To do list 77 : laisser les jours glisser sur le sable

Photo Marie-Christine Grimard

. Regarder la lumière glisser sur le sable

. Se nourrir du sel que le vent emporte

. Laisser passer les jours en oubliant le temps

. Échanger un sourire avec l’oiseau qui passe

. Retenir les instants qui font battre le coeur

. Laisser derrière soi les jours de désespoir

. Ne jamais oublier la violence subie

. Ne pas attendre ce qu’on ne vous donnera pas

. Garder le recul nécessaire pour ne pas être emportée par la marée

Un été en bandoulière (23)

« Quand les mouettes ont pied, il est temps de virer. »

Proverbe breton

*

.

Photo m c grimard

Vent du nord…

Les vagues ont des reflets d’icebergs.

Les nuages qui étaient légions au réveil, ont été chassés d’un revers d’aquilon.

Il ne reste qu’à se réfugier au pied de ce qu’il reste de la dune pour observer la ronde des oiseaux marins.

Ils en ont vu d’autre, les bourrasques et autres rafales septentrionales n’ont plus de secret pour eux. À côté des tempêtes de l’Atlantique Nord, le Mistral a des mines de chérubin…

Une jeune mouette s’est posée au bord de l’estran, transie, face au vent, elle resserre ses plumes. Elle se fait toute petite, aplatie sur le sable humide, ferme les yeux pour mieux entendre le concert qui lui est offert par les gerbes de vagues tintinnabulant sous la brise de mer.

Je capte son image sereine puis passe au large pour ne pas interrompre son plaisir.

Confessions intimes 18 : Pictura

IMG_8018

Photo M. Christine Grimard

 

 

Encore un matin, beau et blond sous mes doigts.

J’aime ces petits matins où l’océan, mon père, se retire et me laisse un immense tableau vierge.

Tout m’est permis.

Mon père, Neptune m’a donné ce don. Mes sœurs disaient que j’étais sa préférée, et qu’il m’avait fait le plus beau des cadeaux, le don de l’Art. Elles disaient qu’elles n’avaient hérité que du mauvais côté des océans.

Elles ont la lourde tâche de préserver notre monde des bêtises des hommes. Je reconnais que leur travail est de plus en plus lourd. Moi, je n’ai rien d’autre à faire que d’exercer mon talent pour que le monde admire notre océan, pour que les hommes l’aiment. Secrètement, je me dis que si je réussis mon travail, les hommes apprécieront tant la mer, qu’ils n’auront plus envie de l’exploiter ou de la détruire. En fait, c’est moi qui sauverai le monde !

Que croient-elles mes harpies de sœurs ?

Que c’est facile peut-être !

A l’instant précis où la lumière pointe derrière l’horizon, je rassemble mon orchestre et je laisse libre cours à mon imagination.

Mes musiciens attendent que je sorte des vagues et que je me place en haut de la dune.

Ils retiennent leur souffle.

Ils sont prêts.

Musique Maestro !

 

 

Premier mouvement : Allegretto Accelerando. Les vagues glissent sur l’estran, se chargeant de sel et de sable. La musique monte, descend, glisse, s’insinue sous les algues, les soulève et se retire. D’abord les violons, puis les cuivres, puis les cymbales….

Second mouvement : Adagio Cantabile : Le sable devient mouvement, il danse avec le sel, s’étale et valse dans le ressac. Saturé d’eau, il dérape entre les galets, lèche les laisses de mer. Il serpente sous les courants, il coulisse sous les notes du vent.

Troisième mouvement : Espressivo Lento. Le sable se retire des vagues, avec une infinie douceur. Le vent se lève et le retient. Ils joutent, titubent et se traînent l’un l’autre par les cheveux.

Le silence retombe sur l’estran.

Les premiers promeneurs se montrent. Ils vont pouvoir admirer notre œuvre.

Chut ! tout le monde regagne ses pénates en silence…

Je m’élève légère au-dessus d’eux. Ils ne me verront pas de toute manière, je suis si transparente. Je veux voir la réaction de ce petit garçon. J’aime tant voir leur sourire devant mes œuvres…

 

Il court, les cheveux au vent. Il rit. Il aime le vent !

Il est beau cet enfant, si beau avec ses boucles brunes et ses fossettes.

Il s’arrête. Il lève les bras vers le ciel ;

« Maman ! Maman ! Viens voir, comme c’est beau ! »

Ça y est : il a vu mon œuvre. Oh comme j’aime son sourire. C’est ma plus grande récompense, le sourire des enfants.

 

 

Sa mère s’approche. Elle regarde les arbres que j’ai dessinés sur l’estran, elle regarde la lumière qui joue sur les ombres et habille mes baobabs d’étincelles. Elle sourit comme son fils et dit :

« Tu as raison c’est très beau ce que l’océan dessine sur le sable en se retirant, vraiment très beau ! Ne marche pas dessus, ça sera dommage de le faire disparaître… »

L’enfant lève les yeux vers le ciel et lui répond :

« Je ne vais pas l’abîmer maman, je ne voudrais pas faire du chagrin à la jolie fée qui l’a dessiné ! »

La mère rit et ébouriffe sa tignasse en passant.

« Mon fils, j’adore l’imagination que tu as ! »

Elle part en courant le long de l’estran en lui faisant signe de la suivre. Avant de lui obéir, l’enfant se tourne vers moi et me fait un clin d’œil en disant :

« Merci petite fée, ton dessin il est très joli ! »

Et il part, en me faisant un signe de la main.

Cette journée commence très bien. Encore un matin, beau et doux sous mes doigts. Tant qu’il y aura des enfants et des matins blonds, je ne me lasserai pas de dessiner pour eux…

Photo et texte M. Christine GRIMARD

 

 

Musique : Regarder la mer

nikon mars 2014 2738

Photo M Christine Grimard

Regarder la mer

Rester là des journées entières

Ne plus bouger

Respirer  le vent du large

Laisser glisser

Rester là où l’estran transforme le temps

en détail sans importance

Regarder passer le vent

 

nikon mars 2014 1494

Photo M. christine Grimard

 

Mon obsession maritime n’ayant plus aucun secret pour ceux qui ont lu les pages de ce blog, personne ne sera surpris que j’aie apprécié une des nouvelles chansons du duo Alain Souchon- Laurent Voulzy, qui porte ce titre.

Les paroles coulent naturellement dans mes veines .

Laissez-les couler …

 

 

Voici leurs paroles …

« Regarder la mer
Rester la journée entière ici
Sur le mur de pierre
Devant la baie des fourmis

Regarder la mer
Ne pas avoir d’autres envie que
Regarder la mer
Rester, rester
Sur le mur de pierre
Là où le soleil s’est mis
Rester, rester
Tout seul, solitaire
Devant la baie des fourmis

Regarder la mer
Rester la journée entière ici
Sur le mur de pierre
Devant la baie des fourmis

Regarder la mer
Ne pas avoir d’autres envie que
Regarder la mer

Laisser, laisser

Le temps s’en aller là
Laisser aller les voiles rouges
Sur la mer qui bouge
Laisser sur l’eau transparente
Glisser les soucis de la vie
Glisser les jolies sirènes aussi
Dans la baie des fourmis

On entend danser les gens
Y’a une fête à St Jean
Et moi je reste là à …
Regarder la mer
Rester la journée entière ici
Sur le mur de pierre
Devant la baie des fourmis

Regarder la mer
Ne pas avoir d’autres envie que
Regarder la mer

Regarder la mer
Regarder la mer
Regarder la mer
Ne pas avoir d’autres envie que
Regarder la mer « 

Photo du jour : Remise à niveau

nikon mars 2014 949

Photo M. Christine Grimard

*

De vives-eaux en grandes marées

L’Océan s’acharne à satiner

L’estran de sable ou de galets

En un miroir aux gris reflets.

*

Il efface les pas des flaneurs

Emporte les coques et le varech

Au large de la plage du Bec

N’épargnant aucun promeneur

*

Bientôt la terre sera couverte

Entièrement de cette masse inerte

Et de ciel bleu en vague verte

Transformée en île déserte

 

 

Clichés 23 : Exercice

« Certains jours il ne faut pas craindre de nommer les choses impossibles à décrire »

René Char

mcg 1276

Photo M. Christine Grimard

*

En silence la vague glisse

Avec douceur elle déplisse

De l’estran les cicatrices

Ne laissant qu’un miroir lisse

D’une beauté sans artifice

Insatiable créatrice

Pour mon plus grand délice

*

mcg 1275

Photo M. Christine Grimard

Photo du jour : Encore la mer, toujours la mer !

Photo M. Christine Grimard

 

Cette photo, je l’ai faite à des dizaines d’exemplaires, à toute heure du jour, le matin, le soir, au crépuscule, à contre-jour ou en pleine lumière.

Il faut dire que me suis noyée dans tout ce bleu. J’ai empli mes poumons de ce vent. J’ai laissé ces étincelles me brûler les yeux et me chatouiller l’âme.

C’était si bon de rester là et de se sentir fondre dans ce décor.

C’était si bon.

 

Cette photo, je l’ai faite a des dizaines d’exemplaires, sur toutes les coutures, dans toutes les positions.

Il faut dire que le sujet était complaisant. Il se laissait toujours photographier avec patience, ne fuyait jamais l’objectif, bien qu’il ne lui sourît pas souvent.

Avec ou sans bateaux, avec ou sans oiseaux, avec ou sans vagues, avec ou sans soleil.

C’était si bon.

 

Cette photo, je l’ai faite à des dizaines d’exemplaires, sur tous les tons, sous tous les vents, par tous les temps.

Il faut dire  qu’il n’est pas si lointain, le temps où je n’étais qu’une poussière de cet océan.

Il faut dire que j’ai toujours eu la sensation de rentrer à la maison, quand je revenais sur cet estran.

C’était si bon.

 

Cette photo, je l’ai faite à des dizaines d’exemplaires.

Mais je ne m’en lasse pas !

Il faut dire que la vie était si douce sur cette berge.

C’était si bon.