant qui ne joue pas n’est pas un enfant,

mais l’homme qui ne joue pas a perdu à jamais l’enfant qui vivait en lui

et qui lui manquera beaucoup. »
Pablo Neruda

AOUT 2014 035

Photo M. Christine Grimard

Encore quelques minutes et la porte de l’enfance se refermera derrière toi, enfermant à jamais tes étonnements émerveillés sur l’étagère des souvenirs, bien rangés à côté de l’étincelle de malice qui brille encore parfois au fond de tes pupilles de jeune adulte plein de sagesse.

Tu marcheras le nez dans les nuages jusqu’à cette prairie où la vie t’aimera, et même si nos regards se perdent, tu sauras que mes  pensées t’accompagneront au bout de ton chemin.

Lorsque tu t’assoiras à l’ombre du couchant, assis contre cet arbre planté pour ta naissance si grand qu’il te cachera le ciel, et que le rossignol chantera la lumière de ton dernier jour, je serai là au bord de cette rive et je prendrai ta main pour que tu n’aies pas peur.

 

(NDA: cette photo de mon plus jeune fils, qui me paraissait bien illustrer ce sujet de l’enfant en marche vers la vie d’adulte, est beaucoup plus difficile à regarder que je ne le croyais…)

Photo du jour: Opinions

« On dit souvent que la force est impuissante à dompter la pensée;

mais pour que ce soit vrai, il faut qu’il y ait pensée.

Là où les opinions irraisonnées tiennent lieu d’idées, la force peut tout. »
Simone Weil
La puissance des idées

*

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Photo d’auteur inconnu

*

 

La force brutale arrivera-t-elle à dompter la pensée ?

Le plus agressif parviendra-t-il à imposer son opinion à tous les autres ?

Est-on encore capable d’avoir une pensée raisonnée, lorsque l’on est plein de haine, d’intolérance, d’obscurantisme ou de violence ?

Le plus fort massacrera-t-il tout le monde ?

Les opinions laissent-elles la place aux idées ?

Ceux qui sont pétris de leurs belles opinions entendent-ils encore les pensées de leurs voisins ?

Ceux qui ont la certitude d’avoir raison, ont-ils jamais vu le regard de la vérité ?

Les étoiles nous ont-elles donné leurs molécules pour que nous en fassions une bouillie de sang et de haine ?

Le plus sage est-il celui qui accepte de ne pas avoir raison ?

Le plus heureux est-il celui qui laisse le vent courir dans la plaine, et le remercie de chasser les nuages ?

Ce qui est valable pour moi, l’est-il pour toi ?

Qui choisira l’itinéraire, quand ce qui compte ce n’est pas la destination, mais le chemin lui-même ?

Si les idées nouvelles sont indésirables, que seules les opinions du plus grand nombre sont tolérées, pourquoi ne pourraient-elles pas être imposées par la force à tous les autres ?

Accepterai-je de vivre dans un monde où la normalité fait force de loi ?

Les normes de productivité ou de rentabilité doivent être devenir les normes de vie, notamment dans le domaine de la santé publique ?

A quel âge serons-nous « périmés », puisque non productifs pour la collectivité ?

Existe-il une seule idéologie qui soit digne d’être imposée au monde entier ?

Somme-nous satisfaits si et seulement si nous arrivons à prouver que nous avions raison ?

Sommes-nous heureux simplement d’être vivants ?

Somme-nous encore vivants dans ce monde ?

*

« J’ai des questions à toutes vos réponses. »

Woody Allen