Haïku 124 : un été au goût de miel 

 

photo M.christine Grimard

 
Pétales de soie

Nuances miel et vanille 

Au goût de caresse 

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Photo du jour : Rêve de miel 

« Be in Love with your Life, every minute of it. »

Jack Kerouac

Photo M. Christine Grimard

 *
Je suis née un matin de miel

Si doux et sucré sous ma trompe

Peu importe qui m’a dessinée

Que ce soit la terre ou le ciel

Qui a décidé de ma venue

Que ce soit le hasard ou l’amour

Je suis bien là et c’est si bon

De se baigner nue dans le vent

De vider des calices de soleil

De lustrer ses ailes vermeilles

De déguster les fleurs d’argent

De s’envoler le temps d’un rêve

Et de se prendre pour une abeille

*

Une image… Une histoire: La Bohème

 » La Bohème »

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Quand Sarah avait vu la photo de cette petite maison sur le journal, elle avait eu le coup de foudre, pour elle.
Elle s’était tout de suite projetée dans ses murs, se voyait repeindre les volets en bleu pervenche, arroser la glycine qui barrait la façade, accueillir ses amis les soirs d’été. Elle avait appelé l’agent immobilier dans une sorte d’urgence et les transactions avaient été accomplies sans qu’elle se préoccupât le moins du monde de l’état dans lequel elles laisseraient ses finances.
Elle avait envie de revenir dans cette région qui avait bercé son enfance, contre l’avis de toute sa famille, qui pensait que l’avenir était ailleurs.
Elle était seule, désormais, et loin de tous, elle se donnerait un nouveau départ.
Elle fut agréablement surprise en arrivant dans le village, par l’accueil de ses nouveaux voisins. Alors qu’elle s’attendait à être traitée comme une étrangère, les villageois lui facilitèrent la tâche. Il est vrai que lorsqu’ils avaient vu débarquer son camion de déménagement, les volets s’étaient ostensiblement fermés. La chaleur de juin en était peut-être la cause, mais Sarah avait pris cela pour la marque de leur désapprobation pour son arrivée.
Le lendemain, pourtant quand elle fit ses courses dans le village, l’accueil fut différent. La boulangère lui posa mille questions sur les raisons de sa venue, et les réponses eurent l’air de satisfaire les commères qui étaient là. La curiosité fit le reste, et probablement aussi l’éclat de son sourire et la note d’humanité qui vibrait en permanence dans son regard bleu. Il ne fallut que quelques jours pour qu’elle soit acceptée.
La saveur de ses tartes fit le reste et bientôt, elle ne manqua pas de bras pour l’aider à rafraîchir sa petite maison.
Lors de la fête du village, elle expliqua à ses nouveaux voisins, qu’elle avait tenu un salon de thé où l’on venait de toute la région, pour déguster ses gâteaux. Cette information fit le tour du village aussi vite qu’une traînée de poudre, et la rumeur qu’elle allait bientôt ouvrir un nouveau restaurant, lui revint aux oreilles, la semaine suivante.
Elle eut beau tenter de démentir, les gens ne lui parlaient plus que de cela, la remerciant de redonner vie au village en ouvrant un lieu de rencontre où chacun pourrait venir passer un moment agréable. Sa réputation de pâtissière hors pair s’était propagée jusqu’aux villages voisins, et elle voyait arriver des curieux qui lui demandaient la date de l’ouverture de son restaurant.
Après quelques semaines, Sarah se rendit à l’évidence. Il fallait qu’elle se décide. Ce lieu, elle ne l’avait pas choisi au hasard, c’est la maison elle-même qui l’avait choisie. On n’échappe pas à son destin .
Elle descendit à la cave et se décida à ouvrir ces cartons qu’elle avait soigneusement bloqués au fond de la pièce, derrière un amoncellement d’objets bons pour la casse.
En ouvrant le carton, l’odeur qui s’en échappa lui rappela immédiatement cette cuisine étrangère qu’elle avait laissée derrière elle, et les yeux de Xavier, dont le dernier regard la glaçait encore. Le cadre enluminé où son diplôme de « Meilleur ouvrier de France » étalait ses lettres tricolores, fut le premier à revoir la lumière du jour, puis ses ustensiles rutilants d’inutilité, puis ses livres de recettes…
Quelques heures plus tard, elle avait reconstitué son laboratoire. Il était inutile de nier plus longtemps ce qu’elle était, elle recommencerait, seule et différemment, mais elle recommencerait.

La semaine suivante, avec l’aide de ses nouveaux amis, la carte fut opérationnelle. Elle se contenterait d’un « salon de thé » pour commencer, la pâtisserie étant ce qu’elle préférait inventer. Et puis on verrait bien …

Quant au nom qu’elle donna à sa maison: « La bohème » s’imposa tout naturellement, puisque c’était ce qu’elle vivait depuis toujours, sans que ses origines gitanes n’en fussent responsables.

Ce qu’elle souhaitait sans l’avoir jamais avoué, s’accomplirait peut-être dans ce lieu qui lui était prédestiné: que toutes les bohèmes du monde se rencontrent autour de son sourire sucré et partagent avec elle, un peu de plaisir au goût de miel…