Les Filles de la Lune ( Partie 19)

EMMADIMA

Les mois puis les années passèrent. Luna et Pierre poursuivaient leurs taches, élever leurs enfants, faire prospérer leur terres, aider les villageois qui avaient besoin des remèdes de la déesse, prendre une part active à la vie du village. Un petit Louis était arrivé dans la famille, puis un petit frère prénommé Paul.

La vie quotidienne était parfois dure, et éprouvante. Lorsque la mère de Luna rendit son dernier souffle dans les bras de sa fille, elle se sentit brusquement découragée, sa mère étant la seule personne qui partageait ses secrets et l’aidait dans la préparation de ses médecines. Elle savait qu’elle n’aurait pas pu la sauver, et autant elle aidait souvent ses voisins à admettre la mort de leur proche, autant elle eut beaucoup de mal à accepter celle de sa propre mère. Rien n’aurait pu la tenir en vie, son corps était usé et malade, et sa disparition fut une délivrance pour elle. Mais Luna lutta contre son envie de demander son aide à la déesse pour repousser l’échéance. Elle aurait voulu qu’elle reste encore un peu près d’elle, qu’elle ne l’abandonne pas encore. Elle savait que ceci n’était que de l’égoïsme, mais ne pouvait s’empêcher de le désirer. Elle avait encore besoin de sa mère. La déesse aurait pu …

Il fallut trois jours à Luna pour sortir de la torpeur où elle était plongée depuis l’enterrement de sa mère. Elle en avait besoin pour pouvoir aller plus loin. Elle posa la statuette devant elle, sur la grande table de bois, où elles préparaient les plantes, ensemble. Elle revoyait sa mère triant les essences, et les nouant afin de les faire sécher. Dans son esprit, elle laissait défiler les images des jours anciens, quand son père était encore présent, quand la mère lui avait appris la différence entre les plantes du diable et celles de la lune, quand elle avait fabriqué son premier onguent seule, quand elle était rentrée de la forêt le jour de ses vingt ans et avait posé la statuette sur la table comme aujourd’hui, et que son cœur de rubis avait pulsé devant leurs yeux émerveillés, tel un joyau battant pour elles seules.

Pierre et les enfants respectaient son chagrin, et attendirent patiemment qu’elle aille mieux. Lisa, leur fille ainée, prit le relai de sa mère pour les tâches quotidiennes, et les deux plus jeunes lui cachèrent leurs larmes pour ne pas augmenter son chagrin.

Le troisième jour, était celui de la pleine lune. Luna attendit le coucher du soleil et se leva brusquement, demandant à Lisa de l’accompagner. Elle rassura d’un regard Pierre, qui la regardait en fronçant les sourcils, caressa la tête des deux plus jeunes, prit la main de Lisa, et sortit de la maison, en accrochant la statuette de la déesse de nouveau contre son cœur.

–         Où allons-nous, maman, demanda Lisa un peu inquiète.

–         Je vais te présenter à une amie, répondit Luna. Il est temps que tu fasses sa connaissance, même si elle te connaît déjà.

–         Qui est-ce ? insista Lisa.

–         C’est mon guide, dit sa mère. Quand, j’ai des doutes ou des interrogations, je vais la voir, et elle m’aide à poursuivre mon chemin.

Les deux femmes s’engagèrent sur la route qui sortait du village. Luna tenta de rassurer sa fille.

–         Ne t’inquiète pas, ma fille. Rien de fâcheux ne nous arrivera. Fais-moi confiance !

–         Je n’ai pas peur, puisque je suis avec toi, répondit la fillette.

Luna lui sourit, la prit par les épaules, et en la regardant au fond des yeux, ajouta :

–         Tu es la chair de ma chair. Tu es ma lignée lunaire. Je suis la fille de la déesse et toi, ma fille, tu poursuivras notre chemin. Le temps est venu que je te transmette notre savoir. Tu apprendras peu à peu, et les gouttes de sang de la Lune, notre mère coulant dans tes veines, te donneront la force nécessaire à poursuivre, puis à transmettre sa sagesse. Les choses ne te seront pas difficiles, tu les connais déjà, il faut simplement que tu les redécouvre. Elles dorment au fond de ton âme et je t’aiderai à les réveiller.

Lisa baissait la tête, n’ayant pas confiance en elle-même. Elle dit :

–         Je ne serai jamais aussi sage que toi. Je ne saurai jamais…

–         Tu l’es déjà, il suffit de laisser ton esprit s’ouvrir à la magie. J’ai confiance en toi, et je t’apprendrai, lui dit Luna en la serrant dans ses bras.

L’enfant avait les larmes aux yeux. Luna lui sourit et peu à peu le regard de Lisa s’éclaira.

La lune se levait, et lorsqu’elle éclaira l’orée de la forêt, Luna dit à sa fille :

–         Viens, mon petit amour, je vais te présenter à notre Déesse-Mère.

Elle l’entraîna par la main, sur le chemin, en direction du bois. L’enfant n’avait plus peur. Luna sentit que sa main ne tremblait plus. Elle accéléra l’allure jusqu’aux rochers qui bordaient les premiers bouquets d’arbres. Un peu essoufflée, elle s’arrêta et attendit. L’enfant se tut, sentant que l’instant était solennel.

On entendit un frôlement dans les fourrés, puis une bête gigantesque apparut entre les arbres, dont on ne vit d’abord que le regard flamboyant.

–         Bonjour, ma Mère, dit Luna en ne lâchant pas la main de Lisa. Je suis venue te présenter ma fille, Lisa.

Les deux femmes s’arrêtèrent devant le plus grand chêne. Lisa osait à peine respirer, lorsqu’elle vit une louve gigantesque, sortir de la forêt, majestueuse. Elle avança jusqu’à elles, et s’arrêta à quelques mètres, s’assit sur son derrière, et tout en ne les quittant pas des yeux, hurla à la Lune montante.

A ce signal, Luna et Lisa s’assirent en face d’elle, et Luna posa la statuette devant elle. Celle-ci s’illumina de rouge, et scintilla, éclairant leurs trois sourires. Le secret de ce qui se passa alors entre elles, marqua à jamais l’esprit de Lisa. Par la suite, il serait gardé successivement par toutes les femmes de sa lignée, comme un trésor.

 

LOUVE

Les Filles de la Lune (Partie 18)

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Durant les premiers mois de la vie de sa fille, Luna se consacra entièrement à elle. C’était une magnifique enfant, et l’harmonie entre elles était évidente. Pierre se sentait un peu à l’écart de ce groupe de femmes. Les hommes se tenant loin de l’univers maternel et féminin en général, il ne s’approchait pas du bébé, mais il admirait de loin l’image de sa femme et de sa fille, rivées l’une à l’autre, lorsqu’il rentrait des champs.

Tristan et Bertrand restèrent encore quelques semaines au village, puis aux premiers jours du printemps, le village vit arriver un petit groupe d’hommes qui venaient de la ville, à la recherche des deux compagnons. Leurs habits témoignaient de leur riche condition, et les villageois furent impressionnés par leur belle allure, alors qu’ils avaient fini par considérer que les deux hommes étaient leurs égaux. Pierre réalisa qu’il ne savait pas grand-chose de ses hôtes avant ce jour. Le groupe d’arrivants fut hébergé quelques jours, et tous devaient repartir pour la ville rapidement, avant la saison chaude.

Le dernier soir, Tristan s’approcha de Pierre qui prenait le frais devant sa maison. Il le remercia de son hospitalité, très ému de devoir le quitter ainsi.

Pierre aussi regretterait Tristan, qu’il considérait un peu comme le frère qu’il n’avait jamais eu, après ces quelques mois passés en sa compagnie. Tristan promit qu’il reviendrait pour les visiter de nouveau mais chacun d’eux savait que c’était peu probable. Tristan expliqua pour la première fois depuis son arrivée qu’il était le fils du Prévôt des marchands de Lyon, et que les hommes au service de son père parcouraient souvent toute la région. Il souhaitait les accompagner lorsqu’ils feraient leur tournée dans la province et espérait pouvoir revoir Pierre et Luna.

Lorsque la nuit tomba, Luna sortit de la maison et rejoignit les deux hommes sous le porche. Restant en retrait pour ne pas les interrompre, elle les observait, sentant que son époux était peiné par le départ de son ami. Le silence retomba, chacun restant sur ses sentiments de tristesse, sans vouloir montrer sa faiblesse en en parlant.

La lune sortit des nuages, éclairant le visage de Luna, et les deux hommes sursautèrent en l’apercevant. Elle les regarda et dit :

–         Il ne faut pas être tristes, les rencontres ne se font jamais au hasard, et les amitiés ne s’effacent pas aussi longtemps que les cœurs en gardent le souvenir. Nous ne vous oublierons pas Tristan, et vous ne nous oublierez pas. Et qui sait, la vie nous réunira peut-être encore.

–         Je ne sais pas, répondit Tristan, mais ce que je sais, c’est que mon esprit ne pourra chasser de sa mémoire, les jours passés ici, et toutes les minutes intenses qu’il y a vécues. Ce soir, je vous dis Adieu, et merci à jamais, pour ma vie retrouvée, et pour tout ce que vous m’avez appris, durant ces mois. Que la vie vous soit propice, mes amis.

–         Nous vous regretterons, répondit Pierre. Mais je crois, qu’en retrouvant votre ville, vous penserez bientôt que votre vie, chez nous, était bien difficile, et vos souvenirs de ces jours rudes s’effaceront bien vite.

–         Je ne crois pas, répliqua Tristan d’une voix émue, en regardant le visage blême de Luna, je ne pourrais pas oublier ce lieu extraordinaire et cette femme extraordinaire qui est la vôtre.

Luna baissa les yeux et ajouta :

–         J’aimerais que ce qui s’est passé ici vous soit un bon souvenir, et que ce que vous avez pu voir, ne sorte pas de votre esprit. Il en va de notre tranquillité.

L’enfant se mit à pleurer dans la maison, comme si elle avait entendu les derniers mots de sa mère, et s’en inquiétait. Luna salua Tristan d’un sourire et le laissa prendre congé de son époux, en se retirant dans la maison.

Lorsqu’il rejoignit Luna, après le départ de Tristan, Pierre tenta de la rassurer :

–         Il m’a promis de garder le secret à propos de ce qu’il avait vu chez nous. Soit tranquille, il ne voudrait pas nuire à notre famille, et je crois en son amitié. Et puis, la ville est si loin, que personne ne connait notre existence.

Luna hocha la tête sans répondre. Instinctivement, elle porta la main à la statuette qui ballotait sur sa poitrine, et se sentit rassurée par la chaude pulsion qu’elle sentit. Les pensées qui se bousculaient dans sa tête se firent plus douces. Il ne fallait pas anticiper. Chaque chose en son temps. Chaque jour, après l’autre, elle accomplirait sa tâche. Et la déesse veillerait sur elle et ceux qu’elle aimait.

Le lendemain matin, à l’aube, l’équipage des hommes de la ville se mit en route. Tristan, en passant devant la maison de ses amis, chercha à les apercevoir, en vain. En sortant du village, il prit le chemin qui longeait la forêt. Arrivé en haut de la colline, il arrêta sa monture, et se retourna vers le village. A l’orée du bois, une louve blanche qui lui parut gigantesque était assise, observant les cavaliers. Elle le fixait de ses yeux jaunes et ne bougea pas jusqu’à ce qu’il se décide à partir. Il la surveilla du coin de l’œil jusqu’à ce que le village et la forêt disparaissent de sa vision.

Décidément, il n’oublierait pas ce village et ces mystères.

A suivre …

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Les Filles de la Lune (Partie 17)

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Trois semaines s’écoulèrent où la vie suivit son cours, sans nouvel incident.

Pierre ne s’éloignait pas de la maison, et surveillait l’état de Luna, sans en avoir l’air. Celle-ci semblait être devenue plus raisonnable, se ménageant des temps de repos, où elle s’allongeait, le chien à ses pieds surveillant ses moindres mouvements. La lune avait entamé son nouveau cycle, et dans quelques jours elle serait pleine. Luna comptait les jours, un peu inquiète, mais n’en laissait rien paraître, pour ménager Pierre.

La mère de Luna passait une grande partie de ses journées avec sa fille, l’aidant pour ses tâches quotidiennes et surveillant la préparation des décoctions.

La réserve de bois était presque vide, aussi Pierre demanda à Tristan et Bertrand de l’accompagner dans la forêt pour faire une coupe, plus rapidement, et ne pas laisser son épouse trop longtemps. Tristan était heureux de pouvoir se rendre utile, pour la première fois depuis son accident. Les trois hommes travaillèrent vite, et avaient rempli leur charriot de bûches en quelques heures. Ils reprenaient le chemin du village en longeant l’orée du bois, lorsqu’un hurlement déchira l’air. Le cheval se cabra, déséquilibrant la cargaison, et Pierre le maitrisa difficilement.

Les trois hommes tournèrent la tête vers la forêt, et restèrent pétrifiés. Pierre étendit la main devant lui, en signe d’apaisement pour signifier à ses deux compagnons de ne pas bouger. Une louve blanche se tenait assise au pied d’un grand chêne, les fixant de son regard flamboyant. A ses côtés, un louveteau était immobile, dans la même position que sa mère. Les trois hommes n’osaient plus parler, Pierre serra le licol de son cheval pour qu’il se calme. Un silence pesant enveloppait la scène.

 

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La louve se détourna des trois hommes et fixa le chemin du village, où Luna venait d’apparaître. Pierre retint un cri, observant son épouse, sans oser intervenir. Elle prit le chemin de la forêt, montant péniblement la côte en direction de la louve blanche. L’animal, comme s’il comprenait sa fatigue, se leva et courut à sa rencontre, suivit de son louveteau. Pierre voulut s’élancer vers eux, mais ses deux compagnons le retinrent par la manche.

–         Non, dit Tristan, ne bougez-pas !

–         Elle est en danger, répondit Pierre. Lâchez-moi !

–         Je ne crois pas, dit Bertrand, regardez les, on dirait qu’elles se parlent.

Pierre s’immobilisa, regardant Luna, qui s’était arrêtée à quelques mètres de la Louve. Elles s’observaient sans bouger, enfin l’animal franchit l’espace qui les séparait à petits pas, puis s’allongea devant Luna en signe de respect. Le jeune louveteau s’approcha à son tour et imita sa mère. Luna s’agenouilla devant eux, et posa une main sur chacune de leur tête. La scène semblait figée, et le silence était retombé sur la plaine. Les hommes attendaient, respirant à peine, figés devant cette image extraordinaire.

Enfin la louve se redressa sur ses pattes dominant brusquement Luna, imité par son petit. Puis les deux animaux posèrent leurs museaux sur le ventre de la femme, durant quelques secondes qui parurent interminables à Pierre.

Luna prononça quelques mots dans une langue que Pierre ne connaissait pas, comme une mélopée venue du fond des âges, comme une chanson sortie de ses entrailles. La louve écoutait les mots couler dans le soir, les yeux fermés. Quand Luna se tut, la Louve renversa la tête en arrière, museau pointé vers le ciel et l’on entendit un long hurlement s’élever vers le ciel, déchirant le silence.

Luna se releva péniblement, se tenant le ventre, et Pierre la vit grimacer en se retenant de courir vers elle pour l’aider. Ses deux compagnons hésitaient aussi.

Mais il ne fallut que quelques secondes pour qu’elle retrouve son équilibre et qu’elle se redresse fièrement, les mains ouvertes en direction de la forêt. C’est le signal qu’attendaient les animaux, qui s’élancèrent vers l’orée du bois. Arrivés près des premiers arbres, la Louve blanche s’arrêta, se retourna vers Luna, la fixant de ses yeux de feu, et hurlant de nouveau, s’engouffra dans les fourrés. Le louveteau sembla hésiter, et imitant sa mère, poussa un vagissement comique puis la suivit en trottinant.

Luna sourit tendrement à cette dernière image, puis repris le chemin du village, aussi vite que lui permettait son fardeau.

Pierre courut vers elle, à la fois soulagé du départ des loups, et inquiet de ce que devaient penser ses deux compagnons.

–         Luna, cria-t-il en arrivant vers elle. Attends-moi !

–         Pierre, répondit-elle dans un sourire. Je ne pourrais pas t’échapper ce soir, de toute manière. Qu’y a-t-il ? Tu sembles nerveux !

–         Que faisais-tu à l’instant ? Pourquoi la Louve est-elle sortie du bois ?

–         Je lui demandais de m’aider pour l’épreuve qui m’attend, répondit Luna en le fixant.

Elle ne savait pas ce que pensait vraiment Pierre de ses dons particuliers, puisqu’il n’avait jamais voulu aborder le sujet jusqu’ici. Mais elle savait qu’il l’aimait, et était prêt à accepter toutes ses différences. Ce qu’elle lut dans ses yeux la réconforta.

–         Ne te préoccupe pas plus longtemps, de tout ceci, mon Pierre. Ce soir, je serai délivrée et ta fille sera là. Tu auras deux femmes à aimer.

–         Je voudrais en être aussi sûr que toi, répondit Pierre d’une voix hésitante.

–         Il est temps, maintenant, coupa Luna, en serrant les dents. Aide-moi à rentrer au plus vite.

Pierre remarqua soudain, ses traits tirés et sa pâleur. Il l’a souleva dans ses bras, comme un fétu de paille, et l’emporta, marchant à grand pas, ne sentant plus sa fatigue, ni le poids de sa femme. Ses deux amis lui emboitèrent le pas en jetant au couple des regards inquiets.

La mère de Luna les attendait sur le seuil de leur maison, sachant déjà ce qui se préparait. Pierre franchit la porte sans reprendre son souffle et déposa son épouse sur leur couche. Il déposa un baiser sur ses lèvres, puis devant le regard hostile de sa belle-mère, il sortit en fermant la porte.

Il rejoignait ses compagnons et ensemble ils rangèrent leur coupe de bois, ce qui lui permit de s’occuper les bras, alors que son esprit se tordait d’angoisse. Il tendait l’oreille mais aucun son ne filtrait à l’extérieur de la maison. Lorsque les hommes rentrèrent à la nuit tombée, leur dîner était prêt au coin de l’âtre, et ils s’installèrent pour manger en silence.

Personne n’osait parler, tant l’atmosphère était lourde. Après de longues minutes, Tristan se décida à rompre le silence :

–         Votre épouse est un être exceptionnel. Elle n’aura aucun mal à mettre au monde votre enfant, avec la force qui est la sienne et tous ses sortilèges. Ne vous rongez pas les sangs, ainsi mon ami !

–         Ne dites pas une chose pareille, répliqua Pierre, agacé. Luna n’utilise aucun sortilège, elle suit simplement son instinct de vie, et elle met ses dons au service de la communauté. Mais ce soir, elle est seule, avec sa souffrance et j’ai peur, pour la première fois depuis que je la connais.

–         Je crois que rien ne pourrait l’abattre, renchérit Bertrand. Vous avez vu ce que cette Louve a fait tout à l’heure ? On aurait dit qu’elle lui parlait !

–         Je crois que c’était bien le cas, répondit Pierre en baissant la voix. Même si ces chose-là me dépassent ! Je vous conjure de ne parler de cela à personne lorsque vous quitterez notre village. Les esprits obscurs condamnent si vite ce qu’ils ne comprennent pas, je crains pour la vie de ma femme, si des bruits venaient à courir sur ses dons.

–         Nous avons bénéficié de ses dons, et nous ne pourrions les condamner, dit Tristan, une main posée sur le cœur.

Pierre s’approcha de lui, et lui donna l’accolade.

A cet instant, un cri déchirant traversa la pièce.

Pierre se retourna brusquement vers la porte de leur chambre, et fit un pas dans cette direction, mais un second cri l’arrêta, plus faible celui-ci.

C’était le vagissement d’un nouveau-né, une voix aigüe et douce à la fois. La plus belle voix qu’il n’avait jamais entendue.

Au même moment, au cœur de la forêt, on entendit la Louve hurler sa mélopée, en harmonie avec le cri de l’enfant, comme un salut venu du fond des âges.

 

A suivre ….

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Les Filles de la Lune (Partie 16)

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Il trouva Luna prostrée sur une chaise. Elle avait détaché la statuette de son cou et la tenait contre son ventre proéminent. La douleur se lisait sur son visage et elle ne leva même pas la tête lorsque Pierre entra dans la pièce. Elle serrait les dents pour ne pas crier. Il se précipita vers elle et la prit dans ses bras.

–         Luna, que t’arrive-t-il ?

–         Je crois que les douleurs ont commencé, dit-elle. Mais il est trop tôt. Je vais demander à la déesse d’arrêter le travail, il ne faut pas que l’enfant naisse avant que la Lune soit pleine. Il faudrait qu’elle lui laisse encore un peu de temps pour qu’elle se fasse belle avant son arrivée. Ajoute-t-elle en souriant pour tenter de détendre l’atmosphère.

–         Luna, que dois-je faire ?

–         Attendre et me faire confiance, répondit-elle dans un souffle.

Il l’accompagna jusqu’à leur couche où elle s’étendit, posant la statuette en évidence sur le sommet de son ventre arrondi. L’enfant s’étira, faisant saillir ses pieds en avant. Luna pâlit encore plus, en serrant la statuette plus fort.

Pierre regardait la scène, de plus en plus inquiet, lorsqu’un rayon de lune se posa sur le visage de sa femme. Celle-ci s’apaisa brusquement, les traits détendus, souriante, lorsque la statuette s’illumina de l’intérieur, semblant brûler d’un feu écarlate. La lumière scintillait, pulsant au rythme d’un cœur. Luna poussa un soupir de soulagement et son ventre s’affaissa légèrement. Tout avait duré quelques secondes, puis la lune disparut derrière les nuages, et la statuette s’éteignit. Luna souriait et se tournant vers Pierre, lui dit :

–         C’est fini, ta fille attendra son heure, maintenant.

–         Comment peux-tu le savoir, répondit Pierre encore inquiet, et qui te dit qu’il s’agit d’une fille ?

Luna se taisait, se contentant de le regarder avec une infinie compassion. Soutenant son regard, il soupira à son tour et en se dirigeant vers la porte, lança :

–         Évidemment ! Je me demande pourquoi je pose des questions !

Il retrouva les deux compagnons dans la grande salle, qui l’interrogèrent du regard.

–         Nous allons prendre le repas, seuls ce soir, mon épouse a besoin d’une nuit de repos. Demain, elle aura retrouvé toute son énergie, je pense.

–         Je pense qu’il faudra plus qu’une nuit de repos, pour qu’elle aille mieux, répondit Tristan, dubitatif. Et je ne crois pas que sa potion bleue puisse la remettre sur pied aussi vite.

–         Ses potions vous ont pourtant fait recouvrer l’usage de vos mains, il me semble, répliqua Pierre.

–         Ne vous méprenez pas, Pierre, j’ai vu de quoi était capable votre épouse au cours de ces derniers jours, et je fais confiance dans son talent, mais je pense que son état est plus grave que vous le croyez…

–         Je comprends, répondit Pierre, et vous remercie de votre sollicitude à son égard. Moi-même, je suis en souci pour elle, mais j’ai confiance en Dieu qui la protégera, elle et notre enfant.

–         Il me semble que Dieu n’a pas grand-chose à voir dans tout cela, répliqua Bertrand. Je ne crois pas blasphémer en disant que la force extraordinaire de votre femme provient d’une autre puissance, mais je me garderai bien d’aller plus loin sur ce chemin…

–         J’aimerais que l’on ne pousse pas plus loin cette discussion mes amis, coupa Pierre, et que vous ne parliez pas de ces choses-là autour de vous, en regagnant la ville. Les ragots ne nous apporteraient que des ennuis.

En prononçant ces paroles, Pierre eut un mauvais pressentiment, qu’il tenta de chasser de son esprit. Il revit le visage fermé du curé, lorsqu’il regardait Luna soigner Tristan, et réprima son angoisse. Il scruta le visage des deux compagnons, mais ceux-ci ne mesuraient pas son trouble.

–         Ne vous inquiétez pas pour votre épouse, répondit Bertrand. Nous lui sommes très reconnaissants pour ce qu’elle a fait pour Tristan, et nous ne ferons jamais rien qui puisse lui nuire. N’est-ce pas ? demanda-t-il en se tournant vers son compagnon.

Pierre regarda les deux hommes tour à tour, et se sentit un peu rassuré. Ils avaient l’air sincère. Ils ne diraient rien.

La crise semblait passée et il pouvait faire taire son inquiétude pour ce soir.

 

Oui, mais pour combien de temps ?

 

A suivre …

 

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Les Filles de la Lune (Partie 15)

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Le lendemain, l’état du blessé s’était nettement amélioré.

Quand Bertrand, son compagnon ouvrit les yeux, il vit que son ami avait repris des couleurs. Luna était à son chevet, lui faisant boire un peu de sa potion émeraude, puis quelques cuillères de potage. Tristan était de nouveau conscient et son regard avait retrouvé plus de vivacité, il parvint même à lui sourire.

Les autres hommes de leur groupe, avaient quitté le village au petit matin, pour regagner leur ville, en promettant d’envoyer de l’aide pour rapatrier le blessé dans les jours suivants. Luna leur avait indiqué qu’il faudrait attendre plusieurs jours avant qu’il ne soit possible de le transporter.

Mais l’état de Tristan s’améliorait de jour en jour, et à la fin de la semaine, il put se lever et participer à la vie du village. Il était trop faible pour reprendre la route, et ne pouvaient pas rester indéfiniment dans la maison commune, en attendant le retour de ses hommes.
Pierre et Luna n’avaient jamais quitté leur village, mais ils savaient que les routes étaient périlleuses, surtout en temps d’hiver. Ils n’imaginaient pas ce que le voyage représentait, mais les deux compagnons leur avaient expliqué qu’il leur faudrait deux semaines pour regagner leur ville. Pierre leur proposa de les héberger jusqu’à leur départ, ce qu’ils acceptèrent. Dans les jours qui suivirent, Bertrand tenta de l’aider dans ses tâches quotidiennes, mais il n’avait jamais appris le travail de la terre, et malgré sa bonne volonté, les premiers jours furent laborieux. Cependant, chacun apportant aux autres, son expérience et ses connaissances, leur cohabitation fut un moment de grand enrichissement mutuel. Luna poursuivait ses soins et Tristan eut bientôt recouvré toutes ses facultés. Sa grossesse était déjà bien avancée, mais elle ne ménageait pas sa peine, malgré l’inquiétude visible sur le visage de Pierre.

Bientôt le blessé fut en état de se lever, mais ses mains douloureuses ne lui permettaient pas de participer aux travaux. Il restait près de la cheminée et observait la vie de la maisonnée et tous les villageois qui défilaient, pour venir demander de l’aide à Luna. Elle distribuait indifféremment les potions et les conseils, jusqu’à une heure avancée du jour, sans prendre garde à son dos ou à son ventre douloureux.

Un soir, elle s’arrêta brusquement, pliée en deux par la douleur, une main sur les reins et l’autre sur le ventre. Sans un cri, elle s’assit dans le recoin de la fenêtre, la sueur perlant sur son front, les yeux clos. Tristan, inquiet, fit sortir les dernières personnes présentes et s’approcha d’elle:

–         Que vous arrive-t-il ? voulez-vous que j’aille chercher de l’aide ?

–         Non, ne vous inquiétez pas, répondit-elle d’une voix blanche. Donnez-moi, la fiole bleue qui est sur l’étagère, s’il vous plaît.

Tristan, suivit la direction indiquée et trouva facilement la seule fiole bleue parmi toutes celles qui était sur ses nombreuses étagères. Il lui tendit le flacon et un gobelet de métal. Elle s’en versa une rasade, qu’elle but en fronçant les sourcils. Tristan n’aima pas l’odeur âpre qui s’en échappait, mais ne s’éloigna pas, observant l’effet obtenu. Quelques secondes plus tard, Luna se redressa. Elle avait repris des couleurs. Elle le regarda et lui sourit, se leva et dit :

–         Bien, je vais préparer le repas du soir. Merci de votre aide.

Elle s’approcha de la grande table où étaient étalés des légumes, et en regardant Tristan avec insistance, ajouta :

–         Il est inutile de parler de cet épisode à Pierre, cela l’inquiéterait pour rien. Je compte sur votre discrétion. Il a assez de soucis pour le moment.

Tristan baissa les yeux, n’arrivant pas à soutenir ce regard puissant, doux et autoritaire à la fois.

–         Je compte sur vous ? insista Luna.

–         Oui, bien sûr, finit par acquiescer Tristan. Il n’avait rien à lui refuser, après tout elle lui avait sauvé la vie.

Ce fut l’instant que choisirent Pierre et Bertrand pour rentrer. Tristan, gêné, baissait de nouveau la tête, ce qui ne trompa pas les deux hommes.

Pierre s’approchant de Luna, demanda :

–         Que se passe-t-il ici ?

–         Rien de particulier, répondit Luna en continuant à préparer ses légumes.

–         Il me semble que ton visage est tendu, dit Pierre.

Il jeta à coup d’œil à Tristan, qui baissa la tête de plus belle en rougissant.

Luna ne disait rien. Pierre insista.

–         Tristan ? Que me cachez-vous ?

–         Votre épouse semble se préoccuper plus des autres villageois que d’elle-même, répondit-il. Il me semble que vous devriez lui faire entendre raison, et de dans son état, ceci est une folie.

Luna lui jeta un regard incendiaire, ramassa sa marmite de légumes et sortit de la pièce, sans un mot.

–         Lui faire entendre raison, grommela Pierre. Voici justement ce que je n’ai jamais réussi à faire. Je suppose qu’elle sait mieux que personne, jusqu’où peuvent la mener ses forces, mais parfois, j’avoue qu’elle m’inquiète beaucoup !

–         Elle semblait souffrir tout à l’heure, et a dû boire un peu d’une de ses potions. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais vous devriez lui en parler.

–         C’est ce que je vais faire, dit Pierre, en se dirigeant vers la porte qu’avait pris Luna quelques instants auparavant.

A suivre ….

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Les Filles de la Lune (Partie 14)

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Puis la vie reprit son cours, rythmée par les saisons et les récoltes.

Les rumeurs enflaient au loin, de guerres et de famines dans les villes, mais au village, on se sentait loin de tout cela. Les quelques étrangers qui traversaient la région ne s’y attardaient pas, le climat étant rude, et les richesses absentes.

Luna récoltait ses plantes à la lune montante, et préparait ses décoctions à la lune descendante, selon ce qu’elle avait appris de sa mère. On venait la voir dès qu’un problème survenait, plaies, fièvres, souffrances morales ou physiques. Ses onguents soulageaient toujours, ses potions guérissaient souvent, ses emplâtres supprimaient la douleur et tarissaient les humeurs. Elle avait un sourire pour chacun et des trésors de patience pour tous, et avec ou sans potion, chacun repartait en se sentant mieux qu’à son arrivée.

Très vite, la nouvelle se répandit dans la province, que la tradition ancienne avait trouvé une nouvelle servante, et avant les premières gelées, Luna avait déjà vu venir à elle la moitié de la population du village voisin.

L’hiver fut rude, cette année-là, et la neige surprit un groupe de voyageurs qui restèrent plusieurs heures bloqués sur le chemin dans le froid, avant que les hommes du village ne parviennent à les dégager. Après une nuit passée dans la neige, ils furent retrouvés et conduits dans la salle commune, où l’on tenta de les réchauffer. L’un d’eux était presque mort, respirant à peine, ses mains gelées recroquevillées sous sa pelisse, les doigts noircis et tremblants. Luna le fit installer près du feu, et recouvrit ses pauvres doigts d’un emplâtre de sa composition aux effluves de lavande et de sauge. Lorsqu’il sortit de sa torpeur, la douleur se réveilla et il commença à gémir, poussant des soupirs à fendre l’âme. Luna lui fit boire une décoction mystérieuse de couleur émeraude, ce qui le calma aussitôt.

Le curé du village qui s’était approché, pour lui apporter les derniers sacrements, observait Luna, vaguement désapprobateur. Elle sourit, et lui fit signe de venir près d’elle. Elle savait qu’il n’approuvait pas ses pratiques mais qu’il la respectait. Aussi s’inclina-t-elle et fit mine de lui laisser la place. Il l’interrompit d’un geste de la main et lui dit :

–         Je t’en prie mon enfant, ne t’interrompt pas pour moi. Dieu a tout le temps. Les âmes finissent toujours par trouver le chemin de son cœur.

–         Père, répondit Luna, d’une voix sereine, j’espère que cette âme-là, ne trouvera pas son chemin trop vite. Regardez cet homme, il est encore jeune et semble vigoureux. Il a souffert du froid et est arrivé aux portes de la mort, mais je crois que la force vitale peut vaincre si on l’aide un peu.

–         Tu te crois plus forte que la mort, ma fille. Tu t’égares. Ne sois pas aussi présomptueuse, ou la colère du divin s’abattra sur ton orgueil ! répondit le curé, en la regardant sévèrement.

–         Non, je ne suis pas plus forte que la mort, mon père, répondit Luna, d’une voix aussi douce qu’elle put. Je serais folle de croire cela, je ne peux que soulager la souffrance du mieux que je peux. Je prie ce Dieu que vous pensez coléreux de m’aider à soulager ses créatures, et surtout je crois que c’est par la force de l’Amour que l’on réussit et pas par celle de la colère et de la peur.

Pierre qui était entré depuis quelques minutes s’approcha, effrayé de cet échange de paroles aigres et des conséquences possibles, pour son épouse, de la colère de l’église à son égard. Il tenta de calmer le prêtre, en disant :

–         Père, Vous savez que Luna ne souhaite pas défier la puissance de Dieu, mais seulement qu’elle ne peut supporter la souffrance des hommes. Laissez-lui quelques minutes pour finir son office, et vous pourrez faire le vôtre. Tout le monde sait bien que celui-ci est le plus important.

Il ajouta en baissant la voix, pour que les villageois réunis ne l’entendent pas.

–         Vous savez que Luna est tenace quand elle a une idée en tête, et encore plus depuis qu’elle porte notre enfant. Je vous en prie, ne la contrariez pas, je voudrais qu’elle en finisse vite et qu’elle puisse venir se reposer, rapidement. Regardez la fatigue qui se lit sur son visage !

–         Vous avez raison Pierre, répondit l’abbé, en regardant le visage marqué de Luna. Je reviendrai plus tard, lorsque vous estimerez que mon temps sera venu de soulager ce pauvre hère de ses péchés.

–         Merci mon père, répondit Luna en relevant le menton.

Le prêtre sortit de la salle, et Luna se pencha de nouveau sur le blessé pour envelopper son crâne de linges imprégnés d’un liquide vert de sa composition. L’odeur qui s’en échappait aurait réveillé un mort.

Pierre s’approcha pour l’aider, soulevant les épaules du malheureux. Luna le remercia d’un regard, puis se tournant vers les autres personnes présentes, dit :

–         Je vous demande de vous relayer pour le veiller toute la nuit, pendant que je vais aller préparer d’autres potions pour chasser ce froid de son corps. Appelez-moi aussitôt si son état empire.

Le compagnon du moribond qui était resté près de lui, semblait très affecté par l’état de son ami, et remercia Luna d’un signe de tête en lui disant :

–         Merci de toute la peine que vous prenez pour aider mon ami. Je voudrais tant que cela ne soit pas inutile, mais voyez la couleur de sa peau, il est déjà plus gris que l’étoffe qui le couvre.

–         Ne dites pas cela, répondit Luna. Aidez-nous, en lui montrant que vous l’attendez ici, dites-lui que vous souhaitez son retour parmi les vivants. Dites-lui, jusqu’à ce qu’il vous entende, qu’il trouve la force de revenir parmi nous. Croyez-moi, il vous entend encore.

Sur ces mots, elle se redressa et quitta la pièce. L’homme la suivit des yeux, pensif, se demandant un instant dans quel village de fous il était tombé. Puis, sans conviction, il regarda le visage de son ami. Il lui sembla qu’il reprenait un peu de couleurs sous son couvre-chef nauséabond. En s’approchant de plus près, il lui sembla qu’il souriait légèrement. Alors, plein d’espoir, il se mit à lui parler à l’oreille :

–         Tristan, si tu m’entends, il faut te réveiller. On est arrivés dans un village et nous sommes au chaud. Tu vas aller mieux. Demain matin, si tu vas mieux, on pourra rentrer à la maison. Ecoute-moi, mon ami. J’attends que tu te réveilles. J’attends ici. Prends ton temps, mon ami.

Il lui sembla que les sourcils de son ami avaient frémi, lorsqu’il avait prononcé ces paroles. Ou peut-être était-ce une illusion, engendrée par les idées saugrenues que cette sorcière lui avait mises dans la tête.

Épuisé par les émotions de sa journée et par la lutte contre le froid, l’homme s’endormit bientôt, la tête contre l’épaule de son ami, et le nez dans l’odeur bizarre de la potion qui dégoulinait de son turban improvisé. La dernière pensée qui fut la sienne était :

On verra bien demain …

A suivre..

 

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Les Filles de la Lune (Partie 13)

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La nuit suivante, avec l’aide précieuse de Pierre, les deux femmes confectionnèrent assez de potions et d’onguents pour couvrir les besoins du village durant toute une année.

Ce qui se passait dans cette maisonnette semblait mystérieux à bon nombre de villageois, qui considéraient la magie ancienne, comme un héritage sombre et qu’il convenait de cacher. Cependant, ils avaient une grande confiance dans les talents d’herboriste de la mère de Luna, et nombreux étaient ceux qui faisaient appel à ses services pour se débarrasser de leurs maux.

Le fait que Luna soit différente, était perçu de deux manières opposées par la communauté du village. La plupart des gens lui vouaient un respect craintif, et plutôt bienveillant, et le fait qu’elle fasse partie du village, les rassurait. Ils savaient qu’ils pourraient compter sur elle en cas de coups du sort. Quelques-uns se méfiaient d’elle et de sa « magie », et ils l’apparentaient aux pratiques du diable, opinions relayées par l’église locale, qui voyait d’un mauvais œil, tout ce qui pourrait empiéter sur son autorité morale. Les rites anciens, venus de la nuit des temps, étaient décriés, et considérés comme hérétiques. La Déesse nature et ses coutumes celtes étaient à proscrire, ou à dissimuler les nuits de pleine lune, et les femmes qui en avaient gardé le souvenir étaient sorcières ou diablesses.

Pierre connaissait Luna depuis toujours, et admirait sa bonté et sa beauté. Il était prêt à l’aider et à la défendre jusqu’à son dernier souffle. Mais au fond de lui, il avait peur pour elle. Il pressentait le danger qu’il y avait à en savoir trop, surtout pour une femme. Il ne savait que trop bien comment une réputation se fait ou se défait, comment les rumeurs peuvent courir plus vite que le vent, et qu’il en faut bien peu pour qu’une foule se retourne contre celui qui est différent. Cela avait coûté la vie à son père. Il n’oublierait jamais cette nuit d’orage où les flammes avaient brûlé la moitié du village, emportant la vie de son père qui voulait aider leur voisin à sauver sa famille, et les reproches à peine déguisés qui avaient suivi et fini par emporter sa mère dans son chagrin.

Il ne voulait plus penser au passé, il l’avait laissé derrière lui, et ne voulait que penser à l’avenir qu’il voulait vivre avec Luna, et à leurs jours de soleil. Il l’aimerait et la protègerait, il ne voulait rien de plus et rien de moins. Dans le secret de son cœur, il demanda à la déesse de l’aider à garder sa fille loin du péril, et il ajouta une prière à la Vierge peinte en bleu qui les regardait à l’abri d’une niche ovale, au-dessus du porche de la chapelle. Un peu d’aide supplémentaire ne pourrait pas nuire.

Quelques jours plus tard, il demanda à la mère de Luna, si elle l’acceptait comme gendre. Celle-ci se contenta de lui sourire et de le serrer contre elle, en disant :

« La vie n’aurait pu me donner un fils meilleur que toi, j’aurais voulu que tes parents soient là aujourd’hui pour partager notre joie. »

 

Leur union fut célébrée au coucher du soleil, dans l’église du village, puis les mains unies, ils prirent le chemin de la forêt et prononcèrent leurs promesses sous la lune montante. Pierre n’oublierait jamais leur regard échangé dans sa lumière scintillante et le hurlement de la louve, qui les accompagna, venant du haut de la colline.

Lorsqu’ils revinrent au village, leur destin commun était scellé.

 

A suivre….

 

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Les Filles de la Lune (Partie 12)

 

Elle traverse le village, sous le regard des commères, assises sur la place. Elle n’en a cure. Elle s’approche d’elles, et leur demande de tresser des bottes avec les plantes qui s’amoncèlent sur le sol, pour qu’elles soient plus faciles à porter. Elles s’empressent de le faire, tout en la suivant des yeux lorsqu’elle se dirige vers la maison de Pierre. Les langues allaient courir plus vite que le vent, mais Luna ne s’en préoccupe pas. Qu’elles parlent …

Arrivée devant le porche de la maison de Pierre, elle hésite, cherchant à l’apercevoir derrière la fenêtre avant d’entrer. Mais elle ne le voit pas. D’un seul coup, son courage disparaît. Si seulement il était venu au-devant d’elle, ses mains ne trembleraient pas ainsi !

Elle l’entend qui fend du bois à l’arrière de la maison. Elle prend une profonde inspiration et fait le tour du bâtiment, ce qui lui donne le temps de se reprendre. Elle l’aperçoit avant qu’il ne la voie. Elle admire sa force, pendant quelques secondes, son chien assis à ses côtés tourne la tête vers elle. Il suspend son geste, la hache au-dessus de la tête, et la regarde, surpris. Elle avance vers lui le fixant du regard, soudain plus légère. Le chien le devance en aboyant joyeusement. Pierre dépose la hache, et se tourne vers elle, un sourire aux lèvres, avec dans les yeux, une douceur infinie.

–         J’ai besoin de toi, dit-elle en préambule.

–         C’est une excellente nouvelle, répondit-il en découvrant ses dents.

Ce sourire éclatant fait perdre à Luna, ce qui lui restait d’assurance, et ses mains tremblent de plus belle. Pierre fit mine de ne pas s’en apercevoir, et prend ses deux mains dans les siennes. Leurs regards s’accrochent, et Luna perd la notion du temps. Seul compte ce regard sur elle, et la promesse qu’il porte.

–         Entrons, dit Pierre brusquement, en jetant un coup d’œil vers la place, où les commères font mine de ne pas les voir. J’ai soif avec ce travail en plein soleil, ajoute-t-il assez fort pour que tout le village puisse entendre.

–         Je te suis, dit Luna, en caressant le chien qui sautillait autour de ses jambes.

 

La fraicheur de la maisonnette fait frissonner Luna, à moins que ce soit l’émotion. Elle serre ses bras autour de son corps, ce qui n’échappe pas à Pierre. Il pose une main sur son épaule et demande:

–         Tu as froid ?

–         Non, répond un peu vite Luna.

Elle regrette aussi vite sa réponse, Pierre ayant retiré sa main, gêné.

–         Si, j’ai un peu froid, je crois, se reprend-t-elle en le regardant hésiter.

Il n’attendait que cet encouragement. Il prend sa pelisse, sur le dossier d’une chaise, et lui en enveloppe les épaules en l’entourant de ses bras. Luna se love contre lui, s’enivrant de son odeur. Elle sent son coeur exploser et contre elle, la statuette irradie une douce chaleur, comme si elle battait à l’unisson de leurs deux cœurs. Ils savourent ce premier instant, immobiles, osant à peine respirer, le temps s’étant retiré pour leur laisser goûter à leur éternité. Puis Pierre s’écarte doucement, en la tenant toujours par les épaules, les yeux rivés aux siens, il lui dit :

–         Je ne veux plus passer une seconde loin de toi. Ma vie n’a de sens que par toi, et ma force et ma douceur sont à toi. Prends-les, je te les donne, comme je te donne ma vie entière.

Il la regarde en rougissant, soudain effrayé d’avoir prononcé ces paroles qui dévoilaient son amour pour elle, réalisant qu’elle n’avait rien dit.

Luna prend une profonde inspiration et le regarde droit dans les yeux, pour atténuer l’impact des paroles qu’elle va prononcer. Elle est heureuse comme elle ne l’avait encore jamais été, mais il faut qu’elle aille au bout des choses avant de se laisser aller à son bonheur. Elle sent Pierre se raidir et lorsqu’il voulut continuer, elle lui coupe la parole en posant ses doigts fins sur sa bouche. Dans un souffle, elle lui dit :

–         Je serai la plus heureuse des femmes en vivant à tes côtés, mais il faut que tu saches que cette vie sera difficile, et que je ne serai pas l’épouse que tu serais en droit d’attendre. Ma vie sera vouée au service de la Déesse, je ne pourrai pas me consacrer uniquement à toi comme tu le voudrais. Je ne suis pas …

–         Que sais-tu de mes attentes ? l’interrompt Pierre.

–         Tu voudrais une femme dévouée et qui s’occupe de ton foyer, et moi…

–         Je n’ai jamais souhaité avoir une femme dévouée, à mon service. Où as-tu été chercher une idée pareille ?

–         C’est de que tout homme souhaite… répond Luna soudain hésitante.

–         Et bien, moi, je suis différent, je ne suis pas comme les autres. Je suis Pierre, l’homme qui t’aime, et qui veut partager avec toi, ta vie, tes joies et tes tâches. Je veux être à tes côtés les jours de soleil et les jours de pluie. Je veux t’accompagner lorsque tu devras quitter le village. Je veux t’aider lorsque le poids de nos enfants alourdira ton ventre. Je veux être là jusqu’à ce que tes paupières ou les miennes se ferment sur la nuit éternelle. J’ai toujours su que tu étais différente, et je l’ai accepté puisque nos destins sont liés. Ne le sais-tu pas ?

Il la regarde intensément, ses yeux gris flamboyant dans la lumière du couchant qui filtrait par l’étroite fenêtre. Luna s’accroche à ce regard, et y puise la force qui lui fallait. Elle en a tellement envie, depuis son premier souvenir. Elle n’attend que lui pour trouver l’énergie de s’élancer vers son destin. Elle ferme les yeux et serre la statuette dans sa paume, remerciant la déesse de lui avoir permis d’avoir une part de bonheur pour nourrir sa vie. Le cœur de rubis palpite contre la paume de sa main, à l’unisson de son propre cœur, ce qui l’apaise.

Lorsqu’elle ouvre les yeux, c’est pour croiser le regard amoureux de Pierre. Elle lui sourit de toute la force de son amour, et pose ses mains sur ses joues, accentuant sa réponse d’une caresse.

–         Oui, je le sais. Avec toi, j’accomplirai le travail que la déesse m’a donné, et nous aiderons ces hommes et ces femmes à vivre mieux. Tant que nous serons ensemble, j’aurai le courage d’avancer malgré les orages et les forces contraires.

–         Alors, viens, notre vie nous attend, belle comme le soleil, même si je sais que tu préfères l’ombre de la lune, conclut Pierre en la serrant dans ses bras.

A suivre —-

 

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Les Filles de la Lune (Partie 11)

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Lorsque sa mère se retourne vers elle, Luna s’est détournée, lui cachant son visage. Elle sait qu’elle lit en elle comme dans un livre ouvert, et veut garder cette émotion nouvelle pour elle, comme un talisman.

Mais celle-ci insiste :

–         Il est particulièrement serviable et gentil ce jeune Pierre, ses parents étaient de belles personnes, je les aimais beaucoup, et leur mort l’a laissé bien seul. Nous pourrions accepter son aide, nous en aurions grand besoin, ne crois-tu pas, ma fille ?

–         Si tu le dis … répond Luna sans lever les yeux.

–         Oui, je le dis. La tâche qui sera la tienne, ne pourra s’accomplir pleinement sans aide de bonnes volontés. Tu sais aussi cela, et je ne serai pas là éternellement pour te donner la mienne. Il faudra bien que d’autres s’en chargent !

–         Maman, ne sois pas aussi inquiète. Tu sais que je ne me laisse pas décourager facilement.

–         Je sais, oui. Mais je ne parle pas seulement de ta mission, je parle aussi de ton bonheur. Je ne veux pas que tu oublies ta vie, en te préoccupant seulement de celle des autres.

En prononçant ces dernières paroles, sa voix se brise, et elle détourne la tête. Luna s’approche d’elle et la prend dans ses bras. Comme sa mère lui paraît fragile à cet instant-là ! Elle qui avait toujours été sa référence, son soutien, voilà qu’elle avait besoin de réconfort à son tour. Les deux femmes restent soudées l’une à l’autre un instant, le cœur de rubis du talisman palpite entre elles. La force de la magie s’insinue dans leurs veines et les apaise, comme la marée montante lisse l’Estran et le fait briller de mille diamants sous la lumière de l’été. Front contre front, elles partagent les mêmes visions, images de blés qui ondulent sous le vent, de fleurs que l’on cueille, de potions que l’on concocte, de mains qui se tendent, de cris qui s’apaisent, de pleurs qui se tarissent.

–         N’aie crainte, maman, je vivrai ma vie, tout en protégeant celle des autres, comme il est de mon devoir de le faire, mais je sais déjà que mon temps est compté. Il ne suffira pas pour accomplir la tâche que la déesse m’a confiée.

–         Le temps que tu auras, sera suffisant, si la Déesse en a décidé ainsi. Je veux que tu n’oublies pas ta vie. Tu m’entends ? Insista sa mère.

–         Oui … répondit Luna, un sourire au coin des lèvres. Il le faudra bien, si je veux que ma fille poursuive ce chemin après moi…

Elles s’étreignent en silence durant de longues minutes.

Le temps n’était qu’un gouffre sans fond, qui ne les engloutirait pas, puisque leur lignée avait été dessinée de la main de la Déesse. Ce qu’elles en feraient leur était encore inconnu, mais Luna n’avait plus peur.

Elles échangent un regard où sa mère peut lire toute la confiance que Luna ressent en cet instant, ce qui la rassure tout à fait. Avec un sourire, elle lui dit :

–         Ma fille, il faut que l’on s’occupe des plantes récoltées durant la journée par les femmes du village. Elles doivent être traitées dans la nuit du Solstice, pour garder leur pouvoir intact. Nous n’avons pas beaucoup de temps.

–         Nous aurons donc besoin de l’aide de Pierre. N’est-ce pas ? demanda Luna en baissant les yeux.

–         Oui, nous en aurons besoin, répondit sa mère, en lui soulevant le menton pour qu’elle la regarde en face. Je te laisse aller lui demander, et pendant ce temps, je prépare le feu.

–         J’y vais, on ne sera pas trop de deux pour porter tous les couffins qui restent, et l’eau nécessaire à la décoction, dit Luna en sortant de la chaumière.

Elle a retrouvé toute son énergie à la simple évocation du regard de Pierre. Même si la tâche est longue et ardue, même si elle doit en souffrir plus tard, elle sait déjà qu’elle aura la force nécessaire, si Pierre est à ses côtés.

 

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les Filles de la Lune ( Partie 10)

 

 

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Lorsqu’elle reprend le chemin du village, le soir commence à tomber, le soleil couchant teinte les nuages d’orage de paillettes d’or. L’air s’est adouci, et elle s’arrête un instant en bas de la colline pour admirer ce pays, dont elle connait le moindre sentier, et dont elle se sent désormais responsable.

Encore quelques minutes, et elle franchira la porte d’enceinte du village, où les choses ne seront plus jamais les mêmes pour elle. En recevant le «Sang de la Lune », elle a scellé son destin. Elle a accepté la responsabilité de la communauté humaine de cette vallée, et de cette Terre qui les nourrira tous. La magie ne l’aidera que si elle garde un cœur pur, et la sagesse qui a pénétré son esprit la guidera pour le temps qui sera le sien. Elle fait secrètement le vœu d’être digne de sa mission, tout en se demandant comment elle y parviendra, du haut de ses vingt ans, avec ce corps si frêle qui est le sien. Elle touche alors la statuette qui est contre son cœur, et la sent battre à l’unisson avec le sien. L’espace d’une seconde, la chaleur qui l’envahit, lui donne un sentiment de toute-puissance. Elle sait qu’elle sera à la hauteur, jusqu’à ce qu’elle décide de passer la main. Alors, elle redresse la tête, remplit ses poumons de l’air du soir, et pénètre dans son village.

Les femmes sont là, leur récolte de plantes à leurs pieds, qui attendent son retour. Lorsqu’elle apparaît une rumeur enfle entre les murs, et il ne faut que quelques minutes pour que la place du village se remplisse. Les femmes forment deux colonnes, et baissent les yeux sur son passage. Le silence se fait autour d’elle, teinté de respect et de crainte. Seule son amie d’enfance, Marie, la regarde en souriant, les yeux pleins d’une fierté fraternelle. Luna puise dans ce regard, le courage de traverser le village de part en part, sans trébucher. Parvenue au seuil de sa maison, Luna se retourne, fait face aux villageois réunis, et dit :

–         Le temps est venu, pour moi de répondre aux vœux de la Déesse-Mère, et d’accomplir ses desseins. Je vous remercie d’avoir récolté les plantes qui porteront ses bienfaits et je serai digne de sa confiance et de la vôtre.

Sa mère qui était restée en retrait, la regarde intensément, oscillant entre la fierté et l’angoisse, puis baisse la tête et entre dans la maison.

Une à une, les femmes du village apportent leurs couffins d’osier remplis de leurs récoltes, et le posent aux pieds de Luna. Puis, chacune rejoint sa propre maison. Luna regarde toutes les essences présentes et imagine déjà les potions qu’elle confectionnera avec. Elle les énumère mentalement : la lavande, la sauge, la verveine, le millepertuis, la mélisse, le plantain, la camomille, la digitale, le calendula… Dans sa tête tournent les décoctions et onguents dont elle a reçu les recettes en partage, au pied du grand chêne.

Elle saisit un des couffins et le porte à l’intérieur, pliant légèrement sous la charge. Lorsqu’elle ressort, Pierre est là, qui a saisi trois couffins et les porte sur son dos. Surprise, Luna reste pétrifiée sur le seuil, Pierre lui jette un coup d’œil et souffle entre ses dents :

–         Si tu me laissais passer, ce travail serait bientôt achevé, et tu pourrais vraiment te rendre utile.

Un peu étonnée de ce ton autoritaire, elle s’efface pour le laisser franchir le seuil, et le suit des yeux tandis qu’il dépose son précieux fardeau dans le coin de la pièce. Sans attendre, il ressort et charge de nouveau trois autres couffins sur son dos. Luna sourit, et lui emboîte le pas, en silence. Après tout, sa force est la bienvenue et elle se sent en sécurité quand il est là. Elle se surprend à rêver à une vie où ils accompliraient leurs taches l’un près de l’autre dans cette douce et paisible harmonie. Lorsqu’ils posent les derniers paniers l’un près de l’autre sur le plancher, un rayon de soleil sort des nuages et vient éclairer leurs mains toutes proches. Luna reste pensive devant l’image de cette main si forte à côté de la sienne, n’osant plus bouger. Pierre sentant son trouble, retire sa main le premier, alors que sa mère entre dans la pièce. Il se relève en la regardant au fond des yeux, d’un air grave qu’elle ne lui connaissait pas. Saluant la mère de Luna d’un signe de tête, il se recule un peu et lui dit :

–         Si vous avez d’autres corvées à me donner, je serai là, n’hésitez pas. Deux femmes ne peuvent pas accomplir autant de tâches difficiles seules, et ce que les gens en penseront ne m’importe pas. Je vous laisse y réfléchir ensemble. Vous savez où me trouver.

–         Je te remercie, Pierre, répond sa mère, tu as toujours été un bon garçon, et tes parents ont été bénis le jour de ta naissance.

–         Merci pour ton aide ce soir, répond Luna. Cette journée fut riche en émotions, et j’étais contente de te voir là ce soir.

Cette dernière phrase fait naître un sourire dans les yeux du garçon, et une légère rougeur sur les joues de Luna. Il soulève son chapeau en signe de respect et sort brusquement de la pièce, les yeux rivés vers le sol.

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