Joyeux Noël à tous, que l’amour et la paix éclairent votre chemin

Par la force de l’amour

Le choix fut donné aux hommes

De vivre sur une terre accueillante

En harmonie et en paix

Avec leurs frères et leur terre

Mais l’égoïsme et la cupidité

Leur fit oublier qu’ils n’étaient que des passagers

En transit sur cette terre

Et ils chassèrent les animaux pour se nourrir de leur chair

Puis leurs frères pour s’approprier leurs terres

Un enfant leur fut donné

Aux yeux plein de sagesse

Pour leur montrer le chemin

Ceux qui croisèrent son regard

Virent leur vie changer à jamais

Il portait l’espoir et l’amour

Qui s’en rappelle aujourd’hui ?

Il portait le renouveau

Qui se souvient de lui ?

To Do List 49 : préparatifs 

Photo m Christine Grimard

  • Choisir un assortiment de blanc et or pour décorer le sapin, histoire de capter la lumière, en cette période où elle brille par son absence.
  • Se réjouir à l’avance des petits plaisirs dont  cette époque de l’année est féconde.
  • S’abreuver de contes de Noël, histoire de retrouver l’envie d’en écrire un.
  • Retrouver les partitions des chants de Noël en cherchant les cartes de vœux, et s’étonner de savoir encore les jouer. 
  • Faire la queue chez B. , le plus célèbre chocolatier de la ville pour trouver des petites merveilles à offrir aux amis lointains en imaginant leur sourire quand ils les dégusteront.
  • Décider que cette année encore, la période de Noël, apportera un peu de magie dans ma vie.

To Do List 47 : Dans le vent de l’avent

Photo M. Christine Grimard

**

  • Se réjouir comme une enfant parce que les décorations de Noël sont réapparues ce matin, dans le village.
  • S’arrêter sous le vieux lampadaire pour écouter les mots doux qu’il murmure à son étoile retrouvée.
  • Se demander où sont rangés les lumignons que j’installerai sur le rebord de la fenêtre pour « La Fête des Lumières ».
  • Retrouver le souvenir de ses Noëls d’enfance dans un parfum de chocolat ou de marrons glacés s’échappant de la pâtisserie.
  • Trouver un moment pour aller se balader à la jardinerie, au rayon « décorations de fête », histoire de rêver un peu.
  • Ressortir la recette des sablés de Noël pour se procurer les ingrédients nécessaires et embaumer la maison avant l’heure.
  • Décider qu’il est parfois bien agréable de « croire au Père Noël » et se laisser envahir par la magie qui caractérise ce moment d’espoir annuel.

To Do List 30 : Luminescence 

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  • Refuser de ranger les décorations des fêtes avant fin janvier.
  • Se demander comment les nordiques arrivent à supporter la nuit polaire.
  • S’accrocher aux étoiles chaque nuit dans ses rêves, pour ne pas oublier celle d’où l’on vient.
  • Essayer de ne pas se demander qui sera autour de la table lors du prochain Noël, et sourire à l’été qui viendra.

Confessions intimes 16 : Oliveiro

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Photo M.Christine Grimard

*

J’ai toujours été ce que les gens appellent un « bon vivant ». Cela se voit sur ma figure.

Je suis un petit homme trapu, jovial, joufflu. La nature m’a doté de belles pommettes rouges qui éclairent mon visage. Mon sourire est souligné par une moustache frisée brune, mes cheveux bruns disciplinés sous mon chapeau de paille ont toujours beaucoup plu aux belles provençales, et même aux arlésiennes, qui comme chacun sait sont plus difficiles…

J’ai parcouru tous les chemins de notre belle Provence, de la Fontaine de Vaucluse jusqu’aux rivages de la Bonne Mère. J’étais fils de potier, mais à cette époque la concurrence était rude. Les pots de mon père ne se vendaient plus, alors j’ai eu l’idée de les remplir pour mieux les vendre. J’ai pris la route pour proposer mes pots vernissés contenant du vin, des olives, du miel ou la tapenade noire de ma mère. Alors quand les oliviers ont gelé et que l’huile se fit rare, on s’est arraché mes pots à prix d’or. Mon père et ma mère étaient très fiers de moi, cette année-là.

En quelques années, ma réputation fut faite. On m’attendait dans les mas de Tarascon jusqu’à Fréjus. Les belles entendaient le grincement de ma carriole et venaient à ma rencontre, flattant mon cheval, et m’offrant leur sourire. J’avais toujours une plaisanterie à partager, surtout les jours où les nuages étaient restés accrochés à la montagne. Un peu de rire offert n’a jamais nuit au commerce, et je n’étais pas avare de bons mots. La Provence toute entière me connaissait et on avait fini par m’appeler « Maître Oliveiro ». Parfois je m’attardais quelques jours quand le soleil était chaud dans certains mas où l’on avait besoin d’un petit coup de main…

*

Mais la route était longue et parfois périlleuse en ce temps-là dans l’arrière-pays. Le jour où la roue de ma charrette se brisa sur un rocher du « Gué de Reculon », j’ai bien cru que j’allais perdre toute ma cargaison. Mon cheval me regardait d’un air navré en secouant la tête, bien qu’il n’y soit pour rien. M’énerver n’aurait servi à rien, mon cheval étant d’un naturel inquiet, je me contentais d’évaluer les dégâts sans me lamenter. Au loin j’entendais l’orage gronder et le cheval devenait de plus en plus nerveux. Je me demandais comment j’allais rapatrier ma marchandise quand je vis une carriole bringuebalante remonter le gué, venant à ma rencontre. Aux rennes il y avait un homme approximativement de mon âge, affable, qui s’arrêta près de moi et me proposa ses services :

  • C’est un mauvais endroit pour faire la pause, la pluie est tombée sur la montagne et le gué va monter rapidement. Il faut dételer et reculer la carriole, dit l’homme.
  • Impossible, la roue est brisée. Ma marchandise sera perdue, me lamentais-je.
  • Je vais m’occuper du cheval, répliqua l’homme en descendant de sa charrette, récupérez votre cargaison et mettez-la dans ma carriole !

Sans attendre mon approbation, il détela mon cheval qui le regardait d’un air surpris mais le suivit docilement et l’attacha aux côtés du sien. Les deux bêtes se jaugèrent puis s’acceptèrent. Ensuite il vint m’aider à vider ma cargaison et à la transférer dans sa carriole. Il transportait quelques grosses masses informes enveloppées dans des linges humides. Quand tout fut accompli, il remonta dans son charriot en m’indiquant la place à côté de lui et dit :

  • Je retourne à Aix, où vous rendiez-vous ?
  • Je faisais la tournée des villages du Coté de Saint-Michel, mais je ne peux le faire sans ma carriole. Je vais rentrer à Eguilles, et trouver de quoi réparer. Je vous remercie de m’aider, sans vous j’aurais perdu tout mon travail.

*

Durant tout le trajet de retour, j’eus le temps d’apprécier la compagnie de cet homme. J’appris qu’il était santonnier. Il était venu d’approvisionner en argile et rapportait à Aix assez de matière pour travailler tout l’hiver. Son père était santonnier et il entretenait la tradition, mais ce qu’il aimait c’était inventer de nouveaux personnages. Il disait que la crèche traditionnelle comportait trop peu de santons, et que son rêve était de la peupler de tous les humains qu’il rencontrait. Tous les hommes et les femmes de bonne-volonté avaient leur place dans la crèche auprès de l’Enfant-Dieu. C’était un homme très attachant que je pris grand plaisir à entendre, aussi la route me parut très courte. Nous arrivâmes à Aix en début de soirée et il me proposa de m’héberger pour la nuit. J’acceptais avec soulagement et l’aidais à décharger ses pains d’argiles ainsi que mes poteries pour les mettre à l’abri pour la nuit. Il fut très intéressé par ma marchandise et je lui fis goûter le fruité de mon huile et de mon vin en partageant le repas avec sa famille ce soir-là. La soirée fut des plus agréables.

Le lendemain, il me proposa de me raccompagner à Eguilles, mais je refusais, ne souhaitant pas perturber son travail plus longtemps. Je lui donnais plusieurs pots d’huile et de tapenade pour le remercier de son hospitalité, et lui remerciais de garder ma marchandise en attendant que je revienne avec une nouvelle charrette pour l’en débarrasser, tout en disposant un certain nombre de pots autour de mon cou pour le voyage. Il accepta, et me demanda s’il pouvait faire un croquis de moi avant mon départ ainsi paré, pour garder un souvenir de notre rencontre. J’acceptais bien sûr et lui fit cadeau de mon plus beau sourire pour son dessin.

Trois jours plus tard, je revins pour récupérer mes pots. Il était en plein travail, une armée de santons d’argile alignés devant lui attendant d’être peints. J’examinais la finesse de son travail et la sûreté de ses gestes. Il sourit de mon intérêt, et installa le santon qu’il venait de peindre sur le rebord de la fenêtre de son atelier pour qu’il sèche. Il y en avait des dizaines, représentant tous les villageois, depuis le maire avec son écharpe tricolore et le curé avec sa soutane noire, jusqu’au Ravi, les deux bras levés vers le ciel en chemise et bonnet de nuit rayés. J’admirais ce peuple miniature, bouche bée devant tant de détails patiemment reproduits.

Souriant de plus belle, il se leva, et me dit :

  • J’ai une surprise pour vous. Je vous présente Maître Oliveiro.

En prononçant ces mots, il se tourna vers une armoire de bois, en ouvrit la porte massive et me demanda d’approcher d’un geste de la main. Je m’exécutais.

La surprise me cloua sur place. J’en resta muet pendant plusieurs minutes, moi qui avait la plus grande répartie de toute la garrigue !

J’étais là, en plusieurs exemplaires bien sagement rangés sur les étagères de l’armoire. C’était mon sourire, ma moustache, mon chapeau de paille, et ma veste rouge. J’étais là, bien droit, avec mes pots vernissés de vert autour du cou. J’avais mon santon.

Il prit un des petits personnages dans sa main rugueuse et me le tendit en disant :

  • S’il vous plaît je l’ajouterai dans la crèche cette année. Qu’en dites-vous ?
  • C’est extraordinaire. C’est fou, c’est incroyable…

La surprise et l’émotion me faisaient perdre mon assurance habituelle et voilà que je me mis à bégayer. Son sourire s’accentua, il était ravi que sa surprise eut si bien fonctionné.

Je balbutiais :

  • Je ne sais comment vous remercier pour toute cette générosité…
  • Votre visage vient de le faire pour vous, répondit-il. Et en me laissant vous ajouter à mon village, vous m’avez fait le plus beau cadeau qui soit.

Je ne savais plus quoi répondre. Comprenant mon émotion, il me raccompagna et m’aida à installer ma marchandise dans mon nouveau charriot. Je le remerciais chaleureusement et le serrais dans mes bras avant de monter sur mon siège.

Il me regarda fixement, des larmes au coin de l’œil, et me glissa dans la main, un exemplaire de « mon santon » en disant :

  • Faites bonne route, et prenez bien soin l’un de l’autre. Et surtout : Bon Nouvè* !

*

Texte et photo M. Christine Grimard

*Bon Noël.