Haïku 156 : Feux de paille

photo M.Ch. Grimard

*

Assez d’étincelles

Au jardin des illusions

Cette coupe est pleine

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Une image…une histoire : Matin de givre (2/2)

 

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Photo M. Christine Grimard

 

Sophie traversa prudemment et s’engagea dans le petit chemin caillouteux où avait disparu la jeune femme, puis l’homme en colère.

Elle ne les voyait pas, l’obscurité cédait la place à un pâle soleil, étranglé de brumes glacées.

Elle avança jusqu’au premier tournant,  et s’arrêta lorsqu’elle vit l’homme revenir vers elle. Il avait rebroussé chemin, il lui expliqua, tout essoufflé, qu’il avait perdu la trace de la jeune femme, sans comprendre comment. Le chemin était un cul de sac, conduisant à une ancienne grange en ruines. Il avait fait le tour de la grange dont il ne restait que quatre murs, et n’avait vu personne. Il avait l’air inquiet et apeuré. Sophie jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, s’attendant à voir la jeune femme apparaître, mais ne vit rien bouger. L’homme ajouta:

« Ne restons par là, ça ne sert à rien de se geler ici plus longtemps. Il n’y a personne. Pourtant, vous et moi, nous avons bien vu cette fille, n’est-ce pas ? Je n’y comprends rien ! »

Devant son air égaré, Sophie lui confirma qu’il y avait bien une fille brune aux cheveux longs qui avait traversé juste devant sa voiture, et était partie tranquillement sur ce chemin sans issue.

« Je l’ai bien vue, insista-t-elle, comme je vous vois ! Jetons de nouveau un coup d’œil ensemble, si vous voulez ! »

L’homme semblait soulagé que Sophie confirme que ce qu’il avait vu n’était pas un mirage, il acquiesça.  Ils reprirent le chemin de la grange, appelant la jeune femme, regardant dans les buissons, puis firent le tour du terrain, entrèrent dans les ruines, et n’y trouvèrent qu’une nichée de corbeaux. Dépités, il revinrent vers leurs véhicules en silence. Sophie était perdue dans ses pensées. Elle se demandait où elle avait déjà vu le visage de cette jeune femme. Brisant son silence, l’homme reprit la parole le premier:

« Cette journée partait mal pour moi, et cela se confirme. Je me demande si je ne deviens pas fou… »

Sophie tenta de le réconforter, en posant la main sur son bras, elle dit:

« Dans ce cas, nous somme deux ! J’ai vu cette jeune femme, et vous aussi. Le fait qu’elle ait disparu dans ces fourrés ne change rien à l’affaire. Et je dois être encore plus folle que vous, parce que j’ai eu l’impression de la connaître… »

Il la regarda avec soulagement, hocha la tête et répondit:

« Ça doit être le choc ! En tout cas, je vous remercie de votre aide. Si j’avais été seul, je crois bien que … »

Il laissa sa phrase en suspens, les yeux dans le vide. Puis se retourna vers sa voiture et ajouta:

« Finalement, personne n’est blessé. Il ne faut pas rester là. Si ma voiture veut bien démarrer, je vais essayer de continuer ma route. »

Il serra les mains de Sophie dans les siennes, la salua, puis remonta dans sa voiture, et après quelques secondes d’hésitation,  repartit dans sa direction initiale.

Sophie le suivit des yeux, et l’imita, non sans avoir jeté un coup d’œil vers le chemin de traverse en espérant voir réapparaître la mystérieuse jeune femme. Elle ne vit pas défiler le reste du trajet jusqu’à son bureau, perdue dans ses pensées.

Ce matin-là, c’était l’effervescence au bureau. Elle fut happée par l’ambiance de folie dès son arrivée, et oublia l’incident de la matinée. En début d’après-midi, elle alla faire quelques courses pour sa soirée, puis retourna au bureau pour finir un dossier urgent. Elle avait bouclé sa journée dans les temps et s’en félicitait, elle pourrait profiter de sa soirée avec ses amis sans arrière-pensée. Au moment de quitter la pièce, elle avisa le tas de courrier qu’elle n’avait pas touché depuis le matin. Il y avait plusieurs réponses à ses invitations, il était temps ! Elle sourit en les ouvrant, la plupart des réponses étaient positives. Ils seraient finalement nombreux à venir, la soirée serait joyeuse ! Quel bonheur.

La dernière lettre était manuscrite, mais elle n’en reconnut pas l’écriture. C’était la mère de son amie Céline qui répondait à son invitation à la place de sa fille. Sophie fut déçue en lisant les premières lignes lui annonçant l’absence de son amie, à sa fête d’anniversaire. Suivait un paragraphe décrivant la vie de Céline depuis qu’elles s’étaient quittées sur le banc de l’université. Sophie fut heureuse d’apprendre la réussite professionnelle de son amie qui avait passé quelques années au Canada avant de revenir en France et d’intégrer un poste important dans une filiale de la firme canadienne, il y a quelques mois. Elle ne comprenait pas pourquoi Sophie n’avait pas pris la peine de lui répondre elle-même, lorsqu’elle fut interrompue par un appel téléphonique.

Tout en répondant, elle jouait distraitement avec l’enveloppe, lorsqu’une photo s’en échappa et tomba sur le sol. En raccrochant le combiné, elle se pencha et resta en arrêt devant l’image qui était sur le sol. C’était le portrait de la jeune femme qu’elle avait vue traverser devant sa voiture, le matin-même !

Elle reprit la lettre et lut fébrilement la seconde page, la gorge nouée.

Elle ne sut pas combien de temps elle resta sur sa chaise, effondrée, laissant ses larmes inonder ses joues, incapable de se lever.

Puis elle trouva la force de relire la fin de la lettre, comme pour s’en imprégner.

« Céline, ma magnifique enfant, est depuis deux mois, allongée sur un lit d’hôpital. Les médecins pensent que son cerveau est détruit, mais moi je sais qu’il n’en est rien. Je sais qu’elle est toujours là et qu’elle pense à ceux qu’elle aime. Certaines nuits, je rêve que nous parcourons ces chemins où elle aimait tant se promener enfant. J’aimerais que tu puisse venir lui rendre visite, qu’elle sente que nous attendons son retour.

Je ne peux oublier ce matin-là, lorsque les gendarmes m’ont appelé pour me dire qu’elle avait été renversée par cette voiture, et qu’on avait retrouvé son corps sur l’accotement. Mais que par miracle, elle était seulement dans le coma. Seulement dans le coma !

Depuis, deux mois, rien n’a changé, mais je garde espoir que notre amour l’aidera à choisir la meilleure issue pour elle. Je serais heureuse de te revoir auprès d’elle.. »

 

fin

 

Photo du jour: Promenade

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Viens mon ami

Accompagne-moi

Allons marcher dans le ciel

.

Il suffirait d’un peu de vent

Pour que l’on s’enfuie

Au-delà des nuages

Il suffirait d’un peu de temps

Pour que l’on oublie

Les mensonges et les mirages

.

Viens mon ami

Viens avec moi

Allons marcher dans le ciel

.

Il suffirait d’un peu d’Amour

Pour que l’on croit à l’avenir

Il suffirait de quelques jours

Pour voir l’espoir refleurir

.

Viens mon ami

Vole avec moi

Allons rêver dans le ciel

.

Il suffirait d’une caresse

Pour que revive la tendresse

Il suffirait d’une promesse

Pour que le chagrin disparaisse

.

Viens mon ami

Accompagne-moi

Allons courir dans le ciel