Photo du jour : trait abstrait

« Le ciel est joli comme un ange.

L’azur et l’onde communient.

Je sors. Si un rayon me blesse

Je succomberai sur la mousse. »

Arthur Rimbaud

Photo m Christine grimard

Un ange passe

Plus vite que le vent

Le temps trépasse

Et s’envole en riant

Trois feuilles frissonnent

Dans le jour qui rayonne

Les oisillons s’époumonent

Sur l’herbe qui foisonne

….

Un trait dessiné à la craie

Tracé de main de maître

Message secret

Pour ange à sa fenêtre

Regard attendri

Pour la vie qui danse

J’avance en silence

Dans le jour qui blondit

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Un été bleu outre-mer (4)

« J’écrivais des silences, des nuits

Je notais l’inexprimable,

Je fixais des vertiges. »

Une saison en enfer

(Éditions alliance typographique, 1873)

Arthur Rimbaud

Vidéo M.Christine Grimard

..

Vertige

D’être tout simplement en vie

Petit point insignifiant sur le globe immense

Poussière d’étoile, fille du vent de l’espace

Minuscule amas de cellules

Vertige

De se mouvoir en liberté

Bien que femme dans un monde d’hommes

De s’accomplir selon ses propres choix

De laisser libre cours à ses désirs

….

Vertiges

De pouvoir admirer le ciel

De suivre des yeux les oiseaux bravant les nuages

De s’émerveiller d’un peu de bleu au milieu des nuées

D’être un atome existant au milieu de tout ça

Photo du jour : soir rouge ou bleu

« Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :

Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :

Mais l’amour infini me montera dans l’âme,

Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la Nature, – heureux comme avec une femme. »

Arthur Rimbaud

Photo M. Christine Grimard

….

Par les soirs rouges d’été

J’irai me promener

Éblouie de beauté

Rêver sous le figuier

Au matin qui viendra

À l’amour qui naîtra

Lorsqu’un regard mutin

Croisera mon chemin

Ateliers d’écriture de François Bon : La route rouge de Rimbaud

Voici mon cinquième texte écrit dans le cadre des ateliers de l’été 2016 de François Bon, intitulé « la route rouge de Rimbaud », en suivant le lien vous pourrez lire toutes les contributions parues sur  « le tiers livre ».

 

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Photo M.Christine Grimard

*

Le jardin s’étire au soleil d’un bel après-midi d’été. La mère, un chapeau de paille tressée tombant sur le front, met un panier d’osier dans la main de sa fillette. Elles sortent au moment où l’ombre des peupliers s’allonge. Un parfum de jasmin baigne l’espace entre les murs.

Dans quelques semaines, la vie reprendra sa routine avec l’automne, mais il reste de belles soirées de liberté à partager.

L’enfant sourit aux papillons qui valsent dans la lumière.

Au fond de la vallée, les blés mûrs ondulent sous la brise fraîche du soir mais la chaleur est encore pesante. L’enfant regarde la jupe de sa mère qui danse à chacun de ses pas. Le crêpe blanc parsemé de pois bleus est plus léger que les ailes des papillons.

Les châtaigniers recroquevillent leurs feuilles comme autant de mains qui se tendent dans la touffeur aoûtienne. C’est l’heure où le silence envahit le village parce qu’il fait trop chaud pour parler et que les corps sont épuisés.

Le jardin est clos de murs où grimpent les vrilles de la vigne et les volubilis fripons. Leurs corolles bleuissent entre les feuilles des haricots grimpants et des pois de senteur.

L’enfant tend son panier à la mère qui commence à le remplir de belles tomates écarlates. Elle interrompt son geste, sa tomate à la main, suivant des yeux un papillon bleu qui volète en spirale autour d’un rayon de soleil et se pose dans une fleur de courgette. Elle essayera de se souvenir des couleurs exactes de l’insecte pour en faire une aquarelle en rentrant.

Elle sait que derrière le mur, serpente un long sentier qui descend jusqu’à la rivière, mais le temps semble tourner à l’orage. Il vaudra mieux éviter de s’approcher de l’eau ce soir, les sautes d’humeur du ruisseau étant imprévisibles.

C’est un jour sans importance, un jour où la vie ne l’aura pas surprise.

L’enfant le gardera au fond de son cœur comme un joyau aussi étincelant que l’été. Elle n’oubliera pas les ombres du figuier sur le mur du couchant et l’odeur mêlée de moisi et de pommes du fruitier où elle range les arrosoirs avant de reprendre le chemin de la maison. Elle avance sur les pas de sa mère qui porte les paniers pleins de légumes.

Ce jour-là, les grenouilles de la boutasse lui offrent leur plus belle chanson.

C’est bientôt la fin de l’été, c’est le jour de ses dix ans.

*

Clichés 69 : Ouvertures (2)

“J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ;
des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile,
et je danse.”
Arthur Rimbaud
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Photo M. Christine Grimard

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D’une fenêtre à l’autre

Les regards se croisent

De la vôtre à la nôtre

Les regards se toisent
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Photo M. christine Grimard

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Les regards  s’épient

Les yeux se jalousent

Les amants s’épousent

Derrière les jalousies

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Photo M. christine Grimard

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Et les portes délabrées

Jalouses et fatiguées

Restent obstinément fermées

Sur les ombres du passé

*

 

Vases communicants de juillet 2015 : Le flou et cet incertain tangible

« Tiers Livre de F. Bon et Scriptopolis  sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Sur le blog : Le rendez-vous des vases communicants , Angèle Casanova à qui Brigitte Célérier a transmis le flambeau, centralise la liste des échanges. La liste des Vases communicants du mois de juin 2015 est accessible .

Je remercie pour sa présence sur cette page Franck Queyraud, qui anime le blog  Flânerie Quotidienne où j’aime flâner à sa suite et vous pourrez découvrir ce qu’il partage, et comme moi, sourire à la fin de chacun de ses billets en …  Silence.

Si vous souhaitez lire mon texte, il me fait l’honneur de me recevoir sur sa page du jour de «Flânerie Quotidienne».

L’échange de textes est inspiré de photos échangées de la floraison des tilleuls de juin et la phrase qu’elle a inspiré au plus grand des enfants poètes, Arthur, selon la suggestion de Franck, qui admirait les tilleuls de Strasbourg en pleine floraison en juin. Je vous laisse juger du résultat.

Il a laissé voguer ses mots sur les arbres de juin de mon jardin  et je vous laisse le plaisir de découvrir comment…

Je souhaite à tous une navigation agréable entre les lignes et les textes de ce mois-ci.

*

Le flou et cet incertain tangible

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Photo M. Christine Grimard


Quand j’étais mort, je ne ressentais presque plus rien. Je ne peignais plus. Je n’écrivais plus. N’écoutais plus de musique. Je ne sentais plus que la lourdeur de mes pas sur le sol. Marcher. Fuir. Marcher. Fuir. Pour échapper au réel tangible. Heureux comme Sisyphe, je gravissais l’horizontal. Martelais le sol absurde. Je tentais de retrouver l’intangible aérien, le frôlement du pinceau, la plume galopante : ce flou sensible qui ressemblait à la petite voix dans ma tête qui pirouette en permanence. Fouineuse…

La loi de la gravitation universelle est dure mais c’est la loi. Et dans l’univers, les chercheurs ou les poètes ont compris qu’il y avait toujours un et son contraire formant ce tout qui nous compose, compose toutes choses dont nous faisons partie. Il existe un endroit où cette loi ne s’applique pas. Nous sommes voyants et aveugles puis voyants et de nouveau, aveugles, etc. Balançons. Le mouvement est-il une autre loi de l’univers, une résultante du hasard ou un équilibre ? Marcher, c’est contrôler la loi de gravitation universelle, se jouer de la chute, certaine, tangible.

L’intangible, je l’imagine avec une tête de lutin et un grand sourire aux lèvres, des yeux espiègles. Il est jeune pousse qui croit, avance. Il a, au hasard, autour de 17 ans. Il a toujours 17 ans. Ce qui est contradictoire avec ce que je viens de dire sur le mouvement. Il existe cet endroit paradoxal où la loi de la gravitation universelle ne s’applique pas et où l’on a toujours autour de 17 ans. C’est étrange mais si on y pense un peu longuement, l’univers lui-même est un « sacré » paradoxe. Vous remarquerez que je n’ai pas écrit un paradoxe sacré.

C’est, à la fin du printemps, au début de l’été, que de la torpeur, suis sorti, grâce aux premières chaleurs et surtout aux fragrances envahissantes et paradoxalement reposantes, des tilleuls de ma promenade. On ne peut plus vivre en poésie quand le tangible nous submerge, nous inonde de sa réalité malveillante. Dès lors, réagir, chercher, fouiner au sein de la frange et de la marge, se promener à l’orée des vies passées ou présentes et de leurs lisières feuillues. Apprivoiser, jouer, danser tout autour de ce tangible pour qu’il ne nous attrape pas, se débattre pour se libérer de ses bras articulés qui souhaitent nous mettre au point, mécaniquement. Nous ne sommes pas des instantanés. Nous ne sommes pas des photographies. Connaître, ce n’est pas toujours toucher les objets ou les personnes. Le flou est peut-être cette spécificité humaine, trop humaine qui nous distingue. Mais parce qu’ignorants, et parce que nous n’avons pas encore rencontré une autre espèce venant d’une autre planète, le flou fait de nous des faiseurs de questions.

Résister ? Il ne s’agit pas de cela. On a déjà « perdu » dans ce monde tangible. On ne décide de rien. On ne peut pas « gagner » contre. On ne peut pas gagner quoi que ce soit, contre… C’est infernal cette triste pensée des premiers et des derniers, cette morbide idée des perdants et des gagnants. Il faut se perdre dans une forêt pour le comprendre. On vous regarde bizarrement si vous dites cela. Etre insaisissable, dans le mouvement, dans la fuite reste la seule manière d’échapper aux incertains adeptes d’un tangible unilatéral.

Nous sommes immergés dans le temps, tout entier : émanations, exhalaisons de tilleuls. Il n’y a absolument rien de mystique ici. Nous n’avons rien à faire de la mort. Qui n’est jamais là tant que nous sommes vivants, tant que nous fuyons, tant que nous marchons. Je préfère le flou… On ne sait pas bien ce qu’est la poésie. Elle ne peut pas être domptée par un algorithme ou une machine générant un texte. L’automatisme est une impasse. Il n’y a place que pour l’imprévu, l’imprévisible, le rebond. Mon flou ne peut être attiré que par la courbe qui sied si bien à la profusion baroque. Il est mon outil dans le dédale du labyrinthe.

La poésie. De chair, de sève ou de vent, elle est… Tout cela en même temps, mais pas seulement…

La poésie. Ce ne sont pas simplement ces apparences de bouts rimés en fin de phrase, ou ces constructions rythmées ou structurées sous toutes les formes inimaginables qui la font. Il y a souvent de la poésie dans ces pièces parce que ceux qui les ont écrits ont souvent trouvé ou vécu par ce flou. Ils étaient vivants. Peu importe la forme…. l’important reste de saisir, parfois transcrire ces insaisissables fracassement d’atomes tout autour de nous. Mais, ce flou passe, peut passer aussi vite qu’il est venu…

Et la technique ne fait rien à l’affaire. Le néant nous entoure. Le flou ne peut pas être normalisé. Il est ici. Et puis, s’en va. Le poète aux semelles de vent l’a perdu un jour.

Il ne faut pas trop essayer de comprendre qui quoi comment ? Inspiration expiration souffle. Tous les partisans du flou se sont cassés les dents à tenter d’expliquer. Et moi, à présent. On ne peut pas être un partisan. On est soi. Toujours, même si on se ressent souvent comme rouage. C’est difficile de ne pas être influencé. Pourquoi faudrait-il expliquer ? Pourquoi faudrait-il toujours tout expliquer ? Le mysticisme guette, est toujours prêt à nous attraper pour nous ramener vers les tristes sectateurs du tangible. Nous sommes. Tu es. Je suis. Il n’y a ni ordre, ni désordre. Ce sont encore nos esprits qui casifient en pensant ainsi.

Il y a ce flou… celui qu’on ne peut mettre en cases ou en code, que l’on perçoit ou pas. Le poète manchot : « En ce temps-là, j’étais en mon adolescence. J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance. Et j’étais déjà si mauvais poète. Que je ne savais pas aller jusqu’au bout. »

Silence

L’extrait : La prose du transsibériene et de la petite Jehanne de France / Blaise Cendrars.

texte Franck Queyraud

photo M.Christine Grimard

Merci Marie-Christine d’accueillir ce 54ème vase communicant qui sera le dernier. Je vais désormais me concentrer sur un autre projet plus imposant et qui demande un non-éparpillement pour cueillir ce flou nécessaire à tout œuvre. Merci à tous ceux qui ont permis ces échanges depuis plus de trois ans et aux rencontres et amitiés générées. Silence.

Photo du jour : Prémices

« La terre, demi-nue, heureuse de revivre

A des frissons de joie aux baisers du soleil… »

Rimbaud

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Photo M. Christine Grimard

Quelques heures de soleil auront suffi

Pour que renaisse la vie

Sur la dune endormie

Graminées ailées et chardons bleutés

Bravent le vent salé

Et la morsure du gel

Pour déployer leurs ailes

Au soleil de midi.