Atelier d’écriture : Franchir les neuf portes

Voici le texte que le dernier  atelier d’écriture de François Bon sur le tiers-livre  m’a inspiré.

Il s’agissait de franchir neufs portes en laissant son imagination vagabonder, selon la sensibilité de chacun, en un seul paragraphe dont les seules respirations étaient des points-virgules. Le choix de ce thème était inspiré par l’œuvre de Georges Perec. Il m’a semblé difficile d’être à la hauteur de la tâche et des autres contributeurs habituels, mais j’ai tenté ma chance avec ce petit texte, que François Bon a eu l’indulgence et la gentillesse d’accepter.

Je vous laisse découvrir les autres contributions avec le lien ci-dessus, mais j’ai aimé l’aventure que ce petit garçon m’a racontée et je vous la transmets…

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La porte du jardin s’ouvre devant un corridor sans fin, il est si petit que sa tête n’atteint même pas la poignée, tant pis, il la laissera ouverte ; la porte de sa chambre est tout en haut de l’escalier, mais ses jambes qui ont trop couru n’accepteront pas de le porter sur tant de marches ; la porte du salon est trop loin, derrière elle son père commente les nouvelles à mesure que le journal lui raconte les guerres du monde, sa voix tonitrue plus fort que les canons qui s’étalent à la une ; la porte de la salle de jeux est si loin, tout au bout du fleuve du corridor où dorment des alligators qui le happeront s’il s’approche de leur cachette ; la porte de la cave claque et son battement cadencé suit les soubresauts de son cœur affolé, la maison est pleine de courants d’air, courses de korrigans, marathons de trolls invisibles qui attendent qu’il se décide à passer pour le dévorer en guise de déjeuner ; la porte de la cuisine est restée entrouverte, laissant passer le fumet de ce que maman a laissé mijoter toute la nuit, aux arômes de cannelles ou de civet, il ne préfère pas choisir et continue sa route ; la porte de la chambre de sa mère ne se ferme jamais pour lui, tout près de la fenêtre elle rêve à l’oiseau qui passe et chantonne cet air si doux qui le berce ; la porte de la salle de bain s’ouvre sur sa sœur qui passe sans le voir, le nez dans un livre tout de noir jaquetté où des yeux de feu le regardent, il se cache dans le placard de l’entrée ; mais la porte du placard qui était la plus vorace sous ses airs de cabinet secret, se referme sur lui et il s’endort sans cannelle et sans civet…

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Photo M. Christine Grimard

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