Ateliers de @fbon : Construire une ville avec des mots, deuxième proposition (Image)

Dans le cadre de l’atelier d’écriture d’été de François Bon, voici la suite du texte pour construire une ville avec des mots selon la Proposition 2 : Image

Devant elle, le puits occupe tout l’espace. Dans son souvenir il était au milieu de la cour pavée, mais elle réalise qu’il est dans l’angle entre la grange et l’écurie de l’ancienne ferme.  Personne ne peut deviner ce qu’il y avait derrière ces murs, la rénovation ayant fait disparaître toute trace du passé de ce hameau.  Le puits lui semble plus petit ; l’auraient-ils rétréci en le restaurant ? Elle hésite à s’approcher, comme si les recommandations de sa mère résonnaient encore à ses oreilles. Les pierres sont vermoulues, leur couleur dorée vire maintenant au beige grisé. Des campanules s’agrippent au fond des joints distendus formant des coussins mauves entre les pierres où les abeilles s’affairent. Son cœur se serre, elle se souvient du sourire de sa mère devant la beauté des campanules de son jardin. L’image de ces cascades de fleurs ayant colonisé les margelles du puits lui aurait beaucoup plu. Elle s’approche de la margelle, ferme les yeux et laisse courir ses doigts sur les aspérités des pierres dorées. Soudain, elle le reconnaît, il n’a pas changé, c’est juste sa main qui a grandi. Une brise légère tourne entre les murs, soulevant un parfum d’eau croupie et d’herbe fraîche. Elle se penche, l’œil noir qui l’effrayait, enfant, en la fixant du fond du puits, est toujours là. La seule différence est qu’elle ne le craint plus. Les cils de mousse qui encadraient ce regard noir ont disparu, les graminées qui ondulent le long des parois lui donnent un petit air étonné. Finalement, ce puits a gardé sa beauté et tout son mystère, elle est heureuse que la rénovation du hameau l’ait oublié. Quel dommage, si le génie de l’eau avait été chassé par la modernité.

Photo M.christine Grimard

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