To Do List 49 : préparatifs 

Photo m Christine Grimard

  • Choisir un assortiment de blanc et or pour décorer le sapin, histoire de capter la lumière, en cette période où elle brille par son absence.
  • Se réjouir à l’avance des petits plaisirs dont  cette époque de l’année est féconde.
  • S’abreuver de contes de Noël, histoire de retrouver l’envie d’en écrire un.
  • Retrouver les partitions des chants de Noël en cherchant les cartes de vœux, et s’étonner de savoir encore les jouer. 
  • Faire la queue chez B. , le plus célèbre chocolatier de la ville pour trouver des petites merveilles à offrir aux amis lointains en imaginant leur sourire quand ils les dégusteront.
  • Décider que cette année encore, la période de Noël, apportera un peu de magie dans ma vie.
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To Do List 47 : Dans le vent de l’avent

Photo M. Christine Grimard

**

  • Se réjouir comme une enfant parce que les décorations de Noël sont réapparues ce matin, dans le village.
  • S’arrêter sous le vieux lampadaire pour écouter les mots doux qu’il murmure à son étoile retrouvée.
  • Se demander où sont rangés les lumignons que j’installerai sur le rebord de la fenêtre pour « La Fête des Lumières ».
  • Retrouver le souvenir de ses Noëls d’enfance dans un parfum de chocolat ou de marrons glacés s’échappant de la pâtisserie.
  • Trouver un moment pour aller se balader à la jardinerie, au rayon « décorations de fête », histoire de rêver un peu.
  • Ressortir la recette des sablés de Noël pour se procurer les ingrédients nécessaires et embaumer la maison avant l’heure.
  • Décider qu’il est parfois bien agréable de « croire au Père Noël » et se laisser envahir par la magie qui caractérise ce moment d’espoir annuel.

Vases Communicants : Arborescences

Je reprends ici le texte  écrit pour l’échange des vases communicants du mois de février, sur une proposition et une photo de Dominique Hasselmann, publié sur son Blog « Métronomiques » pour ceux qui n’avaient pas eu l’occasion de le lire.

Cela me donne l’occasion de relire aussi ce petite conte que j’avais pris beaucoup de plaisir à écrire, et j’espère que vous prendrez le même plaisir…

 

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Photo Dominique Hasselmann

 

Un baobab passe devant mes yeux, exhibant ses branches dénudées. Il traverse la ville dans l’indifférence générale. Ses congénères enluminés de la place du marché le regardent passer, un peu condescendants. Pour un peu, les platanes communs dans leur nudité tremblante se détourneraient, méprisant son exotisme, si leur écorce épaisse leur en laissait la force.

Il crie « racine » comme d’autres crient « famine ».

Où sont-elles, ses racines ? On imagine qu’il les cache soigneusement au regard des passants, comme un jardin secret, un trésor oublié. Quelle terre nourrissait ses racines enchevêtrées ? Où était l’origine de son monde, la source de sa sève ? A-t-il gardé le souvenir de la graine qui le contenait tout entier ? Rêve-t-il de son Afrique natale, le soir, au fond de son entrepôt ?

Voilà que je pars encore dans un de mes délires. C’est ma spécialité. Coupant court à mes élucubrations, je traverse sans regarder. Un coup de klaxon strident me sort de ma distraction, et je vois passer un automobiliste furibond qui me fait des grands gestes peu amènes. Confuse, je rougis. Cette fois-ci, c’était moins une !

L’homme descend de son camion, le contourne et ouvre le hayon-arrière de son fourgon au moment où j’arrive à sa hauteur. Il me jette un regard amusé et m’apostrophe :

« Vous étiez à ce point fascinée par mon camion que vous avez failli passer sous les roues de ce chauffard, ou était-ce pour mon charme naturel ? »

Je rougis de plus belle, et ignorant la seconde partie de sa phrase, lui réponds :

« J’admirais simplement cet arbre, et essayais d’imaginer sa terre africaine natale. Je n’ai pas entendu la voiture. Je suis un peu distraite … »

« Un peu, effectivement. Il faut beaucoup d’imagination pour voir l’Afrique dans ce logo monochrome. Faites un peu attention ou la prochaine fois, ça vous jouera des tours ! »

Un peu vexée par le sourire moqueur qui accompagne ses mots, je lance sèchement :

« Merci de vos conseils. Je ne sais pas pourquoi cet arbre m’a plu, d’ailleurs. Maintenant que je le vois de plus près, je trouve qu’il manque de feuilles et de couleurs. Bonne journée à vous ! »

Je m’éloigne rapidement, sans le regarder, et me dirige vers le pavillon du marché. A la porte, un jeune garçon à l’allure bohème, la tignasse dissimulée par un énorme bonnet de laine, n’a rien perdu de la scène. Il me salue d’un pouce levé vers le ciel lorsque j’entre dans le marché couvert, et ajoute goguenard :

« Parfois, il suffit d’y croire ! »

C’est un petit matin frileux, les acheteurs sont rares et les maraîchers bavards. Je fais le tour des étals et retrouve ma bonne humeur. Je remplis mon panier de mandarines, kakis, oranges, kiwis, pommes variées. Il me faut faire provisions de couleurs pour affronter la grisaille qui habille cet hiver à n’en plus finir. En sortant, je ne peux m’empêcher d’admirer l’arc-en-ciel qui remplit mon panier.

Le camion est toujours là, mais le chauffeur a refermé son hayon. Il me regarde d’un air réprobateur. Avant de monter dans sa cabine il pointe un doigt accusateur en ma direction et me lance :

« Je ne sais pas comment vous avez fait ça, mais laissez-moi vous dire que c’est nul ! »

Très étonnée, je le regarde sans comprendre. Il me fait un geste de la tête, désignant sa benne. Je lève les yeux vers le logo. Le baobab tristement dénudé s’est habillé d’une symphonie de couleurs. En quelques minutes, il s’est recouvert d’une multitude de feuilles de toutes les couleurs. Les nuances du jaune prédominent, éclairées par un soleil africain conquérant. Il s’insinue jusqu’au fond de ses racines, qui déploient désormais leur arborescence dans une terre orangée, là où il n’y avait que du noir il y a quelques minutes. C’est si beau que j’éclate de rire, entraînant les passants dans mon fou-rire. Toute la rue semble éclairée par le soleil d’Afrique.

« Mais, je n’ai rien fait … » dis-je en direction du chauffeur, qui me lance un regard noir.

Un homme passe à côté de moi, en sifflotant un air de reggae.

« Qui sait ? » chantonne-t-il. « Certains souhaits se réalisent quand le désir était vraiment sincère … »

Il poursuit son chemin sans se retourner, et je reconnais le jeune homme au bonnet de tout à l’heure. De sa poche dépasse le couvercle d’une bombe de peinture. Il me fait un signe de la main, le pouce levé vers le ciel, au-dessus de sa tête, puis se retourne une seconde et ponctue son sourire d’un clin d’œil appuyé. Puis, il disparaît dans la foule du boulevard.

texte : Marie-Christine Grimard

photo : Dominique Hasselmann

Une Image…une histoire: Conte de Noël (4/4)

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La rue était déserte, les rares passants se dépêchaient de rentrer pour échapper au froid et préparer la fête. Le bitume brillait sous la lumière des décorations, transformant la chaussée en un fleuve azuré aux reflets éblouissants. Mary s’engouffra dans sa voiture glacée, elle n’avait plus le temps de rêver devant les paillettes du boulevard. Elle entra l’adresse de son père dans le navigateur en choisissant le trajet le plus rapide. Sa belle-mère n’avait jamais été très patiente et elle ne voulait pas provoquer de conflits, le soir de Noël. Elle sourirait, arrondirait les angles et ne répondrait pas aux attaques acides qui ne manqueraient pas de venir ponctuer ses phrases. Elle tâcherait de ne pas se souvenir du dernier réveillon qu’elle avait passé ici, celui où Laurent avait annoncé son départ. Après tout, elle avait changé, n’était plus cette jeune fille fragile et crédule.

Perdue dans ses réflexions, elle avait raté plusieurs embranchements, mais rappelée à l’ordre par la voix féminine du navigateur, elle finit par arriver à destination à l’heure dite. Elle récupéra le cadeau qu’elle avait préparé pour ses parents, prit une profonde inspiration, et sonna à la porte.

Comme elle l’avait prévu, c’est sa belle-mère qui ouvrit la porte. Elle aurait voulu que son père soit là aussi, mais il devait être occupé à l’intérieur. Elle arbora son plus beau sourire et dit :

« Bonsoir Françoise, je vous souhaite un très joyeux Noël ! »

« Mary, quelle joie de t’avoir ici ce soir. Ton père et moi, on n’y croyait plus ! Voilà si longtemps que tu n’as pas pris de congés pour Noël ! La dernière fois, c’était avant que Laurent ne parte en Afrique, il me semble. Ton hôpital a réussi à se passer de tes services ? »

Mary ne se départit pas de son sourire et détourna le regard du pli amer qui encadrait la bouche de sa belle-mère. Ce soir était un soir de paix et de magie, comme l’avait prédit Camille. Elle avait décidé de ne pas entendre…

Sa belle-mère s’effaça pour la laisser entrer au moment où son père arrivait pour l’accueillir. Mary donna à Françoise son cadeau, puis sauta au cou de son père. Ils s’étreignirent quelques secondes en silence, puis se regardèrent longuement laissant défiler leurs souvenirs communs dans ce regard. Françoise qui n’avait jamais supporté ces instants de complicité entre eux, les interrompit en disant :

« Va poser ton manteau dans le dressing et rejoins-nous au salon. Ce soir est un jour de retrouvailles, décidément, Laurent est arrivé de Bamako cette semaine et il sera ravi de te revoir. Il prend l’apéritif avec mon frère. Dépêche-toi, ne le fais pas attendre. Il était très content quand je lui ai dit que tu serais là ce soir. »

Mary jeta un regard affolé à son père, se retenant de trembler. Lorsque Françoise tourna les talons, encombrée de son paquet, elle demanda d’une voix étouffée :

«Il est revenu. Pourquoi ne m’as-tu pas prévenue ? »

« Françoise ne voulait pas qu’on te le dise, craignant que tu ne veuilles plus venir ce soir après ça. Je suis désolé, j’avais tellement envie de te voir… » Lui répondit son père en baissant les yeux sur ses chaussures.

Mary soupira puis prit les deux mains de son père dans les siennes. Elle n’allait pas gâcher leurs retrouvailles avec des regrets inutiles. Elle prendrait sur elle, le temps passé avec son père était plus précieux que tout le reste. Elle lui sourit et dit :

« Ne t’inquiète pas, papa. Je suis contente de te voir, et rien au monde ne me gâchera ce moment ! »

« C’est vrai, ma petite fille ? »

« Absolument ! » renchérit Mary. « C’est Noël et c’est magique ! Allons-y »

Elle entraina son père à sa suite, en lui demandant de ses nouvelles. Quand elle arriva au salon, tout les regards se braquèrent sur elle, celui peu amène de sa belle-mère, d’autres étonnés ou curieux, celui de Laurent enfin, empreint de nostalgie. Elle fit le tour de la pièce, saluant chacun d’un sourire et d’un petit mot. C’était beaucoup plus facile qu’elle ne l’avait cru, presque agréable finalement !

Laurent s’avança vers elle, un peu hésitant, lui demanda comment elle allait. Elle répondit d’un sourire éblouissant et d’une phrase impersonnelle. Elle le reconnaissait à peine. Lui qui était enjoué et sûr de lui autrefois, avait le regard triste, presque éteint. Ils parlèrent de détails sans importance pendant quelques minutes. Mary ne ressentait aucune émotion particulière en entendant cette voix, qu’elle avait pourtant si souvent évoquée dans ses nuits blanches. Elle avait l’impression que cet homme n’était que la caricature de celui qu’elle avait aimé. Lorsqu’elle lui demanda pourquoi il avait cet air-là, ce fut comme si elle avait ouvert une écluse. Laurent partit dans un flot d’explications désabusées sur la vie qu’il avait vécue durant toutes ces années ; et soudain elle le reconnut. Il était resté le même, ne parlant que de lui, encore et encore, attribuant ses erreurs à ces proches, refusant de porter la responsabilité de ses errances, et content de lui quoi qu’il arrive.

Ce fut comme si elle ouvrait les yeux pour la première fois sur l’homme qu’il était, et elle se sentit si légère, si bien… Enfin délivrée !

Elle le laissa finir son monologue, puis avisa une de ses cousines qui était de l’autre côté de la pièce, et demanda à Laurent de l’excuser pour aller la saluer. Il la regarda partir, un peu étonné, avec un soupçon de regrets dans le regard.

Pour Mary, la soirée prenait une excellente tournure. Elle tomba dans les bras de sa cousine, ravie de la revoir. Elles retrouvèrent immédiatement les mimiques qu’elles avaient en communs et se remémorèrent les bêtises qu’elles faisaient lorsqu’elles étaient en vacances ensemble. Mary était aux anges, elle n’avait pas ri autant depuis des lustres.

«Oh, c’est si bon de te revoir, Mary ! » dit sa cousine entre deux fous rires. « Que c’est bon ! »

«Tu as vu : mon père a placé dans la crèche, l’âne que j’avais peint à l’école. Je ne l’avais pas vu depuis vingt ans » Dit Mary toute émue.

«Oui, je l’ai aidé à faire sa crèche, cette année. Il a dit qu’il mettrait cet âne à la place de celui du santonnier très en vogue que ta belle-mère avait acheté, pour te faire venir. Et elle n’a pas osé le contrarier, pour une fois ! »

Elles pouffèrent de rire toutes les deux, comme à quinze ans ! Mary ne regrettait pas d’être venue. C’était un jour magnifique, que de rencontres faites aujourd’hui. C’était ça la «magie de Noël», laisser son cœur s’ouvrir pour y voir s’engouffrer les émotions et les joies de la vie. Elle jeta un regard circulaire, elle était heureuse de voir tous ces visages souriants, ils lui avaient manqué plus qu’elle n’avait voulu le dire. Désormais, elle leur laisserait de nouveau une place dans sa vie.

«Et pour Laurent, demanda sa cousine avec un regard inquiet, tu vas tenir le coup ?»

«Parfaitement bien, la rassura Mary, le fait de le revoir ce soir m’a fait comprendre que j’aimais un souvenir imaginaire. L’eau qui passe sous les ponts emporte les branches mortes. Je me sens libre maintenant, et légère !»

Elle leva sa coupe et elles éclatèrent de rire ensemble, ce qui leur attira le regard réprobateur de sa belle-mère.

«Un peu moins de bruit, les filles !» dit-elle «Vous n’êtes plus à la maternelle. Avec le bruit que vous faites, j’ai à peine entendu la sonnette.»

Elle se dirigea vers la porte, l’ouvrit et s’exclama :

«Enfin, tu finis par arriver ! En retard, bien sûr. J’aurais dû m’en douter. Tu es bien comme ta mère !»

Elle ajouta à la cantonade : «Mon cousin Philippe est enfin arrivé, on va pouvoir passer à table !»

Mary s’approcha pour voir le nouvel arrivant, lorsqu’une voix s’éleva.

«Toujours aussi aimable, ma chère cousine ! Je te reconnais bien là. Si tu veux savoir, je me suis égaré dans toutes ces départementales, mais je te remercie de ton accueil chaleureux, et je suis heureux de te voir. Ma mère te transmet tous ses vœux de joyeux Noël.»

L’homme éclata de rire pour ponctuer ses paroles. Un rire tonitruant.

Cette voix… ce rire …

Mary tendit le cou pour l’apercevoir, le cœur battant.

Cette voix, ce rire… C’était lui : Philippe, l’homme qui l’avait aidée ce soir !

Il est très beau quand il rit, se dit-elle, et ces petites paillettes qui brillent dans ses yeux bruns… un vrai regard de fête !

Ma fille ! reprends-toi. Tu déraisonne !

 

Philippe entra dans la pièce, souriant, saluant du regard les convives. Il sembla surpris de revoir Mary, un instant, puis s’approcha d’elle avec un grand sourire et lui dit :

«Finalement, il semble que nous ayons eu raison de faire un effort pour sortir ce soir. C’est une soirée particulièrement prometteuse. C’est la soirée des surprises, on dirait.»

«En effet, répondit Mary. La soirée de toutes les surprises. Quand je vous disais que les soirs de Noël, les gens semblent différents et que la magie transforme les choses les plus banales en étincelles pour faire briller les yeux des enfants. Vous ne vouliez pas me croire …»

Il la regarda fixement et d’une voix douce, il répondit :

«Je n’ai rien dit, parce que je voulais que vous soyez convaincue que j’étais un homme pragmatique, pas un de ses rêveurs qui pensent que le soir de Noël, tout devient possible, pour qui veut croire aux étoiles. J’ai juste ajouté : Quelqu’un a dit que les rencontres importantes finissent toujours par se faire. Et quoi de mieux qu’un jour de Noël pour croire en la magie…»

«Et j’ai répondu : J’y crois, moi … » murmura Mary.

Il plongea son regard dans le sien, faisant briller les paillettes dorées de ses prunelles brunes et d’une voix à peine audible, répondit :

«Alors, nous serons deux à y croire…»

 

Fin

Une image…une histoire: Conte de Noël (3/4)

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« Ne vous a-t-on jamais appris à ne pas vous fier aux apparences, mon petit ?, Allons-y, nous allons rater Douce nuit, et c’est mon cantique préféré ! »

Mary n’osa pas la contrarier mais lui précisa qu’elle ne pourrait pas rester longtemps, étant attendue pour le réveillon. Camille se signa en entrant dans la nef et lui indiqua deux places devant un pilier, où elle s’installa sans attendre.

L’orgue invitait les fidèles à la méditation pendant que la chorale prenait place dans le chœur. Mary sentit l’émotion la gagner lorsque les premières notes de « Douce nuit » retentirent. Elle avait toujours aimé ce cantique que sa mère lui jouait en s’accompagnant au piano à chaque veillée de Noël. Elle revit son sourire et ses yeux clairs qui la couvaient. Lorsque la soliste entonna la première phrase, elle sentit l’émotion l’étreindre. Elle baissa la tête, une grosse larme coulant sur sa joue, et sentit la frêle main de Camille se poser sur son bras. Elle se pencha vers elle et lui murmura :

« Laissez couler l’émotion mon enfant, laissez partir les regrets. Le passé c’est bon pour les gens de mon âge. Au vôtre, il n’y a que l’avenir qui compte. »

Mary hocha la tête et tenta de ravaler ses larmes. Elle était trop émotive. Elle fixa le regard clair de Camille, la remercia d’une signe de tête et se redressa sur son siège.

Elle se laissa porter par les chants qui ravivaient en elle les souvenirs de ceux entendus dans son enfance et quand le chef de chœur entonna le « Minuit Chrétien », la même émotion l’étreignit. Il n’était que dix-neuf heures mais la magie de la nuit de Noël semblait scintiller dans tous les yeux. Le prêtre demanda aux fidèles de se lever et de prier pour la souffrance des peuples en guerre, Mary se leva et aida Camille dont les jambes ankylosées tremblaient un peu. Il demanda à chacun de prendre la main de ses deux voisins pour former une chaîne humaine symbolique. Mary sentit contre sa paume la petite main ferme de Camille à sa gauche et la grande main solide de l’homme à la stature de déménageur à sa droite. Les voix s’élevèrent vers les voûtes, dans une prière lancinante dont elle ne connaissait pas les phrases, mais elle se sentit portée par cette assemblée humaine, vers ce qu’elle avait de meilleur, et qu’elle avait soigneusement enfoui au plus profond de son âme.

La veillée de Noël avait pris fin, Camille reprit sa place pour attendre le début de la messe de minuit. Mary, qui était attendue chez son père et sa belle-mère, pour le réveillon, prit congé de Camille. Celle-ci la regarda d’un air ironique et lui dit en guise de salut :

« Ma petite, ne trouvez-vous pas que ça fait du bien de se laisser remuer ainsi de temps en temps ? Touiller bien au fond de ses souvenirs et laisser remonter les émotions, comme des grosses bulles qui éclatent à la surface de l’âme. C’est mieux que bien des séances de psychanalyse à la mode ! »

« Vous avez raison, Camille, répondit Mary. On se sent plus légère après… »

« C’est aussi ce que j’aime dans Noël, répliqua la vieille dame, que chacun fasse revivre les émotions de son enfance, et retrouve l’espoir qu’il avait à cet âge-là. C’est sûrement une partie de ce que les gens nomment la «magie de Noël».

« Je crois, comme vous, que cette magie est bien cachée dans le cœur des hommes. » répondit Mary

« Seuls ceux qui cherchent, trouveront, ma petite. C’est bien connu. Mais dépêchez-vous de rentrer, vous allez être en retard à votre soirée. Je vais finir la nuit ici, et si vous revenez de temps en temps dans le quartier, nos pas se croiseront peut-être de nouveau. Ce qui me ferait diablement plaisir ! ajoute-t-elle malicieusement, en regardant vers les voûtes comme si à l’évocation du prince des ténèbres, les vitraux allaient s’effondrer sur elles. Partez vite avant que je finisse par vous raconter toute ma vie. Et ouvrez bien les yeux, cette nuit tout peut arriver… »

Elle ponctua sa dernière phrase par un clin d’œil, et Mary faillit éclater de rire. Elle l’embrassa et lui assura qu’elle reviendrait la voir. La vieille dame hocha la tête et lui fit un signe de la main pour lui indiquer la sortie. Mary se dépêcha de sortir alors que les premières notes de la messe solennelle de Noël retentissaient.

***

Dehors de légers flocons tourbillonnaient dans l’air glacé de la nuit. La température avait beaucoup baissé pendant qu’elle était à l’intérieur. Elle descendit les marches de l’église en courant sans remarquer la couche de givre qui avait recouvert les dalles.

Elle n’eut même pas le temps de regretter sa précipitation, mais quand elle se retrouva assise en bas des marches, il lui fallut quelques secondes pour comprendre ce qui venait de se passer. Un inconnu était penché au-dessus d’elle, lui conseillant de ne pas bouger. Il l’aida à se relever. Une fois debout, elle fit quelques pas hésitants, soulagée de ne pas avoir de fracture. Un coup de poignard lui traversa le crâne, la faisant se plier en deux, ce qui inquiéta l’homme.

«Votre tête a heurté le sol assez violemment il me semble. Comment vous sentez-vous ? »

«Parfaitement bien, répondit Mary, je n’ai rien, ne vous inquiétez pas pour moi. J’ai l’habitude de me débrouiller. Je vous remercie de votre aide. Je vais y aller… »

«Il me semble pourtant… » Commença l’homme

Mary leva la main en guise de remerciements mais, au moment où elle se retournait pour remonter le boulevard, elle fut prise d’un grand vertige, et n’eut que le temps de s’accrocher à un réverbère pour garder son équilibre. Elle se sentit tomber de nouveau et ferma les yeux pour calmer la sensation de tangage qui l’envahissait. L’homme se précipita vers elle, très inquiet pour la soutenir de nouveau. Mary tenta de se redresser, ne voulant pas accepter l’aide d’un inconnu. Il lui fallut plusieurs minutes pour y parvenir et calmer sa sensation de marée montante qui vibrait à l’intérieur de son crâne. Elle s’entendit murmurer d’une voix lointaine :

«Oh non, pas ce soir, elle va encore penser que je l’ai fait exprès ! »

«De qui parlez-vous, demanda l’homme, voulez-vous que je vous raccompagne chez vous ? »

«Non, je ne veux pas vous déranger, enfin ! Je dois me rendre chez mon père et ma belle-mère ce soir pour le réveillon, c’est à une vingtaine de kilomètres seulement. Voilà plus de cinq ans que j’ai évité leur soirée de Noël, et ce soir, je ne peux pas me dérober une fois de plus. Elle ne me le pardonnerait pas ! »

Elle considéra le visage de l’homme, qui semblait sincèrement préoccupé de ce qui lui arrivait. Décidément, c’était une soirée très particulière, les gens étaient différents ce soir, plus humains, moins pressés. C’était sans doute cela aussi la « magie de Noël » de Camille. A l’évocation du sourire de la vieille dame, Mary sourit.

L’homme la dévisagea puis lui sourit en retour en disant :

«Je préfère vous voir sourire, que vous tenir la tête en grimaçant. Vous comptez y aller en voiture ? Cela ne me semble pas très prudent de conduire après un tel choc sur la tête. »

«Je n’ai plus mal du tout, s’empressa de préciser Mary. Ma voiture est garée un peu plus loin. Je roulerai doucement. Et puis, je suis infirmière, alors je sais bien ce que je fais… »

L’homme éclata de rire :

«Depuis quand le fait d’être infirmière, vous rendrait-il invulnérable ? Ma petite dame, je crois que votre coup sur la tête est plus grave qu’il n’y paraît. »

Son rire était tonitruant. Mary sourit aussi, tant son rire était communicatif.

Il est très beau quand il rit, se dit-elle, et ces petites paillettes qui brillent dans ses yeux bruns… un vrai regard de fête ! J’aime bien ce genre de regard… Mais tu t’égares, ma fille ; ça doit être ce coup sur la tête, finalement !

Elle se reprit en dit :

« Vous avez raison, je déraisonne. J’accepte que vous m’accompagniez jusqu’à ma voiture, si cela ne vous dérange pas trop. Si je marche droit, j’aurais le droit de conduire ? »

« D’accord, répondit l’homme. Marché conclu. On m’attend aussi, à une soirée de réveillon, chez une lointaine cousine que je n’ai pas vue depuis dix ans, et comme pour vous, c’est un peu une corvée, alors si je suis en retard, ça n’est pas grave. Avançons, je vous accompagne. »

Mary se sentit soulagée de rester en sa compagnie quelques minutes de plus, il la rassurait même si c’était la première fois qu’elle le voyait. En chemin, il se présenta. Il se prénommait Philippe, et elle découvrit en quelques minutes qu’ils avaient de nombreux goûts communs.

Arriver à sa voiture la contraria beaucoup, et ils se séparèrent un peu gauchement, ne trouvant aucun prétexte pour prolonger cette rencontre, et échapper à leurs obligations réciproques. Quand il s’éloigna sur le trottoir qui commençait à blanchir, il lui lança :

« Soyez prudente sur la route. Ce soir, ça n’a pas l’air d’être votre jour de chance ! »

Elle sourit en lui répondant :

«Qui sait ? La magie de Noël me protégera, je crois qu’elle a mis de côté quelques surprises pour moi, votre rencontre en a été une ! »

«Quelqu’un a dit que les rencontres importantes finissent toujours par se faire. Et quoi de mieux qu’un jour de Noël pour croire en la magie..» lui cria-t-il en s’éloignant sous la valse des flocons.

Mary regarda sa silhouette disparaître dans la brume, se sentant brutalement nostalgique, et se dit :.

« J’y crois, moi … »

 

–> A suivre <–

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Une Image…une histoire: Lettres (3/3)

Photo d'un auteur inconnu

 

 

Les semaines passèrent et Léa oublia cette histoire de boîte aux lettres, prise par les formalités de son installation. Elle s’adaptait à sa nouvelle vie sans trop de difficultés mais la solitude commençait à lui peser, même si elle s’était inscrite à des cycles de conférences, avait pris un abonnement au théâtre local, à la bibliothèque et à la salle de sport à la mode. Il était évident qu’elle tentait de construire un barrage à l’ennui, bien qu’elle eût toujours aimé apprendre et bouger, elle sentait bien que ce qu’elle préférait c’était partager ses découvertes et ses plaisirs avec quelqu’un de proche, et maintenant qu’elle avait choisi de vivre seule, les échanges étaient devenus rares.

Elle avait beau avoir rempli ses journées d’activités diverses, les soirées étaient souvent longues et mornes. Un soir, assise devant son écran de télévision où défilaient des images sans intérêt, elle laissa son esprit s’évader. Elle aimait bien cela, se sentir légère comme un papillon et imaginer qu’elle s’envolait par-dessus les toits de son quartier. Elle ferma les yeux et se vit flotter d’un immeuble à l’autre, suivant mentalement le dédale des rues. Elle aimait bien cette ville finalement, aux allures anciennes et à la tranquillité désuète.

Elle pensa aux gens qu’elle avait rencontrés depuis son arrivée, ce qui la renvoya à cette histoire de Boîte aux lettres.

Après tout, se dit-elle, pourquoi ne pas essayer ?

Elle ne sut jamais si c’était par défi, par curiosité ou par ennui qu’elle se lança dans cette histoire. Ce soir-là, elle ne se doutait pas que ce qui en résulterait, modifierait à jamais sa vision simpliste de la vie.

Elle réfléchissait à toutes les erreurs qu’elles avait faites dans sa vie, aux relations désastreuses qu’elle avait partagées, et à ce qu’elle aurait dû faire pour s’améliorer. Elle décida de s’inventer une nouvelle vie avec un nouvel amour, et d’échanger avec lui une correspondance fictive, via cette boîte aux lettres mystérieuse. Elle savait bien qu’elle n’aurait jamais de réponse puisque son correspondant n’existait pas, mais cela l’aiderait à réfléchir, et elle se réjouissait à l’avance de ce défi.

Ce qui était un jeu devint vite une nécessité. Chaque soir, elle écrivait une partie de ses missives, en forme de journal. Elle avait baptisé son correspondant Tom, puisque la boîte était anglophone, et lui racontait ses joies, ses attentes et ses déceptions. Elle se faisait douce ou coquine, en fonction de son humeur ou de ses envies, et se disait qu’elle n’avait jamais écrit autant de phrases pour ces précédents petits amis, aussi réels fussent-ils. Tom lui devint peu à peu indispensable. Chaque matin, elle glissait sa lettre dans la boîte bleue, comme on jette une bouteille à la mer.

Au bout de quelques semaines de ce manège, elle réalisa qu’elle s’enfermait progressivement dans un monde onirique. Cette histoire ne la mènerait nulle part. Aussi elle décida d’y mettre fin, et écrivit une lettre de rupture, aussi douce qu’elle put le faire, et par jeu ou par remord, elle donna rendez-vous à Tom au « Café des amis », le samedi suivant, pour « ne pas que l’on se quitte comme ça.. ».

Elle postait sa dernière lettre avec l’impression qu’elle tournait cette page avec regrets, quand elle vit Max s’approcher d’elle. Il l’aborda avec un sourire:

« Je vous ai vu poster du courrier dans cette boîte désaffectée tous les jours depuis presque un mois. Vous savez que personne ne lira ces lettres ? demanda-t-il.

« Bien sûr, dit-elle, on m’a raconté plusieurs choses sur cette boîte, mais l’essentiel est que personne ne sait pourquoi elle est là, ni à quoi elle peut servir. Alors, je m’en sers comme exutoire, et cela m’a fait du bien. mais rassurez-vous je postais aujourd’hui la dernière. »

« Je comprends, répondit Max. Enfin, il paraît que pour certaines personnes, cette boîte a eu des effets inattendus … enfin ce que j’en dis ! » ajouta-t-il en s’éloignant.

Léa le regarda en souriant, décidément les superstitions avaient la vie dure en province !

Le samedi suivant, elle se réveilla avec une sorte d’impatience, sans savoir vraiment pourquoi. Puis elle se souvint de la conclusion de sa lettre, ce qui l’amusa d’elle-même. Elle était restée une vraie midinette. Voilà qu’elle songeait à ce rendez-vous qu’elle avait inventé comme s’il allait avoir lieu. Elle n’en revenait pas d’être toujours aussi bête à son âge. Elle ne ferait jamais aucun progrès. Il fallait qu’elle fasse le deuil de cette histoire pour aller plus loin, et pas plus tard qu’aujourd’hui. Elle allait se rendre à ce rendez-vous, pour bien comprendre la différence entre réalité et rêve.

Elle entra dans le bar des amis, dix minutes avant l’heure de son rendez-vous imaginaire, et s’installa à la même table que la dernière fois qu’elle y était venue. Aussitôt, Justine, la jeune serveuse s’approcha d’elle, ravie de la revoir, pour prendre sa commande. Elles échangèrent quelques mots amicaux, Justine lui glissa à voix basse qu’elle avait des « tas de choses » à lui raconter si elle avait un peu de temps plus tard .. Léa sourit, mais n’osa lui répondre qu’elle aurait voulu avoir aussi beaucoup de choses à lui raconter.

Elle laissa infuser son thé, en faisant la moue. Il faudrait qu’elle se secoue, songea-t-elle. Se laisser ainsi envahir par la nostalgie de ce qui aurait pu exister si elle avait laissé un peu de magie entrer dans sa vie au lieu de ce matérialisme quotidien,  était vain. Il fallait qu’elle se contente de ce qu’elle avait et qu’elle regarde vers l’avenir. Elle finirait de boire son thé, et quand elle sortirait de ce bar, elle tournerait la page sur ses regrets. Le bar se remplissait peu à peu. C’était l’heure de l’apéritif, et toutes les tables étaient occupées. Le joyeux brouhaha qui en résultait montait peu à peu.

Elle remarqua à peine la porte qui s’ouvrait. De nombreuses têtes se tournèrent, dévisageant l’étranger qui était entré, et Léa suivit leurs regards. L’homme sans âge, avança dans la pièce, cherchant du regard une table libre. Il n’y en avait aucune. Il allait renoncer et sortir, lorsqu’il avisa la place libre en face de Léa. Ils échangèrent un regard, alors il s’approcha et demanda:

« Bonjour, accepteriez-vous que je m’installe à votre table, il n’y a plus aucune place libre ? »

Léa détailla son allure un instant, prête à lui dire qu’elle avait fini et qu’elle lui laissait sa table, mais sans savoir pourquoi, elle se ravisa et répondit :

« Avec plaisir, veuillez vous assoir, je m’appelle Léa. Enchantée de vous connaître. »

Elle rougit soudain de son audace, et se recula sur sa chaise en baissant les yeux.

L’homme lui tendit la main, et avec un grand sourire, il répondit:

« Merci beaucoup ! Je suis enchanté aussi, merci de votre accueil. Je m’appelle Tom … »

 

Une image… une histoire: Lettres (2/3)

boite lettres

 

La jeune femme s’arrêta au coin de la rue pour reprendre son souffle, arrangea sa coiffure, puis se dirigea vers le café de la place voisine baptisé le « Bar des amis » .

Léa hésita à la suivre, elle n’était jamais entrée seule dans un bar auparavant, puis se décida. L’atmosphère était conviviale, les gens s’interpelaient, riaient, jouaient aux cartes, ou refaisaient le monde accoudés au comptoir. Léa se dit que ce bar portait bien son nom ! Elle balaya la salle des yeux, sans voir la jeune femme. Elle semblait avoir disparu. Elle avisa une table libre près de la fenêtre et s’y installa. La patronne derrière le bar cria en direction de l’arrière-salle:  » Justine, pressons, tu fais attendre les clients ! »

Léa observait les clients du bar. Les conversations allaient bon train, se nourrissant des évènements récents, teintées d’un humour grinçant. Elle se sentit à l’aise dans cet endroit rempli d’inconnus et en oublia presque la raison de sa présence. Elle essayait de suivre la partie de belote qui se déroulait à la table voisine, et la conversation des joueurs qui était digne des films de Pagnol, quand une jeune serveuse arriva de l’arrière-salle. Elle ajustait son tablier noir et regardait sa patronne d’un air coupable. Celle-ci prit un air sévère, et lui désigna de la tête, les tables en attente, dont la sienne. La jeune Justine prit un plateau, et s’empressa d’aller débarrasser les tables désertées par les clients précédents, puis s’approcha de la table de Léa pour prendre sa commande.

Léa reconnut la jeune femme qui avait jeté rageusement une lettre dans la Boîte postale bleue. Elle n’osa pas l’interroger d’emblée et passa sa commande, puis observa ses allées et venues. Lorsque la jeune serveuse lui apporta son chocolat chaud, Léa se décida à lui poser la question qui lui brûlait les lèvres.

 » Je vous ai remarquée, lorsque vous avez posté votre lettre tout à l’heure, et je me demandais pourquoi vous sembliez tellement bouleversée. »

La jeune femme la fixa, d’un air incrédule, sans rien répondre. Léa se ravisa, soudain gênée de son audace.

« Pardonnez-moi, je ne voulais pas être indiscrète..  »

« Non, ne vous excusez pas, répondit Justine. Votre phrase m’a surprise, c’est tout. Je … Je préfère ne pas parler de cette boîte aux lettres. Il y a des oreilles indiscrètes ici, ajouta-t-elle, en tournant la tête vers les joueurs de carte.  Si cela vous intéresse, je finis mon service dans une heure, et je vous expliquerai. »

Léa la remercia, et paya sa consommation, puis elle prit son temps pour déguster son chocolat. Les tables se vidaient peu à peu, et lorsque l’heure fut écoulée, elle se leva et sortit pour attendre Justine à l’extérieur du bar.

Quelques minutes plus tard, la jeune Justine sortit du café. Elle avait retrouvé ses habits « civils » et se dirigea vers Léa sans hésiter, ce qui l’étonna beaucoup. Elle entama la conversation comme si elles se connaissaient depuis longtemps, alors qu’elles étaient de parfaites inconnues.

« Je suis contente de pouvoir parler de cette histoire, commença la jeune femme. C’est une histoire de fous, et j’aimerais que vous me disiez ce que vous en pensez. Mais ne restons pas là, ma patronne nous observe derrière les carreaux. »

Léa jeta un coup d’œil rapide vers le bar, et remarqua que la patronne les observait du coin de l’œil en rangeant ses tables. Les deux jeunes femmes s’éloignèrent rapidement, et prirent la rue de la fameuse boîte aux lettres d’amour. Justine s’arrêta devant elle, et se retournant vers Léa, s’écria:

« Vous voyez, cette boîte est un attrape-nigaud ! »

Elle pointait un doigt accusateur vers l’inscription en anglais qui barrait la porte bleue.

« Pourquoi, dites-vous cela ? » interrogea Léa.

« Parce que c’est vrai ! s’indigna Justine. Une de mes clientes fidèles qui est très âgée, vient souvent au bar pour prendre son café du matin. Elle habite cette rue depuis son enfance, et comme cette boîte aux lettres m’intriguait, je lui ai demandé si elle savait depuis quand elle était là. Elle me répondit qu’elle avait toujours vu cette boîte sur le mur, sans en connaître la provenance, mais que la rumeur disait que les véritables lettres d’Amour déposées ici, trouveraient toujours leur destinataire, et que l’Amour s’il était véritable en serait récompensé. »

Léa ne put s’empêcher de sourire en entendant le récit de la jeune femme, ce qui contraria Justine;

« Oui, encore une qui se moque de moi ! » dit-elle dépitée.

« Mais non, s’empressa je répondre Léa, je ne me moque pas de vous, mais cette histoire me fait sourire ! Avouez qu’elle est difficile à croire ! »

« Oui, je le reconnais, répondit Justine. Ce genre d’histoire à dormir debout, m’a toujours fascinée, et je voulais tellement y croire, que j’ai essayé … »

« Essayé.. de poster une lettre d’Amour dans la boîte ? « demanda Léa. « Celle que je vous ai vu y déposer tout à l’heure ? »

« Non, pas celle-ci répondit Justine. J’avais mis une lettre pour mon petit ami, dans la boîte, voici un mois, où je décrivais toute la belle vie qu’on aurait ensemble. Et puis, hier il m’a plaqué. Alors tout à l’heure, j’y ai jeté une autre lettre .. une lettre d’injures celle-ci ! Bien fait, pour celui qui la lira, et qui n’est pas capable d’exaucer les amoureuses malheureuses en mon genre ! »

Elle était rouge de colère et tapait du pied, comme une enfant dépitée d’avoir perdu son plus beau jouet. Léa la regardait avec l’envie soudaine de la consoler et d’en savoir un peu plus sur cette histoire. Elle lui proposa de venir prendre un thé chez elle, pour qu’elle se remette de ses émotions et qu’elles en discutent un peu plus. La jeune femme hésita un peu, puis se décida à la suivre. Quelques minutes plus tard, elles étaient installées dans son salon devant un thé fumant.

Justine, se détendit et lui déballa toute l’histoire. Léa avait l’impression de parler à la petite sœur qu’elle n’avait jamais eue. Elle lui raconta sa relation dans les détails, et plus la soirée avançait, plus Léa était atterrée pour elle. Peu à peu , Justine en décrivant l’attitude de ce fameux petit-ami, comprit d’elle-même à quel point son égoïsme forcené l’aurait menée rapidement à une vie d’enfer . Elle conclut piteusement:

« J’ai l’impression que je l’ai échappée belle, ne croyez-vous pas ? » demanda-t-elle à Léa.

« Oui , en effet, vous serez plus heureuse sans ce minable dans votre vie » répondit Léa. « Je crois que cette boîte est plus intuitive que vous le pensiez, elle semble détecter les amours véritables, et trier le bon grain de l’ivraie, si vous voyez ce que je veux dire .. »

La jeune Justine acquiesça et éclata de rire en disant:  » Oui , je crois que finalement, cette boîte est vraiment magique, comme le disais ma vieille cliente. Il faudra que je lui en parle ! »

Sur ces belles paroles, elle prit congé de Léa, et en la raccompagnant, celle-ci se prit à rêver de tester elle-même le pouvoir magique de la boîte bleue.

Enfin, elle n’avait jamais cru à ce genre de fadaises. Elle verrait bien …

 

A suivre …