Messages (Partie 5)

1011670_612714865457086_1385735928_n

La vie reprit son cours normal après les vacances, avec son lot d’obligations et de contraintes. Le temps s’accélérait, et je ne voyais pas les semaines passer, la rentrée, puis l’arrivée de l’automne, les premiers jours de brouillard, les premières nuits de gel.

Je savais qu’un autre évènement allait bientôt réveiller mon quotidien, le Calendrier m’avait prévenu, mais je n’avais pas noté la date exacte ayant été troublée par la présence de mon fils ce jour-là. Je me souvenais que l’étoile marquait un jour de novembre, et le mois venait de commencer. Chaque jour qui passait augmentait ma nervosité.

Un matin, le brouillard enserrait toute la ville dans ses écharpes de gel, et même en poussant le chauffage, nous ne parvenions pas à nous réchauffer. L’impression d’humidité s’insinuait sous la peau, intensifiant la sensation désagréable de froid tenace. Devant sortir, je cherchais un second pull, lorsque j’entendis la sonnerie du téléphone. Elle me surprit et je laissai tomber toute la pile. Je me précipitai sur mon sac, sous les yeux de mon mari, et j’attrapais le téléphone. Dès la coque ouverte, la vidéo démarra.

Le premier plan était la retransmission d’un reportage télévisé, sur les dangers de l’hiver. On y voyait un chauffagiste qui expliquait les dangers d’un chauffage défectueux et la nécessité de faire régler ses appareils avant le gros de l’hiver. Je me demandais si cet homme était la prochaine victime, lorsque le film s’interrompit pour laisser la place, à la une d’un journal. En gros plan, un article daté du lendemain, où l’on voyait la façade d’un immeuble ancien. Un gros titre s’étalait sous la photo : « L’hiver a encore frappé ». Puis quelques lignes laconiques :

« Cette nuit, dans la capitale, le froid a fait deux nouvelles victimes. Un couple d’octogénaires qui avaient dû calfeutrer leur conduit d’aération, a trouvé la mort, intoxiqué par du Monoxyde de Carbone produit par leur appareil de chauffage vétuste et mal entretenu. Suivait le nom de malheureuses victimes et le nom de leur rue, et des conseils pour éviter ce genre d’accident. »

Je notais rapidement le nom de la rue et celui des victimes craignant que l’image en disparaisse subitement. Mon mari, qui comprit ma nervosité essaya de me rassurer :

« Cette fois-ci tu as toute la journée pour les trouver et déjouer ce piège. C’est presque trop beau ! »

Comme il prononçait ces paroles, l’écran d’accueil se modifia pour afficher :

-Première Vie

-Deuxième vie

-Troisième Vie

-Quatrième vie

-En attente …

-En attente …

Deux vies à la fois, cela augmentait encore mon degré d’anxiété. Je n’avais que deux indices, un patronyme très courant, une vague adresse, et surtout je n’avais qu’une seule journée pour trouver un moyen d’arrêter l’engrenage.

J’essayais de trouver leur nom à l’adresse indiquée mais ils devaient être sur une liste rouge, et les recherches classiques ne donnèrent aucun résultat. En revanche, en faisant défiler des images de la rue en question sur les pages de Google-Earth, il fut facile de repérer l’immeuble dont j’avais la photo qui illustrant l’article. Je décidais de me rendre sur place, pour vérifier les informations et trouver une stratégie. J’espérais avoir une idée lumineuse, une fois sur place, mais cette fois-ci cela me semblait beaucoup plus difficile.

Mon mari, devant mon désarroi, décida de m’accompagner. Cela me rassurait, à deux, nous avions plus de chance de réussir.

Arrivés sur place, nous observâmes l’immeuble pendant plusieurs heures. Plusieurs personnes en sortirent dont un homme âgé, qui traversa la rue péniblement en direction de la boulangerie. Je n’avais jamais vu cet homme, mais mon instinct me commanda de le suivre. Pendant que mon mari, continuait la surveillance de l’immeuble, j’emboîtais le pas du vieil homme, espérant en apprendre un peu plus. Il marchait si lentement que je ne risquais pas de le perdre. Il entra dans la boulangerie et je le suivis. La boulangère qui le connaissait bien, entama la conversation :

« Bonjour Monsieur… Comment va la santé, ce matin ? Vous avez l’air en forme !

-Bonjour, répondit-il, Oh vous savez, ça ne va pas très fort. Moi, encore j’ai pu sortir, mais ma femme est très fatiguée, elle a très mal à la tête et ce matin, elle n’arrivait pas à se réveiller. Chaque matin, elle est de plus en plus fatiguée, la tête lui tourne et elle dit qu’elle ne voit plus clair. Si ça continue, demain, je ferai venir le docteur !

-Oh, je suis désolée qu’elle soit malade, répondit la boulangère. Heureusement que vous, vous tenez le coup !

– Justement, moi, ça ne va pas trop non plus. Ce matin j’étais un peu comme elle, vasouillard, avec ce mal de tête. Je n’ai rien pu avaler, j’étais barbouillé, et la tête me tournait aussi ! Je ne sais pas ce qu’on a bien pu attraper, surtout qu’on ne voit jamais personne !

Il prit le pain que la boulangère lui tendait, la paya puis sortit. J’achetais rapidement une viennoiserie puis repris ma filature. Sur le trottoir, il titubait, aussi je m’enhardis, et allais lui prendre le bras ;

« Monsieur, laissez-moi vous aider, vous allez tomber .. !

Il me regarda, comme si je tombais de la lune. Après m’avoir considérée sous toutes les coutures, son regard s’adoucit, et il dit :

« Si vous voulez ma petite dame, si vous avez du temps à perdre ! Aujourd’hui, mes vieilles jambes refusent de me porter, je dois couver la grippe, vous feriez mieux de déguerpir en courant !

– Les microbes ne me font pas peur, répondis-je en riant. Je les ai apprivoisés depuis longtemps. Je vais vous raccompagner, je ne veux pas que vous tombiez. Si vous êtes d’accord, bien sûr ; ajoutais-je en le regardant dans les yeux, un peu hésitante malgré tout.

– Vous obtenez toujours ce que vous voulez, n’est-ce pas ? Dit-il avec un sourire. Alors, je suis d’accord.

– Oui, la plupart du temps, c’est vrai !

– C’est bien ce qu’il me semblait, dit-il en avançant légèrement. Avec votre petit air fragile, et votre regard d’ange, il est probablement difficile de vous refuser quelque chose. Je suis vieux, et un peu gâteux pour certains, mais je n’ai pas encore perdu totalement la vue.

Je ne relevais pas, et lui demandais :

« Où voulez-vous que je vous accompagne ?

– Au bout du monde, mon petit. Oui, j’irais bien au bout du monde, si je pouvais. Mais pour aujourd’hui je vais me contenter de rentrer chez moi, c’est au bout de la rue. Là, vous voyez, dit-il en levant sa canne, l’immeuble jaune.

Vous savez, j’ai fait le tour du monde, plusieurs fois, même. J’étais marin, dans la marine marchande, mais cela fait si longtemps maintenant, qu’il me semble que je parle de quelqu’un d’autre.

Nous avancions doucement, mon bras sous le sien, et il me raconta toutes les mers du monde, avec une étincelle dans les yeux, et un sourire au bord des lèvres encore tout chaud de ses souvenirs exotiques.

En passant devant l’épicerie, il se souvint qu’il devait acheter de l’eau minérale pour son épouse. J’entrai avec lui, et lui proposai de porter ses bouteilles, ce qui sembla beaucoup le contrarier. Il marmonna :

« Il fut un temps où je n’aurais jamais laissé une dame porter quelque chose en ma présence, mais voilà, je suis devenu une vraie loque. Regardez-moi ça, j’arrive à peine à me porter moi-même. La vieillesse est un naufrage. C’est un comble pour un marin !

J’attrapai le paquet de bouteilles et sortis de la boutique avant qu’il ne refuse, et j’avançai en direction de son immeuble. Il me suivit péniblement. Je m’arrêtai sur le seuil et me retournai vers lui, en disant :

-Dites-moi où je dois déposer vos bouteilles, et je vous laisse.

-Je vais vous faire entrer, mon petit. Ma femme sera ravie de saluer une personne aussi gentille est serviable. Elle ne voit jamais personne, c’est toujours moi qui sort pour faire les courses.

Je le suivis à l’intérieur, et il me conduisit à la cuisine, pour que j’y dépose les bouteilles. Il appela son épouse, qui ne répondit pas. Elle n’était nulle part, et je le vis changer de couleur. Il alla jusqu’à la chambre et je l’entendis crier. Je me précipitai à sa suite et découvris son épouse allongée sur son lit, inconsciente. Il fut impossible de la réveiller, et son mari choqué commençait à me sembler très mal en point également. Il se tenait la poitrine et respirait avec peine. Moi-même je commençais à avoir très mal à la tête.

Je le fis allonger aux côtés de son épouse et appelai le Samu. Je fis signe à mon mari qui était resté dans notre voiture, de nous rejoindre. Les secours arrivèrent quelques minutes plus tard, ce qui fit sensation dans l’immeuble.

J’expliquai au médecin que la vieille dame était déjà inconsciente quand nous étions arrivés et que son époux avait été très choqué de la trouver dans cet état. Je lui suggérai qu’il pouvait s’agir d’une intoxication au monoxyde de carbone en lui montrant le vieux poil à mazout qui rougeoyait dans un coin de la chambre. Il ne fallut que quelques minutes pour que l’équipe prenne en charge les deux époux, et quand ils les transportèrent jusqu’à l’ambulance, sous oxygène, le vieil homme se sentait déjà mieux. Il me fit un signe, pour que je m’approche de lui. Dans un souffle il me dit :

« Merci de votre aide, ma petite, sans vous la porte a failli se refermer sur nous. Il faudra revenir nous voir, plus tard, que je vous présente à ma femme. Elle sera ravie de vous connaître.

-Bien sûr, je reviendrai quand vous serez guéris, mais il faut me promettre de ne plus utiliser ce chauffage, à l’avenir. »

Il n’eut pas le temps de me répondre, mais me fit un clin d’œil, au-dessus de son masque à oxygène. La dernière image que je gardai de lui fut ce regard pétillant d’énergie, ce qui me redonna espoir en leur avenir.

En regagnant notre voiture, j’entendis la clochette de la messagerie téléphonique retentir. Je montrai l’écran à mon mari, il indiquait :

  • Première vie
  • Deuxième vie
  • Troisième vie
  • Quatrième vie
  • Cinquième vie
  • En attente…

Ce dernier point d’interrogation me fit froid dans le dos.

Alors que mon mari s’installait dans la voiture, je me retournais vers l’ambulance qui partait toutes sirènes hurlantes, comme si je pouvais encore infléchir le sort de cette sixième vie. A cet instant, un homme habillé de noir, apparût sur le trottoir. Je sentis son regard sur moi, et le fixai à mon tour. C’était l’homme que j’avais rencontré à deux reprises déjà, dans le métro et dans le parking du supermarché. Je lui souris mais me heurtai à son regard noir et froid. Il me dit un peu sèchement :

« Encore vous ! Ne me dites pas qu’il s’agit encore d’une coïncidence. Il suffit de voir s’éloigner une voiture de secours, pour vous trouver quelques mètres plus loin. Ça devient une mauvaise habitude…

Il ajouta d’un ton légèrement menaçant : « Mais, on ne peut pas gagner à tous les coups. Même les meilleures choses ont une fin. Il suffit d’être patient. A la fin de la partie, le pion et le roi finissent tous dans la même boîte. »

62450_10201348592418993_932518080_n

Je restai interdite, paralysée par l’hostilité que je sentais irradier de tout son être. Il semblait avoir changé depuis la dernière fois où je l’avais croisé, il était devenu triste et négatif. Je me demandais ce qui lui était arrivé, et ce que je pouvais faire pour l’adoucir, mais il ne m’en laissa pas le temps et tourna les talons. Il s’éloigna à grandes enjambées comme si il fuyait devant un monstre.

Sous l’emprise de cette mauvaise impression, je restai silencieuse pendant le trajet de retour, ce qui inquiéta mon mari.

« Que se passe-t-il ? Dit-il, tu es inquiète pour la vieille dame ?

– Oui, un peu, mais je ne peux rien faire de plus.

– Effectivement, elle est entre de bonnes mains, et je crois que tu as fait tout ce que tu pouvais, dit-il, rassurant.

– Oui, tu as raison, il n’y a qu’à attendre.

La soirée se passa dans la morosité, j’avais l’impression qu’une menace inconnue planait, sans que j’arrive à définir cette peur. Je regardai plusieurs fois le téléphone qui restait implacablement muet.

Enfin, vers minuit, les ailes de la coque commencèrent à scintiller, et l’écran d’accueil s’illumina. Les deux ailes déployées brillaient de tout leur éclat et s’étalait en dessous :

  • Première vie
  • Deuxième vie
  • Troisième vie
  • Quatrième vie
  • Cinquième vie
  • Sixième vie

Je me sentis soulagée, l’air me parut soudain plus léger, lorsque je montrais le téléphone à mon mari qui se réjouit avec moi de cette bonne nouvelle.

Cependant, cette nuit-là, j’eus un sommeil agité, peuplé d’ombres menaçantes, qui planaient dans un ciel noir d’orage. Au réveil, une image désagréable me restait à l’esprit, qui allait me poursuivre tout au long de la journée, celle d’une bataille entre une colombe et un corbeau. Les deux oiseaux se battaient en haut d’un rocher battu par le vent. Ils s’affrontaient dans une débauche de coups de becs, les ailes ensanglantées, sans un cri. Puis ils basculèrent de l’autre côté du rocher et le silence retomba. Je m’éveillai sans rien savoir de plus, de l’issue de ce combat avec une impression de mort imminente accrochée au cœur.

La journée fut plus lourde que les autres et je savais que la suite de l’histoire serait plus lourde encore.

A suivre …

Bbs-Hx8IQAAYvw_

Messages (Partie 3)

1465299_10200806058743845_1872345487_n

Mon souhait fut exaucé, le téléphone resta muet le lendemain et les jours suivants. J’en étais venue à oublier son existence. Je savais qu’il était là, mais il resta muet tellement longtemps, que je finis par croire qu’il le resterait.

J’avais accepté le fait, que quelqu’un, sorti de je ne sais où, m’avait demandé un peu d’aide, et que depuis, il avait mis de l’ordre dans ses petites affaires, sans moi. Les erreurs de programmations qu’avaient du faire un de ses stagiaires devaient être corrigées, et il m’avait oubliée. Je ressentais un certain soulagement, mais j’avais laissé le téléphone dans mon sac, au cas où !

L’été arrivait, et un peu de repos me ferait du bien. Je devais faire le plein au supermarché avant de partir, pour laisser de quoi survivre aux enfants qui restaient en ville. Ce matin-là, l’air était déjà chaud, bien que le soleil soit voilé par des nuages. La canicule allait arriver tôt cette année.

Je garai ma voiture dans le parking du supermarché, lorsque le téléphone blanc sonna. Je n’avais pas entendu cette sonnerie depuis si longtemps, que je ne la reconnus pas d’emblée. Je le cherchais fébrilement, en alerte, et l’ouvris d’une main tremblante.

L’écran d’accueil s’éclaira, et une nouvelle vidéo défila. Je reconnus immédiatement les abords du centre commercial où je me trouvais. Une jeune femme, la trentaine environ, sortait de sa voiture. S’adressant à quelqu’un qui était derrière et dont on ne voyait dépasser que les cheveux blonds, elle dit :

« Je reviens tout de suite, ne t’inquiète pas, j’en ai juste pour une minute. Sois sage ! »

Et elle claqua la portière s’éloignant rapidement vers l’entrée du centre commercial. Instinctivement, je levai les yeux à mon tour, croyant l’apercevoir vers la porte, mais je me rendis compte qu’il s’agissait de la seconde entrée, située plus au Nord.

Il y eu un arrêt, puis la vidéo reprit. Cette fois-ci, la caméra avait suivi la jeune femme à l’intérieur du centre. Elle était devant la vitrine du débitant de tabac et s’apprêtait à y entrer, quand elle se prit la tête à deux mains, en se tordant de douleur, puis fut brusquement terrassée par une crise d’épilepsie. Elle tomba lourdement et se fracassa le crâne en chutant sur un pot de fleurs. La vidéo s’arrêta, alors que le commerçant, appelait les secours.

Je regardais le téléphone, en me demandant, ce que je devais faire de ces informations. L’écran d’accueil afficha de nouveau la page de messagerie, avec les deux ailes déployées, où il était inscrit :

-Première vie

-Deuxième vie

-En attente …

Au même instant, j’entendis la sirène des pompiers, et le camion me dépassa à toute vitesse pour se rendre vers l’entrée Nord du magasin. Je partis en courant à sa suite. Il faisait déjà une chaleur accablante et j’avais du mal à courir.

Lorsque j’arrivais devant le débit de tabac, la jeune femme était installée sur un brancard, toujours inconsciente, et il régnait autour d’elle une grande effervescence. Je jouai des coudes au milieu des badauds, m’approchai d’un des pompiers et lui dit :

« Attendez, avant de l’emmener, s’il vous plaît. Je la connais. Savez-vous où est son enfant, je ne le vois pas ici ?

Il me regarda, un peu interdit, et répondit :

« Non, elle n’avait pas d’enfant avec elle. Elle était seule ici, et on l’emmène aux urgences. Ecartez-vous ! »

J’insistai :

– Son enfant doit bien être quelque part, il est toujours avec elle, elle l’élève seule. »

Je n’avais aucune idée la véracité de ce que j’affirmais, mais il fallait qu’il me croie. Il réfléchit une seconde puis demanda :

« Si cet enfant existe, alors il est où ?

– Je pense qu’elle a dû le laisser dans sa voiture, pour faire cette course…

– Seul, dans sa voiture ! Avec cette chaleur !

– Oui, sans doute ! Je sais que ça paraît complément fou, mais je crois qu’il faut chercher, et en vitesse, à cause de cette chaleur, justement ! Il faut m’aider, à plusieurs on y arrivera plus vite.

– Vous avez raison, il faut qu’on se dépêche. Vous connaissez la marque de sa voiture ?

– Non répondis-je, un peu penaude de ne pas avoir remarqué la marque de la voiture ! Mais je sais qu’elle est blanche et que c’est une berline.

– Une berline blanche ! Alors là ! Ca va nous faciliter la vie ! Venez les gars, dit-il en se tournant vers les autres pompiers, il n’y a pas une minute à perdre, si cet enfant est vraiment dans une voiture par cette chaleur, je ne donne pas cher de sa peau !

Je leur emboitai le pas, et courrai vers la voiture blanche la plus proche, qui était vide ! Puis une seconde, tout aussi vide ! Ce n’était pas la bonne méthode. Je réfléchis à l’angle de vue avec lequel j’avais vu la jeune femme de la vidéo, s’éloigner de la voiture pour rejoindre la porte d’entrée, et je suivis mentalement son trajet à l’envers.

Une berline blanche apparut soudain dans mon champ de vison. C’était la seule dans cette partie du Parking. Je me précipitai vers elle, et en l’approchant je vis une couronne de cheveux blonds qui dépassaient légèrement de la vitre arrière. Je fis de grands signes aux pompiers, qui accoururent vers moi. En une seconde, ils brisèrent la fenêtre avant du véhicule où il régnait déjà une chaleur intense, et récupérèrent l’enfant qui était endormie. L’air extérieur plus frais la réveilla, et elle dit d’une toute petite voix :

« Où elle est ma maman, elle a dit qu’on allait au manège … »

Entendre cette voix si frêle me brisa le cœur, et je ne pus empêcher les larmes de jaillir, en silence. Le pompier qui m’avait fait confiance, me regarda en hochant la tête.

« Oui, ça fait toujours ça la première fois ! Ne vous inquiétez plus pour elle, on va la réhydrater et l’emmener avec sa mère à l’hôpital. Elles ont eu beaucoup de chance que vous passiez par là aujourd’hui ! »

Puis devant ma pâleur, il ajouta :

-Voulez-vous qu’on vous emmène aussi ?

-Non, non, je vous remercie, je vais me remettre. Ça doit être à cause de la chaleur…

Je les regardais se diriger vers le camion, l’enfant dans leur bras, demandait :

-Tu m’emmènes où ? Elle est où ma maman ? Tu sais où il est le manège, toi ?

1238033_605457682849704_294059244_n

Un attroupement s’était formé devant la porte du supermarché, les gens commentaient les évènements. Je n’avais pas la force de traverser leurs rangs pour aller faire mes courses, et décidais de rentrer chez moi. Au premier rang, je remarquai un homme qui me regardait fixement. Il me sembla étonnement familier, sans que je ne puisse lui donner un nom. Quittant le groupe, il s’approcha de moi, et je le reconnus à sa démarche. C’était l’homme qui m’avait raccompagnée à la sortie du métro, le jour de la première agression.

« Je vous reconnais, dit-il. C’est une habitude chez vous, décidément ! Deux fois, c’est un peu trop pour une coïncidence, il me semble. Rappelez-moi de vous appeler, le jour où j’aurai des ennuis !

Il tourna autour de moi en faisant mine de chercher quelque chose, et ajouta :

« Je ne sais pas comment vous faites pour qu’on ne voit pas vos ailes, mais le camouflage est réussi ! »

Devant ma mine déconfite et ma pâleur, il finit par s’excuser.

« Pardonnez-moi, je tourne toujours tout en dérision. C’est mon caractère. Mais sans blague, j’avais bien l’impression que vous étiez spéciale l’autre fois, et aujourd’hui ça se confirme. »

Je finis par en sourire, le rencontrer m’avait changé les idées et je le remerciais pour cela :

« Je vous remercie de me faire rire un peu, après cette heure de tension, c’est appréciable ! Il faut que je vous laisse, maintenant, on m’attend. Merci de votre aide aujourd’hui et l’autre fois aussi ! »

Je le laissai et me dirigeai vers ma voiture, où je me laissai tomber, épuisée. J’entendis alors, tinter la sonnette de la messagerie. Je jetai un coup d’œil à l’écran d’accueil, où s’inscrivaient trois lignes :

– Première vie.

– Deuxième vie.

– Troisième vie.

Cette nouvelle « mission » m’avait épuisée, et je ne pouvais m’empêcher de me demander quelle serait la suivante, quel en serait le lieu et le moment, et surtout si j’aurai encore la force de l’accomplir. L’enjeu m’apparaissait encore plus grand, en regard de ce qui s’était passé aujourd’hui, peut-être parce qu’il s’agissait de la vie d’un tout petit enfant. Je prenais conscience que tout ceci n’avait rien d’un jeu, et que la responsabilité que l’on me confiait était terrible. Je me demandais pourquoi, une telle charge m’incombait.

Après tout, si j’avais réussi déjà trois fois, je serai peut-être capable de continuer.

A ce stade de mes réflexions, il me revint en mémoire, le moment où le vieil homme m’avait demandé de choisir, mon futur téléphone, sur sa table. Je me souvins brusquement qu’à côté du téléphone blanc avec les ailes argentées, il y avait un autre appareil laqué noir décoré d’ailes gris foncées. Je ne pus m’empêcher de m’interroger, sur le type de « Mission » que cet appareil m’aurait confié.

Les paroles du vieil homme tournaient dans mon esprit : « La vie n’est faite que de choix : saisir les opportunités, suivre le bon chemin, savoir faire demi-tour, imposer autour de soi ce que l’on estime être juste, accepter ses erreurs, suivre ses intuitions, écouter les signes. »

Finalement, je me félicitais de mon choix. Au moins, il correspondait à ce qui me motivait depuis toujours, faire entrer la lumière dans la vie de ceux que j’aimais.

« Il faut que j’arrête, pensais-je dans un sursaut de réalisme. Cette chaleur me fait délirer, je vais rentrer, la réalité me rattrapera, et ça sera bien mieux comme ça ! »

Sur ces paroles de grande sagesse, je rentrai.

A suivre

1452348_627898690605603_781720171_n

Messages (Partie 1)

1527079_638345759561048_804185055_n

Courir les magasins quelques jours avant Noël était un exercice difficile, et année après année, je ne faisais aucun progrès. Je finissais toujours par me retrouver au milieu de la foule quelques jours avant la fête, en priant pour qu’il reste dans les rayons « Le » cadeau que l’on m’avait demandé.

Cette année, pourtant, j’avais presque tout déniché quelques semaines avant, sauf le téléphone portable dernier cri, que mon fils souhaitait trouver au pied du sapin. En maugréant, ce matin-là, je traversais la moitié de la ville pour me rendre dans la boutique de téléphonie la plus vaste de la cité, en espérant qu’il en resterait. Je pris le métro bondé à cette heure-ci, et après avoir fait la queue dans la boutique pendant près d’une heure, j’obtenais enfin le téléphone de ses rêves…

Je ressortais, soulagée, en louvoyant au milieu de ceux qui attendaient leur tour, jusqu’à la sortie, où je heurtai le coin d’une table que je n’avais pas remarquée en arrivant. Un homme était assis à cette table, où était étalée une dizaine de téléphones portables en promotion. Je le priai de m’excuser d’avoir bousculé son étalage, en ramassant une pancarte publicitaire que j’avais fait tomber. Il me regarda en souriant, avec un air énigmatique, sans me répondre. Intriguée par son silence, je le détaillai. Son allure m’amusait, on aurait dit le Père Noël, sans le costume ni le traineau. Il avait une barbe blanche qui semblait bien réelle, et une couronne de cheveux blancs, un visage jovial encadrant un regard espiègle. Il semblait avoir été particulièrement bien choisi pour son physique pour faire cette promotion de Noël.

Je lui rendis son sourire et m’apprêtait à sortir, quand il me dit :

« Il n’y a pas de mal, vous n’avez rien cassé ! Et vous tombez à pic, cette promotion vous est destinée !

Je le regardai, déjà agacée, par son habileté à retourner la situation en sa faveur. Je pensais qu’il voulait me vendre encore quelque appareil dont je n’avais aucun besoin. Ce genre de promotion m’agaçait prodigieusement. Je tentai de m’enfuir en lui jetant rapidement :

« Veuillez m’excuser de nouveau, mais j’ai trouvé tout ce qu’il me fallait. Au revoir Monsieur. »

Il m’interrompit d’autorité, et sa voix forte m’immobilisa.

« Vous ne m’avez pas bien compris, je pense. Je vous dis que cette promotion vous est spécialement destinée, dit-il en posant sa main sur mon bras. C’est gratuit, parce que vous venez d’acquérir le dernier téléphone sorti en cette fin d’année. Cela fait partie du marché, le vendeur ne vous en a pas informée ?

– Non répondis-je, en me demandant de quoi il me parlait.

– Vous pouvez donc choisir un des téléphones qui sont sur cette table, gratuitement, et vous en servir à votre guise, aussi longtemps que vous le souhaiterez. Si vous décidez de le garder, aucune contribution financière ne vous sera demandée.

– Je n’ai jamais entendu parler d’une telle promotion ! Il y a forcément un prix à payer, lui dis-je en le regardant droit dans les yeux. Dans notre monde, rien n’est gratuit. Quelle est la clause supplémentaire, dont vous omettez de me parler, celle qui est tout en bas du contrat, en lettres minuscules ?

– Il n’y en a aucune. Répondit-il en me regardant fixement. Parfois, les choses sont réellement gratuites, vous savez. Parfois, certaines personnes donnent leur aide gratuitement, vous sourient en passant et s’éloignent avant que vous ayez réalisé qu’elles vous ont fait cadeau de leur aide. Parfois, vous avez seulement quelques minutes pour choisir si vous répondez ou non à ce sourire, et le moment magique s’est envolé.

Je n’osais plus m’éloigner, ni ne le désirais d’ailleurs. Il m’intriguait de plus en plus, et je voulais comprendre comment cette conversation surréaliste était arrivée sur le tapis.

– De quoi me parlez-vous, dis-je en baissant la voix, comme s’il s’agissait d’une conversation secrète.

– Je parle de choix, répondit-il plus sèchement, en me désignant la table du doigt. Je vous propose un choix, lequel de ces téléphones vous plaît-il ?

Il marqua un temps d’arrêt puis ajouta :

-La vie n’est faite que de choix : saisir les opportunités, suivre le bon chemin, savoir faire demi-tour, imposer autour de soi ce que l’on estime être juste, accepter ses erreurs, suivre ses intuitions, écouter les signes.

En disant cela, il me fixait toujours, et je n’arrivais pas à détacher mon regard du sien. J’avais l’impression de flotter sur un nuage. Comme dans un rêve, je m’entendis dire :

-Je prends celui-là, en désignant un des appareils posés devant moi. J’avais choisi celui qui était blanc avec un logo à l’arrière, représentant deux ailes grises déployées.

-Très bien, dit-il, en me te tendant. Il est à vous. Vous n’aurez pas à regretter votre choix, et je pense que vous en serez pleinement satisfaite.

-Je vous remercie, dis-je. Au revoir, Monsieur.

-Au revoir, Madame, dit-il. Passez un bon Noël avec votre famille.

Je partis sans me retourner, avec l’impression de fuir, et arrivée au coin de la rue, je réalisai qu’il ne m’avait demandé aucune coordonnée, et que je n’avais aucune facture justifiant que ce téléphone m’appartenait. J’hésitai à faire demi-tour, mais finalement je poursuivis mon chemin, n’ayant aucune envie de me retrouver en face de ce drôle de bonhomme.

Je pressai le pas et sautai dans la dernière rame de métro, juste avant que la porte ne se referme. Il restait une place sur la banquette centrale, l’heure de pointe était passée. Perdre du temps, avec cette aventure m’avait au moins fait éviter l’heure de pointe.

Je réfléchissais à cette rencontre bizarre. Un type qui vous donnait un téléphone gratuitement, en insistant pour que vous le preniez, qui parlait comme un philosophe, et qui vous regardait s’éloigner tranquillement, comme si tout cela était normal ; il faut avouer que je n’avais jamais encore vécu une situation comme celle-ci. Je me demandais ce qu’en penseraient mes proches. Ils allaient encore se moquer de ma naïveté, pensais-je, en faisant la moue.

1521366_10200918124385416_1250064226_n

J’en étais à ce stade de ma réflexion, quand le téléphone blanc sonna dans mon sac. Je n’avais jamais entendu une sonnerie pareille, on aurait dit une cascade qui tombait sur un xylophone. C’était très poétique, mais encore plus bizarre. Décidément, toute cette histoire sortait de l’ordinaire. Je fouillais un moment dans mon sac avant e le dénicher, mais il ne s’arrêta pas de sonner pour autant. J’ouvris la coque pour décrocher, mais la sonnerie s’arrêta aussitôt. Il n’y avait rien sur l’écran d’accueil noir. Je ne savais même pas le mettre en route. Je le regardais bêtement, quand l’écran s’éclaira, sans que je ne fasse rien pour cela. Immédiatement, une vidéo se mit à défiler devant mes yeux, sans aucun son. Je ne pouvais détacher mon regard de cet écran, et ce que j’y vis reste encore gravé dans ma mémoire aujourd’hui.

La scène se déroulait sur le quai d’une gare, où la foule se pressait. Une femme marchait, on la voyait de dos, son long manteau gris se déployant autour d’elle, une écharpe mauve pendant à son cou. Sur son épaule droite, la bandoulière d’un sac de cuir noir assorti à ses bottes, se balançait au rythme de ses pas. Elle avançait rapidement, au bord du quai pour tenter de doubler les gens qui flânaient devant elle. Soudain, un homme jeune, entièrement vêtu de noir, s’approcha d’elle, venant de sa droite. Il attrapa la bandoulière du sac et tira violemment vers lui. Mais la jeune femme tenta de résister. Ils se mesurèrent pendant quelques secondes, puis il tira d’un coup sec tout en sortant un cutter de sa poche et coupa la bride. Déséquilibrée, elle partit en arrière, et bascula du quai, tombant lourdement sur les rails, au moment précis où le train démarrait. La dernière image était celle du visage horrifié de certains des passants qui avaient suivi la scène et qui regardaient les rails, paralysés de terreur.

Je ne pus m’empêcher de crier : « Oh Non !! Ce n’est pas possible, quelle horreur !!! »

Je m’arrêtais brusquement, sentant tous les regards sur moi. Je retombai sur terre, et levai les yeux, pour voir dix paires d’yeux désapprobateurs qui me regardaient. Je rougis et baissai la tête, ne sachant plus où me cacher. Je rangeai le téléphone dans mon sac, et pris un air détaché, pour me fondre dans le décor. Quelques secondes plus tard, ils semblaient m’avoir oubliée, et je balayai l’espace du regard, pour le vérifier, quand je remarquai que la jeune femme assise en face de moi portait une écharpe mauve de la même nuance que celle du film, ainsi qu’un manteau gris, un sac et des bottes de cuir noir. Cette coïncidence m’étonna, et je me dis en souriant, que le monde était souvent surprenant.

La rame arrivait en gare, et tout le monde se leva. Je descendis quelques secondes après la jeune femme, qui commença à remonter le long du quai. En la voyant de dos, je compris soudain, que devant moi, se déroulait la scène que j’avais entrevue quelques minutes auparavant. Tout se déroula en une fraction de secondes. Comme dans un film au ralenti, je vis cet homme s’approcher d’elle et tendre le bras vers son sac. Alors, sans réfléchir, je hurlai :

« Non, Pas ça !!! Arrêtez ça tout de suite !!!! »

Surpris, il s’arrêta et me regarda fixement. Je me dirigeai vers lui, sans baisser les yeux, et sans trop savoir ce que je voulais faire. Et, par miracle, il n’insista pas. Il partit en courant vers la sortie, se faufilant au milieu des voyageurs.

La jeune femme se retourna vers moi, interdite, le regard hostile. Elle me toisa une seconde puis lâcha sèchement, avant de s’éloigner.

« Ma petite dame, je crois qu’il faudrait vous faire soigner ! »

Je restai là, clouée sur place, les jambes tremblantes, avec la peur rétrospective de ce qui aurait pu se passer. Je me demandais aussi, si le voleur m’attendrait à la sortie. Les gens passaient autour de moi, indifférents à ce qui venait de se produire. Je tentai de reprendre mon souffle, quand un homme posa sa main sur mon épaule, me faisant sursauter de nouveau.

« N’ayez pas peur, je ne vous veux aucun mal. Cette femme ne sait pas qu’elle vous doit une fière chandelle ! Mais vous tremblez, ça ne va pas ?

-Je ne sais pas ce qui m’arrive, lui dis-je en claquant des dents. C’est la première fois que je fais ce genre de chose et je ne peux plus m’arrêter de trembler.

-Respirez calmement, me dit-il. Ça va passer, je vous accompagne jusqu’à la sortie.

-Je vous remercie, lui dis-je avec un sourire pâlot, j’ai aussi peur qu’il m’attende, je crois.

-Non, ne vous inquiétez pas, ce genre de petit voleur à la tire, ne moisit jamais longtemps au même endroit. Il a dû déjà trouver une autre victime …

En effet, à la sortie du métro, il n’y avait personne. Je remerciai mon compagnon, de m’avoir aidée à retrouver mon courage, et m’apprêtai à rejoindre ma voiture, lorsqu’il ajouta :

« Il y a peu de gens comme vous, vous savez, prête à prendre un mauvais coup, pour empêcher qu’on vole une inconnue. Qu’est-ce qui vous a pris ?

– Je ne sais pas trop… Ce n’était pas pour le vol, je crois. J’ai cru qu’il allait plutôt la tuer…

J’avais l’air d’une parfaite idiote, mais je ne pouvais pas décemment lui expliquer, que je venais de voir qu’il allait « effectivement » la tuer.

Il me regarda fixement quelques secondes, puis dit :

-Vous êtes quelqu’un de surprenant, vous savez ! Je ne suis pas prêt d’oublier cette matinée, moi ! Enfin, prenez soin de vous quand même, vous n’aurez peut-être pas autant de chance à chaque fois. »

Il s’éloigna, en se retournant deux fois, pour me regarder comme si j’étais une extraterrestre, ou que j’allais disparaître subitement dans un nuage de fumée.

A chaque fois …

Comment ça, à chaque fois ?

Une seule fois m’avait bien suffit. J’avais besoin de réfléchir à tout cela, au calme. Je regagnais ma voiture et rentrai chez moi. Cependant, je ne parlai de cet incident à personne, ni de ce téléphone bizarre, ne sachant pas par quel bout commencer.

Je le laissai au fond de mon sac, avec la ferme intention d’aller le rendre demain, à ce drôle de bonhomme. Avant de me coucher, cependant, je ne pus m’empêcher d’aller jeter un coup d’œil sur lui. Il semblait éteint, mais quand j’ouvris la coque, il s’éclaira. Je n’osais pas regarder, craignant de revoir cette vidéo atroce, mais il n’y avait qu’une image fixe. Sur un fond bleu et blanc nuageux, le logo représentant deux ailes déployées s’étalait en haut de la page, et juste en dessous, on voyait sept tirets alignés verticalement. A côté du premier tiret était écrit :

– Première vie

Je regardais fixement cette inscription, quand il s’éteignit. Je ne pus rien faire pour le rallumer. Je le remis dans mon sac avec l’impression qu’il me brûlait les doigts.

J’en avais froid dans le dos.

Cela confirma ma première intention : j’irai le rendre demain.

A la première heure.

A suivre

1441349_650956678288352_1445458265_n