Une image…une histoire: Conte de Noël (2/4)

20140921-153720-56240683.jpg

Photo by Jenn

 

A l’évocation du visage de maman, si flou dans ses souvenirs, deux grosses larmes perlèrent au coin de ses yeux, qu’elle chassa d’un revers de main. Une vieille femme qui passait s’arrêta près d’elle, la regardant fixement, et lui tendit son mouchoir en disant :

« Ma petite, Noël n’est pas fait pour remplir les yeux de larmes, mais plutôt les visages de sourires. Que vous arrive-t-il de si grave ? »

« Rien. Merci beaucoup pour votre mouchoir, mais j’ai seulement pris un courant d’air dans les yeux… »

« Oui, bien sûr, répondit la vieille femme, et moi, je vais aller passer le réveillon au Crillon. Ne vous a-t-on jamais dit que le jour de Noël, les mensonges étaient proscrits. »

« Je vous assure… » Commença-t-elle

« N’en rajoutez-pas, mon enfant. J’étais institutrice dans ma jeunesse, poursuivit la dame, j’ai appris à lire le mensonge dans les yeux de mes élèves, et ça m’a bien servi dans la vie. Pour votre peine, vous allez m’accompagner à Saint-Eustache. J’avais besoin d’un peu d’aide pour faire le trajet, avec ces trottoirs givrés glissants, et ma femme de ménage qui m’accompagne d’habitude, est rentrée dans sa famille ce soir. Ça vous fera beaucoup de bien de vous asseoir un peu au chaud dans cette église et de réfléchir sur la valeur de la franchise. Vous pouvez garder mon mouchoir ! Mon prénom est Camille.» Conclut-elle d’une voix autoritaire.

Il n’y avait pas à discuter, après tout, cet intermède l’amusait. Mary avait l’habitude des patients au caractère difficile, et cette vieille dame semblait attachante. Elle n’allait pas la décevoir, de toute manière, elle avait terminé ses achats et n’avait rien de mieux à faire avant le réveillon. Elle glissa son bras sous le sien, lui emboîta le pas, et répondit:

« Enchantée Camille, je suis Mary, je vous accompagne jusqu’à l’église, mais n’aurais pas le temps d’y entrer avec vous. je suis attendue pour le réveillon. »

Tout au long du trajet, la vieille dame lui décrivit chaque commerçant du boulevard en détail. Elle connaissait tout le monde, vivant dans le quartier depuis son enfance, saluant par leur prénom les passants qu’elle croisait. Ses anecdotes étaient autant de perles que Mary prenait grand plaisir à entendre. Elle lui suggéra d’écrire tous ses souvenirs avant de les oublier ce qui fit beaucoup rire la vielle dame, qui déclara :

« Vous savez, je tiens une sorte de journal depuis l’âge de treize ans où j’ai consigné un tas de détails inutiles, et nombres d’histoires relatives à ce quartier. Je pense que ça n’intéresserait pas grand monde, mais c’est assez bien écrit tout-de-même. J’étais très à-cheval sur l’orthographe quand j’étais institutrice, je ne tolérais aucune faute d’accord. Enfin, à notre époque, tout est permis… »

Elle semblait désabusée et resta perdue dans ses pensées quelques instants, jusqu’à ce qu’elles atteignent le parvis de Saint-Eustache. Elle commença à monter les marches en s’appuyant sur le bras de Mary en la regardant du coin de l’œil et demanda :

« Entrerez-vous avec moi ? »

Mary leva les yeux vers les statues qui encadraient le tympan de l’église. Elles semblaient surveiller les fidèles, mais ce qui l’impressionnait c’était la hauteur de l’édifice. Elle avait toujours trouvé de bâtiment écrasant, même si elle en aimait l’architecture ouvragée et le cadran solaire autour de sa rosace. La vieille dame semblait désirer qu’elle l’accompagne, elle la fixait, attendant qu’elle se décide avec son air d’institutrice attendant le silence pour commencer son cours.

« Voilà bien longtemps que je ne suis entrée dans une église, commença Mary en hésitant. Je ne sais pas trop ce que je pourrais y faire… »

« Vous ne saurez jamais si vous n’essayez pas, interrompit brutalement la vieille dame. Il n’est jamais trop tard, pour tenter des expériences intéressantes. Foi de Camille ! Suivez-moi, vous ne le regretterez pas. La veillée de Noël est chantée durant l’après-midi désormais et la messe de minuit est donnée à vingt heures, pour laisser aux gens le temps de réveillonner en famille après. Cela m’arrange, finalement, mes vieux os n’aimant pas les journées trop longues depuis quelques années…»

Elle attrapa Mary par le bras et monta les marches deux à deux, ayant soudain retrouvé sa souplesse.

Devant le regard incrédule de Mary, elle ajouta :

« Ne vous a-t-on jamais appris à ne pas vous fier aux apparences, mon petit ?, Allons-y, nous allons rater Douce nuit, et c’est mon cantique préféré ! »

—> A suivre <—

Publicités