I am girl 

Une parenthèse, un billet différent de ceux que je poste habituellement.

Je suis fille, femme.

Ce matin, je m’arrête un instant sur la condition de « femme » dans ce monde.

Un monde déboussolé, décérébré, qui reproduit à l’infini les mêmes erreurs, depuis la nuit des temps.

Prendra-t-il enfin conscience qu’en  continuant à catégoriser comme inférieure,  la moitié de l’humanité de cette manière, la violence n’a aucune chance de disparaître, puisqu’elle est devenue « normale ». Il est normal qu’une femme soit un objet, un faire-valoir, une source de plaisir, un pourvoyeur de confort pour ses maris, frères, pères, enfants. Il est normal qu’on lui impose sa volonté, ses mœurs, ses lois, ses habits puisque c’est un être plus faible physiquement et plus vulnérable. Il est normal qu’elle obéisse et se taise.

Ceci fait le lit des abus et des violences faites aux femmes dans toutes les « civilisations » mal nommées et dans de plus en plus de nations, ceci sous couvert de religions monstrueusement détournées au profit des seuls hommes.

Dans nos pays occidentaux, pensons à la manière dont les filles sont traitées depuis l’enfance et à ce qui devient « la normalité » dans l’esprit  des garçons qui deviendront des hommes.

J’ai élevé mes garçons dans le respect des femmes et j’espère qu’ils apprendront à leurs fils à se conduire en homme, c’est à dire à préserver en toutes circonstances    l’amour et le respect des femmes de leur vie.

En illustration, ce film qui mériterait de faire le tout de la terre

Dear daddy I will born girl

Take care of me

Les filles de la lune ( Partie 26)

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Lorsque la servante vit que Luna approchait la lame chauffée à blanc du ventre du cadavre, elle eut un malaise et tomba dans la ruelle du lit. Luna ne fit pas un geste pour la secourir, le temps était compté, et il était préférable qu’elle ne se rende compte de rien. Quelques minutes plus tard, elle avait délivré les deux enfants de leur prison mortuaire, mais ils semblaient inertes. Elle recouvrit le cadavre pour cacher la plaie béante à la servante, et s’occupa des enfants. Tout en les massant tour à tour pour les réchauffer, elle leur parlait doucement, les appelant vers la vie. La servante reprit connaissance et se releva en se tenant la tête. Luna lui demanda de l’aider mais elle n’osait s’approcher et regardait tour à tour la silhouette cadavérique de la maman, et les petits corps gris et inertes des enfants, d’un air terrifié. Il fallut plusieurs minutes avant que le premier bébé ne crie, emplissant ses poumons d’air, et ce fut le signal qui décida la servante à bouger. Elle prit l’enfant que lui tendait Luna et l’emmaillota, puis le garda contre elle pour le réchauffer, pendant que Luna se battait avec la mort, pour son frère. Après de longues minutes, Luna commençait à désespérer, quand il poussa un faible cri suivit d’un énorme soupir. Luna continua de le masser pour l’aider à respirer, puis le prit contre elle en l’encourageant :

  • Oui, oui, mon enfant, respire, la vie arrive, la vie vient… respire, respire !

Le petit homme hurla si fort que les deux femmes se regardèrent en souriant, des larmes plein les yeux. La servante s’approcha de Luna, lui posa la main sur l’épaule et lui dit :

  • Ta magie a sauvé la vie de ces enfants, mais ne pouvait sauver celle de leur mère. Je l’avais élevée quand sa mère est morte dans les mêmes circonstances qu’elle, il y a quinze ans. Je savais que cette naissance signerait sa fin. Même ta magie noire ne pouvait aller contre cette malédiction. Aucun mage n’est plus fort que la mort. Mais ses enfants seront robustes et la vie reviendra dans cette maison avec eux.

Luna tentant de dissuader la vieille femme, répondit :

  • Tu te trompes, je ne pratique pas la magie, et je ne me bats pas contre la mort, mais seulement pour la vie, et contre la souffrance. Je n’aurais pas pu sauver la vie de cette jeune femme, trop frêle pour porter ces enfants. Je n’ai pu que réduire la souffrance de sa fin. J’ai aidé ses enfants à vivre, mais sans ton aide, je n’aurais pas pu y arriver.
  • Je n’ai rien fait pour t’aider, je ne veux pas savoir ce que tu as fait, ni à quel démon tu as demandé de l’aide. J’élèverai ces enfants, comme je l’ai fait avec leur mère. Je ne veux rien savoir de plus. Je tiens au salut de mon âme.
  • Tu sais que ce qui s’est passé ici est simplement l’œuvre de la nature.
  • Je ne crois pas non. La nature emporte les femmes qui n’ont pas la force de mettre leur enfant au monde, et leurs enfants avec elle. La nature ne donne pas la vie aux enfants d’une morte. Alors ne me dis pas que la nature a mis au monde ces enfants.

Luna finit d’emmailloter le second bébé et le plaça dans le berceau où était déjà endormi son frère. Ils se lovèrent l’un contre l’autre, apaisés par la chaleur de leurs langes serrés.

  • La vie prend parfois des chemins détournés. Mais rien n’est plus beau que la vie, dit-elle.

La servante s’approcha du berceau, attendrie malgré elle.

A cet instant, Tristan entra dans la chambre suivi des deux curés de la paroisse en grande tenue mortuaire, du diacre et de ses quatre enfants de chœur, venus pour donner l’extrême onction à la jeune mère et à son enfant.

Son regard alla des deux femmes penchées vers le berceau, au corps de sa fille recouvert de son drap sanglant sur le lit. Il se raidit et pâlit encore plus, et se précipita vers le berceau où il resta figé et muet devant ses petits-enfants, les yeux écarquillés. Le prêtre le suivit et se signa en voyant les nouveau-nés.

  • Dieu a-t-il permis pareil miracle ? Ne m’as-tu pas dit que ta fille avait rendu son âme à Dieu quand tu es venu me chercher ? demanda-t-il à Tristan.
  • C’est ce que j’ai dit, en effet, parvint à articuler faiblement Tristan.
  • Comment a-t-elle pu mettre au monde ces enfants, alors ? Qui a changé le dessein de Dieu, ici ? poursuivit le prêtre en pointant un doigt accusateur vers les femmes.
  • J’ai aidé la vie à trouver son chemin, répondit Luna en fixant le prêtre. J’ai fait ce pourquoi j’étais venue.
  • Tu as détourné la volonté de Dieu, insista le prêtre. De qui tiens-tu ton pouvoir, sinon du maître de l’enfer lui-même, qui se croit plus fort que Dieu ?
  • Je n’ai aucun pouvoir, répondit Luna. Qui serait assez fou pour se croire plus fort que Dieu ? Pas moi, bien sûr ! Mais il est possible que Dieu ait utilisé mes mains pour accomplir son dessein.
  • Tu blasphèmes ! cria le curé. Cette femme blasphème, dit-il en regardant ses compagnons. Elle doit être conduite devant le tribunal de Dieu !

Le diacre attrapa le bras de Luna et la força à s’agenouiller.

Tristan, prostré, ne sachant plus vers qui trouver son salut, ne protesta pas. Il se contenta de s’assoir dans le coin de la pièce, pendant que le prêtre allait bénir le corps de sa fille.

Quand la cérémonie macabre fut achevée, les hommes quittèrent la pièce, sans un mot de plus, entraînant Luna à leur suite, sans que Tristan ni la servante ne prononcent un seul mot.

A suivre …

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Les Filles de la Lune (partie 21)

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Les années passèrent, la peste qui avait ravagé la province, avait miraculeusement épargné le village. Le curé en attribuait le mérite aux messes quotidiennes qu’il avait dites. Les villageois n’osaient penser que c’était les brassées de plantes que Luna leur avait fait brûler chaque semaine, dans chaque maison, qui les avait protégés. Curieusement depuis, il n’y avait plus de rat dans le village, l’odeur de la menthe sèche brûlée les avait fait fuir dans la forêt et les chasseurs avait raconté que des hordes de Loups errants s’étaient chargés d’eux.

Lisa était devenue une belle jeune femme, elle avait uni sa vie à Lancelin, fils de Thiébaud et Mathilde. Cette union souhaitée par les deux familles, était dans l’ordre naturel des choses. Luna et Mathilde étaient amies depuis l’enfance, et les particularités de Luna et de Lisa paraissaient naturelles à Mathilde. Tout le village avait participé à la noce, qui coïncida cette année-là avec la fête des moissons. Les occasions de se réjouir n’étaient pas si nombreuses, et la récolte qui s’annonçait abondante alors qu’on sortait d’une période de famine, était une autre raison de laisser éclater sa joie.

L’année suivante, l’arrivée d’un petit Jean couronna leur union, et un an plus tard, Luna eut la joie d’accueillir sa première petite fille, prénommée Hermine. Elle avait poursuivi ses activités de sage-femme, et aida sa fille pour sa délivrance tout naturellement. Mais, les premiers mois de l’enfant furent difficiles, l’hiver étant rigoureux, l’enfant frôla la mort à plusieurs reprises. Luna fit appel à toute l’énergie vitale qui lui restait pour la transmettre à Hermine. Elle se rendit plusieurs fois dans la forêt pour récolter des baies confites par le gel, en faire des emplâtres dont elle enduisait les jambes de l’enfant, pour la réchauffer et activer ses forces vitales. Elle s’épuisait en vain, l’enfant ne reprenait pas de force, elle mangeait très peu et ne grossissait pas. A chaque tétée, le bébé se tordait de douleur et s’endormait épuisée. Lisa ne savait plus quoi faire, se désespérant de n’être pas assez forte pour nourrir son enfant. Luna savait que le problème ne venait pas du lait de sa fille, mais du bébé lui-même. Les onguents dont elle massait le ventre du bébé, et les décoctions qu’elle lui faisait avaler à petites gorgées n’avaient aucune efficacité.

Les choses empirant, le curé se déplaça jusqu’à leur maison, appelé par quelques commères pour bénir l’enfant mourante. Luna se laissa entrer à contrecœur en le fustigeant du regard. Pierre qui connaissait le contentieux entre eux s’interposa avant que les choses ne s’enveniment.

  • Père, que nous vaut votre présence aujourd’hui ?
  • Mon enfant, si Dieu m’envoie, c’est qu’il estime que le malheur est proche. Je vous apporte sa parole pour vous soutenir. Il accueillera votre enfant dans son amour, si vous m’accompagnez de vos prières.
  • Père, l’interrompit Luna exaspérée, ce sont plutôt les commères du village qui vous envoient. Je crois que vos prières sont prématurées. Comment pouvez-vous penser que cela nous soutiendra de vous voir surgir, ainsi drapé dans ces voiles mortuaires ?
  • Dieu utilise toutes les voix pour guider ses enfants vers son chemin, répliqua le curé en fixant Luna. Rien ne sert de s’opposer à son pouvoir.
  • Je ne compte pas m’opposer à son pouvoir, Père répondit Luna en ne baissant pas les yeux. Je compte bien lui demander son aide, aussi. Mais je ne compte pas rester là, les bras croisés à vous regarder prier.

Sur ces dernières paroles, elle prit sa pelisse et sortit dans le froid.

Pierre la regarda s’éloigner, en hochant tristement la tête. Il se retourna vers le prêtre, et ajouta d’un air las.

  • Vous la connaissez, depuis toujours ! Je ne crois pas qu’elle lâche jamais prise, encore moins dans ces circonstances. Elle a aidé tant de gens à vivre ou à mourir. Elle connait si bien les chemins de la souffrance humaine, et les moyens de l’atténuer. Elle ne laissera pas la fille de sa fille souffrir ainsi, ni mourir sans essayer de la soulager.
  • Je crains que cette fois-ci, elle ne doive affronter les limites de sa magie, répondit le prêtre d’un ton sec.
  • Je pense que pour elle la mort n’a jamais été une limite, répliqua Pierre qui sentait la colère monter. Pour vous, non plus, mon père, la mort n’en n’est pas une, puisqu’elle conduit à la vie éternelle. N’est-ce pas ?
  • Sans aucun doute, dit le curé en se demandant ce que voulait insinuer Pierre. Sans aucun doute. Jésus, notre Christ, a sauvé tous les hommes de la mort et nous attend dans la vie éternelle.
  • Nous sommes d’accord, asséna Pierre d’un ton tranchant. Mais le plus tard serait le mieux, dans le cas d’un bébé de deux mois.

Le curé administra l’extrême-onction au bébé qui dormait tranquillement dans les bras de sa mère en larme, sans oser croiser le regard de Lisa. Il salua Pierre et Lancelin qui se tenaient près de la porte, les bras croisés, puis sortit sans prononcer un mot de plus.

Au même instant, Luna, effondrée à genoux, au creux de la forêt demandait à sa Déesse, à sa mère, à Dieu et à tous les saints du paradis d’épargner la vie de sa petite fille. Jamais encore elle n’avait ressenti une telle détresse. L’impression que sa magie et que ses forces lui échappaient, la submergeait. Elle était prête à offrir sa vie pour que la providence épargne celle de l’enfant. Elle détacha la statuette de son cou et la posa à terre, sur un lit de fougères. La nuit ne tarderait pas à tomber, mais les nuages étaient nombreux et cacheraient la lune. Elle ne savait plus si elle attendait l’aide du ciel ou de la terre. Elle ne savait plus rien, tant son chagrin était fort.

Elle posa la tête sur le sol encore gelé, et s’endormit, épuisée par ces mois d’inquiétude.

A suivre …

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Les Filles de la Lune ( Partie 20)

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Lisa grandissait, prenant une part de plus en plus grande dans le travail de sa mère. Luna lui apprit toutes ses recettes et l’enfant semblait très douée pour les préparer.

La réputation de guérisseuse de Luna s’était étendue à toute la province, et les gens faisaient souvent une longue route pour venir lui demander de l’aide. Une grange avait été spécialement aménagée pour héberger les plus malades. Elle prodiguait ses soins sans relâche, même si en prenant de l’âge, peu à peu, elle s’épuisait. Lorsque Lisa eut vingt ans, elle la remplaça durant plusieurs jours, où Luna fut très affaiblie.

Pierre, qui vieillissait aussi, aurait voulu qu’elle s’arrête, mais elle lui expliqua que c’était impossible, aussi longtemps qu’on aurait besoin d’elle.  Elle ne refusait jamais d’accorder son aide à tous ceux qui lui demandaient, mais surtout pour les femmes en couche, elle ne comptait pas sa peine, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. Elle avait mis au monde la plupart des enfants de la vallée depuis vingt ans.

Cependant, elle eut bientôt d’autres difficultés à surmonter. Elle se heurtait à l’hostilité grandissante de ses voisins que la venue d’étrangers au village dérangeait. Quand l’épidémie de peste courut la province, une réunion fut organisée dans le village, pour discuter de la manière de s’en protéger. Luna donna des conseils de bon sens à la communauté mais elle savait qu’elle ne pouvait pas grand-chose contre ce fléau, s’il arrivait dans le village. Des voix d’élevèrent de toute part, demandant que l’on ferme les portes et que l’on refuse l’accès aux étrangers venus de la ville. Le curé surenchérit, en regardant fixement Luna, prédisant à l’assemblée une période de grand malheur, si des personnes continuaient à défier la puissance de Dieu, par des pratiques magiques et diaboliques.

Elle sentait que ses forces déclinaient, et qu’elle n’aurait pas longtemps la force de lutter contre l’obscurantisme et la superstition. Alors, elle accepta de fermer son asile, pour le temps de l’épidémie, et tenta de rassurer les villageois en affirmant qu’elle n’utilisait pas de magie. Elle ajouta que chacun ici le savait bien, ayant déjà bénéficié de ses services. Elle se tenait droite devant eux, la tête haute, et les balayait tous du regard, mais elle savait qu’elle perdrait cette bataille. Un à un, ils baissèrent la tête, n’ayant rien à lui reprocher, mais elle savait bien qu’au fond, ils avaient peur d’elle et de sa puissance qu’ils ne comprenaient pas.

Elle craignait que cette peur ne se transforme bientôt en une violente hostilité déclarée, qui forcerait sa famille à quitter le village. Elle céda, et accepta les conditions posées par la communauté. Mais elle n’oublierait pas le visage fermé du curé, qui lui jeta un regard de haine, lorsqu’elle traversa la grange, après avoir déclaré qu’elle arrêterait son office pour le bien de tous.

Cette nuit-là, elle fit un rêve prémonitoire, comme à chaque instant décisif de sa vie. Au réveil, elle n’en parla à personne, surtout pas à Pierre. Mais celui-ci sut immédiatement que quelque chose avait changé, en croisant son regard, ce matin-là.

Il eut beau la questionner, elle ne dit rien de son rêve mais se serra contre lui en disant simplement :

  • Pour le temps qu’il nous reste, ne perdons pas un instant du bonheur d’être ensemble. Je vais arrêter ma tâche pendant quelques temps et rester avec vous, profiter de votre amour et transmettre à Lisa tout ce qu’elle devra savoir.
  • Pourquoi ce revirement ? demanda Pierre qui n’était pas dupe.
  • Je réalise que la vie est courte, et que je me suis plus préoccupée des autres que de vous. J’ai envie de me consacrer à ma famille pour le temps qui me reste. Qu’en penses-tu ?
  • Me diras-tu ce qui t’a fait prendre cette décision ? insista Pierre.
  • As-tu noté l’hostilité qui monte dans le village, envers mes pratiques ? dis Luna.
  • Sans doute, mais ce n’est pas nouveau et jusqu’ici ceci ne t’avait jamais arrêtée ! Il y a une autre raison. Tu ne peux me cacher certaines choses, tu sais. Je te connais trop bien. Mais je respecte ton silence. J’espère simplement que le jour venu, si tu en as besoin, tu accepteras mon aide.

Luna qui avait toujours été si forte, sentit les larmes monter. Elle détourna le visage pour que Pierre ne les remarque pas, mais la statuette se mit à scintiller de rouge, comme chaque fois qu’elle avait une intense émotion.

Pierre la prit dans sa main, et insista :

  • Je serai là, avec toi !
  • Je le sais , répondit Luna d’une voix brisée par l’émotion, relayée au loin par le hurlement de la Louve.

Sans un mot, ils restèrent l’un contre l’autre, les yeux dans les yeux, jusqu’à ce que le cri de l’animal s’éteigne dans la nuit.
A suivre …

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