Photos du jour : Course du Vendée-Va’a

« Ses fluctuat nec mergitur

C’était pas de la littérature ,

N’en déplaise aux jeteurs de sorts,

aux jeteurs de sorts,

Son capitaine et ses matelots

N’étaient pas des enfants d’salauds,

Mais des amis franco de port,

Des copains d’abord.

Georges Brassens (les copains d’abord)

Photo M.Christine Grimard

En mai, au départ des sables d’olonne, la course Vendée-Va’a attire les regards et les encouragements. Le chenal de sortie du port, celui d’où s’élance les concurrents du célèbre Vendée-Globe, voit passer les pirogues d’inspiration polynésiennes qui vont affronter le courant dès le franchissement du phare.

Photo M.Christine Grimard

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En cette journée fraîche de Mai, les rouleaux sont impressionnants pour des équipiers pagayant au ras des flots. Le vent du Nord a découragé certains spectateurs mais ceux qui sont là, donnent de la voix.

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Photo M. Christine Grimard

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C’est l’heure où les pêcheurs rentrent, ayant déposé leurs filets, et relevé leurs casiers, escortés par des goélands fripons qui savent qu’ils trouveront à leur bord, un déjeuner gratuit sans de fatiguer à le pêcher !

Ne sentez-vous pas ce parfum de varech ?

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Un été en bandoulière (10)

« Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents…tous ceux qui voient les choses différemment, qui ne respectent pas les règles. Vous pouvez les admirer ou les désapprouver, les glorifier ou les dénigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils créent, ils inspirent. Ils font avancer l’humanité.  »
Jack Kerouac

Photo mcgrimard

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J’ai parcouru toute la terre

J’ai survolé toute la mer

J’ai exploré les contrées les plus reculées

J’ai découvert les secrets les mieux gardés

J’ai gouté aux fruits les mieux défendus

J’ai apprécié les plats les plus raffinés

Mais j’ai gardé ma liberté

~ ~

Je te raconterai l’océan

Et ses noces avec le vent

Je te raconterai les tempêtes tropicales

Les vagues scélérates que les marins redoutent

Je te raconterai les tornades boréales

Les glaces australes et les roses de sables

~ ~ ~

Je te raconterai la vie d’ailleurs

Les regards que tu ne croiseras jamais

Je te raconterai la vie sans toi

L’absence que rien ne vient combler

Ni les aubes orientales

Ni les crépuscules occidentaux

Je te raconterai l’ennui sans toi

~ ~ ~ ~

Et tu comprendras

Pourquoi

Malgré l’immensité

Promise

Malgré la liberté

Goûtée

Je suis revenu

À toi

~ ~ ~ ~ ~ ~

Vases communicants de Septembre : de l’océan

Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de lire le texte que j’avais écrit pour les Vases communicants de septembre, je le publie de nouveau ce matin et remercie une nouvelle fois Françoise Renaud d’avoir été à l’initiative de cet échange très agréable autour de la mer.

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vasoco sept

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Ce matin l’air a un goût saumâtre.

Ou peut-être n’est-ce que mon état d’esprit du jour…

Le vent d’ouest laisse sur mes lèvres un goût amer, un goût de rentrée !

Dernier matin ; j’ai rangé la maison, nettoyé le réfrigérateur, remisé les fauteuils de jardin, vérifié l’irrigation des hortensias, bouclé les valises.

Avant de fermer les volets sur la saison achevée, j’irai faire un dernier tour sur la falaise histoire de regarder la mer danser, histoire de ne pas oublier les heures dorées de cet été envolé.

Je sais qu’il sera là, m’attendant comme chaque matin au bord de la falaise.

Je sais qu’il me verra approcher de son regard latéral et qu’au dernier moment il poussera un cri strident pour me signifier de ne pas franchir la limite qu’il a choisi pour nos échanges.

Je m’arrêterai tout au bord du sentier et l’écouterai en silence.

Il me racontera le parfum des embruns mêlés de résine de pin, le bruit des galets glissant sous l’écume, la chanson secrète des coquillages nacrés.

Je lui dirai le sourire que l’océan dessine sur le visage des enfants, la caresse que le vent distille dans les cheveux de ma fille, le frisson du sable ondulant entre mes orteils lorsque la vague se retire.

Il m’aidera à me souvenir du temps sucré des jours de liberté.

Et quand la brume se lèvera sur la mer, je prendrai la route.

Je laisserai les kilomètres défiler et mon esprit vagabonder sur ce rivage blond.

Il me restera quelques nuits pour rêver, à plat-ventre sur le sable, le menton sur les paumes, les cheveux ondulant sous le vent en phase avec les graminées de la dune.

Il suffira de ne pas se réveiller, pas encore, pas tout de suite.

Sur ce matin de rentrée…

                                                                            Photo Françoise Renaud       

Texte M.Christine Grimard    

 

 

 

Poème : Glissade

  
Photo M.Christine Grimard

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Il Glisse 

En douceur et sans bruit 

Le jeune goéland

Pas le moindre clapotis 

Rien qui ne le trahisse

Pas même le vent

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Impassible 

Immobile 

Pas une plume ne dépasse 

Juste un trait, une trace 

Dans le silence 

Du matin qui danse 

Il avance 

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Et je l’admire 

Et je l’envie 

Et je l’aime 

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Poème : Rêve au vent fripon

aout 2015 4 143

Photo M. Christine Grimard

 

*

Sous mes paupières closes

Dansent des tâches de soleil

Le ciel tout entier déborde

D’un torrent pastel

Parsemé d’encre et d’étincelles

La nuit efface le temps

Les murs de la chambre

S’envolent au large

Et les nuages nagent

Au vent fripon

Qui gonfle les voiles

Et fait briller les étoiles

*

Mon enfant

Laisse aller le temps

Laisse pleurer le sang

Oublie ce corps si lourd

Cours

Suis le goéland

Sous le vent…

*

Oh mais il s’est caché

Quelque chose l’a effrayé !

C’est le réveil qui a sonné

Mon enfant, il faut te lever

Ce matin c’est la rentrée !

*

Ne t’inquiète pas

Il t’attendra

Et ce soir tu le retrouveras

 Là-bas

Sur l’estran

Sous le vent !

*

Confessions Intimes 3: Johanna

Photo M Ch Grimard

Je vous entends d’ici :

Regarde, c’est lui, c’est Jonathan ! Regarde il s’en va tout au bout du ciel, sur les ailes du rêve…
Et même si vous ne l’avez pas dit, je vous ai entendu le penser.

Vous ne faites pas exception. J’ai dejà entendu cette litanie tellement de fois.

J’étais déjà présente quand cette histoire de goéland a commencé.

Vous ne me croyez pas ?

Alors parlons-en !

Dites-moi un peu pourquoi tous les goélands se nommeraient-ils « Jonathan » ?

Et pourquoi seraient-ils « perdus dans un ciel peint » comme le chantait cet homme, ce Neil que je n’ai jamais vu venir sur mon rivage ?

Mon ciel à moi est plus beau que s’il était peint. Regardez ce bleu, et admirez-le. Quel peintre aurait assez de talent pour rendre toutes les nuances de ce bleu et le saupoudrer de ce léger voile de brume, si délicat ?

Que disait-il aussi dans cette chanson… « Ce ciel où les nuages sont suspendus pour les yeux des poètes ? »

Les nuages seraient là pour les poètes ?  Quelle ineptie !

Les nuages ne sont là que pour le plaisir des goélands, pour qu’ils se laissent lisser les plumes par leurs doigts fins et mousseux lorsqu’ils s’élèvent au plus haut du ciel, et pour qu’ils sentent leur caresse  voluptueuse les freiner quand ils retombent en piqué vertigineux jusqu’au ras des vagues, en retenant leur souffle.

Personne ne peut imaginer ce plaisir-là.

Personne d’autre qu’un goéland.

Surtout pas un humain, collé au sol, lourdaud et bedonnant, incapable de déployer ses ailes, incapable même de s’imaginer planer en silence. Ils ont bien essayé, je les ai vu. Ils sont comiques, bardés de tout un tas de matériel rutilant, produisant un bruit assourdissant juste pour avancer. Aucun d’eux n’a été capable de planer sur les ailes du vent, en vol stationnaire, juste pour observer les poissons qui dérivent sur la crête des vagues. Aucun d’eux ne peut s’arrêter d’avancer, juste pour respirer. S’ils s’arrêtent, ils tombent !

Et ils veulent m’imiter … laissez-moi rire !

Depuis des siècles, ils essayent. En vain…

 

Lorsque l’un d’eux a voulu faire ce film sur nous, j’étais là. Il parlait très fort, assis à la terrasse d’un café avec plusieurs de ses semblables. Il décrivait ce que son oiseau imaginaire devrait faire devant sa caméra. C’était comique, et déconcertant, tant ses idées étaient éloignées de notre quotidien. J’avais bien compris qu’il s’agissait d’un poète, rêveur et illuminé, comme il se doit. Enfin, j’ai tenté de lui remettre les idées en place et allant marcher devant lui. J’ai paradé, plusieurs fois, de long en large, devant leur table. Ils ont fini par remarquer mon manège, et il a décidé qu’il lui fallait un goéland qui me ressemble pour son film, et qu’il me nommerait Jonathan. Il a continué à parler, à parler…

Alors j’ai lâché prise. Il n’y aurait pas eu moyen de lui faire entendre raison. Je ne lui ai même pas expliqué que je n’étais pas Jonathan, mais Johanna … de toute manière, il ne m’aurait pas crue.

Puis, quand son acolyte a commencé à chanter la chanson qu’il écrivait pour ce film, j’ai tendu l’oreille:

« Là, sur une côte lointaine

Sur les ailes des rêves

Par la porte ouverte

Tu pourras faire sa connaissance

Si tu peux… »

J’ai pensé qu’il n’était pas près de comprendre comment faire réellement notre connaissance. Mais, je lui ai souhaité d’y parvenir, puisqu’il semblait en avoir tellement envie.

Cela pourrait arriver, comme me l’avait expliqué un jour le vieux Charlie. Il était juge lorsqu’il était humain. Il a dit que lorsqu’un humain rêve très fort de ce qu’il désire, parfois, il parvient à le réaliser dans une de ses vies futures. C’est ce qui lui est arrivé et c’est comme ça qu’il est venu vivre avec nous sur le Rocher du Phare. J’aime bien le vieux Charlie, il me fait découvrir des mondes et il connaît si bien les humains. Il me donnerait presque envie d’en devenir un, un jour.

Alors, quand le vent d’Ouest a tourné,  c’est le vœu que j’ai fait pour ce pauvre cinéaste ; ça devrait marcher…

La fin de sa chanson me plaisait un peu plus, et je suis restée là, sur le bord du toit, pour l’écouter jusqu’au bout.

« Sois…

… Chante

Comme une chanson cherche une voix en silence

Et le dieu soleil te montrera la route .. »

Voilà, enfin des paroles qui me correspondaient.

Exister, vivre dans le vent, chanter en silence dans le couchant, flotter sur les courants ascendants et se laisser tomber en vrille, puis se relever juste à temps pour éviter les gerbes d’écumes…

Et laisser ce dieu Soleil éclairer mon chemin jusqu’au bout de l’océan…

Enfin, ils m’avaient compris, alors je suis partie tranquille pour m’envoler tout là-bas, vers l’ouest.

 

Photo et texte : Marie-Christine Grimard

(NB : L’océan, l’estran, les oiseaux de mer en général, et les goélands en particulier, sont un de mes sujets de prédilection. Ce texte, étant inspiré très librement du Film « Jonathan Livingston », et des paroles de chanson de la bande originale « Be », j’espère que les inconditionnels de ce film, dont je fais partie, et les fans de Neil Diamond, ne m’en voudront pas pour cette interprétation légèrement fantaisiste … quoi que !)

Photo du jour: glisser sur la lumière

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J’attends qu’ils arrivent.

C’est l’heure où ils reviennent, les cales chargées de friandises et de surprises.

Il en reste toujours un peu pour moi.

Quelques anchois.

Quelques solettes.

Quelques ablettes.

En attendant, je me laisse glisser dans cette lumière.

Ça scintille et ça chatouille.

J’en ai les ailes frémissantes.

J’en ai les pattes frissonnantes.

Ils ne savent pas.

Ils n’ont jamais essayé.

Ils n’ont jamais laissé leur ventre glisser tout doucement dans ces vaguelettes d’étincelles, aussi caressantes qu’un nuage de vent.

Ils n’ont jamais goûté aux délices des goélands.

Ils ne sont que des Corps sans ailes ces pauvres humains…