Un été en bandoulière (23)

« Quand les mouettes ont pied, il est temps de virer. »

Proverbe breton

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Photo m c grimard

Vent du nord…

Les vagues ont des reflets d’icebergs.

Les nuages qui étaient légions au réveil, ont été chassés d’un revers d’aquilon.

Il ne reste qu’à se réfugier au pied de ce qu’il reste de la dune pour observer la ronde des oiseaux marins.

Ils en ont vu d’autre, les bourrasques et autres rafales septentrionales n’ont plus de secret pour eux. À côté des tempêtes de l’Atlantique Nord, le Mistral a des mines de chérubin…

Une jeune mouette s’est posée au bord de l’estran, transie, face au vent, elle resserre ses plumes. Elle se fait toute petite, aplatie sur le sable humide, ferme les yeux pour mieux entendre le concert qui lui est offert par les gerbes de vagues tintinnabulant sous la brise de mer.

Je capte son image sereine puis passe au large pour ne pas interrompre son plaisir.

Un été en bandoulière (18)

« Regardant les vols disloqués des mouettes dans le ciel du soir. »

Jean-Marie Le Clézio

Photo Mch grimard


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Au coin d’une ruelle 

Se cache l’âme de la mouette bleue 

Fille d’Eole 

Disparue un soir de tempête 

En passant devant elle 

Les marins se signent 

Et récitent une courte prière 

Pour demander protection 

Au dieu du vent, son père 

Avant de reprendre la mer 

Clichés 87 : Balades vendéennes (2)

« Des lieux de paix, des îles de bonheur,

Où, transporté par les douces chimères,

Je m’abandonne aux songes de mon cœur. »

La mer – Chateaubriand

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Photo M.Christine Grimard

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La Vendée

Terre océanique

évidemment

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Photo M.Christine Grimard

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Pays de sel et de vent

et d’oiseaux libres

couleur océan

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Photo M.Christine Grimard

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Pays de lumière

où sable et mer

se parlent en secret

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Photo M.Christine Grimard

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Pays où la lumière

s’apaise dans toutes les nuances

des pastels

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Photo M.CHristine Grimard

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Pays où les ballerines

ont des ailes

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Photo M.Christine Grimard

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Pays où les galets

ont des envies de sculpture

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Photo M.Christine grimard

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Pays où le vent habille les vagues

d’or et de diamants

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Photo M.Christine Grimard

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Pays des vagues et du vent

où le spectacle est permanent

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J’ajoute le chant du vent si vous le désirez…

Photo du jour : Sérénité

“Il faut apprendre à rester serein au milieu de l’activité et à être vibrant de vie au repos.”
Gandhi
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Photo M. Christine Grimard

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Se garder un espace de sérénité

N’est ce pas une nécessité ?

Se garder un lieu singulier

Pour y vivre ses particularités

Se garder un moment d’éternité

Pour supporter la fatalité 

Se garder un zeste de puérilité 

Pour accepter la vie et ses réalités

Savoir imposer sa féminité

Pour ne pas perdre sa personnalité 

Savoir affirmer sa spécificité 

Pour combattre l’inhumanité

Confessions intimes 17 : Caboche

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Photo M. Christine Grimard

 

J’en ai assez de cette mouette.

Elle prend ma tête pour un perchoir, ou pire pour un lieu d’aisance.

Je ne supporte plus cette jacasseuse.

Je ne supporte plus ses piaillements. Est-ce que je crie moi ?

Elle passe sa vie à crier, chaque jour, pour n’importe quel prétexte.

Il fait beau, elle crie.

Il y a du vent, elle crie.

Il pleut… non là elle ne crie pas, elle se cache au fond du nid ou elle part à la chasse.

J’aime bien quand elle part en chasse, j’ai la paix pendant quelques heures. Mais quand elle revient, avec sa pêche, il faut que je retienne ma respiration.

A cause de l’odeur. Je n’ai jamais aimé le poisson. Jamais !

Quand le sculpteur mangeait du poisson, ses mains en gardaient l’odeur pendant la journée entière. C’était écœurant.

Lorsqu’il nous a installé au faite de ce toit, j’étais heureux en me disant que je ne sentirais plus jamais cette odeur de poisson. Eh bien, je suis servi !

Je suis devenu le repère de toutes les mouettes du quartier, génération après génération. Et j’ai dû supporter l’odeur de toutes les sardines du port, année après année.

Je me demande ce que j’ai fait au bon Dieu pour qu’il me le fasse payer en monnaie puante et piaillante…

Enfin, depuis deux jours, je suis tranquille. La mouette qui a élu domicile sur le sommet de mon crâne a disparu. Cette nuit, le vent a soufflé dix fois plus fort que je ne l’ai jamais senti. Les hommes dans la rue criaient et se précipitaient à l’intérieur. Je les ai entendu parler de la «tempête du siècle». Je me demande ce qu’ils voulaient dire. Ils exagèrent toujours de toute manière. Il y a eu beaucoup de vent, je dois dire, des éclairs et des éclats de tonnerre à n’en plus finir, pendant des heures. Si je n’étais pas de pierre, je crois que j’aurais eu un peu peur…

La peur, en fait, je ne sais pas ce que c’est. Mais ça semble assez désagréable.

Enfin, je ne sais pas trop. Moi, je ne risque rien, puisque je suis de pierre. Je suis fort comme un roc. Je suis tout de granit et je suis plus fort que le vent et que le temps. C’est ce que disait toujours mon sculpteur de père. Il était fier de moi, parce que j’allais défier le temps et le vent !

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Le soleil se lève.

Troisième jour depuis la tempête.

Mais qu’est-ce qu’elle fait cette mouette ?

Où est-elle passée ?

Elle me manque cette oiselle sans tête. Elle me manque avec ses odeurs de poisson, ses piaillements, ses plumes qui me chatouillent le crâne, ses fientes… Non pas ses fientes ! Quand même pas…

Mais elle me manque !

Je n’aurais jamais pensé qu’un jour j’en arriverai là…

Encore une journée sans elle. Et si elle ne revenait jamais. Si je finissais ma vie seul ici, pendant des jours et des jours, dans le silence.

S’il vous plaît, Dieu des nuages, Dieu de la mer, Dieu du vent, Dieu du temps : s’il vous plaît, rendez-moi ma mouette !

Rendez-la moi !

….

Et voilà… Silence…

Il ne m’entend pas ! De toute manière, depuis le temps qu’il est assis, là-haut sur son nuage, il doit être sourd. Je parie qu’il a connu Mathusalem. Je parie qu’ils étaient à l’école ensemble.

Bof de toute manière, les dieux n’entendent jamais les hommes. Ils attendent qu’ils se débrouillent seuls. Ils leur laissent faire toutes les bêtises possibles et après ils leur disent qu’ils n’ont que ce qu’ils méritent : le chagrin et le malheur. Inutile de compter sur l’aide des Dieux, mon vieux. Et en plus, moi, je ne suis même pas un homme, alors…

Il vaut mieux que je m’habitue tout de suite à rester seul. Il vaut mieux que je me fasse une raison.

Mais que vois-je là-bas, à contre-jour dans le couchant ? Un planeur ?

Non, un goéland. Non, une sterne ! Mais non : une mouette.

MA mouette !

Elle est revenue. Elle piaille et se pose sur ma tête, en secouant ses ailes avec son petit air triomphant. Elle n’est pas gênée ! Quelle impudence, elle m’a couvert de varech. C’est fou ce qu’elle avait comme algues coincées dans ses plumes. Et qu’est-ce qu’elle tient dans son bec ? Une sardine à moitié faisandée ! Oh ! l’odeur !

Oh, mon Dieu : l’odeur, les cris, les plumes, le varech séché, la chair faisandée du poisson.

Oh mon Dieu !

Merci !

Merci !

Merci de me l’avoir rendue !

Sans elle je n’étais plus qu’une vieille tête de pierre sans vie. Merci de m’avoir rendue ma vie, mon Dieu. Tu n’es pas sourd, finalement, hein vieille branche ! Je savais bien que tu étais là, c’est Mathusalem qui me l’avait dit.

Allez, à charge de revanche !

texte et photo M. Christine Grimard