La Porte (Partie 7)

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Photo M. Christine Grimard

Quelques heures plus tard, je m’éveillais avec la sensation que l’on tambourinait dans mon cerveau. Il me fallut quelques secondes pour réaliser où je me trouvais, et que les coups en question provenaient de la porte d’entrée de la chambre, et dix secondes de plus pour retrouver les esprits et me lever pour aller ouvrir à la femme de chambre qui m’apportait le petit déjeuner.

Elle me souriait au-dessus de son plateau chargé de viennoiseries « maison » et d’un assortiment de confitures à l’ancienne, et me demanda si j’avais bien dormi. Sa question me remémora brusquement les évènements de la nuit et son sourire s’éteignit devant ma pâleur subite. Elle s’enquit un peu inquiète :

– Vous semblez épuisée ce matin, le lit n’était pas à votre goût, auriez-vous mal dormi ? Voulez-vous que j’appelle un médecin ?

J’hésitais entre deux attitudes, en apprendre un peu plus en lui parlant de mes aventures nocturnes, ou me taire et rester sur mes interrogations. Après tout, ceci n’était probablement qu’un rêve. On m’avait toujours dit que j’avais trop d’imagination, et le vin blanc du soir avait dû faire le reste. J’optais pour le silence, et lui répondis :

– Non, je vous remercie, le lit était parfait, et le magnifique plateau que vous m’apportez finira de me réveiller. Je serais très difficile si je me plaignais de quoi que ce soit, dans un lieu aussi merveilleux, où les fresques du plafond n’ont d’égal que cette aube qui flamboie derrière les carreaux.

J’accompagnai ma réponse d’un sourire, en lui montrant la croisée illuminée, mais elle ne fut pas dupe, et remarqua mes mains qui tremblaient.

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Photo M. Christine Grimard

– Vous avez raison, ce lieu est vraiment somptueux, et j’ai beau travailler ici depuis deux saisons, je ne m’habitue pas à autant de beauté, les aubes et les crépuscules sont remarquables ici. J’ai rarement l’occasion d’échanger ainsi avec les clients de l’hôtel, mais je suis heureuse que vous soyez sensible comme moi, à ce lieu.

– Oui, je crois que nous ressentons la même chose, en effet, poursuivis-je, encouragée par ses paroles. Il me semble que ce lieu soit chargé des souvenirs des gens qui ont vécu dans ces murs depuis plusieurs siècles. Cette chambre aussi, me semble avoir une aura particulière, auriez-vous des détails sur l’histoire de cet endroit ?

– Je ne sais pas grand-chose, il y a quelques ouvrages dans la bibliothèque du salon de réception, mais je n’ai jamais eu l’occasion de les lire depuis mon arrivée. Vous devriez poser des questions à la gouvernante, je crois qu’elle est passionnée d’histoire. Mais vous avez raison, cette chambre semble un peu particulière, j’ai remarqué une ou deux anomalies dans cette pièce, dont je n’ai jamais parlé à personne, et que je n’arrive pas à expliquer.

Elle sembla soulagée de pouvoir m’en parler, aussi je l’encourageai à poursuivre.

– De quelles anomalies parlez-vous ?

– Je ne sais pas trop si j’ai bien vu, ou si mon imagination m’a joué des tours…

Elle s’interrompit, et regarda le sol, dubitative. Pour l’encourager, je me lançai :

– Vous savez, je crois que j’ai vu aussi certaines choses cette nuit, mais je ne sais pas si j’étais éveillée ou si je rêvais, alors j’aimerais que vous me racontiez vos « anomalies » pour comprendre si elles ont un lien avec les miennes ! Mais si vous ne le souhaitez pas, je n’insisterais pas. J’ai l’habitude que l’on me prenne pour une illuminée, parce que je sens souvent certaines choses qui passent inaperçues pour la plupart des individus. Simplement, j’aime bien aller au bout du chemin et essayer de les comprendre. Ce lieu est tellement riche que j’avoue que je m’y perds totalement.

– Je ne comprends pas vraiment de quoi vous me parlez, mais je vais vous expliquer ce que j’ai vu ici. Je ne sais pas si cela aura un rapport avec ce que vous avez ressenti. Je suis chargée de m’occuper des cinq chambres de cette aile de bâtiment. Plusieurs fois, j’ai entendu du bruit dans cette chambre, alors qu’il n’y avait personne, notamment le bruit d’un volet qui claque alors qu’il n’y a pas de volet extérieur, comme vous pouvez le voir. Des objets ont changé de place, alors qu’aucun de mes collègues n’était entré dans la chambre après moi, et cette porte en bois est continuellement ouverte, alors que je passe mon temps à la refermer, que je bloque le loquet ou non n’y change rien.

En disant ces mots, elle désignait du doigt la porte que j’avais empruntée dans la nuit. Je sautais sur l’occasion pour l’ouvrir et lui montrer le miroir, en lui demandant :

– Ce miroir cache-t-il quelque chose ? J’ai cru entendre du bruit derrière.

– Oh non, je ne crois pas, dit-elle. Il n’y a rien derrière, seulement un mur très épais. En fait, se reprit-elle, je n’ai jamais regardé derrière jusqu’ici.

Joignant le geste à la parole, elle s’approcha du miroir et tenta de le décrocher. Mais elle n’y parvint pas, comme s’il était soudé au mur. Elle me demanda de l’aider, mais malgré cela, rien n’y fit, il ne bougea pas d’un pouce.

– Il semble faire partie intégrante du mur, il doit être très ancien. Cette porte de bois est là pour le protéger probablement. Ce que je ne comprends pas, c’est comment, elle s’ouvre sans arrêt alors que j’accroche toujours le loquet.

Je préférais ne pas lui raconter comment cette porte s’était ouverte brusquement cette nuit, et ce que j’avais découvert derrière ce mystérieux miroir. Le fait que nous ne soyons pas parvenues à le déplacer, me faisait douter de ce que j’avais vu, et je commençais à croire que j’avais peut-être rêvé toute cette histoire.

Je refermai la porte de bois et accrochait le loquet de fonte. Il était un peu rouillé et il fallait forcer pour faire coulisser la pièce métallique jusqu’au bout. Je me tournai vers la jeune femme qui hochait la tête :

– Là il semble bien accroché, on verra s’il bouge de nouveau. J’ai eu du mal à le fermer tant il paraît rouillé.

– Oui, c’est ce que je me suis dit aussi, plusieurs fois déjà, répondit-elle en me regardant en coin.

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Photo M. Christine Grimard

Nous fixions toutes les deux le loquet en fonte, lorsque nous le vîmes glisser imperceptiblement, très doucement vers la droite. Un instant plus tard, il était entièrement libéré et la porte commença à s’ouvrir en silence, comme si un souffle de vent la poussait de l’intérieur. J’avalai ma salive péniblement, et jetai un coup d’œil à ma compagne qui était blanche comme un linge. Je posai la main sur son épaule et la sentant trembler, je lui dis en me forçant à sourire:

– Vous avez raison, il se passe ici des choses difficiles à expliquer. Il me semble que le passé souhaite sortir de l’ombre, et qu’il nous le montre avec insistance. Il faudrait peut-être qu’on finisse par le laisser parler. Pour ma part, j’ai bien l’intention d’essayer de l’entendre, et j’avoue que tout ceci m’intrigue de plus en plus. Je vous remercie d’avoir partagé vos doutes avec moi. J’ai l’impression d’être moins seule sur mon nuage, et d’être moins folle surtout.

– Tout ceci ne vous effraye pas ? me demanda-t-elle en me regardant dans les yeux.

– Non, plus maintenant. Effectivement, cela m’a d’abord inquiétée lorsqu’il m’a semblé que mon quotidien dérapait vers un monde parallèle, mais plus cette histoire avance, et plus j’ai envie d’y entrer. C’est sans doute mon esprit aventurier qui ressort, celui qui fait que je n’en reste jamais à l’explication convenue par le plus grand nombre. Il y a tant de mystères derrière le quotidien, tant de choses dissimulées, la vie des gens n’est pas toujours ce qu’ils veulent bien nous faire croire. Si on apprend à bien regarder, les ombres derrière la lumière finissent par se montrer, et parfois elles se révèlent plus éblouissantes encore.

– Je crois que vous avez raison, mais il vaut mieux ne pas en parler. Si vous racontez ce genre de chose, on vous prendra rapidement pour une illuminée. Au pire, on vous enfermera ; au mieux, on vous laissera de côté.

La jeune femme de chambre, semblait perdue dans ses propres pensées. Semblant s’adresser à ses propres souvenirs, elle poursuivit :

– Enfant, je suivais souvent les papillons qui louvoyaient dans les rayons de soleil, pour essayer de découvrir leur palais enchanté. J’imaginais qu’il s’agissait de fées des bois, et qu’un jour elles me montreraient leur magie. Un jour, l’un d’eux s’est posé sur en haut d’un mur de pierre, et j’ai grimpé pour le suivre. Il est rentré dans une petite cavité entre deux pierres et n’est jamais ressorti. Je me suis approchée pour regarder à l’intérieur, et j’ai vu quelque chose qui brillait. Le papillon n’était plus là, et à sa place il y avait un fin anneau d’or. En lisant ce qui était gravé sur l’anneau, je sus que la magie existait.

Elle baissa la tête, interrompant son récit, me regarda brièvement, hésitante, puis reprit son souffle et poursuivit :

– Quelques mois plus tôt, ma grand-mère, Marie, nous avait quittés, et elle me manquait beaucoup. Depuis sa mort, j’allais souvent m’assoir au pied de ce mur, où elle me racontait des histoires quand j’étais plus jeune, pour me souvenir de sa voix. Parfois, je lui parlais, lui demandant de revenir me raconter des histoires, comme avant. Ce jour-là, j’avais beaucoup pleuré, tant son absence était lourde, quand ce papillon vint voleter autour de mon visage, comme pour attirer mon attention. Je n’ai jamais parlé de cela à personne, mais je suis convaincue aujourd’hui encore que ce papillon était « magique », et qu’il m’a indiqué volontairement l’emplacement de l’anneau. Je l’ai encore aujourd’hui, et le porte en permanence, il m’a aidé à continuer sans elle.

Tout en achevant son récit, elle me montra son annulaire droit où brillait un anneau finement ciselé à l’ancienne. Elle le retira et me le tendit pour que je puisse lire l’inscription qui était à l’intérieur. C’était un simple prénom : Marie.

Le silence retomba entre nous. Je lui rendis son anneau qu’elle passa de nouveau à son doigt. Elle regarda sa main, qui ne tremblait plus, puis me gratifia d’un sourire.

– Je suis heureuse d’avoir partagé ce moment avec vous, mais je dois poursuivre mon service. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, appelez-moi.

– Je vous remercie de la confiance que vous m’avez témoignée, en me racontant cette histoire si importante dans votre vie. Je crois, comme vous, que le temps n’est qu’un leurre. Parfois, certains objets où certains lieux sont imprégnés des sentiments des humains qui les ont portés ou habités. Si l’on sait les regarder, ces témoignages du passé, peuvent nous faire traverser les méandres du temps, retrouver les empreintes du passé. C’est un peu le travail des historiens, mais ils ne s’attachent qu’aux écrits. Quand il s’agit d’impressions, ou de coïncidences, ou de sentiments, il est plus difficile d’en convaincre les esprits rationnels.

– Vous et moi, savons que tout ceci n’était pas un rêve, et c’est tout ce qui importe, dit-elle, en ayant retrouvé son sourire éclatant.

– Oui, vous et moi, le savons ! Vous avez raison, merci beaucoup.

Elle me gratifia d’un clin d’œil, en sortant de la chambre. Il ne me restait que quelques minutes pour me préparer et avaler ce somptueux petit déjeuner, avant de rejoindre le reste de mes collègues dans le hall d’entrée, où notre guide nous attendait pour nous emmener visiter une cave bourguignonne. Me plonger dans la réalité du terroir, me ferait probablement beaucoup de bien, et je me dépêchais de me préparer.

Avant de sortir de la pièce, je refermais la porte de bois, poussant de nouveau le loquet sur la gauche jusqu’à le bloquer.

J’attrapai mon sac, enfilai mon manteau et me dirigeai vers la porte de la chambre, jetant un dernier coup d’œil vers la fenêtre avant de sortir.

La porte de bois était de nouveau ouverte.

Le miroir était à découvert, où je vis mon propre reflet me fixer, une expression de profond étonnement sur le visage. A l’évidence, le passé ne voulait pas qu’on l’oublie et la suite des évènements allait me le prouver.

A suivre …

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Les vignes du Clos Vougeot un matin de Novembre Photo M. Christine Grimard

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La Porte (Partie 6)

clos vougeot

photo M.Christine Grimard

J’avance sans faire de bruit. La pièce est ronde, sans doute sommes-nous dans une tour. Elle est froide, sombre et contient peu de meubles, un lit, une table et une chaise sur laquelle une femme est assise. Elle me tourne le dos, je ne vois que sa chemise de bure et de longs cheveux qui lui balayent le dos. Elle sanglote et chantonne en même temps, entrecoupant son chant de longs soupirs, et je trouve sa voix déchirante. Elle oscille sur sa chaise, en rythme, marquant du mouvement de sa tête, les paroles de sa chanson.

Je balaie la pièce du regard, et remarque un berceau de bois, et un meuble bas dont la porte ouverte laisse apercevoir des étoffes. Une seule fenêtre, haut située, éclaire la pièce, donnant sur le pignon d’un autre bâtiment, empêchant le soleil de pénétrer en ces lieux. Sous la fenêtre une sorte de chevalet est installé, supportant une lourde étoffe à moitié brodée, devant lui, je remarque un tabouret à trois pieds, et un panier d’osier contenant des écheveaux de laine colorés.

 

château de Gilly

photo M.Christine Grimard

Soudain, le chant s’arrête, suivit d’un long sanglot, qui se perd dans la nuit, laissant retomber un lourd silence dans la pièce. Je n’ose plus respirer. Au même instant, les pleurs du nourrissons s’élèvent vers la voute. La jeune mère reprend alors son chant en essayant de ne plus sangloter, et l’enfant se calme aussitôt. Elle fredonne de plus en plus doucement, et quelques minutes plus tard, l’enfant s’endort. Alors, elle se lève, et à pas lents, en le tenant à quelques centimètres de son visage, elle l’emporte vers son berceau. Elle le contemple endormi, les larmes ruisselant en silence sur ses joues, puis le serre contre son cœur avant le l’installer dans son petit lit. Son beau visage est empreint de toute la détresse du monde, lorsqu’elle le regarde dormir, si paisible dans son innocence. Puis elle se détourne et lève les bras et le visage vers le ciel, tentant une ultime prière. Cette supplication silencieuse et poignante de dignité, me brise le cœur, mais je n’ose approcher. Enfin, elle se recroqueville sur elle-même et s’accroupit, les bras repliés autour de ses genoux, comme si elle avait compris que sa prière était vaine, et qu’elle rendait les armes.

Elle ne bouge plus, ne sanglote même plus, alors je retrouve mon courage et fais quelques pas vers elle, sans bruit. Elle ne m’a pas remarquée tant elle est prostrée dans son chagrin.

Je pose une main sur son épaule, essayant de lui transmettre un peu de mon énergie. Elle lève brusquement la tête et me dévisage, à peine surprise. Elle ne crie pas, se relève sans un mot. Elle est à peine plus petite que moi. Nous nous dévisageons un instant, ses grands yeux gris fouillent mon regard. Elle ne semble pas effrayée, et je n’ai plus peur. Sans nous connaître, nous nous reconnaissons. Sa détresse est aussi la mienne, elle le sait.

Je prends ses deux mains dans les miennes, sans dire un mot, qu’elle serre à son tour, puis elle se jette contre moi, comme une naufragée s’accrocherait à un radeau. Je la garde contre moi, aussi longtemps que je la sens trembler, puis elle se calme enfin, et je m’écarte doucement. Je la découvre mieux, elle est si jeune qu’elle pourrait être ma fille, fine et élancée malgré la grossesse récente, très belle, de longs cheveux châtain clair entourant un visage triangulaire, de grands yeux bleus très clairs presque gris. Son air mélancolique n’altère en rien sa beauté diaphane, et sous son apparence fragile, elle paraît très déterminée.

Le silence devient pesant, et je me décide à lui murmurer :

-Qui êtes-vous et pourquoi êtes-vous aussi malheureuse ?

– Je ne suis plus personne, puisque mon existence doit rester secrète désormais. Personne ne doit savoir que je suis là, ni que mon enfant est né. Nous n’existons pas, nous sommes déjà des ombres. Je me suis habituée à cette existence depuis quelques mois, mais mon petit garçon aura une vie différente, loin de moi. Il faut que je me prépare à l’idée de le laisser partir, pour qu’il puisse voir la lumière, et grandir au soleil, loin de ces murs. Je le sais depuis qu’il est né, mais je pensais qu’il me le laisserait quelques semaines de plus, mais il est intransigeant. C’est un homme très dur. Il décide, et Dieu est de son côté, alors je n’ai plus qu’à accepter.

Je comprends tout ce qu’elle tait, et admire son courage. Une si jeune femme, qui a déjà autant de dignité dans sa détresse, cela me laisse sans voix. Je poursuis cependant :

– Comment pourrais-je vous venir en aide ? Je pourrais vous faire sortir d’ici avec votre enfant, ma chambre est au-dessus, vous n’auriez qu’à me suivre.

Elle me dévisage ; soudain effrayée ;

– M’échapper ? Avec mon enfant ? Et pour aller où ? Il est impossible de s’échapper, alentour, toutes les terres appartiennent à l’Abbaye, et personne n’oserait m’aider, en s’attirant les foudres de l’Abbé. Et où pourrais-je me cacher, en plein hiver avec un nourrisson ? Ce serait courir à la mort !

– Vous êtes donc prisonnière ici, pourquoi ? Je ne comprends pas, comment vous êtes-vous retrouvée ici ? Voulez-vous me l’expliquer…

– Je ne dois rien dire, où je disparaitrais…

– Oh, quelle horreur ! Vous ne pouvez pas rester là à attendre que l’on vous fasse disparaître ! Il faut vous échapper. Je vais vous aider !

Elle regarde, anxieusement, le berceau, où son enfant s’agite un peu, et baisse le ton pour me répondre.

– Mais enfin, d’où sortez-vous ? Comment pourrais-je échapper au destin que mon père a choisi pour moi. Une fille doit obéissance, et n’a aucun droit en ce monde. J’ai été attachée à l’Abbaye, et j’y resterai jusqu’à ce que la mort vienne me délivrer. Je n’ai pas fini ma tâche, et je n’ai d’autre choix que d’obéir.

– C’est terrible …

Je murmure à mon tour en me laissant gagner par son désespoir. J’ajoute :

– Pourquoi, votre père vous a-t-il abandonnée ici ?

Elle me regarde, interdite, comme si je débarquais d’une autre planète. Puis elle daigne me donner quelques explications :

– Mon père est Maître Sculpteur, Tailleur de pierre, il a été choisi comme quelques dizaines d’hommes pour bâtir ce monastère à la demande de l’Abbé. Il y travaillera pendant quelques années, ce qui payera l’entretient de mes nombreux frères et sœurs. Je ne peux mécontenter l’Abbé, sinon il renverra mon père et toute la famille tombera dans la misère.

– Je ne comprends pas, comment vous êtes arrivée aussi dans ce lieu, si c’est votre père qui était employé comme tailleur de pierre.

Je la regarde, muette, la question suivante reste bloquée dans ma gorge, mais elle y répond avant que je n’ose la poser.

– L’Abbé m’a remarquée quand il est venu chez nous pour voir mon père. J’étais occupée à ma broderie, et il a admiré mon ouvrage. Je suis la meilleure brodeuse de la région, et mon travail l’a impressionné, alors il a exigé que j’accompagne mon père à l’Abbaye pour travailler pour lui. Je devais faire une série de tapisseries pour la pièce d’apparat qui représentaient les quatre saisons de culture de la vigne.

Elle désigne du doigt la tapisserie qui était dans le coin de la pièce.

– En fait, je n’ai commencé que la première, celle qui illustre le printemps. L’Abbé a décidé que je serai attachée à son service personnel, en arrivant ici. Je devins sa femme de chambre, il ne fut plus question de « tapisseries ». Et très vite, ses exigences furent beaucoup plus importantes…

Sa voix se brise, brusquement, elle baisse les yeux en rougissant, et se tait. Je la vois trembler, et ne sais comment l’apaiser. Je la serre de nouveau contre moi. Elle pose la tête sur mon épaule, et sanglote en silence. Curieusement, ses larmes coulent sur ma chemise, sans la mouiller. Je n’ose plus bouger. Elle relève la tête et poursuit :

– Quelques semaines plus tard, j’ai compris que la vie avait pris racine dans mes entrailles. J’étais heureuse malgré cette situation contre nature. Mais quand l’Abbé l’apprit, il entra dans une rage folle. Il me secoua si fort que je crus perdre l’enfant. Le lendemain, il m’installa ici. Les semaines suivantes, il ne revint jamais, me laissant pourrir dans cette pièce, avec pour seule aide, une vieille servante sourde. Il avait décidé que personne ne devait connaître l’existence de son enfant, et ne revint me visiter qu’après la naissance de son enfant. Depuis, chaque fois, qu’il passe cette porte, je crains pour ma vie, tant sa colère est palpable. Il me considère, comme la fille du démon. Il dit que de je suis entrée dans sa vie, pour éprouver sa Foi, et qu’il ne laissera pas le démon gagner la partie.

Plus elle avance dans son récit, plus je suis abasourdie par son histoire de descente aux enfers. Je comprends peu à peu que son destin est tout tracé, souligné de noir, et que je n’en suis que le témoin inutile. Personne ne pourrait l’aider à sortir du piège qui s’est refermé sur elle.

L’enfant se réveille en gémissant, aussitôt elle se précipite vers lui, et le prend dans ses bras. Il a faim, elle s’installe au bord de son lit et lui donne le sein. L’enfant se calme. Elle me regarde de nouveau, semblant plus calme. Elle me montre le rideau derrière moi et dit :

– Vous devriez repartir maintenant, je vais m’occuper de mon bébé, et le garder contre moi jusqu’à demain, puisqu’il va me l’enlever au matin. Je vous remercie d’avoir tenté de m’aider, mais j’appartiens à l’Abbaye et personne ne peut plus me rendre ma liberté désormais. Je l’ai admis. Il veut que je brode ses tapisseries, je le ferai puisque je n’ai plus rien d’autre à faire dans cette vie, où mon enfant grandira sans moi. Je lui laisserai ainsi un souvenir de moi, à l’insu de son père. J’espère que ma vie sera courte et que le bonheur que je n’ai pas eu ici-bas, me sera donné ailleurs.

Bouleversée par ses paroles, je reste immobile un instant. Je n’ai aucun moyen de la réconforter. Je me sens tellement inutile, que je recule doucement vers la tenture comme elle me l’a demandé, en continuant de la fixer. J’accroche le cadre de son ouvrage, et le fais tomber bruyamment. En m’excusant, je le ramasse en le dépliant, je reconnais la tapisserie qui était dans la salle à manger de l’hôtel. Je prends le temps de la détailler, et reconnais les traits de ma nouvelle amie, comme étant ceux du personnage central.

Château de Gilly

photo M.Christine Grimard

C’est elle que j’avais vu fermer les paupières hier soir, ce qui avait déclenché l’hilarité générale de mes collègues. Je comprends maintenant pourquoi ce personnage me semblait aussi triste. Dans le coin opposé, un personnage rébarbatif est assis sur un siège massif, et en le regardant de plus près, je reconnais Jehan de Grigny. A droite, une vigne en fleur symbolise le printemps et derrière la jeune femme, on distingue l’ébauche d’un visage d’enfant. Mais l’ouvrage est inachevé, et je n’ose l’interroger sur ses intentions réelles. Je remets la tapisserie en place et m’approche de la jeune femme pour la saluer avant de sortir de la pièce, quand j’entends des pas lourds résonner dans le couloir.

Mon amie me regarde, soudain terrorisée. Je sens la panique me gagner aussi, et je recule vers le mur. Il n’y a aucun endroit où me dissimuler, alors je reste là, immobile, prête à me défendre, bec et ongles, ainsi que ma nouvelle amie, s’il le faut.

Le rideau est brusquement tiré par une main aussi large qu’un battoir, et un homme massif entre. Il me parait immense à côté de la frêle jeune femme, qui serre craintivement son nourrisson contre elle. Il jette un coup d’œil méprisant à l’enfant, et se détourne, comme si sa vue le dégoûtait. Il lui dit d’un ton cassant :

– Tout est en place, demain matin, la nourrice que j’ai choisie pour élever votre bâtard, viendra le chercher, et il sera traité avec tous les égards nécessaires. Vous n’aurez plus à vous en inquiéter, et vous pourrez reprendre votre ouvrage, ainsi que mon service personnel, que vous avez négligé depuis trop de semaines. Je ne veux plus jamais vous entendre me parler de cet enfant, ni de votre faute, et je vous accorderai ma clémence si votre ouvrage glorifie mon œuvre comme il se doit.

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A ces mots, il se tourne vers l’endroit où est installée la tapisserie. Se faisant, il balaye la pièce du regard, en me regardant au passage. Je sens tout mon sang se retirer de mes joues, lorsque je croise son regard, et mes jambes ne me portent plus. Tout mon courage a disparu en une fraction de seconde, en fixant ce regard noir.

Je me ressaisis, et m’apprête à lui tenir tête, forte de ma colère pour la manière dont il traite sa jeune femme et son enfant. Je le fixe, en faisant un pas en avant, se faisant j’entends mon amie gémir, en levant une main vers moi, ce qui loin de me calmer, décuple ma détermination. Il a beau être deux fois plus lourd que moi, il ne me fait pas peur, ce lâche. Il va entendre parler d’humanisme s’il insiste ! Je sens mon sang féministe qui se réveille…

Puis, contre toute attente, il s’approche du chevalet pour examiner la tapisserie de près. On dirait qu’il ne m’a pas vue, ou qu’il m’ignore délibérément. Je reste interdite un instant, puis j’avance de deux pas, et me plante devant lui. Je le fixe d’un air outré, prête à en découdre, mais il tourne la tête vers la jeune femme et lance :

– Je vois que votre ouvrage n’a pas beaucoup avancé depuis que vous êtes mère, il est plus que temps que l’on vous décharge de cet enfant.

Il est odieux ! N’y tenant plus, je crie :

– Vous êtes un véritable monstre, vous êtes totalement inhumain ! Seule votre personne compte à vos yeux. Le sort de cette jeune femme que vous avez séduite et de votre enfant vous importe moins que l’état d’avancement de cette tapisserie sensée chanter la gloire de votre précieuse vigne. Vous êtes le seul responsable de toute cette souffrance, tout ceci est entièrement le fait de votre immense égoïsme. Vous vous êtes servi de cette jeune femme et maintenant vous l’abandonnez dans son chagrin. Je vous méprise, et j’espère que vous irez pourrir dans cet enfer dont vous avez tellement peur !

La jeune femme me regarde, avec de grands yeux effrayés, mais l’homme ne réagit pas. Il se tourne vers elle, et s’étonne de sa réaction. Il cherche du regard ce qui semble inquiéter sa compagne et se tourne vers moi…

J’attends une réaction violente, qui ne vient pas. Il se retourne vers elle et lui demande :

– Qu’avez-vous soudain ? Quelque chose semble vous effrayer ? Avez-vous vu une souris ? Vous êtes tellement craintive ! Ici, rien ne peut vous arriver, la plupart des gens qui vivent dans l’Abbaye, ne connaissent pas l’existence de cette chambre. Personne ne sait que vous êtes ici. Je ne vois pas ce qui pourrait vous faire peur ainsi !

– Je n’ai rien, j’ai cru entendre quelque chose, répondit-elle en me regardant dans les yeux.

Je secoue la tête et lui fais signe de ne rien ajouter, un doigt devant les lèvres. Elle suit mon injonction et n’ajoute rien, en baissant la tête pour qu’il ne remarque pas notre échange. Je viens de comprendre qu’il ne me voit pas. Pour en être bien sûre, je m‘approche à nouveau de lui et me place entre lui et la jeune femme. Il continue à lui parler, sans me voir, puis il tourne brusquement les talons et sort de la pièce en tirant brutalement le rideau derrière lui. Je n’ai pas écouté ses dernières paroles, mais le fait qu’il ne soit plus dans cette pièce, me redonne des forces d’un seul coup. La jeune femme pousse aussi un soupir de soulagement et m’interroge du regard, sans oser encore prononcer la question qui lui brûle les lèvres.

Je m’approche du rideau de brocart et le soulève imperceptiblement, je vois l’homme disparaître à l’extrémité du corridor. Me retournant vers la jeune femme, je lui demande :

– Avez-vous compris pourquoi il ne pouvait me voir ?

– Je ne sais pas, répondit-elle, et vous ?

– Je n’ai aucune explication, il se passe ici des choses qui dépassent mon entendement. J’aimerais savoir pourquoi ce genre de chose m’arrive toujours, et que quelqu’un m’explique ce que je dois faire en face de tels évènements. Là, j’avoue que je suis totalement perdue.

– Je ne sais pas d’où vous venez, me répondit-elle, ni ce qui se passe, mais laissez-moi vous dire que votre présence m’a beaucoup aidée aujourd’hui. Le fait que vous soyez là, m’a montré que je n’étais pas seule, et grâce à vous, cet homme m’effraye beaucoup moins. Je n’oserai jamais lui parler comme vous l’avez fait, mais le fait que vous pensiez que tout ceci est de sa faute, m’a fait beaucoup de bien, et m’aidera à supporter cet avenir pénible. Peut-être arriverai-je à lui répondre comme cela, moi aussi… En fait, je viens de comprendre que je le détestais aussi, sans oser le penser puisqu’il me tient entièrement en son pouvoir. C’est horrible, mais le fait que vous l’ayez maudit tout à l’heure, m’a fait beaucoup de bien, parce que secrètement l’espère aussi qu’il ira brûler en enfer.

Je souris, malgré moi, malgré le côté dramatique de cette situation, devant cette réaction enfantine, et tellement humaine de ma nouvelle amie.

– Je ne sais pas si l’enfer existe vraiment, lui rétorquais-je. Cependant je crois que s’il lui reste une once de conscience, le jour où il réalisera tout le mal qu’il vous a fait, ainsi qu’à son propre fils, pour satisfaire son plaisir et son égocentrisme, ce jour-là sera le premier jour du reste de son enfer. Je lui souhaite long et douloureux !

Je ne me reconnais pas, moi qui suis si douce d’habitude, qui tiens des propos pareils. Il fallait que cette histoire me bouleverse ! Mon amie me désigne le couloir par lequel j’étais venue et dit :

– Il faut que vous partiez maintenant, je crains qu’il ne revienne et vous trouve, cette fois-ci. Je me souviendrai toujours de votre présence, ce soir, et en remercierai le ciel jusqu’à mon dernier soir. Partez vite mon amie, et que Dieu vous garde !

– Vous avez raison, je vais regagner ma chambre, c’est plus prudent. Surtout soyez forte, et ne perdez pas espoir, mon amie. Si le désespoir vous gagne, pensez à moi, et j’essayerai de vous aider aussi, de là où je serai. Je ne vous oublierai jamais non plus.

Je la prends dans mes bras de nouveau et dépose un baiser sur le front de son petit garçon.

– Vous ne m’avez pas dit son prénom, ni le vôtre, dis-je en me dirigeant vers la tenture.

– Je l’ai appelé Bertrand, et je ne nomme Blanche.

– Je vous souhaite le meilleur chère Blanche ainsi qu’à votre petit ange Bertrand, que Dieu vous garde aussi.

Je la regarde une dernière fois, tentant de lui transmettre ce qui me reste de forces, pour le combat qu’elle aura à mener, en me demandant ce qui m’a pris de lui dire des choses pareilles. Décidément l’ambiance de ce château ne me vaut rien.

Je suis le couloir jusqu’à l’escalier en colimaçon, puis remonte péniblement les marches qui me paraissent beaucoup plus nombreuses qu’à la descente. Je retrouve le couloir en pente et le remonte doucement à tâtons, dans l’obscurité. J’arrive vers le miroir, où je vois ma chambre en transparence, dans la pénombre. Je tâtonne et tente de le faire pivoter mais rien ne bouge. Je pousse, je tire, en vain. Après plusieurs minutes d’efforts inutiles, je commence à me décourager et m’écris, inquiète :

– C’est pas vrai ! je ne vais pas rester coincée ici tout de même.

Comme s’il attendait cela, le miroir pivote brusquement sur lui-même. Je me précipite dans ma chambre, de peur qu’il se referme sur moi définitivement. Une fois dans la pièce, je referme le miroir, puis la porte de bois, et y appuie mon dos. Je me sens épuisée, et n’arrive plus à remettre de l’ordre dans mes idées.

Je m’assois sur le fauteuil qui est placé devant la fenêtre où les premières lueurs de l’aube apparaissent. Je ferme les yeux un instant, pour me reprendre, et tenter de réfléchir aux évènements de la soirée. Je vais juste me reposer quelques minutes, puis il faudra se préparer pour la seconde journée.

Et en moins d’une seconde, je m’endors.

……..A suivre

Château du Gilly

photo M.Christine Grimard

La Porte (Partie 3)

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Photo M. Christine Grimard

Pour en avoir le cœur net, je fis le tour de la pièce en inspectant tous les recoins, sans rien noter d’anormal. Je frôlai les pièces de boiserie, à la recherche d’un éventuel haut-parleur dissimulé dans le décor mais ne vis rien d’anormal.

Le décor était étonnant, à première vue, tout était « d’époque », mais en y regardant de plus près, je découvris un poste de télévision dissimulé derrière une porte de bois ciselé, dans une niche à la gauche de la fenêtre. De l’autre côté, dans une symétrie parfaite par rapport au renfoncement de la fenêtre, se trouvait une autre porte, dissimulant un miroir ancien, semblant faire partie du mur lui-même. Mon reflet dans ce miroir m’apparut particulièrement terne, comme une photo sépia, donnant la sensation de regarder une de mes ancêtres dans les yeux. Je restais là, devant cette image étrangère, où je ne reconnaissais pas mon regard et à peine mon visage, puis je m’approchais tout près du reflet, détaillant tous les défauts du tain, qui était piqueté de toute part. Cette usure produisait au dédoublement de l’image, mais en regardant de plus près, il me sembla que le second reflet était légèrement différent de mon propre visage, ce qui me donna un léger vertige. Je fixais ce second regard quelques secondes, cherchant quelque chose de familier dans son expression, mais il me restait étranger. J’écarquillais les yeux, osant à peine respirer, quand je vis, distinctement, ce reflet fermer les yeux, serrant très fort les paupières, puis les rouvrir sur une expression de profonde détresse !

Je ne pus m’empêcher de pousser un cri, en me reculant brutalement, et instantanément, le reflet disparût. Mes jambes ne me portaient plus et j’étais glacée d’effroi. Cette fois-ci, ce n’était pas une simple impression. J’avais vu distinctement un visage qui n’était pas le mien et qui me regardait dans le reflet de ce miroir.

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J’éclairai toutes les lampes disponibles de la pièce, qui fut inondée de lumière, espérant sans doute chasser les ombres présentes et passées, d’un coup de baguette magique. Je retournai me poster devant le miroir, mais aucune image n’apparaissait plus. Je refermai soigneusement la porte de bois qui dissimulait le miroir, comme si ce panneau pouvait me protéger des hallucinations qui l’habitaient.

J’étais partagée entre l’envie de demander à changer de chambre, et celle de rester pour explorer plus avant ce mystère. Me connaissant, j’allais rester, avec la peur au ventre, et j’irai probablement au bout de ma peur, pour avoir le fin mot de cette histoire, non que ma témérité fût grande, mais parce que ma curiosité l’était plus encore.

Je finis de me préparer pour le dîner, me demandant si je devais en parler à ma collègue, dont la discrétion n’était pas légendaire, ou garder pour moi toutes ces bizarreries, jusqu’à ce que j’en sache un peu plus. J’optais pour la seconde solution, qui me tiendrait au moins à l’abri des moqueries. Je pris mon sac, et me dirigeai vers la porte de la chambre, me retournant une dernière fois vers le panneau de bois, et ce que je vis, me glaça le sang.

Il était de nouveau ouvert !

Sans plus réfléchir je me précipitai encore plus vite vers la sortie, sentant mon cœur au bord de l’explosion. Aurai-je courage, de revenir dans cette chambre, après le dîner ?

Rien n’était moins sûr.

A suivre

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