Un été bleu horizon (11)

« Être dans la nature ainsi qu’un arbre humain,

Étendre ses désirs comme un profond feuillage,

Et sentir, par la nuit paisible et par l’orage,

La sève universelle affluer dans ses mains ! »

La vie profonde

Anna de Noailles

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Photo Marie-Christine Grimard

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Parfois, l’été se fâche

Et l’océan passe du vert au bleu nuit

Chacun retient son souffle

Un grain s’approche

Il faut rentrer

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Photo Marie-Christine Grimard

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Alors, le vent se lève

Ridant la surface de l’eau

Les vagues enflent et claquent sur le sable

Les nuages s’étirent vers la forêt

Les mouettes remontant au vent,

Nous paraissent immobiles.

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Photo Marie-Christine Grimard

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Parfois, l’horizon s’habille de noir

Même si la lumière tente

De percer les nuages

Dessinant arc de couleurs

Et cercle d’espoir

Parfois, l’océan s’emporte

Et enlève les marins

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Photo Marie-Christine Grimard

Hommage aux marins de la SNSM et au pêcheur disparus au large des Sables-d’Olonne durant l’hiver dernier.

La beauté de l’océan et du ciel ne doit pas nous faire oublier que nous ne sommes que des grains de sables sur cette terre.

Souvenons-nous de notre insignifiance par rapport à la force des éléments et respectons cette terre qui nous accueille et nous nourrit.

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Photo du jour : goutte

« Derrière la fenêtre, les yeux de la pervenche le suivaient, et les gouttes glissantes le long de la vitre semblaient ruisseler de ces yeux anxieux, d’un bleu qui ne dépendait ni de l’étain jaspé du ciel ni du plomb verdi de la mer. »

Le ble en herbe – Colette

Photo M. Christine Grimard

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Un des plaisirs de l’été, est là pluie chaude qui ruisselle en cataracte lorsque l’orage éclate à la fin des jours caniculaires.

On retient son souffle en pensant « pourvu qu’il pleuve » que l’orage ne passe pas son chemin en nous ignorant…

Enfin les premières gouttes s’écrasent sur les carreaux. On hésite à sortir sous les éclairs, mais on envie secrètement les dahlias qui semblent se redresser sous l’averse.

Puis lorsque le déluge se calme un peu, on sort, le visage tourné vers le ciel, pour recevoir la douche salutaire, douce et chaude de la touffeur de la veille. Les yeux clos on se laisse caresser le visage par les gouttes soyeuses. La bouche ouverte vers le ciel on retrouve le sourire de l’enfant qui découvrait le monde. Derrière le goût d’ozone de la pluie d’orage, on distingue le parfum de l’herbe mouillée mêlé à celui de la lavande du jardin, sublimé par le fracas des gouttelettes tombées en rang serré.

On prête l’oreille, c’est tout un orchestre de percussions qui entame le second mouvement du concerto, et l’on se laisse emporter dans la danse.

Mais la pluie cesse, aussi promptement qu’elle est venue. Les oiseaux retrouvent leur branche, et leur chant. L’orage s’éloigne.

Un dahlia s’ébroue, secouant ses pétales dans un filet de vent. Le jardin retrouve ses couleurs vives. L’entracte est terminé. Le soleil s’installe au centre de la scène.

L’été sera chaud…

Un été en bandoulière (3)

« À présent, tout est silence au jardin. Un chat, deux chats s’étirent, bâillent, tâtent le gravier sans confiance : ainsi font-ils après l’orage. Ils vont vers la maison, et la Petite, qui marchait à leur suite, s’arrête ; elle ne s’en sent pas digne. Elle attendra que se lève lentement, sur son visage chauffé, noir d’excitation, cette pâleur, cette aube intérieure qui fête le départ des bas démons. »

Colette

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Photo Mch grimard

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Après l’orage

Le jardin se tait

Sidéré d’éclats de tonnerre

Comme on peut l’être après une colère

Abasourdi par le combat des éclairs et du vent

Il rassemble et recoiffe ses rameaux d’Olivier

Savourant la victoire du silence immobile

Lissant ses pétales de campanules

Il récupère

Clichés 43: Histoire sans parole 

Quel été de feu !

Photo M. Christine Grimard

Si ça continue, on va étouffer !

 

Photo M. Christine Grimard

 

Mais non, regarde le vent se lève  !

 

Photo M. Christine Grimard

Tu as raison, l’orage arrive !

 

Photo M. Christine Grimard

J’aime bien avoir du vent dans les voiles …

 

Photo M. Christine Grimard

Ça y est , il pleut !

 

Photo M. Christine Grimard

Rien de meilleur qu’une pluie d’été après trois semaines de canicule !

Photos M.Christine Grimard

Avec la participation de Jack et Jimmy…

Une image…une histoire/ L’île des possibles. (Partie 3)

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L’atmosphère s’était soudain alourdie.

Lily regarda par la fenêtre où l’obscurité gagnait. Elle n’avait plus envie de poursuivre la conversation avec cet homme désagréable. Elle aurait voulu rentrer chez elle, mais avec l’orage et la nuit, elle était coincée ici. Elle pensa que si elle restait silencieuse, il déciderait d’écourter leur entretien. Elle se cala au fond de son fauteuil en tenant sa tasse à deux mains, regardant vers le sol, sans un mot.

L’homme ne lui prêtait plus aucun attention. Il but son café à petites gorgées puis s’approcha de la fenêtre pour examiner le ciel. Se retournant brusquement vers elle, il lui dit:

« Vous allez devoir supporter ma présence un peu plus longtemps que prévu, compte tenu de ce qui se prépare, je pense qu’il faudra attendre le jour pour pouvoir de nouveau traverser la lande. »

Lily, inquiète le rejoignit vers la fenêtre. Dehors les éclairs zébraient le ciel, illuminant les alentours. Au même instant un bruit formidable fit trembler tout l’espace et Lily ne put retenir un cri.

« Ne me dites pas, qu’en plus vous avez peur de l’orage ! » se moqua l’homme.

Lily lui jeta un regard mauvais. Cette fois-ci, elle en avait assez. Elle répliqua :  » Non, je n’ai pas peur de l’orage, mais j’ai été surprise, voilà tout ! Et puis arrêtez de me traiter comme une petite fille craintive. Si on doit  rester ensemble jusqu’au matin, autant se conduire en être civilisés. Maintenant, je comprends que ma présence puisse vous importuner. J’envahis votre espace sans crier gare, aussi indiquez-moi un endroit, où je puisse attendre jusqu’à demain sans vous ennuyer. »

Il la regarda avec un sourire amusé, et dit:

« Non, ma petite. Il n’y a pas d’endroit où vous puissiez attendre. Ma longère est petite, et le seul endroit où des êtres civilisés puissent se tenir est la pièce où vous vous trouvez. »

« D’accord, alors je vais attendre ici, en la compagnie d’un homme dont je ne sais rien, pas même le nom et qui me prend pour une demeurée… La soirée promet d’être agréable ! ajouta-t-elle ironiquement.

 » Je ne vous prends pas pour une demeurée. Votre attitude m’a agacé. J’avoue que je pensais passer une soirée à finir tranquillement mes corrections, dit-il en désignant son bureau d’un geste vague, mais enfin, je peux faire une exception, pour une aussi charmante compagnie, et oublier ma mauvaise humeur pour la soirée. »

Il retourna vers son fauteuil et posa sa tasse sur la table, et sans regarder Lily, ajouta:

« Mon prénom est Jacques. Revenez vous asseoir. »

Lily s’exécuta, décidant de faire un effort pour l’amadouer. Elle répondit:

« Enchantée Jacques, mon prénom est Lily. »

« Merci, je le savais déjà. Tout le monde connaît le prénom de la nouvelle institutrice au village. En règle générale, sur une île, tout le monde sait tout sur tout le monde. Il faudra apprendre à en tenir compte. »

« C’est un avertissement ? » demanda Lily

« Non, c’est plutôt une constatation, répondit Jacques. Les gens ne sont pas malveillants, pour la plupart, mais curieux. Il faut bien se distraire. Quoi de mieux pour cela, que de discuter de la vie de vos voisins, ajouta- t-il avec un sourire. Cependant, j’avoue que je n’ai pas appris grand chose sur vous jusqu’à présent. Finalement, je suis content que cet orage me permette d’en savoir un peu plus… »

Il semblait hésiter à continuer, puis il ajouta:

« Enfin plus que la première impression que vous m’avez donnée: celle d’une femme imprudente qui ne réfléchit pas plus loin que le bout de ses orteils. Ou pire encore, celle d’une femme qui ne connaît pas la valeur de sa vie et est capable de la brader sur un coup de tête ! »

Lily hocha la tête. Il revenait à la charge une fois encore. Il ne la lâcherait pas avec ça !

Elle attaqua à son tour.

« Vous êtes l’homme le plus têtu que j’ai jamais rencontré, commença-t-elle. Vous ne me laisserez pas en paix. Ce que je fais de ma vie ne regarde que moi, il me semble. J’aimerais comprendre pourquoi vous êtes si agressif avec moi. Vous ne me connaissiez pas il y a encore une heure. Et en quoi ce qui m’arrive peut bien vous intéresser ? »

Il laissa passer quelques secondes, l’orage redoublant de violence à l’extérieur, à l’unisson de leurs pensées. Quand le silence fut revenu, il dit d’une voix soudain adoucie:

 » Ce qui vous arrive m’intéresse, comme ce qui arrive à tous les humains que je rencontre. Vous semblez croire que je ne suis qu’un vieil ours vivant en ermite dans cette longère, et pourtant j’ai vécu de nombreuses années dans le tourbillon des apparences dans une grande capitale étrangère.  Mes amis me demandaient souvent mon avis quand ils avaient des interrogations sur leur vie, et j’étais considéré comme un sage, ne vous déplaise, conclut-il avec un sourire. Mais je n’ai pas l’intention de vous donner des conseils que vous ne voulez pas entendre, Lily. J’ai été choqué par votre geste cet après-midi parce qu’il a réveillé un de mes pires souvenirs. Et c’est pourquoi j’ai été si désagréable envers vous tout à l’heure. Je vous prie de m’en excuser. »

Lily, soudain adoucie par son ton attristé, resta muette, attendant qu’il poursuive. Ce qu’il fit à voix basse.

« Ma jeune sœur, Marie, a eu moins de chance que vous ce jour-là. Elle vivait dans la maison de ma grand-mère, la petite longère en ruines que vous avez vue le long du chemin des douaniers. Après elle, personne n’a plus habité là . En ce temps-là, j’étais déjà parti à l’étranger et ma mère n’a jamais voulu m’expliquer ce qui s’était réellement passé. Un soir d’orage, comme celui-ci, elle s’est aventurée sur la falaise, comme vous. Elle connaissait parfaitement les dangers encourus. On a cherché son corps pendant des semaines et on n’a retrouvé que sa pelisse déchiquetée sur les rochers en contrebas. J’ai appris plus tard qu’elle avait eu une déception sentimentale avec un marin qui avait quitté l’île pour s’établir sur le continent. je n’ai jamais su exactement ce qui s’était passé, mais je vis depuis avec le fantôme de ce qu’elle aurait pu faire de sa vie, et de ce qui n’a pas été.  »

Il s’arrêta, essoufflé, la regarda fixement, comme si elle pouvait lui donner une explication.
Lily ne put que dire faiblement:
« Je suis désolée… »
Jacques leva les yeux vers elle. Lorsqu’il croisa son regard plein de larmes, il baissa la tête pour canaliser la vague d’émotion qui le submergeait.

Reprenant son souffle, il se leva brusquement, et prit Lily par la main, l’invitant à le suivre.
« Venez, on va se faire un petit repas, il est inutile de rester là à ressasser nos regrets le ventre vide. On réfléchit mieux après un bon dîner. Venez m’aider. La cuisine est par là ! »
Lily, heureuse de cette diversion, le suivit. Rien de tel que le partage d’un repas pour apaiser les cœurs autant que les estomacs.

A suivre —>