Un petit air d’hiver (3) : Ice touch

« Il est des parcelles de lieux où l’âme rare subitement exulte.

Alentour ce n’est qu’espace indifférent.

Du sol glacé elle s’élève, déploie tel un chant sa fourrure, pour protéger ce qui la bouleverse, l’ôter de la vue du froid. »

Commune présence (1964)

René Char
*

 

 

Photo M.Christine Grimard

*

Dentelles

Sinueuses insinuées

Entre les lignes de nos vies

Coulant leurs ongles de cristal

Au long de nos échines fragiles de corail

Nous plongeant peu à peu dans un rêve glacial

Ferrant d’argent leurs pièges de métal

Nageant dans le mystère de l’infini

Jusqu’à nos matins blêmes

En rêvant de lumière

Immortelle

*

 

 

 

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Photo du jour : Fleurs de givre 

« Les vases ont des fleurs de givre,

– Sous la charmille aux blancs réseaux ;

– Et sur la neige on voit se suivre

– Les pas étoilés des oiseaux. »

Théophile Gautier
*

Photo M.Christine Grimard

**

Départ au petit matin, frissons et tremblements.

La lumière point à peine derrière les charmilles.

La voiture recule et sur le pare-brise, les fleurs de givre écloses durant la nuit, comptent leurs secondes de survie.

Le chauffage ronronne, la soufflerie vrombit.

Dans la lueur des phares, sur fond d’aube bleutée, se découpent les dentelles que la glace a brodées durant la nuit.

J’admire en silence, regrettant presque que cette œuvre éphémère doive bientôt disparaître sous les assauts du chauffage.

Je resterais bien là, sans bouger pour les conserver tant elles sont magnifiquement ouvragées, osant à peine respirer pour ne pas les effrayer…

Tant pis si je suis en retard.

Mais elles commencent à fondre !

Vite : une photo pour en garder le souvenir, et le déguster aux temps chauds.

Le portable, finalement, ça a du bon, quand on s’en sert autrement que pour téléphoner !

***

 

Photo du jour : Jour givré 

« Les vases ont des fleurs de givre,

Sous la charmille aux blancs réseaux;

Et sur la neige on voit se suivre

Les pas étoilés des oiseaux. »

Théophile Gautier
*

 

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Photo M.Christine Grimard

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Temps de givre, temps de froid

Du matin au soir et du soir au matin

Les cristaux argentés s’accrochent aux branches

Et les arbres pour un temps prennent des airs de vieille marquises poudrées

***

Janvier et février s’affrontent pour le titre

Très convoité de « Roi de la Glace »

Gageons qu’ils seront à égalité cette année

La pluie verglaçante, leur cousine nordique, apportera sa contribution pour vernir le tableau.

****

Transie par cette humidité glacée

Je regarde frissonner la chevelure argentée du saule tortueux

Qui tortille ses branches torturées par le gel.

Je ne peux m’empêcher d’admirer la main de l’artiste qui a fignolé cette œuvre,

Patiemment, fil après fil, cristaux après cristaux.

Il a tissé sa toile scintillante, diamant après diamant, étoile après étoile.

*****

Pendant deux mois, les couleurs de la vie seront recouvertes d’une fine poudre de sucre glace

Me donnant l’impression de vivre dans un film en noir et blanc.

Une crème glacée Chocolat-Meringue

C’est savoureux même au cœur de l’hiver !

Photo du jour : un peu de douceur 

 

photo m.christine Grimard

photo m.christine Grimard

Un petit matin de février où le givre a déposé son empreinte sur mon paysage, le jour s’habille de douceur et de silence.

Il suffit d’un peu de poudre blanche pour souligner les détails de ce tableau; voilà que ces quelques arbres si familiers prennent l’allure de ballerines et que je mesure la beauté de ce décor comme si je le voyais pour la première fois.

Ici, il y a encore trente ans, on ne trouvait que des moutons et des champs plats uniformes. Ce tableau a été dessiné de la main de l’homme qui a creusé le petit lac là où il n’y avait qu’un mince filet d’eau, et disséminé quelques bosquets en sentinelle.

Les arbres du premier plan, ont été plantés d’une main de femme, déraisonnable semble-t-il lorsqu’elle est lâchée dans une jardinerie comme dans une librairie… !  (Mais eut égard aux gens plus raisonnables qui m’entourent, je dois reconnaître qu’au bout de trente années de pousse, ils ont pris une ampleur certaine. Cependant je me refuse à choisir entre eux pour « faire de la place », choisit-on entre ses enfants ?).

L’ensemble est enfin sublimé par le travail quotidien d’un orchestrateur naturel hors pair qui soigne ses effets de surprise, et ses entrées. Le spectacle est ainsi renouvelé chaque matin, et je dois dire qu’aujourd’hui il a fait fort !

Pour le remercier, je lui offre un peu de musique ainsi qu’à tous ceux qui viennent s’asseoir un instant devant ce paysage ce matin avec moi.

Un peu de douceur partagée, rester au chaud et écouter Miles, c’est bon. Non ?

Vidéo : Miles David, I fall in love too easily.