Photos du jour : Belem on l’aime

« Si je désire fonder en toi la pente vers la mer, je décris le navire en marche, les nuits d’étoiles et l’empire que se taille une île dans la mer par le miracle des étoiles. »

Citadelle, Antoine de Saint-Exupéry,

éd. Gallimard, coll. La Pléiade, 1953,

chap. CCI, p. 944

Photo Marie-Christine grimard

Les Sables d’olonne

23 août 2021

Le Belem est annoncé, parti de Saint-Nazaire il fera escale une nuit à Port Olonna avant de repartir avec la marée haute, le lendemain pour Bayonne.

Photo Marie-Christine Grimard

Les sablais se sont massés sur les quais le long du chenal, célèbre depuis l’avènement du Vendée Globe.

Ils sont toujours là pour le départ et pour l’arrivée de chaque bateau de ces forçats de la mer.

Une fois encore, ils ont répondu présent. Très nombreux.

Vidéo Marie-Christine Grimard

Le navire remonte le chenal, majestueux avec ses trois mâts. Tout l’équipage est réuni sur le pont. Il salue la foule de trois coups de trompe de brume, sous les acclamations.

Photo Marie-Christine Grimard

Il restera à port Olonna cette nuit, amarré non loin des pontons des navires du Vendée Globe où chacun pourra l’admirer ce soir.

Photo Marie-Christine Grimard

Le parfum de voyage lointain et l’histoire accrochée à ses voiles, inspirera les rêves de nombreux enfants qui l’ont suivi des yeux cet après-midi.

A moins que ce ne soit l’odeur du chocolat brésilien qui hante encore ses cales, qui nous poursuive jusqu’au matin !

Vidéo Marie-Christine Grimard

Jolie manière de laisser s’enfuir l’été …

Phrases 16 : Mots marins

“La mer touche au plus profond de l’homme.Dans la lumière du soleil, n’est-elle pas le miroir de l’âme humaine ?”

Philippe Plisson

*

Photo M. Christine Grimard

Photo M. Christine Grimard*

  • Monte les voiles, même si le vent fraîchit, un voilier n’est pas fait pour rester au mouillage, là-bas, les alizées seront plus doux et la lumière sera plus belle; nous irons vent debout jusqu’au bout de l’horizon.

  • Le soir du solstice d’automne, les marins prirent la route du nord, et cette nuit de tempête fut la plus longue de l’année pour les femmes restées à terre, qui entendaient la colère de l’océan se briser en vagues vertes sur la jetée du port, dans un tonnerre d’ouragan.

  • Regarde la crête des vagues, où le vent découpe ses franges de dentelles, se parer d’étincelles qu’elle déposera sur l’estran sur les cheveux des sirènes, pour qu’au matin ne reste sur le sable qu’un coquillage nacré, souvenir de leur sourire.

Une image…une histoire: Bleu.

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Encore un jour pour rien.
De toute manière, dans ce village, il ne se passait jamais rien. Et elle le savait d’avance, il ne se passerait jamais rien.

La vie était ailleurs, elle ne savait pas très bien où, mais ailleurs qu’ici, en tout cas. Un jour, elle en étais sûre, elle irait voir la vie.
Elle partirait.

Sa mère ne voulait pas en entendre parler, alors elle n’en parlait pas, mais elle allait souvent sur le port pour voir les bateaux chargés de touristes en partance.

Ici, la mer était bleue.
Ici, le soleil était haut.
Ici, les fruits étaient juteux.
Ici, la chaleur était moite.
Ici, la vie était lourde.
Ici, la mort était lente.

Sa mère voulait qu’elle apprenne le monde, alors elle l’envoyait à l’école. Elle savait qu’elle avait raison, que c’était le seul moyen de sortir d’ici un jour. Alors elle apprenait le monde, elle apprenait la vie d’ailleurs, elle apprenait les chiffres, les mots, les sons d’ailleurs.
La vie d’ici, elle la voyait fleurir par la fenêtre de la classe, elle l’entendait siffler dans les bougainvilliers, elle la sentait respirer dans le vent du soir.
La vie d’ici, elle la connaissait, elle en avait fait le tour, du haut de ses douze ans, elle n’avait plus rien à lui apprendre.

Alors tous les soirs, à l’heure où ses amis rentraient sagement, elle descendait jusqu’au port pour regarder s’éloigner les navires.
La rue bleue était son refuge.
Elle pouvait rester là pendant des heures, dans ce bain de couleur.

Ce soir, la chaleur était écrasante, et elle rêvait de rivages lointains, là-bas, vers le nord, et d’hivers enneigés.
Elle resta prostrée dans l’ombre bleue de cette persienne, jusqu’à ce que le dernier bateau quitte la passe.
Dans tout ce bleu, elle se sentait chez elle, dans son océan de rêve, dans son cocon outremer.
Ici, tout était possible.

Demain, elle aurait le courage.
Demain, elle s’en irait.
Demain.
À cette pensée, sa vue se brouilla. Elle sentit une larme couler le long de sa joue et s’écraser sur ses orteils.

Elle tourna la tête vers le quai, surprise par le son d’une corne de brume, crevant le silence.
Un navire magnifique entrait dans le port. Elle n’en avait jamais vu d’aussi grand.
Un sourire revint danser sur ses lèvres.

Sur la poupe s’étalait en lettres bleues sur fond blanc: « Nautilus »
À contre-jour, ce bleu rutilant dans la lumière, c’était le signe qu’elle attendait.
Le bleu avait toujours été sa couleur préférée.
C’était sa chance …
Demain…
Enfin…