Calendrier de l’avent : jour 9

« Les ancêtres m’ont dit:

Ton âme a rêvé bien avant toi.

Ton coeur a entendu la terre. »

Joséphine Bacon,

Bâtons à message

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Photo Marie-Christine grimard

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Parfois

Les mots

N’ont plus

Leur place

Devant tant

De délicatesse

On ne peut que

Se taire et admirer

La parfaite symétrie

De ces dentelles de givre

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❄️❄️❄️

Calendrier de l’avent : chaque jour de décembre, un cadeau derrière la porte. Un geste d’amitié pour celle ou celui qui vient sur cette page, et me donne la joie de lui offrir mes mots.

À demain

Chris

❄️❄️❄️

Un petit air d’hiver (3) : Ice touch

« Il est des parcelles de lieux où l’âme rare subitement exulte.

Alentour ce n’est qu’espace indifférent.

Du sol glacé elle s’élève, déploie tel un chant sa fourrure, pour protéger ce qui la bouleverse, l’ôter de la vue du froid. »

Commune présence (1964)

René Char
*

 

 

Photo M.Christine Grimard

*

Dentelles

Sinueuses insinuées

Entre les lignes de nos vies

Coulant leurs ongles de cristal

Au long de nos échines fragiles de corail

Nous plongeant peu à peu dans un rêve glacial

Ferrant d’argent leurs pièges de métal

Nageant dans le mystère de l’infini

Jusqu’à nos matins blêmes

En rêvant de lumière

Immortelle

*

 

 

 

Photo du jour : Fleurs de givre 

« Les vases ont des fleurs de givre,

– Sous la charmille aux blancs réseaux ;

– Et sur la neige on voit se suivre

– Les pas étoilés des oiseaux. »

Théophile Gautier
*

Photo M.Christine Grimard

**

Départ au petit matin, frissons et tremblements.

La lumière point à peine derrière les charmilles.

La voiture recule et sur le pare-brise, les fleurs de givre écloses durant la nuit, comptent leurs secondes de survie.

Le chauffage ronronne, la soufflerie vrombit.

Dans la lueur des phares, sur fond d’aube bleutée, se découpent les dentelles que la glace a brodées durant la nuit.

J’admire en silence, regrettant presque que cette œuvre éphémère doive bientôt disparaître sous les assauts du chauffage.

Je resterais bien là, sans bouger pour les conserver tant elles sont magnifiquement ouvragées, osant à peine respirer pour ne pas les effrayer…

Tant pis si je suis en retard.

Mais elles commencent à fondre !

Vite : une photo pour en garder le souvenir, et le déguster aux temps chauds.

Le portable, finalement, ça a du bon, quand on s’en sert autrement que pour téléphoner !

***

 

Photo du jour : Jour givré 

« Les vases ont des fleurs de givre,

Sous la charmille aux blancs réseaux;

Et sur la neige on voit se suivre

Les pas étoilés des oiseaux. »

Théophile Gautier
*

 

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Photo M.Christine Grimard

**

Temps de givre, temps de froid

Du matin au soir et du soir au matin

Les cristaux argentés s’accrochent aux branches

Et les arbres pour un temps prennent des airs de vieille marquises poudrées

***

Janvier et février s’affrontent pour le titre

Très convoité de « Roi de la Glace »

Gageons qu’ils seront à égalité cette année

La pluie verglaçante, leur cousine nordique, apportera sa contribution pour vernir le tableau.

****

Transie par cette humidité glacée

Je regarde frissonner la chevelure argentée du saule tortueux

Qui tortille ses branches torturées par le gel.

Je ne peux m’empêcher d’admirer la main de l’artiste qui a fignolé cette œuvre,

Patiemment, fil après fil, cristaux après cristaux.

Il a tissé sa toile scintillante, diamant après diamant, étoile après étoile.

*****

Pendant deux mois, les couleurs de la vie seront recouvertes d’une fine poudre de sucre glace

Me donnant l’impression de vivre dans un film en noir et blanc.

Une crème glacée Chocolat-Meringue

C’est savoureux même au cœur de l’hiver !

Photo du jour : un peu de douceur 

 

photo m.christine Grimard

photo m.christine Grimard

Un petit matin de février où le givre a déposé son empreinte sur mon paysage, le jour s’habille de douceur et de silence.

Il suffit d’un peu de poudre blanche pour souligner les détails de ce tableau; voilà que ces quelques arbres si familiers prennent l’allure de ballerines et que je mesure la beauté de ce décor comme si je le voyais pour la première fois.

Ici, il y a encore trente ans, on ne trouvait que des moutons et des champs plats uniformes. Ce tableau a été dessiné de la main de l’homme qui a creusé le petit lac là où il n’y avait qu’un mince filet d’eau, et disséminé quelques bosquets en sentinelle.

Les arbres du premier plan, ont été plantés d’une main de femme, déraisonnable semble-t-il lorsqu’elle est lâchée dans une jardinerie comme dans une librairie… !  (Mais eut égard aux gens plus raisonnables qui m’entourent, je dois reconnaître qu’au bout de trente années de pousse, ils ont pris une ampleur certaine. Cependant je me refuse à choisir entre eux pour « faire de la place », choisit-on entre ses enfants ?).

L’ensemble est enfin sublimé par le travail quotidien d’un orchestrateur naturel hors pair qui soigne ses effets de surprise, et ses entrées. Le spectacle est ainsi renouvelé chaque matin, et je dois dire qu’aujourd’hui il a fait fort !

Pour le remercier, je lui offre un peu de musique ainsi qu’à tous ceux qui viennent s’asseoir un instant devant ce paysage ce matin avec moi.

Un peu de douceur partagée, rester au chaud et écouter Miles, c’est bon. Non ?

Vidéo : Miles David, I fall in love too easily.

 

Une image…une histoire : Matin de givre (2/2)

 

gel

Photo M. Christine Grimard

 

Sophie traversa prudemment et s’engagea dans le petit chemin caillouteux où avait disparu la jeune femme, puis l’homme en colère.

Elle ne les voyait pas, l’obscurité cédait la place à un pâle soleil, étranglé de brumes glacées.

Elle avança jusqu’au premier tournant,  et s’arrêta lorsqu’elle vit l’homme revenir vers elle. Il avait rebroussé chemin, il lui expliqua, tout essoufflé, qu’il avait perdu la trace de la jeune femme, sans comprendre comment. Le chemin était un cul de sac, conduisant à une ancienne grange en ruines. Il avait fait le tour de la grange dont il ne restait que quatre murs, et n’avait vu personne. Il avait l’air inquiet et apeuré. Sophie jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, s’attendant à voir la jeune femme apparaître, mais ne vit rien bouger. L’homme ajouta:

« Ne restons par là, ça ne sert à rien de se geler ici plus longtemps. Il n’y a personne. Pourtant, vous et moi, nous avons bien vu cette fille, n’est-ce pas ? Je n’y comprends rien ! »

Devant son air égaré, Sophie lui confirma qu’il y avait bien une fille brune aux cheveux longs qui avait traversé juste devant sa voiture, et était partie tranquillement sur ce chemin sans issue.

« Je l’ai bien vue, insista-t-elle, comme je vous vois ! Jetons de nouveau un coup d’œil ensemble, si vous voulez ! »

L’homme semblait soulagé que Sophie confirme que ce qu’il avait vu n’était pas un mirage, il acquiesça.  Ils reprirent le chemin de la grange, appelant la jeune femme, regardant dans les buissons, puis firent le tour du terrain, entrèrent dans les ruines, et n’y trouvèrent qu’une nichée de corbeaux. Dépités, il revinrent vers leurs véhicules en silence. Sophie était perdue dans ses pensées. Elle se demandait où elle avait déjà vu le visage de cette jeune femme. Brisant son silence, l’homme reprit la parole le premier:

« Cette journée partait mal pour moi, et cela se confirme. Je me demande si je ne deviens pas fou… »

Sophie tenta de le réconforter, en posant la main sur son bras, elle dit:

« Dans ce cas, nous somme deux ! J’ai vu cette jeune femme, et vous aussi. Le fait qu’elle ait disparu dans ces fourrés ne change rien à l’affaire. Et je dois être encore plus folle que vous, parce que j’ai eu l’impression de la connaître… »

Il la regarda avec soulagement, hocha la tête et répondit:

« Ça doit être le choc ! En tout cas, je vous remercie de votre aide. Si j’avais été seul, je crois bien que … »

Il laissa sa phrase en suspens, les yeux dans le vide. Puis se retourna vers sa voiture et ajouta:

« Finalement, personne n’est blessé. Il ne faut pas rester là. Si ma voiture veut bien démarrer, je vais essayer de continuer ma route. »

Il serra les mains de Sophie dans les siennes, la salua, puis remonta dans sa voiture, et après quelques secondes d’hésitation,  repartit dans sa direction initiale.

Sophie le suivit des yeux, et l’imita, non sans avoir jeté un coup d’œil vers le chemin de traverse en espérant voir réapparaître la mystérieuse jeune femme. Elle ne vit pas défiler le reste du trajet jusqu’à son bureau, perdue dans ses pensées.

Ce matin-là, c’était l’effervescence au bureau. Elle fut happée par l’ambiance de folie dès son arrivée, et oublia l’incident de la matinée. En début d’après-midi, elle alla faire quelques courses pour sa soirée, puis retourna au bureau pour finir un dossier urgent. Elle avait bouclé sa journée dans les temps et s’en félicitait, elle pourrait profiter de sa soirée avec ses amis sans arrière-pensée. Au moment de quitter la pièce, elle avisa le tas de courrier qu’elle n’avait pas touché depuis le matin. Il y avait plusieurs réponses à ses invitations, il était temps ! Elle sourit en les ouvrant, la plupart des réponses étaient positives. Ils seraient finalement nombreux à venir, la soirée serait joyeuse ! Quel bonheur.

La dernière lettre était manuscrite, mais elle n’en reconnut pas l’écriture. C’était la mère de son amie Céline qui répondait à son invitation à la place de sa fille. Sophie fut déçue en lisant les premières lignes lui annonçant l’absence de son amie, à sa fête d’anniversaire. Suivait un paragraphe décrivant la vie de Céline depuis qu’elles s’étaient quittées sur le banc de l’université. Sophie fut heureuse d’apprendre la réussite professionnelle de son amie qui avait passé quelques années au Canada avant de revenir en France et d’intégrer un poste important dans une filiale de la firme canadienne, il y a quelques mois. Elle ne comprenait pas pourquoi Sophie n’avait pas pris la peine de lui répondre elle-même, lorsqu’elle fut interrompue par un appel téléphonique.

Tout en répondant, elle jouait distraitement avec l’enveloppe, lorsqu’une photo s’en échappa et tomba sur le sol. En raccrochant le combiné, elle se pencha et resta en arrêt devant l’image qui était sur le sol. C’était le portrait de la jeune femme qu’elle avait vue traverser devant sa voiture, le matin-même !

Elle reprit la lettre et lut fébrilement la seconde page, la gorge nouée.

Elle ne sut pas combien de temps elle resta sur sa chaise, effondrée, laissant ses larmes inonder ses joues, incapable de se lever.

Puis elle trouva la force de relire la fin de la lettre, comme pour s’en imprégner.

« Céline, ma magnifique enfant, est depuis deux mois, allongée sur un lit d’hôpital. Les médecins pensent que son cerveau est détruit, mais moi je sais qu’il n’en est rien. Je sais qu’elle est toujours là et qu’elle pense à ceux qu’elle aime. Certaines nuits, je rêve que nous parcourons ces chemins où elle aimait tant se promener enfant. J’aimerais que tu puisse venir lui rendre visite, qu’elle sente que nous attendons son retour.

Je ne peux oublier ce matin-là, lorsque les gendarmes m’ont appelé pour me dire qu’elle avait été renversée par cette voiture, et qu’on avait retrouvé son corps sur l’accotement. Mais que par miracle, elle était seulement dans le coma. Seulement dans le coma !

Depuis, deux mois, rien n’a changé, mais je garde espoir que notre amour l’aidera à choisir la meilleure issue pour elle. Je serais heureuse de te revoir auprès d’elle.. »

 

fin