To do list 57 : éclat final

. S’émerveiller de voir le soleil émerger des nuages, même s’il ne le fait qu’au crépuscule.

. Frissonner sans savoir si c’est à cause de la fraîcheur du soir ou de la beauté du spectacle.

. Prendre conscience de la chance que l’on a d’être là et de pouvoir admirer cette explosion de couleurs.

. Oublier pour un instant les contrariétés de la journée.

. Ne garder en souvenir que le plaisir des échanges amicaux du jour, pour en nourrir ses rêves à venir.

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Photo du jour : Silence du soir, espoir.

« Écrire, c’est donner une profondeur au silence. »

Joe Bousquet 

Photo m ch grimard

….

Derniers instants 

Avant 

Que le jour

Ne se fonde 

Dans sa nuit 

……..

Heure où la lumière 

Exulte 

Flambant ses 

Dernières secondes

Avant 

De libérer  

Les ténèbres 

……..

Jeux de cache-cache 

Combat de gris

De roses et de bleus 

Ou chacun sait 

Que le noir 

Gagnera 

……..

Strates claires-obscures 

Rayures roses et or

Étincelles éphémères 

Déclinent 

A l’horizon 

……….

Heure où 

Le silence 

Est d’or

Habité

De l’espoir 

Secret 

Que le ciel 

Derrière son masque 

Obscur 

Ouvrira ses bras 

De velours noir

Aux étoiles 

Vases communicants : Un jour, la nuit (1/2)

Pour ceux qui n’avaient pas eu l’occasion de lire mon texte écrit pour la journée de partage des « vases communicants » de ce mois avec Dominique Hasselmann, je le publie de nouveau. J’en profite pour le remercier pour sa photographie et pour cet échange agréable autour de nos textes et de la nuit…

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vasecodh

Photo Dominique Hasselmann

*

La nuit est à moi.

J’aime sa lumière glissant sur le bitume. J’aime l’ombre des arbres qui cache les immeubles, l’instant où la ville reprend son allure de jungle. Quand les hommes se taisent et disparaissent, l’instant où la ville bascule de l’autre côté du miroir. La rue devient un fleuve où les phares des voitures se noient. J’aime l’instant où les lucioles des boulevards prennent leur envol. Je les suis du regard et je m’envole avec elles jusqu’à la cime des arbres. De là-haut, je peux tout observer. La nuit, le monde est différent.

Il faut dire que j’ai l’avantage d’avoir une vision nocturne parfaite. La plupart des hommes ne distinguent pas grand-chose après le coucher du soleil, c’est pourquoi ils ont inventé les réverbères et autres Leds. Ils ont peur du noir. Ils ont peur de tout et surtout de leur vie.

Moi, je n’ai peur de rien puisque je n’ai plus rien à perdre.

Avant, je vivais dans une grange donnant sur la colline, je dormais dans la paille et je courais la campagne dès le lever du jour. J’en ai vu des matins de soie et des soirs de velours. J’en ai dégusté des soleils de miel et des pluies glacées. C’était ma vie, l’aventure et la liberté, dure mais intense, inoubliable. Rien d’autre à faire que de trouver ma nourriture du jour et ma couche de la nuit. La précarité, les bonnes et les mauvaises surprises, les rencontres de hasard, le froid, la faim, mais aussi la liberté. Vu d’ici, je la regrette un peu…

J’ai choisi de venir en ville. Je me demande bien pourquoi.

Les lumières, les paillettes, la promesse d’un avenir meilleur, l’illusion d’une certaine richesse dont j’aurais pu profiter, tout cela m’a attiré comme un aimant. Voilà sept ans que je traîne mes guêtres sur ce bitume. J’en connais chaque centimètre. J’ai appris à mes dépends qu’il ne faut pas empiéter sur le territoire des voisins. J’ai connu des jours meilleurs dans ma jeunesse, mais à mon âge il est difficile de changer de vie. J’ai fini par m’habituer à l’inconfort et à la misère. Si je reste c’est parce que j’aime la nuit sur la ville. Quand le jour pointe son nez, je me cache et j’attends la nuit. Elle me réchauffe dans ses bras de lune, elle me donne la force de continuer à courir l’aventure. Mes nuits sont plus lumineuses que leurs jours. Leurs nuits sont à moi.

Je ne vous raconterai pas mes nuits. Elles sont mon secret, faites de rencontres incroyables, peuplées de fantômes et de fées. J’ai exploré chaque rue, parcouru chaque pavé, en silence. Personne ne me voit, je sais passer en silence. Je glisse sur leurs trottoirs. Tapi dans l’obscurité, j’habite leurs porches. Ils ne savent pas que je suis là. Parfois l’un d’eux me donne un peu de nourriture en passant. Très peu ont le courage de croiser mon regard, en général ils évitent de lever les yeux sur ma maigreur. Une fois, j’ai vécu quelques semaines dans un appartement cossu avec une jolie fille qui avait craqué pour mes yeux verts. Je dois dire que ce fût un moment de grâce. Elle me donnait sa douceur et des petits plats élaborés avec amour, je lui donnais toute la chaleur qu’il me restait en retour. Puis une nuit, l’appel de la liberté a sonné à la porte et j’ai retrouvé le goût âpre du bitume…

Peu importe, je garderai mes semelles de vent. Si je mange peu, je serai plus léger pour suivre mes désirs. Je n’ai plus de chaînes même si je n’ai plus d’amour. La liberté a un prix, celui des larmes de la solitude et du sang ! Peu importe ce qu’il adviendra de moi, tant que je serai libre et que j’éviterai le filet de la fourrière.

texte : Marie-Christine Grimard

photo : Dominique Hasselmann

Vases communicants de juin : Un jour, la nuit [2/2]

Je remercie pour sa présence pour la troisième fois sur cette page Dominique Hasselmann qui anime le blog  Métronomiques où vous pourrez découvrir la richesse et la diversité de ce qu’il partage quotidiennement.

J’ai pris un grand plaisir à remplir ce nouveau vase communicant de nos textes échangés et le remercie d’avoir choisi d’orienter ce partage autour du thème de la nuit. Chacun a écrit son texte à partir d’une photo de l’autre prise une nuit sur la ville.

Vous pourrez retrouver mon texte si vous le souhaitez sur la page du jour de son blog où il me fait l’honneur de me recevoir.

Je vous laisse juger du résultat, et souhaite une belle navigation entre les lignes et les textes de ce mois-ci.

*

« Tiers Livre de F. Bon et Scriptopolis  sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Sur le blog : Le rendez-vous des vases communicants tenu désormais par Marie-Noëlle Bertrand, ayant pris la suite d’Angèle Casanova et de Brigitte Célérier, vous retrouverez la liste des échanges de ce mois. 

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Un jour, la nuit [2/2]

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photo 4

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Il y avait comme de l’électricité dans l’air, le ciel était un espace inaccessible ou insensible, je rêvais de le rejoindre mais il me manquait l’échelle à déployer pour y parvenir. La nuit, tous les chats n’étaient pas gris, l’un d’eux, noir aux yeux verts, me suivait depuis un certain temps le long de ce chemin mal éclairé.

Je marchais sans but et sans regret. Le « halage » n’existait plus, on ne voyait personne tirant une péniche ou la moindre embarcation depuis la berge. Le soir, aucun cycliste ne s’aventurait sur ce chemin pourtant goudronné, une atmosphère de pesanteur régnait dans le paysage malgré la suavité des roses célestes au-dessus de ma tête.

Mon téléphone se mit à vibrer (je pensais aux poteaux en bois qui se dressaient encore ici ou là), c’était juste un message d’information. Le gouvernement avait démissionné et une nouvelle équipe allait se remettre dare-dare au travail. La politique, même à la campagne, ne nous lâchait pas les baskets. Mais ici, pas besoin d’essence ou de « gazole », l’air pur suffisait à faire carburer les poumons.

Étrange, comme le calme enveloppait tout : quelques oiseaux se signalaient de temps en temps, peut-être un gentil « bonsoir » envoyé d’un merle à une pie voleuse (un baiser volé). Je me sentais seul – le chat me suivait toujours – et libre, dans ces moments où aucune voiture n’encombrait ma route, où aucune cheminée d’usine ne lançait vers le ciel ses fumées nauséabondes, où les klaxons à deux tons des véhicules de police ou des ambulances ou des pompiers ne vrillaient mes oreilles.

Je savais qu’au bout du chemin il y aurait le café qui s’ouvrirait vers les 7 heures du matin, on était bien encore à 20 km, et je demanderais un petit bol de lait pour mon compagnon de fortune. Ma mémoire me disait que le bistrot s’appelait « Aux mariniers », sans doute une enseigne qui devait dater de l’époque où ils étaient nombreux à naviguer sur la Marne.

Je rêvais déjà de ce petit-déjeuner : une demi-baguette, toute fraîche, une grande tasse de café noir, il me manquerait juste un journal à feuilleter (mais « Libération » était devenu aussi maigre qu’un jour sans pain). Au long de mon parcours, j’avais baptisé le chat :  «Hibou».

Maintenant, le ciel changeait de couleurs peu à peu : il irait sans doute vers l’uniformité du bleu, laissant ses divagations nocturnes me plaire pour une autre randonnée sans horizon autre que celui de mon imagination parfois trop vagabonde.

texte : Dominique Hasselmann
photo : Marie-Christine Grimard

***
 

 

Poème : A tire d’ailes

Photo d’auteur inconnu

*

Juste au bord

De la nuit

Sans remords

Et sans bruit

Ton âme s’endort

*

Juste au bord

De la vie

De minuit à l’aurore

L’espoir revit

*

À tire d’ailes 

Ton âme s’envole

Vers l’irréel 

*

Elle est si belle 

Cette luciole 

Qui étincelle 

*

Juste au bord 

De la nuit

Sans effort

Tu t’enfuis 

*

 Juste au bord

De la nuit

Sans remords

Et sans bruit

Ton âme s’envole

*

Poème : Nuit

IMG_4015.JPG

Photo d’auteur inconnu

Aux tréfonds de la nuit

La sentinelle luit

Sans couleur et sans bruit

Guidant les insoumis

*

Une étoile s’envole

Au bout de l’univers

En semant sa poussière

De lucioles en lucioles.

*

Et l’enfant la regarde

S’approcher de sa vie

Rêvant qu’elle s’attarde

Jusqu’au bout de sa nuit

 *

Vole, étoile ma sœur

Valse en apesanteur

Et emporte mon cœur

Là où meurent les peurs

*

Raconte-moi l’espace

L’ombre et puis la lumière

Et je suivrais ta trace

De demains en hiers.

*

Avec toi j’apprendrai

La patience et l’envie

La beauté de la vie

Au goût de Liberté