Photo du jour : Pluie de rentrée 

« La cachette fut terminée aux premières heures de l’aube. C’était une aube mauvaise de septembre, mouillée de pluie : les pains flottaient dans le brouillard, le regard n’arrivait pas jusqu’au ciel. »Education europeenne – Romain Gary

Photo m.christine Grimard

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Il est Temps de rentrer 

Entre soirée et matinée 

L’air a chuté de vingt degrés 

Chacun dans sa case est rentré 

Des escargots aux araignées 

L’été brûlant est achevé  

Autant reprendre et s’adapter 

Au spleen, au frais et aux corvées 

Au sombre, au gris et au mouillé

En septembre on est entré 

Contre l’été on a troqué 

Un vrai Temps de rentrée 

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To Do List 19 : Bleus à l’âme 

 

photo M.christine Grimard

 

  • Garder en mémoire le grondement des vagues jusqu’à l’année prochaine.
  • Remercier le ciel de nous avoir fait éclore sur une planète bleue.
  • S’acheter une nouvelle boîte de crayons de couleur pour la rentrée.
  • Retrouver son vieux stylo plume aux cartouches turquoises et le laisser courir en toute liberté sur la page blanche.

Poème : Rêve au vent fripon

aout 2015 4 143

Photo M. Christine Grimard

 

*

Sous mes paupières closes

Dansent des tâches de soleil

Le ciel tout entier déborde

D’un torrent pastel

Parsemé d’encre et d’étincelles

La nuit efface le temps

Les murs de la chambre

S’envolent au large

Et les nuages nagent

Au vent fripon

Qui gonfle les voiles

Et fait briller les étoiles

*

Mon enfant

Laisse aller le temps

Laisse pleurer le sang

Oublie ce corps si lourd

Cours

Suis le goéland

Sous le vent…

*

Oh mais il s’est caché

Quelque chose l’a effrayé !

C’est le réveil qui a sonné

Mon enfant, il faut te lever

Ce matin c’est la rentrée !

*

Ne t’inquiète pas

Il t’attendra

Et ce soir tu le retrouveras

 Là-bas

Sur l’estran

Sous le vent !

*

Photo du jour : Nostalgie 

“La nostalgie c’est le désir d’on ne sait quoi…” Antoine de Saint-Exupéry 

*

  
Être encore là-bas

À rêver de rivages blonds

À plat-ventre sur le sable 

Le menton posé sur les paumes 

Sentir ses cheveux onduler sous le vent

En pas de deux avec les graminées de la dune

Se dire que l’automne arrivera bientôt 

Mais pour l’heure, retenir les secondes 

Pour poursuivre le rêve 

Et ne pas se réveiller 

Encore 

Sur un matin de rentrée…

Une image…une histoire: Ecolière

devoirs

Du plus loin qu’elle s’en souvienne, La rentrée des classes était pour elle une joie, la promesse de nouveaux plaisirs.

Elle était enfant unique, et les vacances lui semblaient toujours trop longues, bien qu’elle n’ose pas le dire tant cette opinion semblait incongrue à ses amies. Elle avait toujours été « bonne élève » mais c’était naturel. Ce qu’elle préférait dans la vie, c’était lire et  apprendre.

Apprendre chaque année un peu plus de ce que le monde cachait, était le plus grand de ses plaisirs. Les livres étaient autant de trésors à découvrir, et quand elle ouvrait la couverture, elle avait l’impression de débarquer sur un rivage inconnu. Elle posait les yeux sur la première page, et tous les oiseaux des îles venaient se poser dans ses cheveux. Elle aimait l’odeur des pages, et le bruit du papier que l’on caresse. Elle imaginait autant d’images que de pages, et complétait souvent les chapitres par un petit dessin au fusain des héros rencontrés.  Un livre, c’était une fée de la nuit qui venait lui raconter une histoire avant de s’endormir.

Elle avait dévoré tous les ouvrages « autorisés » de la bibliothèque familiale, mais à l’école, elle savait qu’elle en aurait de quoi satisfaire sa curiosité.La bibliothèque de prêt de l’école était une mine de petits trésors, et pour pouvoir tous les lire, elle s’était retrouvée « bibliothécaire adjointe »sans qu’aucun de ses camarade ne proteste.

Plus tard, lorsque l’adolescence l’inonda de son flots d’interrogations, elle pensa que cette boulimie de mots était une maladie honteuse, ses camarades n’ayant pas la même passion. Elle n’en parlait jamais, se contentant de lire dès qu’elle avait un instant de libre. Lorsqu’elle découvrait un nouvel auteur, elle lisait tous ses ouvrages à la suite, et la frustration de la dernière page, était une souffrance dont elle ne parvint jamais à se défaire tout à fait. Tout ceci était son jardin secret. le grenier dans lequel elle se réfugiait quand la vie était trop lourde.

La moitié de sa vie passa ainsi à remplir son esprit, à apprendre, à découvrir. Elle remplissait un tonneau sans fond. Elle n’aurait jamais assez de temps pour tout connaître, jamais assez de nuits pour tout lire. Elle devint libraire, ce qui nourrît bien ses dangereux travers. Souvent, elle dormait dans sa boutique, ne prenant pas la peine de rentrer dans une maison vide, préférant dormir avec ses précieux ouvrages.

Elle s’essaya à l’écriture, ce qui lui valut un joli succès d’estime. Elle expliquait à qui voulait l’entendre, que les mots qu’elle avait engrangé par milliers demandaient à ressortir, et qu’elle ne pouvait s’arrêter d’écrire, comme elle ne pouvait s’arrêter de lire, enfant. Plusieurs de ses ouvrages obtinrent un beau succès, elle adorait partager avec ses lecteurs l’amour des mots au cours de lectures qu’elle organisait dans sa boutique. Mais ce qu’elle préférait, c’était l’instant où elle baissait le rideau de fer, et où elle se retrouvait en tête à tête avec ses auteurs disparus.

On la retrouva ainsi, un matin, endormie à jamais dans son grand fauteuil, une pile d’ouvrages sur la petite table d’à côté. Ses mains reposaient sur un ouvrage, ouvert à moitié, posé sur son cœur, un sourire flottant encore sur les lèvres.