Une image, une histoire : L’esprit de Noël (2/3)

houx

*

Il rentra au bureau à grandes enjambées comme s’il voulait fuir cet endroit et toute l’après-midi il évita de penser à cette rencontre insolite. Il avait toujours détesté les évènements qu’il ne pouvait expliquer. Il se targuait d’avoir toujours eu les pieds sur terre, et ce n’est pas parce que c’était Noël que les choses allaient changer ! A plusieurs reprises, il jeta un coup d’œil au bouquet de houx qu’il avait posé sur sa pile de dossiers en se demandant s’il n’allait pas disparaître aussi brutalement que cette femme…

Il avait des frissons et plus les heures passaient, plus il se sentit fiévreux. Il avait dû prendre froid, assis sur ce banc. Voilà qui lui fournirait une belle occasion de rater la fête de Noël avec ses collègues. Les heures passant, il se sentait de plus en plus mal, tremblant et claquant des dents. Françoise finit par remarquer son manège et lui conseilla sèchement de rentrer chez lui avant de tous les contaminer le soir de Noël. En soupirant, il se leva. Titubant, il ramassa son bouquet de houx et quitta le bureau en maugréant, lui demandant d’excuser son absence à la fête auprès de ses patrons. Au fond, il était bien content que cette fièvre soudaine lui fournisse le prétexte pour rentrer tranquillement chez lui. Ces simulacres de fêtes lui pesaient depuis toujours.

Dès qu’il fut dehors, il se sentit mieux. L’air froid de décembre lui fouettait le visage. Les nombreuses personnes qui se pressaient dans les rues à la recherche du cadeau de dernière minute, le firent sourire. Lui au moins, n’avait pas ce genre de problème. Il irait déjeuner dans la famille de sa sœur pour le nouvel an et avait encore toute une semaine pour lui choisir un présent, il pourrait le trouver en soldes. Il sourit de son propre cynisme, après tout, elle lui avait gâché Noël à tout jamais, alors il n’avait pas à faire d’effort pour elle !

Il arriva au pied de son immeuble à la nuit tombante et entreprit de monter à pied, l’ascenseur ayant des sautes d’humeur, il ne voulait pas risquer de passer la soirée coincé à l’intérieur avec une fièvre pareille. Il gravit ses deux étages en maugréant, personne n’ayant encore pensé à changer les ampoules grillées des paliers du premier et du second qui étaient grillées depuis près d’un mois. Ce n’était pas le soir de Noël que quelqu’un allait le faire !

Il connaissait l’immeuble par cœur et aurait pu trouver la serrure de sa porte les yeux fermés, pourtant ce soir-là, il trébucha sur un objet abandonné sur le palier. Il grommela une bordée d’injures pour « l’inconscient qui avait laissé traîner ses détritus sur le palier » lorsqu’il entendit une petite voix lui répondre :

  • Pardonnez-moi, j’ai perdu mes ciseaux dans le noir…
  • Qui est là ? interrogea-t-il en scrutant l’obscurité.

Personne ne répondit, pourtant il sentait une présence. Cette voix lui était inconnue. C’était une voix d’enfant, fille ou garçon, il ne saurait le dire. Il n’y avait jamais eu d’enfant dans cet immeuble, les appartements minuscules et peu confortables, ne convenaient pas aux familles. C’était d’ailleurs pour cela qu’il avait choisi d’y vivre, pour avoir la paix sans entendre des cris et des rires d’enfants toute la journée.

En tâtonnant, il ouvrit sa porte et éclaira son appartement. Il vit alors l’enfant assis sur la première marche de l’escalier menant au troisième. Il semblait très jeune, avait un regard triste, des yeux immenses, une tignasse hirsute blonde, et des fossettes qui ne parvenaient pas à éclairer son visage. Il le fixait sans bouger, l’air méfiant, serrant contre lui tout un assortiment de papier, crayons et rubans. Pierre se planta devant lui, les mains sur les hanches et lui demanda :

  • D’où sors-tu et que fais-tu là, tu t’es égaré au second étage d’un immeuble, et où sont tes parents ?
  • ça fait beaucoup de questions… répondit l’enfant avec un sourire.
  • Réponds, insista Pierre.
  • Je suis sorti de chez moi pour coller ce papier sur ma porte et la porte s’est refermée alors je me suis assis là pour attendre ma mère, répondit l’enfant d’un seul trait.
  • Quelle porte ? répliqua Pierre. Et où est ta mère ? Quand va-t-elle rentrer ? Pourquoi voulais-tu coller ce papier sur ta porte ?
  • Tu poses toujours autant de questions ? interrogea l’enfant.
  • … non, finit par répondre Pierre. C’est à cause de la surprise !

Il s’approcha de la porte pour examiner le papier que l’enfant avait collé et qui penchait lamentablement ne tenant plus que d’un seul côté.

  • Je ne peux pas lire ce que tu as écrit sur ce papier, et il faudrait remettre du scotch, sinon il va se décoller rapidement.
  • J’ai écrit « Jonathan et Marie ». Jonathan c’est moi, et Marie c’est ma mère. Et je n’ai plus de scotch. S’il se décolle avant ce soir, le Père Noël ne nous retrouvera jamais… répondit l’enfant d’une voix atone.

Pierre faillit éclater de rire mais l’air sombre du jeune garçon l’arrêta dans son élan. Il semblait au bord des larmes, et tremblait sur sa marche d’escalier. Il faisait un froid de canard sur ce palier.

  • Viens, dit Pierre, ne reste pas là à te geler, je dois avoir du scotch, on va recoller ton bout de papier. Déjà que le père Noël doit être à moitié aveugle, vu son âge…
  • Oh, tu veux bien m’aider, c’est gentil ça. Comment tu t’appelles ? demanda l’enfant
  • Je m’appelle Pierre, allez, viens tu auras plus chaud à l’intérieur pour attendre ta mère, dit-il en entrant chez lui.

L’enfant hésita un peu, puis se décida à le suivre. Pierre le détailla à la lumière, il semblait beaucoup plus jeune qu’il ne l’avait cru d’abord. Il n’avait pas l’habitude des enfants mais le trouva très pâle et très maigre, des cernes bleus lui mangeant le regard. Il serrait contre lui tout son attirail, en dansant sur un pied.

  • Pose tes affaires ici, lui dit-il en déposant son bouquet de houx sur la table. Je vais te donner de quoi te réchauffer. Tu aimes le chocolat chaud ?
  • Oh oui répondit l’enfant dont le regard s’éclaira, avec du lait bien crémeux. Tu en as ? Il faudra en garder un peu pour le père Noël aussi, je sais qu’il aime beaucoup ça !
  • Comment le sais-tu, ironisa Pierre, il te l’a dit ? Je croyais que personne ne pouvait jamais le voir !
  • Je ne l’ai pas vu en vrai, répliqua Jonathan, il est venu me le dire dans mon rêve. Quand j’ai pleuré hier en arrivant ici, j’ai dit à maman qu’il ne nous retrouverait jamais parce qu’on ne lui n’avait pas écrit la bonne adresse sur ma lettre. Elle m’a dit qu’il me retrouverait si on écrivait mon nom sur la porte. Et après dans mon rêve, il est venu me dire qu’il savait où j’étais et qu’il ne fallait pas oublier son chocolat et ses deux gâteaux parce que sa tournée était longue. Il a dit que beaucoup d’enfants avaient déménagé juste avant Noël cette année !
  • Sans blague ! répondit Pierre en éclatant de rire. Tu as une imagination formidable !
  • C’est pas la peine de rigoler, répondit l’enfant très sérieusement. Les grandes personnes comme toi ne savent rien du tout !
  • Pourquoi tu dis ça ? répliqua Pierre un peu vexé. Moi, je sais un tas de choses !
  • Non, tu ne sais rien de rien, poursuivit l’enfant en colère. Tu ne sais même pas que c’est Noël. Regarde ta maison. Tu n’as rien fait, pas de sapin, pas de boules, pas d’enfant Jésus. Le père Noël n’aura pas envie de venir te voir et ça sera bien fait !
  • Tu as raison, répondit Pierre, un peu penaud, j’ai oublié Noël… Je ne suis pas très fier de moi, et le Père Noël va m’oublier aussi. Heureusement, regarde, une vieille dame m’a donné ce petit bouquet de houx aujourd’hui et ça va me sauver !

Tout en parlant, il alla chercher un verre qu’il remplit d’eau pour installer le bouquet au centre de la table. Soudain, la pièce sembla s’éclairer d’une lumière de fête. Pierre sourit et regarda l’enfant d’un air de défi, mais celui-ci haussa les épaules et dit :

  • Je crois que tu ne mérites pas ton Noël, tu fais ça parce que je l’ai dit. Le Père Noël ne vient voir que les gens qui l’aiment, et toi tu ne l’aimes plus…
  • Pas vrai ! répliqua Pierre. Moi je l’aime et je suis sûr qu’il le sait !
  • Alors, puisque tu l’aimes, on verra bien demain s’il t’a apporté quelque chose !

L’enfant avait presque crié cette dernière phrase, lorsqu’une jeune femme passa la tête dans l’ouverture de la porte. En la voyant l’enfant se jeta dans ses bras :

  • Maman ! Regarde, c’est Pierre. Il a oublié Noël et il croit que le Père Noël va venir quand même !
  • Je suis désolée que mon fils vous ait importuné. Je suis Marie, votre nouvelle voisine, dit la jeune femme en lui tendant la main. Pourquoi es-tu venu ennuyer le monsieur, mon poussin ?
  • La porte s’est fermée pendant que je mettais mon nom dessus pour le Père Noël, et j’ai attendu que tu rentres, mais Pierre est arrivé avant toi ! dit l’enfant en le montrant du doigt.
  • Ne vous inquiétez pas dit Pierre, votre fils ne m’a pas ennuyé, bien au contraire. Sa compagnie est des plus intéressante !
  • Je vous remercie d’avoir pris soin de lui, répondit la jeune femme, cela ne se reproduira pas. Allons Jonny, on rentre maintenant, dis bonsoir à Pierre.
  • Bonsoir Pierre, dit Jonathan.

La mère et l’enfant regagnèrent leur appartement, laissant Pierre à une solitude qui lui parut soudain très pesante.

Quelques secondes plus tard, on frappait de nouveau à sa porte. C’était l’enfant, tenant dans ces mains trois boules scintillantes et une guirlande argentée, qu’il posa sur la table d’un air d’autorité :

  • Tiens, dit-il au moins comme ça, le Père Noël te trouvera mieux. Moi, je lui ai demandé un ami parce qu’ici je ne connais personne. Et toi, tu veux quoi ?
  • Je ne sais pas trop, dit Pierre. Je crois que je n’ai pas été assez sage pour avoir un cadeau cette année …
  • Bouhh, répondit l’enfant, encore des bêtises de grands, ça ! S’il fallait être sage pour avoir des cadeaux, moi, j’en n’aurais pas eu souvent ! Le père Noël il fait pas de différence, il aime tout le monde ! Aller salut. Dors bien. Tu me diras demain ce qu’il t’a donné, hein ?

L’enfant repartit aussi vite qu’il était venu, en secouant ses boucles blondes. Lorsque la porte se referma sur lui, Pierre eut la sensation que quelqu’un avait éteint la lumière.

–> A suivre –<

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Une image…une histoire : L’esprit de Noël (1/3)

houx

Photo d’auteur inconnu

*

Il ne comprenait pas pourquoi il était tellement énervé depuis quelques temps. Le travail était plutôt moins prenant, la météo était plutôt clémente, les finances en hausse, et sa sœur ne l’avait pas appelé depuis longtemps avec ses jérémiades habituelles. Et pourtant, plus les jours passaient, plus il s’énervait pour chaque détail et l’ambiance devenait de plus en plus pesante pour ses collègues de travail.

Ce matin-là, Françoise, sa collègue de bureau finit par craquer:

  • Pierre, si vous continuez comme ça, je change de bureau ! Je ne sais pas ce que vous couvez, mais il faudrait que vous alliez consulter avant que je…
  • Que vous quoi ? répliqua Pierre sèchement sans la regarder.
  • Que je perde mon sang-froid ! Dit-elle en prenant son dossier sous le bras, avant de quitter la pièce en claquant la porte.

C’était chaque fois la même chose, cette fille n’avait aucune patience !

Il prit son déjeuner et décida d’aller le manger dans le parc. Le fait qu’il gèle n’avait pas d’importance, du moment qu’il allait pouvoir s’aérer ailleurs. L’atmosphère ici devenait trop lourde. Et dire que ce soir, il y aurait « l’apéritif de Noël » au bureau. Il n’avait aucune envie de faire des heures supplémentaires pour manger quatre petits fours et sourire à la cantonade.

Noël… pfff…

Il n’en n’avait plus rien à faire de Noël. Depuis que pour le Noël de ses six ans, sa sœur avait ri de lui en lui expliquant que le Père Noël était une arnaque inventée par les parents pour obliger les enfants à être sages toute l’année…

Ce jour-là, il s’en souvenait comme si c’était hier. Il avait eu l’impression que le ciel lui tombait sur la tête, que le sapin avait perdu toutes ses aiguilles d’un seul coup, et que l’enfant de la crèche était le roi des menteurs. Lorsqu’il vit sa mère placer sous le sapin un verre de lait et un sablé de Noël en disant que le Père Noël aurait besoin de forces pour finir sa tournée, il avait été horrifié qu’elle puisse participer ainsi au mensonge, et était parti en pleurant dans sa chambre. Cette année-là rien n’avait pu le consoler, ni les explications embarrassées de sa mère, ni les cadeaux, ni la neige arrivée le soir du réveillon et qu’il adorait pourtant. Ce jour-là, on lui avait volé son enfance.

Depuis, la vie s’était chargée de lui faire perdre peu à peu le reste de ses illusions. Celles qu’il avait nourries des contes de son enfance, ses illusions sur les amitiés adolescentes, sur les histoires d’amour, sur l’équité au travail, sur l’honnêteté. Enfin, sur tout !

Et il faudrait qu’il ne soit pas énervé ! Cette vie était un leurre, où qu’il se tourne, tout n’était que déception et illusion. Ce monde n’était qu’hostilité, violence et mensonge. Il savait bien ce qui l’énervait, c’était Noël, le jour où l’on feint de croire que le monde changera, que l’espoir gagnera.

Le jour où on célèbre le mensonge tout autour du monde !

Il avançait en maugréant, en frappant du pied les amas de feuilles sur le trottoir, le visage fermé et les yeux braqués sur le bout de ses chaussures. Plusieurs passants se retournèrent sur lui, le regard hostile. Il s’en fichait totalement. S’ils n’étaient pas contents, ils n’avaient qu’à regarder ailleurs. Il arriva aux portes du parc et se fraya un chemin au milieu d’un groupe d’adolescents qui plaisantaient affublés de bonnets de Père Noël. Il les ignora et poursuivit son chemin à grandes enjambées jusqu’au bord du lac où il se laissa tomber  sur le premier banc libre. Il allait pouvoir déguster tranquillement son sandwich sans que personne ne vienne l’ennuyer. Il jeta un coup d’œil autour de lui, à part quelques canards, il n’y avait pas grand monde dans la parc. Un peu plus loin, les marchands du temple avaient élu domicile, ces fleuristes ambulants et autres vendeurs à la sauvette qui proposaient aux promeneurs des décorations pailletées d’étoiles factices et de colifichets fabriqués à Taïwan. Il tourna la tête vers le lac pour ne pas les voir, lorsqu’une vieille femme portant une boîte en carton contenant des petits bouquets de houx, vint s’asseoir à côté de lui. Il la dévisagea, un peu contrarié. Elle aurait pu trouver un autre banc, pour une fois qu’il avait la paix !

Il sortit son déjeuner et commença à déplier l’emballage de son sandwich sous le regard de sa voisine. Il sentait son regard peser sur lui, ce qui le rendait mal à l’aise. Il se demandait si cette femme avait déjeuné et ce qu’elle faisait là. Il l’observa à la dérobée, elle avait entrepris de disposer en épi ses petits bouquets à l’intérieur de la boîte pour tenter de la refermer sans les  écraser. Quand elle eut terminé, elle se tourna vers lui de nouveau, fixant son sandwich d’un air d’envie. Pierre sentant monter son agacement, interrompit son repas et lui demanda d’un ton peu affable si elle avait déjeuné. La vieille femme sourit, et lui répondit qu’à son âge, on avait plus besoin de manger tous les jours. Pierre, se demandant si cette réponse ironique était une boutade, leva enfin les yeux vers elle. Il fut subjugué par son regard mêlant une grande douceur et une volonté de fer. Il resta muet, soudain intimidé, ne sachant plus comment poursuivre la conversation. Elle se contenta d’accentuer son sourire, détourna le regard et se plongea dans la contemplation de la surface du lac. N’y tenant plus, Pierre partagea son sandwich et lui tendit la moitié intacte, en disant :

  • Tenez, si vous vouliez m’aider à finir ça m’arrangerait. Je crois que je n’ai plus faim. J’espère que cela vous plaira, poursuivit-il en se levant pour reprendre sa promenade.

La vieille femme sourit de plus belle en regardant le sandwich posé dans sa main. Elle posa la main sur sa manche pour l’arrêter en disant :

  • Ne filez pas si vite, je veux vous remercier. Attendez une minute. Tenez c’est pour vous, dit -elle en lui tendant un de ses bouquets de houx entouré d’un ruban écossais.
  • Je vous remercie répondit Pierre sèchement, mais gardez votre bouquet, je ne suis pas très doué avec les fleurs.  Et en plus, je dois retourner au bureau, conclut-il comme pour atténuer son refus.

Elle le regardait fixement sans se départir de son sourire, et ajouta :

  • En effet, vous ne semblez pas très doué avec les fleurs. Ce petit bouquet étant composé uniquement de feuilles et de fruits, je pense que vous parviendrez à vous en occuper pour qu’il ne sèche pas avant la fin de l’année. Il vous suffira de le mettre dans un verre d’eau. Je vous l’offre pour qu’il vous porte chance, ce genre de cadeau sincère ne se refuse pas.

Le ton était plutôt autoritaire, appuyé d’un regard insistant et Pierre n’osa pas refuser une seconde fois. Il tendit la main vers celle de la femme qui ajouta en lui tendant le petit bouquet:

  • Savoir accepter un cadeau est une manière de faire plaisir, autant que de savoir donner. Beaucoup de gens ont oublié cela. Peu importe d’où vient le cadeau, qu’il soit rare ou cher ou insignifiant. Ce qui compte dans un cadeau, c’est la sincérité avec laquelle on le donne, et celle en retour avec laquelle on reçoit. Ce qui est important dans un cadeau, c’est l’échange d’amour qu’il représente. Peu importe que le cadeau soit maladroit ou très recherché, la seule chose qu’il représente est cet échange d’amour. C’est cela la magie de Noël. Trop de gens l’ont oubliée.

Pierre baissa les yeux et serra les dents. Il ne voulait pas se lancer dans une discussion sans fin avec cette inconnue. Pour lui la magie de Noël avait disparu le jour de ses six ans, par la brutalité de sa sœur, et il ne voulait pas revenir là-dessus. Il grommela un « merci » presque inaudible et tourna les talons, lorsqu’il entendit la voix de la femme derrière lui qui murmurait :

  • Les gens qui dénigrent la magie de Noël sont ceux qui ont perdu leur âme d’enfant, et ils en sont bien malheureux. Elle se montre seulement à ceux qui y croient. Il faut parfois réapprendre à écouter son cœur et ouvrir les yeux pour qu’elle accepte d’entrer dans une maison…

Il n’allait pas écouter les divagations de cette femme plus longtemps. Il avança sur le chemin, lorsqu’il entendit tomber un objet. Il se retourna, la vieille femme avait disparu. Balayant le jardin du regard, il ne la vit nulle part. La surface du lac était étale. Aucune trace de cette femme aux alentours. Elle semblait ne jamais avoir existé, et Pierre aurait douté de la réalité de cette rencontre s’il n’y avait cette boîte de carton restée sur le banc. Il rebroussa chemin et s’en approcha, le couvercle avait disparu et elle était vide.

–>  A suivre <–